" La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.
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 " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.

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MessageSujet: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   Ven 17 Sep - 19:33

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If I go crazy then will you still call me Superman,
If I'm alive and well, will you be there holding my hand,
I'll keep you by my side with my superhuman might,
Kryptonite...


    C'était la première fois qu'il allait au Parthénon. Sa tête avait basculé en arrière, sa bouche était grande ouverte. Tout comme ses yeux. L’architecture de Rome était impressionnante ; amphithéâtres immenses, en plein air la plupart du temps, laissant le plaisir aux visiteurs de profiter du soleil, des aqueducs modernes servant généralement de ponts entre deux terres, thermes d’une splendeur fantastique entourées de mosaïques avec des couleurs modernes, des temples de toute beauté laissant le privilège aux croyants de venir s’y reposer en priant et des forums ressemblant particulièrement à l’Agora qu’il avait souvent l’occasion de voir avec son quartier marchand. Oui, l’architecture romaine était l’une des plus innovantes et l’une des plus magnifiques qui soit dans ce monde en plein évolution. Mais Athènes avait quelque chose de spéciale. Quelque chose d’impressionnant et de terrifiant, qui faisait frémir les ennemis mais qui savait aussi les enflammer.

    Et le romain avait su être charmé. Et pourtant, les Dieux savaient qu’il avait eu le temps de se promener à travers les ruelles quadrillées de Rome, voir les immenses bâtisses chevauchant les allées, les fontaines d’une splendeur inégalable. Inégalable. Rome avait su trouver sa rivale. Athènes était là, sous les yeux ébahis du jeune esclave. Dorian déglutit. Peut-être même que Rome avait su trouver plus grande et plus puissante qu’elle. Athènes ; la ville nouvelle, entrant dans son âge d’or. Elle semblait être la personnification même de la perfection et de la richesse.

    Depuis le temps maintenant qu’il vivait ici, Dorian n’était jamais venu au Parthénon. C’était la première fois. Souvent à l’Agora pour les achats de son maitre ou aux thermes, il voyageait peu à travers la ville et ne préférait même pas penser à marcher en dehors de la commune. Il avait finit par adorer cette ville, ville qui lui promettait tant de choses. Même si la vie avait été dure jusque-là, l'esclave avait su dès le départ qu’en mettant les pieds ici, il changerait de vie. Il l’espérait tellement fort que les Dieux eux-mêmes, du haut de leur trône fais d’or et d’argent, auraient pu entendre ces prières. Un sourire vint illuminer son visage alors qu’il expira bruyamment. Oserait-il caresser le temple de ses mains impies ? La religion romaine et grecque se ressemblaient tellement mais étaient aussi tellement différentes. Pouvait-il entrer, toucher, regarder ces statues de pierre qu’il ne vénérait pas ? Dorian se mordit la lèvre et finit par céder à la tentation : il entra. Ses jambes tremblaient légèrement à l’idée d’une quelconque représaille divine. Mais il était décidé et prit d’une soudaine envie de découvrir ceux qui protégeaient ces terres.

    Décidé mais peu rassuré, tels étaient les sentiments du romain lorsque ses pas s’arrêtèrent enfin face à la statue de la protectrice divine. Sa tête bascula en arrière une nouvelle fois face à l’édifice. Face à cette femme. Elle était merveilleuse. Il pinça les lèvres. S’il avait été plus sensible, sûrement aurait-il pleuré. Voir quelque chose de semblable… C’était inconcevable. Oui, elle était merveilleuse. L'impie crut même que la Déesse lui avait sourit.

    Hors du temps. Hors de l’espace. Il n’était plus un esclave. Il n’était plus un romain. Il était juste un Homme. Un homme qui regardait l’allégorie même de la sagesse. Dorian leva la main mais ne la posa pas sur la statue de marbre. Elle resta en suspend, en l’air, alors qu’il se forçait à ne pas baisser le regard. Elle était trop belle pour qu’il la regarde. Mais il restait là, à l’observer comme la plus belle merveille du monde. Ils étaient seuls. Et il pensait.

    Jusqu’à ce qu’un autre vienne perturber ce moment de paix. Sa main retomba sur son flanc alors qu’il clignait des yeux. Tournant sa tête vers celui qui venait de le déranger, il le regarda d’un air hagard, toujours ailleurs, cherchant à ne pas se perdre dans l’infini de l’Olympe.

    L’homme leva la tête en souriant, les mains derrière le dos. Lui aussi se perdait dans les yeux de marbre de la belle. Pensait-il la même chose en la regardant. Les lèvres entrouvertes, Dorian aurait voulu lui poser la question mais, sa timidité maladive lui valut de baisser la tête en fronçant les sourcils. Il devrait faire demi-tour. Son maitre l’appèlerait sûrement très bientôt…


Dernière édition par Dorian Fabius le Dim 19 Sep - 18:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   Ven 17 Sep - 20:31

[Vu que je ne savais pas trop comment tu le voyais je l'ai fait de nuit =x j'espère que ça te va ]

Le mouvement simple de ses épaules basses et tendues lui donnaient l'impression d'être un félin. A chaque pas elles suivaient le mouvement, nues et halées, restant fines malgré sa musculature. Cal était sec. Le long de ses bras on pouvait suivre la ligne de ses veines, la courbe de ses muscles, le grain serré de sa peau. Les yeux jamais posés quelque part en particulier, l'achéen continua de monter, parfaitement silencieux. Il n'aimait pas cet endroit. Le ressentait dans chacune des particules de son être qui n'aspirait qu'à ne plus jamais approcher ce genre d'endroits. Ici des gens vénéraient Athéna. Grimaçant de dégout, le Spartiate fronça les sourcils, serra les dents. Continua d'avancer. Qui sait, peut être trouverait-il directement Athéna dans son temple ? La seule idée de se confronter à un Dieu lui donnait une poussée d'adrénaline qui lui faisait oublier toute crainte. La plupart des grecs les craignaient, ces dieux injustes et aussi égoïstes les uns que les autres. Cal les détestait. Plus que tout au monde. La seule qui a ses yeux était épargnée de toute l'horreur de sa nature était sa mère, Hébé.

Il n'y avait rien en cet instant qu'il n'exécrait pas. Cette statue défiant l'apesanteur ? Simplement répugnante pour ce qu'elle représentait. La sagesse, si il y a quelque chose que les croulants ne possèdent pas c'est de la sagesse ! Au loin, l'orage gronda. Un sourire provocant étira les lèvres de Calaïs.

    « Le grand Zeus se verrait-il offensé par un simple demi-dieu ? Allons, ce n'est pas digne du maître du ciel ! Sauf s'il n'en est pas digne et se pare seulement des dorures du nom, et pas de la matière qui en est faite... » murmura-t-il en regardant lentement autour de lui, campé sur ses appuis et près à bondir au moindre mouvement suspect.


Rien. Pas d'éclairs, de grondements, d'assombrissement du ciel. Presque déçu, Cal se redressa, caressa automatiquement la garde de son poignard. Il était tard, les torches entourant le Parthénon éclairaient d'une lumière faiblarde les marches menant au savoir. Si le Vieux n'avait pas répondu à son affront il irait provoquer la Chouette. Et à cette heure ci il ne dérangerait que les ombres. Prenant une grande inspiration et espérant de toute son âme qu'enfin à l'intérieur il verrait l'essence d'un des douze, il entra dans le temple.

Les flammes crépitaient autour de lui mais il régnait ici une sorte de calme pénétrant. Le genre d'endroit que Cal aurait aimé si il n'avait pas été dédié à une telle stupidité. Athéna ! Comme si elle se souciait des pauvres humains qui la suppliaient tous les jours. Si les dieux étaient si bons, pourquoi n'aidaient-ils pas ceux qui depuis toujours les honoraient ? A cause de gens comme toi, aurait craché Nautiliaa. Cal sentit ses yeux s'assombrir et son pouls devenir plus lent. Non. Si les dieux avaient jamais eu un cœur ce n'était pas en châtiant ceux qui ne croyaient plus en eux qu'ils auraient les autres. Ou du moins ça aurait du se passer comme ça. A quand la rébellion ? Un jour quelqu'un se dresserait contre les Dieux. Et même Zeus, le Tout Puissant, le Fondateur, maître du ciel, des éclairs et roi des Dieux devrait courber l'échine. Un frisson d'euphorie se glissa dans les veines de Calaïs qui dut secouer la tête pour en ressortir. Un sourire satisfait étirait encore ses lèvres lorsqu'il s'aperçut qu'il avait les yeux rivés sur la statue d'Athéna et qu'il n'était pas seul.

Cet air aussi angélique que triste et torturé. Cette posture courbée de celui qui a l'habitude de s'incliner. Ces deux yeux bleus perçants qui devaient en déranger plus d'un. Lentement, Cal laissa son regard retomber sur Dorian qui souriait en regardant Athéna. Bien sur, lui devait croire en la bonté des dieux. Stupides mortels... Mais il aimait bien Dorian. La seule chose qu'il n'aimait pas c'était de le savoir aux services d'un autre. Mais dans la tête du romain c'était juste normal. Alors jamais il ne se plaignait, et cette force là aussi n'avait pas d'égal. Croisant les bras sans le lâcher des yeux, le Spartiate s'adossa à une colonne, un pied remonté contre air d'un air nonchalant. Et on ne peut plus irrespectueux vu l'endroit où il se trouvait. Dieux qu'il s'en fichait !

    « Dorian... Tu viens remercier la Chouette du bonheur qu'elle a offert à tous les esclaves de cette ville peut être.. ? » railla-t-il en promenant son regard brun autour de lui.


Il pensait tout ce qu'il disait mais il ne put s'empêcher de se dire qu'il aurait mieux fait de se taire. Dorian n'était pour rien dans toute cette mascarade. Il se contentait juste de suivre le court d'eau tumultueux des croyants de cette ville.
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MessageSujet: Re: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   Dim 19 Sep - 14:08

    Les flammes crépitaient sur les torches. Dorian s’apprêtait à partir. Il n’avait pas sa place ici. C’était le domaine des nombreuses prêtresses et autres croyants grecques. Il avait beau trouver cette Déesse aussi sublime que les siennes, il était certain qu’elle ne lui apporterait rien car jamais il ne la prierait. Peut-être ses Dieux lui en voudront d’avoir oser y penser. Incroyable. Tout cela était incroyable. Ses Dieux avaient tant de points communs avec ceux de son maitre. Étaient-ils en réalité les mêmes ? Souvent l’on donnait une racine commune aux grecques et romains. Peut-être était-ce réellement le cas. Le jeune esclave sourit intérieurement, songeant fortement à cette possibilité. Oui, il espérait que les Dieux partageaient leur identité, ne serait-ce que pour regarder la statue de marbre d’Athéna sans remords.

    Trop occupé à contempler pareil monument, en tournant les talons il n’avait même pas remarqué que l’homme positionné à ses côtés n’était autre que Calaïs Aether. Dorian leva les yeux vers lui, la bouche grande ouverte. Il ne l’avait même pas reconnu. Cet homme était étrangement gentil avec lui. Le romain haussa un sourcil. Leur première rencontre avait était tumultueuse ; un jour de marché, totalement banal et ennuyeux. Comme à son habitude, l’esclave avait été envoyé par le maitre pour quelques courses, histoire d’avoir un peu de quoi manger. Alors Dorian s’était activé, cherchant de nourrir son maitre. Se dirigeant vers un étalage, il avait presque été endoctriner par le vendeur qui voulait lui refourguer de la marchandise avariée. Pratiquement convaincu de la valeur de ses fruits pourris, il allait payer lorsque Calaïs referma ses doigts sur les drachmes, l’empêchant de payer le vendeur avec un sourire narquois et une réplique bien piquante. Dorian était resté bouche bée. Il crut que cet athénien allait le voler. Mais en réalité, le sparte l’avait trainé jusqu’à un petit marchand aux fruits biens mûrs et peu cher. Le remerciant à coup de courbettes et de murmures, Calaïs avait rit en le voyant faire. Il est vrai que c’était rare de rencontrer un esclave aussi soumis. Et avec cet élan de gentillesse, Calaïs lui avait même donné un drachme pour qu’il se paye quelque chose à manger, sûrement avait-il vu que derrière ces haillons se cachaient un corps frêle et abîmé par la fatigue et la faim. Le sourire aux lèvres, l’air légèrement insolent, Calaïs était partit, laissant le romain incrédule.

    Plusieurs fois, les deux hommes s’étaient recroisés. Calaïs levait la main pour le saluer de loin et Dorian lui souriait gentiment. Une sorte de petit rituel quotidien lorsque le marché ouvrait. Désormais, grâce à cet homme, Dorian savait chez qui prendre ses légumes sans se faire avoir. Peut-être même que, grâce à Calaïs, Dorian avait apprit à avoir confiance en certaines personnes, en la race humaine.

    Mais ce soir là, Calaïs avait eu une remarque grinçante qui fit plisser les yeux de Dorian. Son regard cherchait celui de cet ami guerrier. Dorian s’avança vers lui, la tête légèrement baissée, ses mains cherchant à arranger ses vêtements déchirés :

    « - Vous… Vous m’avez fait peur Calaïs… ».

    Une fois face à lui, Dorian soupira, laissant ses bras osseux retomber contre ses flancs. C’était tellement injuste de dire une chose pareille.Tellement injuste. Les Dieux n’y étaient pour rien. Pas plus que lui. Pas plus qu’aux autres esclaves. On les avait conditionné pour être ainsi. Même sans être à Athènes, il avait déjà été un esclave. C’était ce qu’il était ; un homme soumis aux autres. Et il n’avait pas le droit de s’en plaindre, Ô grand, jamais. Le jeune homme baissa la tête en pinçant les lèvres. Il voulut s’accouder au rebord mais sa main hésitante retomba lourdement contre son corps. Il soupira doucement avant de relever la tête en la secouant négativement. Il n’était pas du genre à rétorquer mais cette phrase semblait tellement méprisante alors qu’il n’avait jamais entendu quelque chose de tel dans la bouche de celui qui lui était venu en aide :

    « - Non… De toute façon, je ne la vénère pas. Elle n’est pas ma Déesse… Mais… Si elle l’avait été, j’aurais tout fait pour lui montrer ma reconnaissance… ».

    Avant même de laisser le temps à son ami de répondre quelque chose d’aussi grinçant que sa phrase précédente, il haussa les épaules en affichant un sourire radieux. Peut-être un sourire qu’il n’avait jamais réellement affiché :

    « - Pas ma reconnaissance d’être un esclave… Mais d’Être. D’être ce que je suis… ».

    La tête penchée sur le côté, il ne cessait de lui sourire. Enfin décidé à poser sa main sur la paroi du temple, Dorian tourna la tête vers celle que le sparte appelait la « Chouette ». Elle n’avait rien d’une chouette. Elle n’avait rien d’un animal. Elle était à la fois terrifiante et bienfaisante. Elle semblait si pure. Elle lui rappelait cette Valkyrie…
    Son regard reporté sur Calaïs, Dorian ouvrit la bouche pour la quatrième fois de la soirée. Était-ce un miracle des Dieux ?

    « - Pourquoi détestez-vous tant les Dieux Calaïs ? Vous ne priez jamais… Pas même… Pour espérer ? ».


    Dorian priait. Chaque matin. Chaque soir. Un bon croyant. Un homme qui ne cessait d’espérer que sa vie change enfin.
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MessageSujet: Re: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   Mer 22 Sep - 16:43

    « Y'a vraiment des fois ou tu devrais juste te la fermer, Cal. »
    ______- Aétios, Spartiate & ami.


Calaïs grimaça. Ah ces croyants ! Il n'y avait vraiment rien à faire. Quand comprendraient-ils que les dieux ne leur trouvaient pas plus d'intérêt qu'un jeu stupide et enfantin ? La base de la création de l'homme n'était qu'un pari, il en était certain... Connaissant le Vieux il ne doutait pas de cette hypothèse. Mais maintenant qu'il regardait Dorian se décomposer en face de lui il regrettait un peu d'avoir prononcé cette phrase à voix haute. Il devait faire attention, la plupart des gens n'étaient pas aptes à entendre la vérité. Et si pour certains il parlait de rébellion, pour d'autres c'était juste un sentiment de blessure profonde. Sans compter que Dorian n'était pas ce qu'on pouvait appeler quelqu'un de sur de lui, face aux autres en tout cas. Pas grande gueule pour un sou, il était la plupart du temps docile, poli et charmant. Poli ! Si ce n'était qu'avec les gens qui le méritaient, pourquoi pas ! Mais l'être avec ceux qui méritaient simplement un coup de pied au derrière c'était au delà de son entendement. Légèrement mal à l'aise, le jeune homme croisa ses bras en fixant Dorian sans animosité. Sentit son visage devenir plus dur lorsque le romain arrêta sa main, osant à peine toucher le marbre fin du temple d'Athéna. Alors que lui y était simplement adossé comme si de rien était. De toute manière pour lui tout ça ne signifiait rien.

Enfin, Dorian se décida à parler. Et Calaïs sentit son indignation remonter à la surface, bien avant qu'il ne réfléchisse vraiment à ce que le jeune homme avait dit. Il aspirait déjà de l'air et ouvrait déjà la bouche pour répondre tout aussi vivement que la dernière fois, mais le jeune romain lui coupa l'herbe sur le pied. Et lui cloua le bec par la même occasion. Les yeux au sol, Cal pencha la tête sur le côté et finit par acquiescer, comme si ça il pouvait le concevoir. Même si Athéna n'avait rien à voir avec ce qu'il était ça pouvait être légitime de remercier quelque chose, de se sentir reconnaissant au fond de soi pour ça, et de vouloir l'exprimer à quelqu'un. De toute évidence Dorian avait choisit les dieux. C'était un mauvais choix, certes, mais chacun avait le droit de choisir. Après rien ne l'empêchait d'essayer de lui ouvrir les yeux. D'ailleurs, si Athéna n'était pas la Déesse de Dorian qui pouvait-elle être ? Un sourire narquois s'esquissa dans son esprit mais il le retint. Il avait oublié que les romains avaient donné d'autre noms à leurs Dieux. Mais il était certain que c'étaient les même douze qui avaient comploté pour être aussi vénérés par les enfants de Rémus et Romulus.

Relevant ses yeux bruns, Æther fut surprit par l'immense sourire qu'affichait le jeune homme. Oublia instantanément toute idée de révélations toutes plus ou moins dures à assumer. Dorian était heureux comme ça. Et nom de Zeus ce sourire ! Même du haut de son rang de Spartiate, de sa liberté en tant qu'Achéen, de ses grandes idées révolutionnaires qui n'engageaient que lui, jamais, jamais il ne pouvait penser sourire comme ça. C'était comme si par ce simple rictus Dorian effaçait les marques qui lui lacéraient les bras, lui courbaient le dos. Les yeux légèrement agrandis par la surprise, Calaïs s'efforçait d'effacer cette expression grotesque et faible, mais il n'y arrivait pas. Reprend toi ! Vivement, il détourna la tête en faisant mine de replacer ses cheveux en désordre. Troublé, il afficha un masque d'impassibilité et revint vers le jeune homme. Le regarda poser sa paume contre le marbre. Comme ça il avait réussit à vaincre sa propre peur cachée derrière son humilité. Bien. Pas si mal que ça.

Deux questions. Ou comment refroidir l'ambiance en l'espace de quelques mots. Calaïs fronça les sourcils, vissa des yeux d'abord rageurs sur Dorian, se souvint du sourire et finit par soupirer en se passant une main lasse sur la nuque. Un rire amer déchira ses lèvres et il posa son autre main sur la garde rassurante de sa lame. Elle au moins avait toujours été là pour lui...

    « Cesse de me vouvoyer, tu veux ? J'ai quoi, un an ? Deux ans de plus que toi ? » soupira Cal en levant les yeux au ciel.


Bon. Que lui raconter ? Un sourire désabusé éclaira un instant ses lèvres et regarda son ami avec rien d'autre cette fois ci qu'une profonde lassitude. De toute manière il ne comprendrait pas. Crier ici n'aurait pas été de bonne augure. Et surtout pas sur Dorian.

    « Les dieux, Dorian, ne sont pas aussi bons que tu le voudrais. Je ne les déteste pas. Il n'y a pas de mot.. assez fort pour décrire ce que je peux ressentir à leur égard. » baissant les yeux une seconde pour empêcher la rage de monter en lui il s'obligea à continuer. « Espérer ? Je n'ai pas besoin d'eux pour espérer. Tu veux que je te dise ? N'espère pas, agis pour avoir ce dont tu rêve. Si tu peux en rêver c'est que tu peux le faire. » il haussa les épaules sans le lâcher des yeux. « C'est tout ce que tu dois savoir. »


Il essaya de s'empêcher de continuer mais ce genre de discours était tellement logique pour lui que devoir l'expliquer était naturel, comme s'il voulait que tous y croient et s'y réfèrent. Il montra du menton l'autel d'où s'élevaient des fumées blanchâtres qui s'évanouissaient dans la brise. L'achéen se décolla de la paroi d'un coup de rein, atterrit souplement sur sa cheville bien qu'il n'ait fait qu'un pas, avança jusqu'au jeune homme et ne s'arrêta qu'à quelques centimètres de lui, comme pour le défier. Mais aucun défi n'allumait son regard ou embrasait ses gestes. Il planta longuement ses yeux bruns dans ceux de son ami, lui montra encore l'autel d'un geste de la tête sans rompre le contact. Plissa légèrement les yeux et retint la lueur naturelle de colère qui commençait déjà à s'y consumer. Resta calme et parla d'une voix presque douce et basse. Les plus grandes vérités peuvent être dites dans un murmure.

    « Crois-tu que l'homme qui passe sa journée agenouillé face à une statue de grès, priant pour que sa vie devienne meilleure, qu'il gagne plus d'argent, que sa femme soit plus heureuse, que ses enfants grandissent dans la culture et le savoir, honorant les dieux de toutes les manières qu'il existe sur terre.. Crois tu qu'ainsi tout ce qu'il désire sera ? Qu'en pense-tu Dorian ? » il plissa légèrement les yeux, continua dans un murmure. « Ne crois-tu pas que cet homme, tout dévoué qu'il est devrait travailler mieux, chérir sa femme, enseigner à ses enfants plutôt que de passer son temps à prier des dieux qui... » il ferma les yeux en haussant les sourcils, soupira longuement. « ... préfèreraient surement le voir accomplir lui même sa réussite ? »


Outch. Il avait réussit à se contenir, ne pas blasphémer sans arrêt, n'avait pas dénigré les dieux. Et comme Ils savaient que ça avait été dur. Calme. Toujours calme.

    « Répond moi Dorian... j'aimerais connaitre ton avis. » déclara-t-il doucement en rouvrant deux iris aussi sombres qu'une nuit sans lune, la voix aussi interrogative que marquée d'une pointe carnassière par ce calme étrange.

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MessageSujet: Re: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   Jeu 23 Sep - 20:30

    Les températures à Athènes sont plus souvent chaudes et humides que froides et sèches. Ça l’avait toujours été. Par rapport à sa localisation géographique, Athènes jouissait de tous les atouts que lui offrait la nature. Mais ce soir, malgré cette chaleur omniprésente dans la vie des athéniens et cette chaleur qu’émanait les torches qui éclairaient le temple, l’air était frais. Étrangement frais. Les Dieux participaient-ils à la conversation qui avait lieu ? Le jeune romain avait la paume de sa main posée contre ce temple. Endroit mystique et lieu de culte, il avait beau s’y trouver, il n’avait pas sa place. Et il le ressentait. Sa main, plaquée contre la pierre blanche ne voulait se réchauffer au contact de sa peau. A moins que la température était tellement fraiche qu’il n’avait même pas remarqué que ses membres étaient gelés et qu’il se mettait à trembloter. Un léger soupire, gardant ce sourire innocent aux lèvres. Ses épaules semblaient si lourdes… Et pourtant, il parlait avec un spartiate qui le traitait comme son égal. Ce guerrier le traitait tellement comme un homme, comme un citoyen athénien que, même s’il gardait un certain poids sur les épaules, Dorian sentait que ses épaules n’étaient plus aussi affaissées. Comme si un poids quelconque venait de s’envoler.

    Il est vrai que Dorian vouvoyait tout le monde ; que ce soit une petite fille qui s’était blessée en tombant à force de courir à travers l’Agora, que ce soit les commerçants les moins délicats, que ce soit sa propre famille, que ce soit ses proches, que ce soit son maitre. En ce qui le concernait, c’était plus un signe de politesse que de soumission. Dans certains cas, c’était purement un geste de soumission. Mais pour d’autre, un simple vouvoiement en guise de respect. Une sorte d’engagement qu’il se faisait à lui-même. Ne décevoir personne, n’offenser personne. La remarque de Calaïs le fit rougir alors qu’il baissait la tête, regardant ses pieds nus. C’était la première fois qu’on lui permettait d’être aussi familier avec quelqu’un. Jamais il ne lui serait venu à l’esprit de tutoyer quelqu’un, quelqu’un d’un rang social plus élevé que le sien, quelqu’un… Un athénien.

    Lentement, il releva la tête, l’air légèrement gêné alors qu’il se grattait la nuque, lâchant la Sainte bâtisse. Il se racla la gorge avant, tout de même hésitant, de s’adosser contre la colonne, imitant assez fièrement son ami. Cet ami semblait s’emballer, partant dans des discours philosophiquement religieux. Même s’il gardait le même sourire, intérieurement, Dorian rayonnait : on ne le prenait pas pour un simple ignorant, on attendait de lui qu’il réfléchisse et qu’il pense par lui-même. On attendait une réponse. On espérait un débat. Voilà ce qu’espérait Dorian en priant les Dieux ; c’était d’exister. Et en cette nuit fraiche, on admettait, on permettait qu’il existe. Qu’il parle. Qu’il soit lui-même. Le jeune romain se mordit la lèvre, écoutant avec des yeux brillants d’émerveillement un tel érudit. L’art de la rhétorique… S’il n’était pas aussi timide, maladroit et peu instruit, il y aurait sûrement prêté attention ! La façon dont Calaïs développait son raisonnement, cette structure et ce dynamisme… Dorian était plus éblouit qu’affecté par ses propos. Très ouvert, même si très croyant, l’esclave pouvait entièrement concevoir que quelqu’un n’ait pas les mêmes opinions religieuses, politiques ou même en ce qui concerne le domaine des sentiments, que lui. C’était comme ça. C’était dans la nature des hommes. Leur différence et leur complexité faisait que chacun était unique.

    Calaïs était sincèrement quelqu’un d’extraordinaire. Il attendait que l’esclave lui réponde. Il voulait réellement que l’esclave prenne par à ce débat et qu’il parle, qu’il parle et émette ses propres hypothèses. Suivant le regard du Philosophe, Dorian tourna d’abord la tête pour éviter de regarder de nouveau en face cet homme fascinant. Expirant fortement, il prit son courage à deux mains pour tenter de poser ces théories. Réfléchir, penser, ranger, examiner puis argumenter. C’était quelque chose qu’il ne faisait pas souvent. Le prendrait-il pour un imbécile s’il disait quelque chose de hors propos ? Le jeune homme se frotta le menton avant se décoller de la paroi, faisant face à son interlocuteur, le regardant avec une profonde sincérité :

    « - Et bien… Et bien je pense que vous… Tu as raison Calaïs… Mais je pense aussi que si un homme ne veut pas changer son avenir, sa situation, alors il ne fera rien pour le changer. ».

    Tout d’un coup, Dorian se sentit gêné. Gêné et mal à l’aise d’avoir autant parlé. Peut-être se trompait-il, peut-être n’était-ce pas cohérent… Il s’humidifia les lèvres en secouant la tête. Il se devait d’aller jusqu’au bout de sa pensée. Cet homme, cet ami avait été sincère et s’était confié sans peur. Peut-être devrait-il prendre exemple sur lui.

    « - Je pense aussi que les Dieux ne sont pas à blâmer. Qu’ils nous aient crée ou non et on prit parti de la situation – que les Dieux me pardonnent d’émettre ce genre de paroles -, je pense que nous sommes libres de choisir qui nous sommes. C’est pourquoi j’ai foi en le Libre Arbitre. Les Dieux tracent notre Destin en fonction de ce que nous sommes et de nos actes. Enfin, c’est ce que je pense. Après… Peut-être y a-t-il une part de maladresse chez les Hommes… Je ne sais pas… ».


    Dorian baissa la tête avec un léger sourire, entourant son corps frêle de ses bras osseux. Trop d’émotion d’un coup. Il avait trop enchainé les mots et se sentait encore plus ignorant que lorsqu’il avait franchit l’entrée du temple. Plissant légèrement les yeux, il récita une prière que sa tante lui murmurait souvent avant de le border. Peut-être que ses Dieux pourront lui apporter une once d’intelligence.
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MessageSujet: Re: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   Lun 18 Oct - 17:14

Pourquoi avait-il fallut qu'il se lance dans ce sujet là ? Tu le sais pourtant espèce de crétin que t'as pas à parler de ça ! Si pour lui c'était bien clair et totalement logique, certains ne le voyaient pas de cet œil et auraient bien voulu le faire taire en lui plantant un couteau dans le dos par exemple. S'attirer des ennuis l'avait toujours amusé au fond, mais ici à Athènes qu'il ne connaissait pas encore parfaitement, ça pouvait tourner au drame. Si il ne serait pas forcément celui qui finirait par mourir, tuer un athénien ne lui serait surement pas pardonné. Les éternelles rivalités entre Sparte et Athènes étaient loin d'être étouffées.

Et maintenant qu'il avait lancé ça il fallait que Dorian lui réponde. Ce qui, vu sa tête, n'allait pas tarder à arriver. Il n'avait pas envie de contredire son ami, et espéra qu'il ne dirait pas d'énormités croyantes. Cal tiqua sur le vous mais Dorian se corrigea automatiquement. Mais je pense aussi que si un homme ne veut pas changer son avenir, sa situation, alors il ne fera rien pour le changer. Calaïs fronça les sourcils en se demandant où le jeune homme voulait en venir. C'était logique bien sur, mais était-il nécessaire de le préciser ? Après tout, pourquoi pas, mais les hommes ne désirant pas quelque chose de plus dans leur vie étaient peu nombreux. Très peu nombreux. Seuls les sages et les vieux croulants qui n'avaient plus rien à vivre et étaient satisfaits d'eux même pouvait affirmer qu'ils ne voulaient pas changer leur avenir. Dorian lui même, s'il se satisfaisait de son statut d'esclave et avant tout d'être humain, ne rêvait-il pas au fond de lui de s'élever aussi? Surement vu le mal qu'il se donnait pour répondre. Il prenait le temps d'y penser. Cal sourit doucement et se concentra sur ce que son ami disait.

Un léger rire s'échappa de ses lèvres mais il était en quelque sorte fier de Dorian. Si le discours restait confus au moins il avait le mérite de s'affirmer. Ancrant ses yeux bruns dans ceux du Romain - il ne pourrait jamais le désigner comme esclave - le Spartiate se mit à sourire calmement.

    « Mais si les Dieux tracent notre chemin à partir de ce que nous faisons... n'est ce pas plutôt toi qui contrôle ta destinée Dorian ? Imagine. Si du jour au lendemain tu décide de changer de point de vue, d'aller - peu importe - faire je ne sais quoi que tu n'aurais pas osé faire le jour d'avant, ou jamais imaginé quelques années plus tôt, est ce toi qui l'a décidé où les Dieux ? Chacun décidera à sa manière j'imagine. Personnellement je ne pense pas que les Dieux soient ravis de ce que je suis devenu. Et ils ne me feront pas flancher, alors à savoir si c'est eux qui me guident juste pour s'amuser... »


Cal resta pensif une seconde et frémit à cette idée. Non. Si jamais il commençait à penser comme ça c'était fichu. Il secoua la tête et se remit à sourire.

    « Non. Ça serait leur laisser trop de pouvoir que de commencer à croire ça. » continua-t-il plus bas, comme s'il se parlait à lui même. Se rappelant soudainement quelque chose il releva les yeux vers Dorian. « De la maladresse ? Surement.. Oui, tu as raison, personne n'étant parfait c'est logique. Mais je m'égare et tu.. »


Sa phrase fut coupée par le bruit profond d'un tambourin qui se répercutait sur les colonnades blanches du Parthénon. Un procession en l'honneur de la déesse commençait. Calaïs sentit un long frisson remonter jusqu'à sa nuque et le glacer jusqu'au cœur de ses os. Dehors. Maintenant. Serrant nerveusement les poings et les mâchoires, Calaïs recula instinctivement et sentit son visage s'assombrir. Il détestait ça. Ça le révoltait jusqu'au plus profond de son âme et il n'avait qu'une envie, s'en aller en courant. Un tic nerveux lui fit traversa la nuque et il retint comme il pouvait sa tête en bandant tous ses muscles et sa main alla automatiquement se serrer autour du manche de son poignard. On ne voulait pas de lui ici, et il sentait presque la présence de la déesse qui le chassait.

Se redressant de toute sa taille, Cal foudroya la statue des yeux, ayant complètement oublié la présence de Dorian près de lui. Un Demi-Dieu ne renonce pas, aurait dit son père. Il grimaça et recula encore d'un pas. L'une des prêtresse s'arrêta devant l'autel, les mains en coupe en face de sa déesse adulée. Elle s'immobilisa brutalement, resta ainsi quelques secondes et tourna la tête vers les deux hommes qui étaient restés à l'entrée du temple. Ouvrit un œil brun et un œil vert. Calaïs ne broncha pas et soutint une seconde le regard étrange de la femme. Peu de gens avaient des yeux pareils. C'était aussi fascinant que terrifiant, et il n'arrivait pas à décrocher son regard de celui de la femme.

Il sentit le sol se dérober sous ses pieds et écarta les mains en pliant légèrement les genoux, comme pour retrouver un équilibre.. qu'il n'avait jamais perdu. Bon sang ! Qu'est ce que... Il fallait qu'ils sortent de là. Il se passait des choses étranges dans ce temple.

[ désolée pour le temps et la réponse médiocre ._. ]
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MessageSujet: Re: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   Mar 2 Nov - 15:32

    Même s’il était gêné, Dorian releva la tête pour observer Calaïs. Le romain savait que son ami ne se moquait pas de lui. Même s’il avait l’impression que ses phrases ne voulaient rien dire, il se sentit soudainement intelligent, du moins, assez pour tenir une conversation érudite et théologique. Un sourire apparut sur son visage si souvent déconfit. Calaïs était vraiment une personne étonnante, avec un point de vue sur la vie bien à lui. Oh, certainement devait-il y avoir d’autres hommes ou femmes qui pensaient comme lui, mais de là à chercher au plus profond de cette thèse, à réfléchir si fortement à d’autres hypothèses, c’était… Surprenant. Tout à fait à son image. Dorian expira par le nez, les épaules détendues et la tête penchée sur le côté, certaines mèches de cheveux tombant sur son visage. A l’insu de son ami, il fit une prière, remerciant les Dieux – tous les Dieux existants – pour lui avoir permis d’arriver sain et sauf dans cette magnifique ville. Certes, le voyage avait été long et périlleux, les habitants n’étaient pas tout le temps correctes avec les étrangers et on l’avait attrapé comme une volaille et mis en cage jusqu’à ce qu’un preneur vienne payer ses services. Il aurait pu tomber plus mal. Il aurait pu être seul à arpenter les rues de la ville sans que personne ne daigne poser les yeux sur lui. Il aurait pu mourir de faim. Mais malgré la situation, de honnêtes gens avaient su lui tendre la main. Il ne les comptait plus et préférait oublier ceux qui l’avaient fait tomber. Cela n’avait plus aucune importance. Il ferma un instant les yeux pour clore cette prière latine.

    Dorian rouvrit les yeux, plus serein que lorsqu’il était entré. Tournant légèrement la tête vers l’immense statue de la Déesse Athéna, il lui offrit un sourire en guise de remerciement. Qui d’autres auraient pu mettre son ami spartiate sur sa route si ce n’est les Dieux eux-mêmes ? L’esclave voulait laisser cette pensée dans un coin de son cerveau, sans en faire part à cet ami hérétique. Hérétique. Le mot le fit sourire. Calaïs était certes un hérétique, mais quel hérétique ! Avec du courage et du cran ! Rares étaient les personnes qui pouvaient agir de la sorte, sans avoir peur des représailles. Dorian aurait préféré être comme lui. Pas pour le fait de ne pas croire en ses Dieux – intérieurement il s’excusa d’avoir émis l’hypothèse – mais d’être sans peur face à l’adversité. Car apparemment, les ennemis de Calaïs n’étaient pas les mortels, mais les immortels. Ceux qui se cachaient dans les Cieux pour observer leurs créations. Dorian pris une grande inspiration en ajoutant tout bas :

    « - Je pense que tu as raison ; chacun de nous peut décider à sa manière. ».


    Seulement, certains se contentaient de suivre un troupeau. Ne pas réfléchir et se laisser embarquer sans craindre une quelconque colère, autant celle du père que celle des Dieux, c’était tellement facile et d’un paresseux. Dorian avait beau être l’un des hommes les plus soumis d’Athènes, il n’en restait pas moins empli d’espoir et de certitude. Des certitudes qui le poussaient à penser qu’un jour, la vie serait plus belle et que les Dieux seront plus cléments.

    *Oh ! Ils… Vous l’êtes déjà beaucoup !*.


    Le jeune romain leva furtivement les yeux au ciel, cherchant à se faire pardonner. Oui, oui, les Dieux étaient cléments. Il l’espérait fortement.

    Soudain, le Spartiate se perdit dans ses pensées, alors que les bruits de tambourins résonnaient. C’était certainement l’heure pour les prêtresses de faire leurs prières et leurs offrandes. Dorian se tourna légèrement pour observer la scène ; une jeune femme s’était agenouillée près de la superbe statue et avait ouvert deux grands yeux verrons. L’esclave tressaillit ; l’envoyée des Dieux les toisait. Etrangement, ce n’était pas le romain qu’elle regardait, mais son ami. Dorian déglutit, regardant successivement les deux personnes. Voyant l’angoisse de son ami, le romain devait faire quelque chose. D’ailleurs, comment cela se faisait-il que le guerrier se sente aussi oppressé ? Apparemment, les Dieux ne voulaient pas d’eux dans l’antre de la grande Déesse de la sagesse. Ce n’était pas grave, oh non, en rien. Dorian la remerciait quand même.

    Pour la première fois depuis qu’ils se connaissaient, l’esclave attrapa le guerrier par le bras et le tira hors du temple :

    « - Calaïs, nous devrions partir… Maintenant… ».

    Dorian ressentait petit à petit le malaise de son ami. Une étrange atmosphère se diffusait dans ce temple. Le jeune homme ne cessait de frissonner. Pourtant, les nuits athéniennes n’étaient pas fraiches, mais ce soir, le souffle glacé qui s’échappait de leurs lèvres semblait sonner comme un avertissement. Une fois en dehors des portes du temple, Dorian leva les yeux pour observer la façade, puis plus haut, pour observer le ciel. Étrange. Lentement, ils descendirent les marches. Ce ne fut qu’en bas que le jeune homme s’aperçut qu’il n’avait pas lâché son ami. Presque aussitôt, il le lâcha et se tint droit comme un piquet, rouge écarlate. La scène, pourtant si vite passée, l’avait tellement effrayé qu’il n’avait pas osé descendre seul de peur que les Dieux l’enlèvent sur un quelconque cheval de feu pour l’envoyer faire un tour chez Pluton. L’esclave déglutit en passant une main derrière sa nuque. Il osa regarder Calaïs dans les yeux après un petit moment :

    « - Tu… Tu n’avais pas l’air d’aller bien, ça va mieux ? ».


    Dorian soupira de soulagement. Quoi qu’il y avait là-dedans, il n’était pas prêt d’y revenir. Du moins, pas pour le moment.


[c'est moi qui suis désolée de ma réponse merdique é_è...]
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MessageSujet: Re: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   Mer 10 Nov - 17:42

    Le monde tangue. Dangereusement.
    ______Entre le vide et la terre. Entre le brun et le vert...


Chaud. Non, froid. La brûlure glacée d'une lame chauffée à blanc remplacée la seconde qui vient par le vent chaud d'une brise d'hiver. Calaïs sentit ses maigres défenses s'abattre comme des portes qu'on enfonce. Les yeux de la prêtresse l'emprisonnaient, et à chaque seconde qui passait il avait l'impression qu'elle voyait de plus en plus profond en lui. Et ça le terrorisait. Ne rien pouvoir faire d'autre que de rester là, les yeux plantés dans les siens à sentir son être s'évaporer, était.. Il n'y avait pas de mots. Juste le sentiment de se liquéfier sur place, glace fondante au soleil qui ne peut rien faire pour y échapper.

Un contact vivant l'arracha à sa torpeur et enfin Cal se rendit compte qu'il avait cessé de respirer.

    « Calaïs, nous devrions partir… Maintenant… ».


Partir. Maintenant. Le Spartiate assimila l'information, garda les yeux ancrés dans ceux de la femme. Il n'arrivait décidément pas à se décrocher de.. D'un geste plutôt sec et pressé, Dorian le tira en arrière, coupant net le contact. Ses pieds dévalèrent les marches plus par habitudes que par calcul. A vrai dire là il ne suivait plus rien, ou en tout cas pas grand chose. Aspirant de grandes gorgées d'air, le jeune homme finit par secouer la tête, sortir de son état second et regarder autour de lui d'un air presque effaré. Il ne se souvenait pas d'être descendu du temple. La force qui lui faisait garder son équilibre depuis quelques instants s'évanouit lorsque la prise autour de son bras disparu. Dorian recula. Posant ses mains sur ses genoux en soufflant profondément, Cal ferma les yeux et tenta de faire le point. Étrangement à bout de souffle alors qu'il n'avait pas couru, le jeune homme eut un rire faux quand son ami lui posa une question.

    « Tu… Tu n’avais pas l’air d’aller bien, ça va mieux ? »
    « Ouais. Ça va. Ça va.. » il murmura ses derniers mots, comme pour s'en convaincre lui même. Déglutissant difficilement, l'homme continua dans un sourire. « Par Léonidas j'ai les jambes aussi faibles que celles d'un faon ! »


Les flambeaux entourant les marches grésillèrent agressivement et l'achéen releva brusquement la tête, regardant autour de lui, cherchant une quelconque menace. Mais à par la lumière brûlante qui parvenait de l'intérieur du temple, il n'y avait rien. Rien, à part Dorian, rouge comme une pivoine et ayant encore du mal à regarder le mercenaire dans les yeux. Bizarrement, Cal trouva ça particulièrement frustrant. Chassa immédiatement cette pensée et la flamme sombre qui avait habité ses yeux. Dorian n'avait rien à voir dans ce qui s'était passé et ce n'était pas parce que le mot qui lui venait à l'esprit pour parler de lui même en cet instant était le mot faible. Faible. Quelle horreur. Ce mot raisonna longtemps dans sa tête, comme une gueule de bois.

Æther leva la tête et planta ses yeux d'ambre dans ceux du jeune romain. Y trouva de l'inquiétude. Pour quoi était-il inquiet ? Puis, la logique le conduisit à hypothèse. Pour lui ? Il grimaça à cette idée et se redressa difficilement, sentant ses jambes trembler encore légèrement sous lui. Aussi faible qu'un faon mon pauvre Cal.. Sa main alla trouver le manche de son poignard et il se rasséréna. Non. Pas si faible que ça. Prenant une grande inspiration, il trouva un peu plus de contenance. Assez pour assurer ses appuis, abaisser ses épaules et serrer instinctivement sa mâchoire.

    « Et toi ? » puis, sans attendre qu'il réponde bien qu'il s'en souciât « Ne restons pas ici. »


Puis, il avança d'un pas, au même rythme que celui du jeune esclave. Ce qui s'était passé là bas dépassait les frontières du monde des humains, il en était persuadé. A moins que ce ne soit la fumée dégagée dans le temple qui lui ait fait avoir des hallucinations. Brusquement, l'envie de savoir lui tortura l'esprit. Au fur et à mesure que les pavés défilaient sous leurs pieds, il ne se rendit pas compte qu'il accéléra l'allure pour compenser son envie d'y retourner. D'y retourner pour comprendre et savoir. Calaïs s'arrêta brutalement, les yeux fixés droit devant lui, les poings serrés.

    « Tu.. Dorian. Tu as vu ce que j'ai vu ? » il détourna les yeux, nerveux. « Cette femme, elle n'était pas humaine. Il y avait quelque chose dans ses yeux... » il s'arrêta, secoua la tête. « Peu importe. »
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MessageSujet: Re: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   Sam 18 Déc - 0:27

    Dorian frémit. Les torches qui crépitaient près d’eux étaient loin de le rassurer. Ces petits faisceaux lumineux ne lui ôtaient pas cette angoisse grandissante. Les marches avaient été descendues à une allure qu’il ne connaissait pas. Les pavés défilaient sous leurs pieds à une vitesse assez impressionnante. Que s’était-il passé ? La rapidité des évènements avaient eu raison d’eux. Après une légère pause, ils se remirent bien vite en route. Partir loin du temple. Loin. Très loin. L’esclave sentait qu’il n’avait pas sa place dans ce monde mystique et étrangement, en regardant son ami, il ne se sentit pas vraiment seul. Cela se voyait pourtant que le spartiate luttait contre l’envie de savoir. Savoir quoi ? La curiosité rongeait souvent le jeune romain, mais cette fois-ci, il ne voulait pas savoir. Dénier toutes possibilités. Ne pas chercher et avancer. Athènes d’habitude si tempérée, semblait tellement froide et effrayante. Une nuit noire, sans astres pour guider les deux amis qui se sentaient perdus. Perdus… Perdus, terrorisés mais tellement désireux de connaitre la Vérité. Calaïs s’arrêta et fixa brusquement un point vers l’horizon. Dorian l’observa sans oser prononcer ne serait-ce qu’un seul mot.

    Les lèvres closes, la tête légèrement baissée, les yeux relevés, il plissa les yeux. L’esclave l’avait très bien vu. Ces yeux verrons ; souvent associés au mal ou forcément en rapport avec quelque chose de maléfique. Oui, il les avait vus, ces yeux. Dorian serra les dents en regardant le sol. Peu importait ce qu’il y avait là-bas ; ils n’avaient pas leur place dans ce temple. Des hérétiques. Des impies. Des blasphémateurs qui pourraient être maudis pour avoir cru pouvoir franchir les colonnes d’un lieu sacré sans conséquences. Le jeune esclave releva les yeux, croisant, observant attentivement son ami de ses yeux clairs. Faire comme si de rien n’était ou entamer une discussion pour mieux exorciser le tout ?

    Plutôt hésitant au départ, Dorian finit tout de même par s’avancer et poser de nouveau une main qui se voulait réconfortante sur l’épaule du guerrier :

    « - Calaïs… Je l’ai vue aussi. Ne t’inquiète pas. C’était vraiment étrange. Trop étrange pour que nous, simples mortels, puissions nous occuper de ces… Instances supérieures. Je ne peux me lancer dans ce genre d’investigation… Et tu le sais. ».

    Dans le regard qu’offrait Dorian à son ami, il n’y avait pas que de la peur. Il y avait cette petite flamme d’inquiétude, qui brillait, qui hurlait à son ami de faire attention car il avait peur pour sa vie. Les Dieux lui en voulaient sûrement. Même si le jeune spartiate était un homme qui n’avait foi qu’en sa dague, il était juste et honnête. C’était un homme droit et sans peur. Les Dieux avaient-ils peur, justement, que cet homme arrive à se hisser auprès des meilleurs ? Dorian inspira longuement par le nez avant d’expirer, les lèvres entrouvertes. Il laissa glisser sa main sur le bras de son ami avant de se remettre à marcher tranquillement, beaucoup plus serein et apaisé. Oui, on aurait dit que rien ne s’était passé. Dorian ajusta le tissu qui ornait son corps. Depuis combien de temps n’avait-il pas prié ses Dieux ? A force de vivre avec des athéniens, il en avait oublié ses rites. Christos n’était pas très pieux non plus ; il se rendait peu aux temples, ne rendait grâce aux divinités qui entouraient sa demeure… Toutes ces choses qui lui faisaient oublié, peu à peu, qu’il était romain et croyant. Un sourire apparut sur son visage fragile. Peut-être devrait-il créer son propre autel dans sa chambre pour rendre hommage à ceux qui le protégeaient. Et dire que Calaïs lui démontrait sans cesse, avec tous les arguments les plus convaincants du monde, qu’honorer des Dieux que nous n’étions même pas sûrs qu’ils existent, nous rendait faibles. Faibles. Il l’était déjà. Autant rester faible mais avec des convictions. Il voulait y croire. Y croire pour avancer, comme il était en train de le faire.

    De sa poche, il sortit quelques drachmes. Il s’amusa avec les deux petites pièces en or, les frottant l’une contre l’autre. Le tintement sonnait comme le jugement dernier. Le jugement des Dieux.

    « - Je pense que l’on peut trouver un endroit où boire quelque chose, non ? » .

    Un sourire. Une invitation à boire entre amis.

    Les torches finirent par s’éteindre. Dorian se tourna brusquement en écarquillant les yeux. A quoi cela rimait-il ? Les drachmes lui échappèrent des mains, tombant lourdement contre les pavés de la ville. Le tintement…
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MessageSujet: Re: " La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.   

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" La première fois que j'ai vu Athéna, elle m'a sourit. " - Calaïs.

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