Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]
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 Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]

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MessageSujet: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Sam 6 Nov - 20:03

Bla. Blabla. Blablablabla.. Calaïs soupira profondément, s'attirant un oeil inquisiteur d'un de ses voisins. Passant une main sur son visage pour que l'autre ne voit plus ses yeux, et donc détourne son attention de lui, Cal se dit une fois de plus que ces démocrates d'Athéniens avaient décidément le gout de la parlote inutile et du temps perdu. Discuter, certes, mais tergiverser pendant des heures alors que dès le début du débat on savait qui aurait le dernier mot.. ridicule. Si au moins quelque chose s'y était joué ! L'homme balaya l'assemblée de ses yeux bruns, et comme à chaque fois ils s'arrêtèrent au même endroit, comme attirés. Si cette réunion là était dénuée d'intérêt il savait parfaitement que c'était par elles qu'avaient été décidées de grandes choses. Comme dans chaque guerre certaines batailles étaient inutiles mais se passaient quand même. Après tout, la politique, c'était une guerre des mots. Chacun sa stratégie, son avantage, ses forces alliées prêtes à faire tomber l'adversaire. Æther sourit à cette idée.

Perdit le sourire lorsqu'il se souvint sur quoi son regard s'était arrêté. Cessant de regarder dans le vide, il détailla l'homme. Orion Attis. Il s'était renseigné, et tout ce qu'on avait pu lui dire brossait le portrait droit et sans faille d'un parfait athénien, fier, puissant, un guerrier maître d'armes et tout ce qu'il y avait plus respectueux des dieux. Le fils d'Icare avait une sœur, une belle plante dont chacun vantait la beauté et la douceur. Le seul et unique contact qu'il avait eu avec lui avait été lors du saccage du port. Et autant dire que ça n'avait pas été une réussite. Un fin sourire étira les lèvres du Spartiate qui passa pensivement une main sur les gravures du fourreau de son poignard, comme à chaque fois qu'il jugeait. Il dégaina d'un pouce la lame d'un geste sec, penchant la tête sur le côté sans lâcher l'autre des yeux. La froideur de la lame lui tira un frisson familier et la rainure en son centre accrocha légèrement son doigt. La justice n’est pas tout, il faut réparation. Réparation. Qu'est ce qu'un Athénien savait de la réparation que méritait ce genre d'acte ? La main de celui qui parlait frappa vigoureusement la table devant lui, annonçant la fin de l'assemblée. Sursaut.

Sortant de ses pensées en grimaçant, le jeune homme poussa lentement la garde de la lame pour qu'elle se rengaine mais resta assit. Ferma les yeux en inspirant profondément. Qu'importait Orion et sa suspicion ? Des hommes comme lui, il en avait vu des centaines, tous suivant un code d'honneur inébranlable, surs de leurs acquis et de ce qu'il fallait être en ce monde pour être bon. Si ils se plaisaient à dire leur tolérance large, croire en la bonté des dieux faisait partie de leur étique. Jamais. Jamais un hérétique comme Calaïs ne gagnerait de l'importance à leurs yeux. A Sparte on l'avait repoussé après son virement de bord, refusant de comprendre ou de risquer la colère des dieux en restant avec lui. Ça, il le comprenait. Au fond, peut être ont-ils simplement peur de moi, de ce que je pourrais représenter. Fronçant les sourcils, Cal continua à plein régime. S'arrêter de penser quand il avait commencé était difficile pour son esprit jeune et vif. Je suis la porte directe vers les enfers. M'accepter, me comprendre, c'est s'attirer les foudres des Croulants.. Tu m'étonnes qu'il ne peuvent pas me voir en peinture. Un rictus narquois se dessina sur ses lèvres et il secoua la tête. Imbéciles. Que lui importait le respect des marionnettes des Douzes ? Rien. Il s'en fichait, depuis quand ce genre de chose lui importait ? Non. Non, ils pouvaient tous aller brûler en Hadès et.. Son cœur se serra brutalement lorsque l'écho d'un prénom raisonna subitement dans son esprit, balayant tout le reste. Dorian.

Calaïs ouvrit brutalement les yeux, le menton entre les mains. S'interdit de recommencer à cogiter au risque de ne pas en ressortir avant des heures. Le soleil déclinait à l'ouest et l'ombre passait sur les montagnes au loin. On aurait presque pu la voir avancer si on avait concentré toute son attention sur ce phénomène. Mais la nuque de Cal se mit à le picoter et un mauvais pressentiment l'envahit. Entre les ombres des colonnes entourant les tribunes, une autre, plus petite. Plus humaine. Le Spartiate sentit son éternel sourire moqueur se glisser sur ses lèvres. Gardant ses yeux d'ambre rivés droit devant lui alors qu'il sentait l'autre derrière, il inspira profondément. Il fallait bien une confrontation, non ? Le même air au visage, Calaïs commença à parler d'une voix à la fois amusée et simplement rêveuse.

    « Les gens aiment à s'attarder, flâner dans les rues jusqu'au couvre feu, se rapprocher des limites de l'interdiction pour qui est interdit de sortie après le coucher du soleil par exemple. » il fit une pause pensive. « Une histoire d'amour du danger surement, le risque a toujours attiré les hommes. Les jeunes périssent, et les vieux s'attardent. Tu n'es ni vieux ni en passe de mourir, alors, pourquoi t'attardes-tu Orion, fils d'Icare ? »
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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Lun 8 Nov - 20:37


CALAÏS & ORION ♣

La politique a toujours séparé les peuples autant qu’elle avait réussi à en réunir certains. Elle réside dans l’art de savoir parler et convaincre. Nul doute que les meilleurs orateurs de tout Athènes avaient dédié leur talent au service de cette institution finalement tout aussi philosophique que concrète. La démocratie était élue depuis plusieurs années maintenant et l’on croyait encore qu’elle puisse être bénéfique à la gloire déjà bien entamée de la grande Athènes. Si l’Assemblée se tenait dorénavant en des lieux reculés, comme pour mieux prendre l’ampleur de ce qui se jouait à chaque fois que tous convergeaient vers les tribunes. Mais autrefois, les lieux publics demeuraient encore la meilleure façon d’atteindre le peuple et de convaincre leurs cœurs et âmes fébriles à des engagements plus ou moins mal intentionnés. Les disait-on de la sagesse des Dieux, de leur force dissimulée et de leur honnêteté sans limite. Certains enfants aujourd’hui devenus adultes se remémoraient encore l’aisance avec laquelle ces hommes portant fièrement la toge, la tête haute et le bras replié en signe d’assurance, récitaient leurs discours savamment préparés pour alors étourdir la tête des citoyens en des rêves de liberté et d’égalité. Orion Attis, fils d’Icare faisait partie de ces enfants autrefois admiratifs d’aisance verbale. Même si aujourd’hui rien n’était plus pareil. Si la cité connaissait un tournant sombre et de mauvais augure, les politiciens athéniens s’efforçaient de garder ce sourire rassurant, dans un optimisme qui en écœurait plus d’un. Orion n’était plus dupe. Il savait pertinemment que quelque chose n’allait plus au sein des rues pavées, il ne fallait pas avoir payé un grand précepteur pour remarquer la misère qui s’installait. De simples pas en dehors de sa demeure, si toutefois on avait la lucidité de vouloir en apprendre sur les citoyens des bas quartiers dont personne ne se préoccupait, étaient suffisants pour comprendre que le reflet d’Athènes la grande et la prestigieuse n’était qu’une pâle illusion. Peut-être était-ce par nostalgie de ce bon vieux temps qu’Orion s’était conduit inconsciemment jusqu’aux tribunes où se tenait une nouvelle Assemblée. L’espoir de croire que tout un jour s’arrangerait, par des décisions dictées humblement et des égos qui ne prenaient plus le dessus sur l’impartialité. Quelle douce utopie.

Adossé contre une grosse colonne dont l’architecture grecque vantait les mérites, Orion participait d’un regard curieux de spectateur au débat qui se menait à coups de voix portées et de protestations non retenues. Les mots étaient finement choisis et nul doute qu’une âme innocente aurait cru que les hommes partageaient leurs opinions en toute diplomatie. Distrait par des notions qui lui restaient inconnues, l’oreille du jeune homme se laissait plutôt porter par les formes. Lui, n’avait que les armes pour s’exprimer. Non satisfait de savoir se défendre et de porter le coup fatal, il portait les responsabilités d’un professeur. Lorsqu’on s’adressait à des adolescents encore distraits par le moindre évènement qui en vaille la peine, des talents d’orateurs n’étaient guère nécessaire. Il n’avait pas l’éducation suffisante ni la culture pour se permettre de se proclamer brillant parleur. Non à vrai dire, les histoires des grands hommes l’importaient peu. Parfois, Orion se demandait encore pourquoi restait-il parmi une foule qui ne voulait pas de lui ? Le Pnyx dégageait tellement de mystère au loin, perdu dans les campagnes grecques, on ne pensait pas assister à autant de monotonie une fois qu’on en avait passé les portes. Visiter secrètement le Palais ou aller prier les Dieux étaient encore bien plus divertissant. Fort heureusement, comme récompense silencieuse pour son apparente assiduité, le maitre des tribunes sonna alors la fin de l’audience, laissant ses camarades se disperser des tribunes pour rejoindre leurs riches demeures. Alors qu’Orion accordait quelques sourires polis aux hommes avec qui il croisait le fer, ses yeux bleus perçant s’arrêtèrent sur une silhouette qui, loin de lui être inconnue, lui rappelait d’amers souvenirs.

Calaïs Aether. L’hérétique parfait. L’anarchiste que personne ne comprenait mais qui se complaisait dans sa solitude religieuse. Il ne croyait plus en rien murmurait-on sur son passage et il avait beau garder un profil bas, personne n’ignorait son expression indécelable et entourée d’une aura presque fascinante. Si Orion avait tendance à juger les gens au premier coup d’œil, l’attitude du jeune homme ne lui avait donné guère envie de passer outre les rumeurs. Son visage n’avait exprimé aucune tristesse lors du saccage du port, ses yeux n’avaient dévoilé aucune peur ni aucune crainte lorsque les Dieux s’étaient manifestés dans une terreur qui resterait gravés dans les mémoires athéniennes. Non Calaïs n’était pas de ceux qu’ils souhaitaient connaitre. Et pourtant, dans une réflexion intense, celui-ci eut le même réflexe que son potentiel ennemi. Tandis que son esprit se confondait en de nombreuses suppositions quant à son manque de piété évidente, le maitre d’armes avait glissé lentement et nonchalamment sa main sur le bout du manche de son glaive, fermement attelé à sa ceinture. Orion ne portait pas la toge. Certainement le seul affront envers la citoyenneté athénienne qu’il assumait encore. Peut-être se démarquait-il involontairement des hommes nantis et richement vêtus qui venaient de quitter les tribunes ? Peu importait. Il semblait que le Destin ait choisi de le confronter à une personne bien plus coriace. Calaïs demeurait à sa place, comme attendant alors l’heure où enfin ils se parleraient face à face.

C’est avec audace –et peut-être risques il fallait l’avouer-, qu’Orion sortit enfin de sa cachette, auparavant dominé par l’ombre des colonnes hautes de plusieurs mètres. S’approchant d’un pas silencieux mais toujours déterminé, le dos de Calaïs ne laissait aucune place aux devinettes : ils s’étaient mutuellement sentis, comme deux prédateurs qui se disputaient le même territoire. Et pourtant rien n’était de tel officiellement. Alors qu’il pouvait apercevoir peu à peu chaque détail de la silhouette du jeune homme, celui-ci alors se mit à parler d’un ton distrait qui ne plaisait guère à Orion. Stoppant net ses pas, toujours dans le dos de Calaïs, il croisa alors les bras, ne pouvant se retenir de le détailler du regard. Allait-il se décider enfin à lui faire face ? Après quelques secondes de silence, le maitre d’armes lui répondit alors, d’une voix posée où une note de froideur se faisait ressentir : « Peut-on parler d’interdit lorsque nous demeurons en ces lieux où l’ordre est maitre ? Je venais simplement assister à l’audience, d’une simple curiosité humble. Mais vous Aether, n’avez-vous donc guère meilleure occupation durant laquelle vous vous permettrez alors de vociférer à l’égard de ces hommes qui s’appliquent à votre cité ? »

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Dernière édition par Orion Attis le Sam 20 Nov - 14:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Mer 17 Nov - 18:32

Silence. Assez long, comme s'il fallait ce temps pour qu'Orion assemble ses idées. Ou conserve sa rage et son dégout face à l'hérétique qu'était Cal. Attentif à chacun des bruits que pouvait laisser s'échapper le guerrier, le Spartiate finit par se demander s'il répondrait. Ou se contenterait de lui passer la lame dans le dos. Mais bizarrement, bien qu'il ne le connaissait pas, il en doutait fortement. Non, il allait surement lui répondre d'une voix qui se voulait forte, peut être piquante et légèrement agressive s'il voulait assurer sa position d'homme fort d'Athènes qu'il était certainement. Allons Orion, aurais-tu laissé ta répartie sous ta couche en te levant ce matin ? Il fallait croire que non. Restant de marbre à ses deux premières phrases, Calaïs sentit un sourire éclairer son visage lorsqu'il l'attaqua en l'accusant lui. Non seulement ce genre de réponse était à ses yeux des plus simples et facile à contrer, mais qu'il le vouvoie était intéressant. Voire grisant. Humble. En quoi la curiosité pouvait-elle être humble ? Claquant sa langue sur son palais, Æther laissa s'échapper un petit rire de ses lèvres. Ni mauvais ni cynique, juste amusé. Et surement un peu moqueur. Néanmoins il devait s'avouer que le verbe utilisé par le maitre d'armes ne lui plaisait pas.

    « Sache, Athénien,que je ne vocifère pas. » appuyant sur sa citoyenneté, il se releva et lui fit face. « Tu semble parler d'un quelconque poison que mes mots pourraient injecter en chacun. Mais ici, de nous deux, tu semble être celui qui a le plus de venin à revendre. »


La main sur le fourreau de son arme sans pour autant faire le moindre geste pour dégainer, Cal fixa sans ciller l'achéen. Son sourire avait finit par disparaitre dans l'éclat soudain plus sombre de ses yeux. Votre cité. Athènes n'était pas sa ville. S'il doutait parfois que Sparte le soit, il était certain de ne pas avoir trouvé de chez soit véritable dans la cité des poètes. L'homme pencha la tête sur le côté en plissant les yeux d'un air qui oscillait entre le curieux et l'insolent. Campé sur ses jambes, le dos droit, il avait beau être quelques marches en dessous d'Orion il ne ressentait pas la moindre sensation d'infériorité. En fait, il la ressentait rarement. Narcissisme ? Peut être. Surement. Ou peut être l'habitude d'avoir toujours trouvé des points noirs chez ses maîtres qui avaient fini par les rabaisser à ses yeux. Néanmoins, il aurait du se l'avouer, cet Orion semblait avoir du charisme. Plutôt crever que de l'admettre.

    « Ta conception d'une meilleure occupation m'échappe, j'en ai bien peur. Et que t'importe la façon dont je passe mes heures ? »


Cette phrase aurait pu être crachée, d'un ton agressif qui aurait immédiatement déclenché un conflit. Mais Cal était plus malin que ça, et le son de sa voix n'avait pas changé, pas haussé d'un ton ou devenue plus menaçante. Il n'empêchait que la tournure de la phrase avait quelque chose de provocant. Le Spartiate balaya cette baliverne de son éternel sourire narquois. Il regarda une seconde à ses pieds, releva des yeux d'ambre éclairés par un éclair de moquerie certaine et détourna immédiatement le regard vers le centre des tribunes de sorte qu'Orion ne puisse pas être sur d'avoir capté cela. Tournant rapidement sur ses appuis, le jeune homme sauta sur la marche d'en dessous, tournant le dos au guerrier. Il descendit deux autres marches, arriva en bas des tribunes, sauta sur la table en granit qui avait servit aux politiciens. D'un bond souple et agile, il arriva accroupit, pivota une nouvelle fois pour faire face à l'Athénien, un sourire aux lèvres. Il se redressa lentement sans lâcher Orion des yeux. Ainsi placé en hauteur il était presque au même niveau que lui. Le jeune homme posa sa main sur la garde de sa lame, plus par habitude que par provocation, pour une fois.

    « C'est assez incroyable de penser que c'est d'ici que tout se décide à Athènes. » il engloba toute la place d'un geste ample du bras. « Le destin d'une cité, celui de ses habitants, dans leurs propres mains. » il montra du menton les places vides des tribunes « Sont-ils assez sages pour tout diriger ? Surement, la plupart de tous ceux qui étaient assit tout à l'heure sont les hommes les plus intelligents d'Athènes. » un sourire carnassier finit par étirer ses lèvres. « Mais si ça tourne mal, a qui reviendra la faute ? Un mauvais roi est facile à évincer, sur qui retombera les fautes dans cette tribune ? Athènes sera-t-elle assez mure pour ne pas écraser certains pour des décisions que l'ensemble avait acclamé ? Qui sait ce que certains hommes peuvent nous réserver.. » murmura-t-il en braquant de nouveau des yeux amusés sur Orion.


Dans tous les cas si jamais ce malheur arrivait il serait intéressé de voir ce que ça pouvait donner. Et il aurait tout donné pour voir comment des hommes comme Orion reprendraient surement le contrôle si le chaos envahissait la cité.
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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Ven 19 Nov - 19:50


CALAÏS & ORION ♣

Si la tolérance faisait partie de ces valeurs qu’on prône tout au long d’une vie et d’une éducation, elle est néanmoins de celle à laquelle on faillit un jour ou l’autre. Les paroles d’Orion étaient restées respectueuses –il tentait toujours de garder une certaine mesure si envahi par la colère, il n’avait en aucun cas insulté Calaïs si tant est que les sous-entendus n’étaient guère amicaux. Il n’était pas le premier hérétique voire blasphémateur qui s’aventurait dans la cité d’Athènes. Cette dernière était si reconnue, si glorieuse et annonciatrice de progrès, que toute l’humanité dans tous ses caractéristiques se présentaient à leur porte, dans la curiosité de savoir si elle pouvait changer leur avis tranché. Quand on naissait à Athènes, on y était baigné dès la plus tendre enfance. Cette atmosphère rassurante et optimiste. Ces apparences mises en valeur pour mieux dissimuler les failles. Personne n’était dupe : rien n’était invincible. Seulement la force résidait dans l’art de savoir ne pas le montrer à n’importe qui. Si d’ordinaire le fils d’Icare montrait indifférence parfois peut-être un désir de convertir envers ceux qui ne croyaient presque en rien, il trouvait en l’homme en face de lui l’ultime exception qui confirmait la règle. Il ne pouvait pas, il ne souhaitait même pas se montrer tolérant avec lui. Peut-être l’assentiment qu’il lui portait provenait d’une toute autre raison qui lui était inconnue mais le fait était là. Aether n’était pas méritant de ce que lui offrait Athènes. En tant que Spartiate, il avait pris des risques à mettre les pieds ici –les tensions entre les deux cités grecques étaient tout juste apaisées. Et pourtant, on l’avait accueilli avec plaisir, pouvait-il oser s’en plaindre ? Il jouissait des privilèges de n’importe quel étranger. Certes, il n’avait pas encore la fortune digne du quartier Sud mais il semblait se complaire dans ce rejet de ce qui formait l’essence même de la ville. Lorsque Calaïs lui fit comprendre que c’était lui le plus méprisant en ces lieux, il ne répondit pas. Si sa raison lui criait qu’en effet, il était le plus offensif, son amour propre lui criait de se taire. Et c’est ce qu’il fit. Passant sa main dans ses cheveux rebelles, ternis par la poussière du gymnase, il demeurait immobile en hauteur. Cette supériorité physique ne lui procurait aucun plaisir particulier, aucun sentiment de force. Quand il s’agissait d’affrontement, l’égalité des chances demeurait encore la meilleure façon de pouvoir gagner. Si toutefois il devait montrer de la supériorité à l’égard de Calaïs, l’idée serait plus implicite, plus dissimulée. Quel en serait alors le bénéfice ?

A la question du jeune étranger, Orion haussa les épaules. C’était tout bonnement ridicule. « Qu’importe la façon dont je passe les miennes, Spartiate. Ton interrogation était alors futile. » Si tous deux se moquaient de l’autre, pourquoi s’embrouillaient-ils donc dans des questions et des formules de fausse politesse qui n’accentuait que leur hypocrisie. Calaïs fut le premier à lui avoir demandé ce qu’il pouvait bien faire près des tribunes. Tandis qu’Orion manquait de se perdre en de nouveaux calculs, il eut tout juste le temps d’apercevoir un regard de la part de son interlocuteur qui fut bien vite détourné de lui. A quoi s’amusait-il donc ? Cherchait-il dans ses yeux la moindre faille, le moindre indice trahissant la colère qu’il lui portait ? Malheureusement quand on connaissait le maitre d’armes, il devenait alors aisé de connaitre toutes ses émotions à son plus grand regret. Mais quand il s’agissait d’un ennemi ou d’un inconnu tel que Calaïs, il apparaissait alors comme un être tellement froid et droit. Il n’était pas irréprochable loin de là, il avait juste le don de maitriser ce qu’il dégageait. Se faisant tourner le dos par l’homme qui rejoignait la table centrale, maitresse des décisions prises par l’Assemblée, Orion se permit alors de se frotter le visage de ses deux mains dans une réflexion qui ne présageait rien de bon. En lui offrant son dos de la sorte, Calaïs n’avait pas idée des possibilités qui s’offraient à Attis. Il ignorait pourquoi tant d’élans violents psychologiquement et physiquement parvenaient à lui et si toutefois il n’avait pas une conscience et un certain respect pour le glaive qu’il portait à sa ceinture, il aurait certainement été capable de lui asséner un coup traitre et calculé… Fort heureusement, Calaïs chassa de lui-même les idées noires qui le concernaient, ses pieds frottant sur la pierre de la table sommaire en grimpant dessus. Orion reporta ses yeux bleus sur lui, persuadé que le face-à-face ne serait que plus intéressant maintenant qu’ils se faisaient face, à une hauteur et une distance respectable l’un de l’autre.

Commença alors un court discours sur l’efficacité des hommes d’Athènes. En quelques phrases, Calaïs soulevait précisément tous les soucis et les inquiétudes qui s’étaient posées avant que la démocratie nouvelle ne se décide. Elle avait suscité beaucoup de nuits blanches et intenses en doutes. Mais voila quelques années qu’elle fonctionnait à merveille. Qu’elle semblait du moins. La tournure que prenait la cité n’était sans doute pas sans relation avec les récents changements politiques mais on ne pouvait pas blâmer une quelconque erreur de leur part tant qu’elle n’était pas prouvée. « N’a-t-on pas élu plusieurs hommes pour justement éviter ce problème ? Un roi impose ses volontés. Ici l’Assemblée est composée de tellement d’hommes différents. » Orion commença alors à faire quelques pas le long des tribunes, ne descendant pas pour autant. Son regard bleu restait fixé sur celui de Calaïs. Il fallait qu’il l’écoute. « L’équilibre est respectée. Athènes n’a jamais eu autant de prestige que depuis cette époque. Elle a prouvé ses forces et a surmonté tous les obstacles, toutes les guerres. » A ces derniers mots, il haussa un sourcil en sa direction tandis qu’une lueur de provocation victorieuse passa dans ses yeux clairs. Il sous-entendait bien sûr les batailles avec Sparte, remportées avec succès. « N’avez-vous cesse de prôner le pessimisme ? Pourquoi l’Assemblé échouerait-elle là où elle a justement réussi ? Voyez le progrès Aether. Ouvrez votre esprit. En êtes-vous seulement capable ? » Il stoppa net ses pas, se retournant vers l’intéressé. Orion croisa ses bras sur sa poitrine, couverte de son plastron. Leurs points de vue étaient si différents, si opposés. Voyait-on là la représentation des fervents croyants envers les nouveautés de la cité contre les éternels insatisfaits conscients que rien n’est invincible ? Le fils Icare en avait la nette impression et il ne pouvait alors s’empêcher de voir en cette rencontre, un enjeu qui serait certainement long à remporter.

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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Ven 3 Déc - 14:32


    Ombre et Lumière
    foi et colère...


Un lion en cage. L'image saisit tellement fort l'esprit de Calaïs qu'il cru déceler un éclat mordoré dans les yeux pourtant bleus de l'Athénien qui déambulait sur les tribunes sans le lâcher du regard. Il n'avait pas la démarche lourde d'un hoplite bourru, plaçait ses pieds de sorte à toujours avoir un équilibre, et, sans qu'il s'en rende surement compte à cause de l'habitude, il semblait avoir un œil à tout bien qu'il continuait de fixer celui qu'il voulait convaincre. Guerrier. Un léger sourire flottant sur ses lèvres, Æther le suivit des yeux, lui donnant toute son attention. Il doutait qu'il puisse lui apprendre quelque chose qui l'étonnerait vraiment, mais en tant qu'Athénien il devait avoir son mot à dire sur cette nouvelle démocratie. Ce qui, peut importait de qui ça pouvait venir, intéressait toujours Cal. Ne serait-ce que pour réussir plus encore à cerner le maître d'armes. Une des choses fondamentales que lui avait apprit son père était de bien connaitre ses ennemis. Orion en était-il un ? Il n'aurait su encore le dire, peu importait. Dans tous les cas il semblait agacer prodigieusement l'Athénien, ce qui lui l'amusait.

Tellement d'hommes différents. Beaucoup de places pour les traitres. Sérieusement... il croyait que toute sa belle démocratie n'était gouvernée que par des sages aux avis différents qui s'empresseraient de se mettre d'accord pour le bien de leur très chère cité ? Non. Impossible, il était loin d'être un idiot. Si penser que tous étaient torves et soudoyés était peut être exagéré, il y avait forcément un côté mauvais de la démocratie. Il y a toujours un côté mauvais, c'est le propre de l'homme que de vouloir diriger seul. Puis, il sentit Orion s'éloigner des vieillards en toge pour un sujet plus sensible. Si son sourire resta en place, il devint plus amer. Athènes et sa stupide arrogance depuis qu'ils ont gagné quelques escarmouches contre Sparte... Il y avait eu une mauvaise coordination, ou des mauvais éléments. S'il savait que les casernes n'étaient plus ce qu'elles avaient été il trouva l'assurance d'afficher un sourire moqueur qui montra ce qu'il pensait de ces prétendues victoires. Si l'heure était à Athènes, elle reviendrait bientôt à Sparte, et ainsi de suite comme il l'avait toujours été. Provoque, Orion, comme si tu pouvais me toucher.

    « Oui, pourquoi échouerait-elle ? » répéta-t-il d'une voix narquoise « Après tout, si les poètes se mettent à gouverner, le monde ne peut qu'être paix et puissante harmonie. »


Pessimiste. Il devait l'avouer, c'était souvent le cas. Ou en tout cas il cherchait plus souvent le mauvais côté au premier abord. La faille. Le démon. Ce qui était caché. Cal avait mis ça sur le dos de sa nature, comme quoi un demi-dieu ne pouvait pas fermer les yeux, c'était trop facile. Il y avait toujours quelque chose de dissimulé, la vie le lui avait apprit. Et ne pas savoir était au dessus de ses forces, alors, à chaque fois, il mettait le doigt sur ce qui faisait mal. Parfois, il se prenait à regarder les gamins insouciants avec envie. Il ne lui semblait pas que jamais il eut été capable d'insouciance. Ou alors c'était tellement loin.. En réalité tout avait basculé quand il avait trouvé son père, agonisant dans une mare de sang chez lui. Sentant ses pensées dériver dans ce sens là, il devint plus sombre, se ferma comme une huitre. Il eut envie de passer sa rage sur n'importe quoi. Sentit la colère lui monter au visage et ses muscles se contracter. Et sa langue devenir aussi tranchante que sa lame.

    « Et toi Attis » commença-t-il d'un ton qu'il eut du mal à ne pas rendre purement mauvais. « Abandonnerais-tu ce glaive que tu semble plus chérir qu'une femme pour la plume et le menton gras des autres de ta cité ? Ce n'est pas que l'âge te rattrape, mais il semble que la ..» il fit mine d'hésiter sur le mot en grimaçant « .. sagesse s'accompagne d'une forte attirance pour la table. Plus que pour la démocratie souvent. » une lueur passa dans ses yeux d'ambre. Provoquer, faire mouche, toucher à ce qu'il ne faut pas. « Et bonne chère a besoin d'argent... L'ouverture d'esprit de ceux là ne fait aucun doutes. »


Il éclata d'un rire haut qui aurait pu être contagieux s'il n'avait eu ce tranchant et décala l'une de ses épaules vers l'arrière, félin. Brusquement, il eut envie de jouer. Le jeune homme pencha sa tête sur le côté en plissant les yeux, comme s'il avait vu quelque attitude qui trahissait les sentiments du maître d'armes. En vérité, il avait rarement vu quelqu'un d'aussi impassible. Ou du moins il était impassible mais on sentait qu'en dessous ça bouillait. S'il aurait été incapable de dire en le regardant dans quel sens les sentiments d'Orion allaient, il était certain qu'il cogitait dur. Je lui fais pitié et je l'agace en même temps.. Parole de croyant ! Comme s'il avait la moindre chance de comprendre.

    « Que t'arrive-t-il Athénien ? Pourquoi se crisper, tu n'en fais pas partie, n'est ce pas ? »


Bien sur que non. Sourire mi blasé mi narquois aux lèvres, le Spartiate fit pourtant mine d'en douter. Comme si, d'eux deux, c'était Orion le plus à craindre niveau honneur et toutes ces foutaises. Oh il avait sa fierté, mais pas celle, conventionnelle de la veuve et l'orphelin que devait se plaire à défendre le maître d'armes, plus poussée. Plus centrée aussi.

    « C'est dans la cité des fleurs que nait la vermine. » susurra-t-il en le fixant avec insolence.


[ Désolée pour le temps ._. j'met un peu d'action (a) *PAN* ]
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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Ven 10 Déc - 20:54


CALAÏS & ORION ♣

L’ouverture d’esprit, un bien grand mot dont la notion demeurait différente selon la personne qui l’abordait. Une lucidité du regard dont un étranger sceptique tel que Calaïs n’était pas capable aux yeux bleus d’Orion. Son père serait-il satisfait de voir apparaitre tant de mépris sur les traits durcis de son fils qu’il avait tenté de canaliser durant de longues années avant de quitter la demeure familiale, croyant avoir accompli son devoir ? Certainement qu’il ne le serait pas. La tolérance si sagement prônée gardait-elle ses valeurs premières lorsqu’on faisait face à un tel aveugle ? Affrontant le jeune homme d’une expression à la fois intéressée et dédaigneuse, le battement de son cœur reflétait avec amertume la colère qui s’emparait douloureusement de l’esprit du maitre d’armes. Ces pierres ne représentaient-elles pas elles-mêmes l’accomplissement de la grande Athènes ? La mauvaise foi d’Aether était telle qu’il ne pouvait pas voir ce qui s’agitait sous ses yeux aveugles. Le convaincre d’une croyance qu’il haïssait avec ferveur et fierté relevait d’un challenge qu’Hercules lui-même n’aurait pas triomphé haut la main. Le combat de l’esprit avait toujours été plus ardu et plus miné que celui du corps. Les orateurs, assis il y a peu encore sur ces bancs de marbre, jouait de cet art avec brio et quand bien même leur discours avait séduit la plupart des Athéniens, quelques-uns demeuraient encore et toujours insensibles à leurs paroles rassurantes. Si Orion maitrisait ce dernier, il allait certainement devoir mettre sa patience à l’épreuve en ce qui concernait cette discussion implicite entre les deux jeunes hommes. « La poésie s’arrête là où commencent les discours. La différence est telle que l’une séduit l’âme alors que l’autre conquiert les cœurs. Cet art ne semble pas plus vous toucher que la musique n’est certainement douce à vos oreilles. » Cette voix arrogante l’agaçait dans sa condition de pieux Athénien élevé dans les traditions les plus ancestrales qu’elles se montrent aujourd’hui désuètes ou respectées. Les Spartiates pouvaient-ils seulement se vanter d’avoir reçu une éducation spirituelle ? L’art de la guerre et de la cruauté qui faisait leur réputation se comptait-elle seulement comme une valeur à proprement parler ? Orion en doutait fortement. Profondément vexé qu’un homme qui avait joui de ce que lui offraient les lieux puisse encore en critiquer les fondements, il était clair que son impassibilité s’en retrouvait décimée par les affres du courroux. Un jour, le destin réunirait-il ces deux hommes adversaires ou bien Arès continuerait-il de les séparer dans une haine inconnue qui alimentait leurs ardeurs respectives ?

Si par malheur, un inconnu s’infiltrerait-il entre les colonnes, sans doute serait-il surpris de l’atmosphère tendue qui s’était tissé tel un lien fragile entre Calais et Orion. Ces derniers se faisaient toujours face, se scrutant l’un l’autre comme à la rechercher de la faiblesse fatale. Les mots de Calaïs résonnaient à l’esprit de l’homme comme des coups tranchants qu’une lame acérée aurait exécutés. La moquerie du ton n’égalait tout juste pas les provocations orales. Avait-il seulement osé proférer de telles accusations lorsque les intéressés s’étaient encore tenus autour de cette table, à débattre des décisions importantes qui concernaient leur avenir ? Bien sûr que non. Avait-il seulement une fois eu le cran d’abattre ses hérésies sur l’agora au risque de recevoir les blessures et la vengeance des citoyens qui occupaient la place toute la journée. La démonstration d’un soi-disant courage spartiate demeurait encore inexistante, et sans doute aurait-il fallu plus pour qu’Orion perde son calme. Malgré lui, son visage se déformait dans une grimace désagréable tandis qu’il cracha d’une voix pourtant monotone : « La sagesse est innée. Tu ne peux renier les philosophes qui ont fondé notre civilisation tout autant que les actuels décideurs qui s’attèlent à notre prestige. Chacun a sa place. La mienne est aux armes tout autant que la tienne n’est certainement pas au sein de cette communauté. » Le rire glacial de l’étranger eut pour effet de faire glisser un long frisson lancinant le long du dos d’Orion. Il n’aurait pas eu son plastron pour le couvrir qu’il aurait été persuadé de sentir le froid d’une lame glisser le long de sa peau basanée. Là était son but. Rendre ses mots aussi incisifs qu’une lame vicieuse et quand bien même il accordait peu de chance à Calais lors d’un duel en bonne et due forme, il ne portait aucun doute sur sa capacité à frapper avec mesquinerie dans le dos comme la lâcheté d’une prédateur des bas-fonds. Son apparence traduisait sa perfidie et si Orion ne contenait pas ses comportements parfois trop impulsifs, n’aurait-il pas hésité à cracher à ses pieds pour démontrer le profond irrespect qu’il prêtait à son égard. Donne à ton ennemi l’illusion d’avoir le dessus mon fils. Laisse-le cracher son venin jusqu’à ce qu’il ne demeure aussi inoffensif que l’agneau menacé.

Que lui arrivait-il ? Orion ne répondit rien. La réponse relevait de l’évidence tout autant que ces deux-là ne s’étaient pas réunis afin de discuter beau temps et friperies. Le maitre d’armes n’avait jamais expliqué le profond ressentiment qu’il ressentait envers Calaïs mais plus celui-ci parlait et parlait encore –paroles futiles dont il n’avait guère l’habitude-, plus de nombreuses raisons apparaissaient à son âme comme des réponses venues des divinités. Bien sûr qu’ils se détestaient. Fallait-il vraiment en résumer les raisons ? C’est dans la cité des fleurs que nait la vermine. L’insulte fut nette, tranchante et douloureuse. Sa nuque subit le coup tandis que ses poings suivaient le mouvement de ses yeux qui se fermaient dans une profonde inspiration. Si seulement on ne lui avait pas enseigné la maitrise de soi, Icare ne lui en voudrait d’asséner à cet avorton une droite bien contrôlée. Cette idée malsaine apaisait doucement la douleur spirituelle d’Orion alors qu’il reposait un regard assombri sur Calais. Qu'Athéna lui apporte la sagesse et l'indifférence et qu'Apollon daigne enfin ouvrir sa lumière à l'esprit confiné du Spartiate. Pour le bien de tous. « Tout autant qu’elle attire la vermine. Dis-moi ton père était-il si incapable qu’il a omis de t’en enseigner la bonté ou l’affabilité ? Sans doute les raisons de sa mort demeurent aussi obscures que ses activités. » Terrain glissant et dangereux. Sujet mesquin et blessant. Orion n’avait eu vent que de simples rumeurs comme tous les autres à propos du paternel d’Aether mais il semblait que ce flou l’amusait alors. La corde sensible du roc se trouvait-elle là ? Suppliant intérieurement le pardon de la grande déesse pour sa fourberie, il se risqua à descendre une seule et unique marche pour se rapprocher alors de Calaïs. Décèle les faiblesses. Et attaque.


C'est pas top j'espère que ça te va. ><"

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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Lun 3 Jan - 20:07

    Did someone said rough ? I say quick wit (:

Entendre Orion parler de poésie et de musique lui faisait a peu près l'image d'un ours dressé offrant une fleur à une passante, guidé par son maître et par les bonnes manières qu'on lui avait enseigné. A grands coups de bâtons. Retenir le rire qui rêvait de sortir de sa gorge avait été bien difficile. Comme tu parles bien poète, qui croirait que la lame qui pend à ton côté sert pourtant à éduquer les futurs guerriers d'Athènes. Si tu te bas aussi bien que tu parles il faut croire que le nombre des Athéniens et de leurs alliés explique seulement leurs victoires. Évidemment, Athènes avait aussi ses guerriers de légende. Mais à savoir s'ils avaient réellement été éduqués dans Athènes et pas simplement ralliés à sa cause par les guerres précédentes et les alliances... Cal en doutait fortement. Chacun a sa place. La mienne est aux armes tout autant que la tienne n’est certainement pas au sein de cette communauté. Le Spartiate éructa un rire bref et grinçant. Ses yeux brillèrent et son sourire devint carnassier.

    « Ma place est là où je veux être, ami. Si je veux rester dans cette communauté j'y resterais. » il fixait avec insolence l'Athénien. « Qu'elle m'accepte ou pas m'importe peu. »


Le spectacle que lui offrait Attis avait quelque chose d'amusant. Depuis le début, il avait perdu beaucoup de son indifférence. La rage bouillait dans ses veines, ça se voyait. Ne serait-ce que par ses mots qui prenaient des accents soit trop contrôlés et donc peu naturels, soit trop froids pour pouvoir le nier. Le maître d'armes ne mordit pas au premier hameçon, au grand plaisir d'Æther. Sa réaction face à l'insulte n'en fut que plus grande. Il avait surement du penser, il n'a rien d'autre en réserve ? Ooh regarde Athénien, comme tu déteste voir tes positions trembler. Passant lentement sa langue sur ses lèvres d'un air moqueur, Cal sentit son sourire grandir de plus en plus alors que l'autre fermait les yeux, poussé à la limite du supportable. Un éclat de rire silencieux s'échappa de la bouche du Spartiate qui n'aurait manqué le spectacle pour rien au monde. C'était décidément trop facile. Il prit une inspiration et le jeune homme perché sur la table su qu'Orion allait répliquer. Parfait. Essaye Athénien, c'est en tombant qu'on apprend à marcher.

    « Tout autant qu’elle attire la vermine. » Oh c'était fin ! Cal haussa les sourcils, le même sourire narquois aux lèvres. Allez Orion, tu peux faire mieux.. « Dis-moi ton père était-il si incapable qu’il a omis de t’en enseigner la bonté ou l’affabilité ? Sans doute les raisons de sa mort demeurent aussi obscures que ses activités. »


Ne bouge pas. Ne bouge surtout pas, reste comme ça. Ne lui fais pas ce plaisir. Se mordant la lèvre inférieure, Calaïs garda son sourire. Difficilement, mais il se fit violence. A force de porter un masque, il était aisé de l'afficher même dans les pires circonstances. Subtil. Très subtil Attis. Un, c'est celui qui dit qui est, aurait surement été du même niveau. Pas sur qu'il eu été aussi blessant. Reprend toi ! Il mettait trop de temps à répondre, l'autre aurait surement fait ses propres conclusions avant même qu'il ait le temps de le remettre proprement à sa place. Lentement, il laissa retomber son sourire pour qu'il devienne plus mauvais. Ne lâcha pas Orion de ses yeux d'ambre. Le poète paierait pour ce qu'il avait dit. Personne, personne ne parlait de son père ainsi. Un rire bref et cynique s'échappa soudainement de ses lèvres et il parvint facilement à se convaincre soit même que ce qu'il avait dit n'était pas seulement terriblement bas, mais simplement de la stupidité la plus élémentaire qu'un Athénien pouvait débiter, comme à son habitude.

    « Quant au tiens je suppose qu'il a oublié de t'enseigner le respect qu'on doit aux morts. Tu sais ce qu'on dit, on se sent toujours bien là où on est entouré de nos semblables. » Crève, ordure. « La bonté ? Aurait tu besoin de charité Orion ? A quel moment ai-je été cruel avec toi qui t'aie mis dans un tel état de perdition ? Que je puisse me faire pardonner. » déclara-t-il doucereusement sans le lâcher des yeux. « Allons poète, cesse de chercher des mots, de toute évidence ta muse te boude, il faut croire qu'elle avait mieux à faire. Dénouer ses cheveux.. Cueillir des herbes sauvages peut être ? » il soupira et fouilla dans une bourse accrochée à son côté. « Pour ce qui est de ma pitié, tu as de la... Non, j'ai de la chance de pouvoir te donner ceci. » d'un geste aussi insolent que ponctué d'un sourire conciliant il lança deux pièces de bronze qui allèrent tinter à ses pieds. « Avec les compliments de Sparte. »


Sa main décrivit quelques arabesques tournoyantes alors qu'il s'inclinait avec toute l'arrogance dont il était capable. Yeux dans les yeux. Il aurait pu parler de tellement de choses, Orion n'était qu'une faille. Sa fierté et son orgueil bombés sur son torse musclé n'étaient que des ouvertures où s'engouffrer était facile. Comme la rouille perce le fer, il le briserait. Au fer de lance des hoplites de Sparte.

Comme pour le provoquer d'avantage, Orion avait descendu une marche. Dans la même optique, il s'accroupit souplement, pencha sèchement la tête sur le côté en observant la colère du maître d'armes, un air curieux accroché à son visage angélique. Il aurait pu l'être, d'une beauté pure et enfantine si un simple sourire heureux et calme l'avait jamais traversé. Si Cal souriait, c'était toujours d'une manière narquoise, comme s'il se riait de la vie elle même. Ses yeux d'ambre ne reflétaient à présent que l'envie de plus en plus forte de croiser le fer avec ce balourd d'Athénien. Mais avant, il devait encore le provoquer. Il ne manquerait plus que la morale de ce cher petit Attis le rattrape en plein combat. La colère avait ça d'intéressant qu'elle chassait toute forme de logique loin, très loin. Rien n'aurait fait plus plaisir à Calaïs que de voir ce qu'Orion valait. Entrait-il dans l'infime partie des "guerriers" qu'Athènes avait bien formé ? Dans tous les cas, s'il y a bien un bâtard de poètes indigne de ses mièvres de parents, c'est bien toi Orion. Une lueur de folie éclaira le visage du Spartiate et sa main vola jusqu'à son poignard qu'il dégaina, lame en revers. Et il se mit à rire. Comme un dément, sans partir dans le machiavélique notoire du psychopathe de service, mais avec le genre de rire qui vous fait avoir la chair de poule à force de ne pas savoir pourquoi l'autre rit comme ça. Orion savait parfaitement pourquoi il riait. Il avait réussit à ne pas s'énerver face à l'insulte sur son père. Il avait gagné. Provocation. Se mordant la lèvre inférieure en sentant sa vue sembler devenir plus acérée grâce à l'adrénaline, Calaïs entendit l'appel du combat retentir à ses oreilles. Spartiate un jour, Spartiate toujours. Alors poète, on continue à faire gros muscles ou on prouve que ce n'est pas seulement du moulage ?
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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Sam 22 Jan - 18:19


CALAÏS & ORION ♣

Il n’avait pas sa place en ces lieux. Mais nulle part ailleurs n’accepterait l’impie homme mesquin qu’Aether s’amusait à afficher. Qui voudrait donc d’un étranger qui menaçait d’effondrer avec satisfaction chacune des piliers moraux de la cité mère ? L’immigration étrangère avait depuis longtemps démontré ses avantages et ses inconvénients. Quelle cité pouvait se vanter d’une telle variété de nationalités, et si elle asseyait également sa domination en matière de vente d’esclave, elle dépassait de loin les autres cités grecques dans l’intégration de chacun. Orion n’avait jamais renié les nouveaux venus, se complaisant à expliquer avec une certaine fierté à un jeune romain les bases d’un bon soldat. Il rencontrait parfois quelques gladiateurs qui aspiraient à la liberté tout autant qu’ils savaient faire de leur arme un prolongement surprenant de leur main. L’émancipation d’autrui ne l’avait jamais concerné puisqu’Orion n’avait jamais eu l’influence nécessaire pour pouvoir décider de l’avenir des âmes qu’il côtoyait. Mais lorsque son regard croisait les yeux ambrés d’un hérétique arrogant tel que Calaïs, était-il réellement possible de demeurer aussi ouvert qu’on l’aurait voulu ? Ce sarcasme débordant avait la douloureuse conséquence de réveiller chez Orion des défauts dont il s’était cru épargné : la fourberie, la rancune ou même l’accès de violence. Tous ces petits détails qui ramenaient l’homme à sa condition de simple pantin, qui rappelait au maitre d’armes à quel point il demeurait aussi vulnérable que les autres, quand bien même les combines de soldats n’avaient plus de secrets pour lui. Le plus grand péril demeurerait encore dans les contrées voisines qui, bien que depuis longtemps vaincues, alimentaient toujours à l’égard d’Athènes une rancune inébranlable. De toute évidence, la confiance n’était pas à remettre dans toutes les mains. « Je ne suis pas poète. » La remarque s’était échappée, cinglante et durement articulée. Si la patience n’était pas des meilleures vertus qu’il possédait, elle semblait l’avoir quitté pour de bon. Bien sûr que ni l’un ni l’autre n’avait jamais clamé de potentiels dons pour la poésie ou l’éloquence. Tout deux trainaient dans le même monde quand bien même leurs activités demeuraient opposées. Comment pouvaient-ils être si semblables et si différents à la fois ?

Chacun de ses mots tambourinaient la carapace matérielle et plus spirituelle d’Orion dans l’espoir de la percer. La simple évocation d’une muse qui n’existait cependant pas faisait apparaitre alors de douces images éphémères d’une chevelure d’ébène chatoyante ou bien d’une fine cheville qui se glissait dans une eau pure et limpide. Il ne connaissait rien de lui, était-il seulement capable de deviner l’allégresse qui l’enveloppait à l’image de sa propre muse qui portait des traits pourtant bien plus connus des habitants d’Athènes. Cette illusion disparut dans un voile de fumée quand un tintement de pièce parvint à ses pieds. Sans même prononcer un mot, les yeux bleus d’Orion glissèrent jusqu’aux quelques drachmes qui jonchaient le sol avant qu’il ne distingue la courbette hypocrite que Calaïs venait d’exécuter à son égard. Etait-il d’une nécessité absolue de poursuivre ces vaines provocations et ces moqueries tout aussi futiles qu’elles ne faisaient que frôler leur esprit avant de s’évaporer comme si rien n’avait été dit ? Devaient-ils continuer à se complaire dans une courtoisie qui ne dupait personne et dans des paroles qui n’étaient pas de leurs habitudes ? Amorçant un mince sourire visiblement réjouit, il inclina à son tour la tête en guise d’un salut mensonger : « J’ai toujours su que les Spartiates courbaient facilement l’échine, mais cette démonstration de docilité servile me surprendra toujours. »

Les immenses colonnes de marbre semblaient refermer leur emprise sur les tribunes qui n’avaient jamais connu pareille ombre. Alors qu’Hélios dominait encore ses propres terres athéniennes, ses rayons perçaient pourtant avec difficulté les pierres dominatrices du Pnyx. A l’image d’une arène chimérique, le silence était de maitre en ces lieux et seules les voix masculines des deux interlocuteurs résonnaient dans ce vide inquiétant. Leur timbre rauque, leurs paroles cyniques claquaient dans l’air comme l’annonce prochaine d’un duel. Le moindre de leur mouvement, le moindre frottement d’un pas assuré sur la poussière des sièges résonnaient tel un glas qui n’attendait que de faire entendre son éclat brutal. Cette atmosphère lourde qui devait pourtant paraitre familière à Orion l’enfermait plutôt dans un étau de nervosité, bien représenté par la mobilité de l’homme qui ne tenait plus en place. Les deux jeunes gens semblaient démangés d’une irrésistible envie de croiser leur lame, dans un profond désir de voir l’autre faiblir. Et pourtant, Orion se contentait de frôler de ses doigts abimés le manche arrondi de son glaive, toujours bien rangé comme l’ordre l’exigeait. Jamais encore, la lame n’avait rencontré le sang. La menace intimidait toujours les plus lâches et finissait par dissuader les plus coriaces lorsque la pointe s’infiltrait avec lenteur dans la peau si fine et si fragile des malfrats d’Athènes. Calaïs quant à lui était à la recherche de ce danger imminent, de cette montée d’adrénaline qui signait chaque combat. Néanmoins, la surprise d’Orion se lut sur ses traits endurcis lorsque ce dernier dégaina son poignard sans pour autant arborer un air menaçant. Recherchait-il vraiment le conflit ? Etait-il si stupide au point de vouloir se mesurer à l’une de ses machines qu’on formait à la guerre sans même se préoccuper des répercussions durables et pénibles qui hantaient l’esprit de quelqu’un comme le fils d’Icare chaque jour ? Soudainement, son regard s’écarquilla sous l’effet d’une ironie certaine qui montait jusqu’à sa gorge. C’est alors qu’à son tour, il ne put retenir un rire tout aussi franc qu’amer. Leurs rires presque à l’unisson, on aurait pu croire que tout était que mascarade mais enfin, le maitre d’armes acheva son rire. « Ne t’a-t-on jamais appris à choisir les adversaires à ta taille ? » Glissant une main dans ses cheveux, il considérait son rival avec un regard qui trahissait son impatience et son appréhension. Qu’allaient-ils advenir ? Levant les bras en croix, il descendit une nouvelle fois une marche alors que tous deux se rapprochaient inévitablement. Le regard défieur, la mine ricaneuse, Orion s’exclama : « Tu veux te battre Calais ? Je t’en prie donc, amusons-nous ! »

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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Ven 4 Mar - 22:23


mwahahahaha x'DD

Et il riait, il riait ! Cette mascarade allait continuer comme ça jusqu'à ce que l'un d'entre eux finisse par se prendre réellement au sérieux. Ou prendre l'autre au sérieux. J’ai toujours su que les Spartiates courbaient facilement l’échine, mais cette démonstration de docilité servile me surprendra toujours. Un éclat amusé traversa les yeux de Cal alors qu'il attrapait la remarque en pesant sa valeur, riant encore. Pas mal poète, on dirait que tu trouves tes mots... Un autre se serait demandé alors pourquoi il voulait se battre avec cet homme. Attis présentait toutes les qualités qu'un guerrier pouvait rêver, et Calaïs l'avouait bien volontiers : son caractère avait quelque chose de plaisant. Dur, froid au premier regard, puis plus profond et probablement amical dès qu'on creusait un peu. L'envie de creuser effleura l'esprit de Calaïs qui repoussa doucement l'idée en répondant au rire d'Orion. Non. Personne ne lui volerait ce combat là. Pianotant des doigts autour de la poignée en cuir de son poignard, le Spartiate inspira profondément, adorant l'atmosphère étrange qu'ils avaient établi autour d'eux, promesse silencieuse et lourde d'une suite explosive. Et bordel, elle allait l'être.

    « Ne t’a-t-on jamais appris à choisir les adversaires à ta taille ? » Parfait parfait. C'était parfait.
    « Plains toi à ta mère si elle ne t'as pas fait assez grand, poète. » cracha-t-il en sentant son sourire devenir plus narquois encore.
    « Tu veux te battre Calais ? » t'imagines même pas à quel point. « Je t’en prie donc, amusons-nous ! » Il sentait presque l'adrénaline lui faire perdre le contrôle de son rythme cardiaque.
    « Comment décliner une telle invitation ? »


Cet air qu'affichait Orion. Superbe de perte de contrôle de soi. Cal se demanda si le maître d'armes avait jamais eut un pareil sourire de toute sa petite vie de fils parfait. Sentant une pointe de fierté mal placée monter d'un cran en comprenant que c'était à lui qu'Attis devait ce changement - et seulement à lui, Calaïs, qui avait réussi à le faire sortir de ses gonds - le jeune homme fit siffler sa lame d'un mouvement souple du poignet, trahissant son habitude, fixa encore quelques secondes l'Athénien. La situation aurait-elle été différente si ils avaient été élevés dans la même cité ? Par la même personne ? Dans les mêmes mœurs ? Cesse de réfléchir Spartiate ! Démarrant au quart de tour, il eut le temps de courir sur une foulée, prendre son appui sur le bord de la table et dans son élan atteignit en même temps la première marche. Et si son père n'était pas mort ? Serait-il en train de galoper dans des champs de blés, rentrant au plus vite à la maison pour aider Laërte à s'assoir sur un banc de marbre alors qu'il aurait eu du mal à plier les genoux ? Deuxième marche. Aurait-il une femme ? Aurait-il eu jamais la connaissance de cet orgueil qui lui bouffait le ventre et qui l'avait empêché d'aller avouer la vérité à celle qu'il avait, il lui semblait des siècles auparavant, aimé ? Troisième marche. Aurait-il jamais cultivé la même haine sombre à ces dieux ingrats et jaloux de sa nature ? Ces putains de dieux, égoïstes, mauvais, vicieux, infects, consanguins et corrompus qu'il aurait voulu voir rabaissés plus bas que terre par des humains qui auraient comprit à quel point ils leurs étaient supérieurs. En quelques pas il avait réussit à alimenter sa haine, sa peur, sa douleur et sa déception comme on attise un feu en ajoutant toujours plus de bois sec. Il avait toujours été bon à ce petit jeu. Et cette haine viscérale était à présent dirigée vers un seul être, de chair et de sang celui là. Orion Attis. Terriblement accessible. Si proche, si proche. Si facile à détruire pour apaiser un peu ce feu qui lui brûlait les entrailles et avait fait tant de fois rougir ses yeux. Il paierait pour les autres. Qu'est ce qu'un simple humain pouvait faire contre un demi dieu ?

Dans un dernier bond, le Spartiate abattit sa lame avec toute la force et la rapidité que son bras pouvait lui donner. Elle ne rencontra que le vide, là où Orion s'était tenu une seconde auparavant. Ignorant l'échec, Æther profita de l'occasion pour reprendre son équilibre en instant, cette fois ci au même niveau que l'Athénien. Il avait été plus haut que lui lorsqu'il était sur la table sans qu'il ne se sente à aucun moment menacé sous ces yeux bleus, mais à présent qu'il était face à lui, en égal, il n'était plus entièrement sur de sa supériorité. D'un autre revers de lame devant lui, il entailla cette conviction qui s'affaissa à ses pieds sans oser repointer le bout de son nez un seul instant dans son esprit. Attis perdrait. Parce qu'un pauvre crétin de croyant ne pouvait pas rivaliser contre la puissance écrasante de l'hérésie.

    « C'est à ce moment là que tu te rends compte que jamais tes putains de dieux ne se remueront le cul pour sauver ta peau. » serrant les dents dans un rictus, il continua, hargneux et tranchant. « C'est à ce moment là que comme tous les autres crétins à cornes de ton espèce tu leur pardonne parce que ils ont autre chose à faire de leur petite vie de gamins gâtés. » autre coup de lame dans le vide. Chaque mot important sifflait comme l'acier de son poignard, appuyés, soulignés. « Et évidemment parce que ça te fais te sentir immensément humble, et par la même occasion devenir aussi arrogant que ce que tu te plais à me reprocher. » il marqua une pause, comme s'il réfléchissait. Reprit, avec ce même sourire mordant. « Regarde toi Attis ! Avant de cracher sur les autres. A moins que ton propre reflet ne te sois déjà trop insupportable. »


Et il remonta sèchement le poignard de bas en haut, visant le plastron luisant de l'Athénien qu'il rêvait de parer d'une longue estafilade.
Avant de s'attaquer à son possesseur.
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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Mer 9 Mar - 23:32


CALAÏS & ORION ♣

Pas assez grand… La grandeur ou la taille d’un homme avait-elle seulement à voir avec sa capacité venue sur le champ de bataille ? Dans d’autres univers bien plus pragmatiques, le plus grand des hommes et le plus âgé serait reconnu le meilleur des guerriers et le plus digne des hommes. La hiérarchie s’établirait d’un seul coup d’œil et aurait-on encore besoin d’une armée protectrice ? Cette supériorité aurait pu remédier à tous les conflits entre peuples et les divinités n’auraient plus trouvé leur compte dans les bas mondes grecs. Et pourtant, dans ces temps antiques, il y avait des exceptions. Orion lui-même atteignait une taille plutôt raisonnable pour un homme qui maniait aussi bien l’épée mais il osait espérer qu’un tel fait ne retenait pas Arès de le faire rejoindre ses rangs de prestige à côté desquels se pressaient les légendes immortalisés dans le marbre ou dans le papier. Pouvait-il seulement imaginer que cet avorton qui lui faisait face, cet hérétique borné et insensible, ce Calaïs Aether était-il capable d’apporter la mort avec la pointe de cette fine dague ? Si la loyauté d’un soldat ne se reflétait pas dans son regard assassin, il y demeurait pourtant une rage de vaincre tout ce qui se rapportait de loin ou de près à la pieuse Athénienne. Et à cet instant précis, il mourrait d’envie de retirer de ce visage juvénile cette arrogance écœurante. Le sang tambourinait peu à peu à ses oreilles, nouvelle essence d’une énergie inconnue. La raison du professeur laissait place au simple Athénien qui ne résistait pas à la joute. La dite tolérance que quelques esprits fous prisaient chaque jour dans les rues de l’agora l’avait quitté au prix d’une soudaine violence qui excitait chacun de ses muscles en éveil, prêts à se muer dans un duel. Etait-ce dont ça que chacun de ses frères ressentait lorsqu’il était sur le point d’engager la bataille ? Cette allégresse malsaine, la partageait-il ou bien n’était-ce que le fruit de cet rencontre toute aussi malsaine ? Calais ressentait-il la même chose alors qu’il lui semblait accepter cette invitation à l’affrontement ? Orion ne pouvait en être sur, toutefois, il sentit un sourire sournois se poser avec arrogance sur son visage. Ils étaient les mêmes en cet instant : deux hommes fous qui se haïssaient. Aucun différent ne les séparait si ce n’était la conception du monde. Aucun mensonge ou secret ne les éloignait à jamais, ils étaient simplement réunis par la même envie de voir l’autre s’échouer au sol comme le gibier que les archers abattaient au premier tir. « Que ces tribunes deviennent le théâtre d’une toute nouvelle représentation alors. »

Alors que Calais avait soudainement réagi, Orion lui demeurait immobile. Le visage de son adversaire se déformait peu à peu dans une haine et une détermination à faire pâlir le plus lâche des citoyens. Quant au maitre d’armes, son esprit alors connaissait le plus grand des dilemmes. Etait-il l’homme ou le soldat ? La tactique ferait-elle ses preuves face au plus fourbe des agresseurs ? Devait-il céder à la même violence viscérale qui rendait les combats de rue d’une horreur sans nom ? Devait-il faire couler le sang ou bien faire évaporer la vie ? Plus Calais s’approchait de lui, plus ses yeux azurs s’enflammaient d’une lueur inquiétante. Il ne bougeait pas, ses pieds ne se préparaient même pas à fuir. Seule sa main s’était lentement abaissée, rencontrant avec assurance le manche rond et glacial du glaive qu’il portait à sa ceinture. Elle le rassurait, comme le signe annonciateur de la victoire. Elle n’avait jamais réellement servie, était-elle seulement capable de se battre ? Une lame fendit l’air. D’un mouvement agile et pourtant de justesse, Orion s’était écarté de quelques pas, manquant de peu de rencontrer la lame meurtrière. Calais avait-il seulement déjà tué quelqu’un lui-même ? L’air se fendit de nouveau. Si autrefois il avait été convaincu de cet être beau parleur mais inoffensif, il semblait qu’il se trompait maintenant. Toute son assurance de la victoire s’effondrait en des doutes dévorants mais il ne renoncerait pas. La leçon allait être donnée, peu importe les moyens employés.

Ces mots résonnaient à ses oreilles et fendaient l’air comme le plus grand des blasphèmes. Les critiques n’étaient plus, dépassant alors l’entendement d’un homme sain d’esprit. Hélios n’avait perdu de son éclat mais il assénait alors aux grandes colonnes une ombre ravageuse, témoin de son agacement. Orion fixait avec intensité la dague de Calais qui s’agitait dans tous les sens comme à la recherche du liquide vital qui habitait chaque corps. Il ne parvenait pas à réfléchir à ses interrogations, les mots de son paternel Icare ayant remplacé celui de son rival. Des leçons ancestrales, des conseils, des recommandations. Il était en face du fait, il ne pouvait plus reculer. Au moment même où la menace céda à l’attaque, Orion eut tout juste le temps de dégainer son glaive qui servit d’obstacle à la blessure proche. Sans toutefois l’avoir désarmé, il planta ses pieds fermement sur le mince chemin de marbre qui servait de banc aux politiciens importants. Il ne devait pas attaquer pas maintenant, avait-il seulement le temps d’étudier ? Se redressant, Orion fit tourner pendant quelques secondes son glaive. La différence de la taille des armes était non négligeable mais devait-on rappeler que la taille n’était en rien gage de la qualité de son possesseur ? « Je n’ai nul besoin de cracher sur les autres. Tu te complains toi-même dans ta misère, sale gamin. A force de blasphémer ceux qui t’offrent la vie chaque jour, tu te craches toi-même, tu t’enfonces dans une fange dont tu ne peux t’échapper. » Un regard entendu puis un nouveau sourire. « Ne t’accorde pas l’importance de ces Spartiates que nous avons vaincu. Ne t’accorde pas l’importance d’un citoyen ou même d’un homme. Tu n’es que la sous-race que l’on tolère, parce qu’elle ne fait que nous rappeler nos véritables valeurs. » Ces mots dépassaient-ils sa pensé ? Lui seul le savait. Sans même le vrai désir de lui nuire, il élança son pied dans un coup franc qui atteignit le torse de Calais. Un simple déséquilibre qui lui permit de descendre de cette banquette polie. D’un saut, ses pieds rejoignirent le sol. Il lui tournait à nouveau le dos mais la simple ivresse de se sentir aussi vivant manqua de se sentir défaillir. Orion se retourna. Il se découvrait alors une insolence qu'il aurait autrefois rejetée. « Je n’ai pas de temps à perdre, je t’accorde déjà un peu de divertissement, met-y du tien. »

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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Ven 11 Mar - 16:43


    Don’t wake me up just to break me down,
    the vein is cut, there’s no stopping now.

Oh, comme l'humanité chez certains pouvait s'évaporer en quelques instants. Ces hommes là, fiers de leur droiture, pensant être au dessus des autres qui ne suivaient pas leur chemin, comme Orion venait lui même de le souligner. Ces hommes là. Ils n'étaient que des brutes. Cachées la plupart du temps derrière des manières, certes, mais des brutes. Aussi barbares que ceux qu'ils se plaisaient à appeler ainsi. Dans un éclat de métal, la lame de Calaïs se trouva bloquée par celle de l'Athénien, vivement dégainée. Le crissement de l'acier contre l'acier raisonna dans la tête du Spartiate, remontant à la surface des souvenirs de combats qu'il n'avait pas déterré depuis des lustres. La sous-race que l’on tolère. Parle pour toi, humain. S'il savait ! Nul doutes qu'il aurait immédiatement baissé les bras et se serait enfuit en courant. Quelqu'un de normalement constitué l'aurait fait. Qui a jamais pensé qu'Orion a, un jour, été convenablement fini ? S'il y en avait, ils étaient aussi stupides que lui.

Alors qu'il partait en avant pour dégager sa lame et la faire encore fendre l'air, il fut surprit par la soudaine réactivité d'Orion. Avant qu'il ne puisse être totalement hors d'atteinte - et il devait l'avouer, sans qu'il s'y attende réellement - un coup de pied le cueillit sur le torse, le faisait reculer de plusieurs pas. Un rictus se dessina sur ses lèvres. Il n'était pas rageur, mais cette erreur grossière s'écrasa sur sa tête comme si c'était elle qui avait reçu le coup. Imbécile.. Et l'autre qui se pavanait comme un paon ! Cal sentit un sourire mauvais étirer ses lèvres. Comme si il ne lui donnerait pas du mal. Sur ça, le Spartiate était certain qu'il avait tord. Il n'était pas le premier gros bras sur de lui à se battre contre lui, et si il ne pouvait pas rivaliser face à la musculature importante du maitre d'armes il savait qu'il se battait bien. Voire très bien. S'il ne faisait pas de conneries. Et face à ce genre d'adversaires elles étaient fatales. Avec la fine couche de sable qui recouvrait la marche elle n'avait rien d'un sol très praticable. Ses épaules partant en arrière, il chercha un appui qui se déroba sous son pied dans une gerbe de sable. Retenant un juron, il se laissa tomber en arrière, roula sur son épaule et atterrit souplement sur ses chevilles, le poignard déjà prêt à contrer une attaque qui ne vint pas. Le temps qu'il reprenne son équilibre, l'autre était au sol, le dos tourné. Comme s'il n'avait rien à craindre. La violence de l'image d'une flèche se plantant entre les deux omoplates de l'Athénien fit tourner la tête à Cal qui resta sur la marche, les pieds cachés par le nuage de poussière opaque qu'il avait soulevé en se rattrapant. Envie dévorante. Dans un silence feutré, il se redressa et fixa l'Athénien de ses yeux d'ambre.

    « Je n’ai pas de temps à perdre, je t’accorde déjà un peu de divertissement, met-y du tien. [/color]» Ah. Éclat de rire.
    « Pour une fois tu as raison poète, je vais adorer raconter à tous comment le maître d'armes s'est fait battre par l'étranger. » répondit-il narquoisement. Il leva les yeux au ciel, faisant mine de réfléchir une seconde, braqua de nouveau ses yeux fauve sur son adversaire. « A moins que je ne préfère le garder pour moi, et à chaque fois que je croiserais ta face de perse ta honte sera plus grande encore. Magnifique. »


Son sourire aurait pu l'être, si n'y avait pas eu cette lueur de sauvagerie au fond de ses yeux. Se fendant en avant, le jeune homme lança son bras et la lame siffla à son extrémité, filant vers le côté droit d'Attis avec force et vitesse. Une fois de plus l'acier bloqua sa lame mais il s'en fichait : ça n'était pas son but. Un sourire narquois au visage, le Spartiate releva le coude gauche qui alla s'écraser contre la joue de l'Athénien. Bruit mat de l'os contre l'os. Donner un coquard à Attis serait juste purement jouissif. D'un coup d'épaule il força l'homme à reculer et fit de même d'un pas, lacérant l'air devant lui d'un coup de poignard, un rire moqueur faisant briller ses yeux et augmenter son rythme cardiaque. Oh que oui il se moquait de lui, il fallait bien que quelqu'un dans cette cité le fasse si Orion voulait pouvoir comparer la différence entre ceux qui l'aimaient - et il devait y en avoir - et ceux qui, au contraire, rêvaient de le voir mordre la poussière. Provocant l'autre d'un haussement de sourcils, sourire éternel aux lèvres, Cal continua. Parler ne le fatiguait pas, ils n'étaient pas suffisamment haut dans les grades de la colère pour ne pouvoir se comporter encore, un tant soit peu, comme des hommes. Se déplaçant en laissant trainer légèrement ses pieds sur le sol poussiéreux du

    « Regardez le... il pourrait presque se vanter d'être un homme dans la seconde qui suit. Tu m'as l'air un peu frileux Attis, as tu jamais réellement tenu cette lame là face à autre chose qu'à des gamins ? Évidemment, quand on se satisfait de surpasser des garçons de 16 ans qui apprennent il est facile de se monter la tête. A quoi ? A grands coups de mensonges Attis.. à grands coups de mensonges. » un grand sourire carnassier étira ses lèvres. Il était peut être le moment de réveiller le lion, si jamais lion il y avait eu. « Ce n'est pas avec ça que tu rentreras dans le rang Attis, si c'est la seule chose que tu as pu montrer a tes pairs je comprend qu'ils ne t'aient pas choisit. Qui voudrait d'un fils raté pour protéger la belle Athènes ? Tu ne feras jamais le poids, poète. »


Se déplaçant en laissant trainer légèrement ses pieds sur le sol poussiéreux du Pnyx, Cal tournait autour de l'Athénien sans le lâcher un instant des yeux, prêt à réagir à tout moment, à toute réaction. Et réaction il y aurait.
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MessageSujet: Re: Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]   Dim 20 Mar - 20:25


CALAÏS & ORION ♣

La provocation devenait le maitre mot. Le maitre mot d’un affrontement qui n’avait été que trop retardé. Le maitre mot d’une haine jusqu’alors dissimulée, de deux mondes qui s’étaient tournés autour tels des prédateurs sans toutefois oser se sauter à la gorge. La provocation s’infiltrait, elle devenait la maitresse des armes qu’ils tenaient fermement en main et l’amante ingrate de leurs langues déliées. Quel citoyen qui se serait glissé entre les colonnes de marbre aurait pu un tant soit peu reconnaitre l’un d’eux. Demeuraient-ils encore les hommes qu’ils s’efforçaient d’incarner alors dans les rues étroites de l’agora ? Orion et Calaïs n’était alors que le reflet de deux peuples pourtant frères de terres qui ne s’étaient jamais supporté. Alors qu’on vantait les mérites des héros légendaires, les exploits spartiates et les victoires athéniennes gonflaient davantage les poitrines d’orgueil. Il lui tournait le dos, comble du mépris qu’il éprouvait envers lui. Quand on faisait face à un adversaire digne de ce nom, il fallait demeurer les pieds ancrés au sol, prêt à se mouvoir à la moindre attaquer. Il fallait étudier chacun de ses mouvements pour mieux pouvoir les défendre. L’adrénaline agitait son cœur et embrouillait son esprit, déclenchant certains frissons le long de son échine. Tout ça l’excitait à vrai dire. La perspective d’un duel caché aux yeux de tous mais spectacle aux yeux des divinités apparaissait comme un de ces désirs inavouables que l’on découvrait au même moment que l’on le vivait. Si une petite voix enfouie, une voix à l’accent masculin rappelant alors les tons autoritaires de son paternel tentait de percer son âme corrompue en de prodigues conseils, Orion était bien trop avide de cette future joute pour être en capacité de raisonnement mature. Toisant du regard Calaïs, il arborait ce sourire malsain qui ne cessait de s’accroitre au fur et à mesure que celui-ci parlait. Nul doute qu’il aurait pu faire ses preuves en tant qu’orateur mais simplement pour divertir la foule stupide avec ses affirmations démentes et son attitude prétentieuse digne du fils du Dieu le plus présomptueux des cieux eux-mêmes. Pointant Calaïs de son glaive, comme s’il ne craignait aucune offensive, il ricana alors : « Ne te prend pas pour un Dieu avant d’avoir atteint le pied du mont Olympe, Aether. Pour espérer me vaincre, faudrait-il encore que tu daignes te servir de ton couteau de chasse. » Une étonnante fierté qui ne lui ressemblait pas. Une invitation à se faire rouer de coups qu’il n’avait jamais osé alors prononcer. « Allons, nous n’avons pas toute la nu… »

Parler trop vite n’était pas annonciateur d’avantage. Tandis qu’un bruit métallique parvenait soudainement à ses oreilles, Orion eut tout juste la vivacité d’esprit de comprendre qu’on l’avait attaqué. A peine eut-il le temps de riposter qu’on lui asséna un coup sec contre sa pommette. Si une douleur nouvelle envahit peu à peu son visage, il trouva le moyen de repousser l’homme en face de lui. Il recula de quelques pas alors qu’une lame ravageuse fendait l’air devant lui à la recherche de la chair tendre et sanguinolente. Son glaive se tenait toujours fermement dans sa main droite mais tous deux savaient qu’un seul coup bien réfléchi suffirait à désarmer Calaïs. Non, il voulait que ça dure plus longtemps. Il aspirait à ce plaisir tordant que de voir l’adversaire s’échouer au sol plusieurs fois, de le sentir s’acharner sur lui sans qu’il ne parvienne toutefois à le toucher. Là était l’avantage : un soldat protégeait toujours l’essence même de sa vie –sa poitrine, son cœur- même quand il descendait au marché. Ce n’était que de la prudence à juste titre, surtout quand la vermine courait les rues. Orion en voulait encore. Qu’ils se battent comme les hommes qu’ils se prétendaient être ou bien comme des bêtes primitives, le résultait serait le même : il mordrait la poussière jusqu’à ce qu’il ne réclame la clémence. Il supplierait pour qu’on épargne sa misérable vie que personne ne regretterait pour autant. Qui en ces lieux respectables pouvait s’être entiché d’un tel énergumène ? Si le visage de la douce Dérae sembla apparaitre à ses yeux bleus l’ombre d’un instant, la vision en fut bien vite chassée avec véhémence. Rien n’était plus dangereux que la distraction, surtout quand elle prenait des traits féminins.

La poussière provoquée par les pas trainants du Spartiate s’élevait jusqu’aux narines d’Orion. Elle piquait ses yeux et se déposait sur sa peau déjà meurtrie par le sol du gymnase. En d’autres circonstances, n’importe quel individu aurait été déstabilisé par ses sens confus mais quand on foulait chaque jour le sol terreux des thermes, on apprenait à vivre avec et à supporter la moindre cendre qui brûlait chaque parcelle de peau. On ouvrit de nouveau la bouche et Orion se délectait toujours de cette mine caustique et ironique qui illuminait sauvagement et différemment son visage. Davantage connu pour l’affrontement plutôt que les paroles, Calaïs se sentait toutefois estimé de prêcher la morale au maitre d’armes et à lui rappeler combien de fois sa condition pouvait être discutable. Le sentiment de supériorité avait déjà bien altéré son jugement, peut-être se prenait-il pour de ses héros qui construisaient l’histoire ? Fallait-il encore qu’il en porte l’étoffe. L’attaque se porta cette fois-ci sur ses propres capacités en combat. Qu’y connaissait-il ? L’avorton avait-il seulement une fois foulé un champ de bataille ? Certainement que non. Il préférait encore se tapir dans les ruelles obscures et jouer les criminels de premier ordre. « Ces gamins sont les futurs glaives qui sauveront tes fesses le jour où Arès aura décidé d’éliminer les parasites qui souillent Athènes. » Son ton s’était fait plus dur, d’où on ressentait l’agacement certain. En tant que professeur, il tenait bien évidemment à ses adolescents qui aspiraient à un grand avenir. Peu d’entre eux y parviendraient mais il portait l’espoir pour chacun d’entre eux, à défaut d’en avoir encore pour lui-même… Et enfin, alors que ses yeux bleus suivaient avec attention chacun des mouvements circulaires de Calaïs, il sentit avec souffrance qu’on l’atteignait en plein cœur. L’œuvre d’aucune lame aiguisée cette fois-ci si ce n’était celle du propre reflet de sa faiblesse. La réaction fut si immédiate qu’il en eut le vertige. Poussant une soudaine exclamation de rage, il délaissa par erreur son glaive alors qu’il fonçait tête baissée vers Calaïs. Lorsque le sommet de son crâne toucha son estomac, il poursuivit sa course jusqu’à faire cogner son dos avec violence contre l’une des colonnes en marbre. Le bruit sourd résonna dans les tribunes mais il ne suffit pas à calmer la rage dévastatrice d’Orion. Se redressant juste assez, il asséna brutalement un coup de poing bien senti dans la mâchoire du spartiate, oubliant alors tout code et surtout toute protection. Semblable au lion, il cédait à la destruction. Semblable au lion, il en oubliait sa vulnérabilité.

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Il est des mondes qui se cotoient sans se comprendre [Orion ]

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