[T] La chanson des drachmes
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 [T] La chanson des drachmes

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MessageSujet: [T] La chanson des drachmes   Sam 18 Déc - 17:28

La chanson des drachmes
Diane Aphrodite & Néoptolème Maxence

C'est une journée comme une autre dans l'atelier de Stefanos. Le soleil s'est levé il y a trois heures, mais les employés travaillent déjà depuis plus longtemps. Une chaleur étouffante règne dans la grande pièce où s'entassent espaces de travail et esclaves suffocants. L'atelier résonne de bruits métalliques, de souffles profonds et de sons de bois. On se demande comment on peur travailler ainsi, dans d'aussi déplorables conditions. Habituellement, le propriétaire des lieux vient jeter un coup d'œil dans son atelier, quand il n'est pas parti vendre en dehors du quartier. Aujourd'hui, il fait si beau dehors et l'air est si agréablement doux que le marchand préfère ne pas vérifier de tout. De toute façon, son petit protégé est là, à veiller au grain. Il lui est reconnaissant, pense-t-il, il n'osera pas aller contre ses ordres.
Néoptolème en a eu marre. Il fait trop chaud pour qu'il reste ainsi à s'échiner en vain. Il se tient adossé contre le mur, juste à côté de l'unique porte extérieure, celle de derrière. Cela l'étonnerait que quelqu'un ait envie de sortir par la fenêtre, aussi fait-il le guet devant la véritable issue. Les esclaves n'ont pas peur de lui... bon, si un peu quand même, mais pas de sa personne, plutôt de l'autorité qu'il incarne. Parce qu'autrement, il se considère comme "bienveillant" envers eux. Bien sûr, tout est relatif. Néoptolème n'est certes pas leur meilleur ami - Néoptolème n'a pas de véritables amis, à vrai dire - mais il se montre un peu compréhensif. Il a bien changé depuis le temps où il en possédait : il n'a jamais été un véritable tyran, mais jamais il ne les a vu comme des êtres humains, cela va de soi. Depuis qu'il travaille avec eux, il a plus ou moins changé d'opinion. Il se dit juste que leur vie est bien assez dure sans qu'il en rajoute une couche, mais cela ne va pas plus loin : si l'un d'eux crevait sous ses yeux, ça ne lui ferait pas le moindre mal. La vie d'autres personnes restent bien plus précieuses que la leur. Toutefois, il n'a pas envie de leur nuire non plus. Néoptolème ne sait plus très bien où il en est.
Le quartier, autour de lui, est grouillant de vie. D'autres ateliers, moins prestigieux que celui de Stefanos, et aussi moins coûteux, semblent vivre en diapason avec le sien. Les passants semblent heureux de vivre, ils rient, ils discutent, ils flânent sans se soucier du temps qui passe. Les yeux de Néoptolème s'assombrissent. Il y a quelques années encore, il aurait pu se mêler à eux. De potentiels acheteurs aux riches atours, couverts de bijoux étincelants, de breloques coûteuses, parfois suivis par une nuée d'esclaves portant quelque nouvelle acquisition dans les bras. Si on lui en donnait l'occasion, il leur montrerait ce que c'est, que d'avoir l'air majestueux sans être bien habillé. Il était riche, il a encore la prestance de son ancienne classe. Mais Stefanos ne voudrait pas, il ferait fuir les clients. Et lui-même n'est pas sûr d'avoir assez de confiance en lui pour réussir son effet. Maussade, il baisse la tête.
Son poing se referme violemment, il le serra tellement que ses jointures blanchissent. Ses ongles pourtant courts s'enfoncent dans sa paume mais il s'en fiche bien.


Un esclave vient le chercher, l'air moitié exténué, moitié paniqué. Allons bon, pensa Néoptolème. Qu'est-ce qui était encore arrivé ?
    « Une cliente ! souffle l'esclave. Une cliente très importante, même.
    - Et qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?
    - Stefanos s'est absenté... »
Néoptolème soupire. Il ne manquait plus que cela ! Devoir gérer une fichue vente auprès d'une quelconque nantie, tout ça pour ne même pas voir la couleur de son argent, cela l'énerve au plus haut point. Mais il faut bien que quelqu'un s'en occupe, alors forcément, ça va tomber sur lui. Il se dégage du mur, ouvrant sa main légèrement sanglante et rentre dans l'atelier.
    « Néoptolème, tu as...
    - Je saigne, oui, je sais. Retourne à ton travail maintenant, ou j'en parle à Stefanos. »
L'homme acquiesce, une lueur étrange dans l'œil - lueur que Néoptolème choisit de ne pas interpréter. Il retourne ensuite docilement à son poste, et après un regard menaçant envers les travailleurs pour les avertir de ce qui pourrait leur arriver s'ils s'arrêtaient - bien que même s'il s'en rendait compte, il ne ferait rien pour les sanctionner - il prit la porte de devant pour se retrouver dans la boutique. L'endroit est très bien présenté, justement pour donner envie aux clients d'acheter. Chaque produit est soigneusement rangé, exposé de la manière le plus avantageuse possible, et discrètement surveillé par une sorte de vigile baraqué qui reste toujours dans le coin. Un grand comptoir en bois, très utile pour les transactions, trône vers le mur du fond, juste devant l'entrée. Entrée large et toujours ouverte, dans laquelle se tient une femme, visiblement une importante prêtresse. Une chose est sûre : ici, il fait beaucoup moins chaud que dans l'atelier, mais la température reste plus élevée qu'au dehors. Néoptolème a envie de soupirer, mais il doit faire bonne mesure. Il sourit donc de toutes ses dents et accueille la femme.
    « Bonjour madame ! En quoi puis-je t'être utile ? »
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MessageSujet: Re: [T] La chanson des drachmes   Dim 19 Déc - 15:11

Mes offices terminés, la liberté s'offrait à moi. Comme à l'ordinaire, je sortis relativement tôt de la demeure de mon père. Cependant, la dispense du labeur ne m'empêcherait pas de remplir le devoir de toute bonne maîtresse de maison. Je ne négligeai pas plus ma maison que le temps de notre déesse poliade. Ainsi avais-je décidé de renouveler notre possession d'amphores, et tout particulièrement celles qui contenaient l'huile et le vin. A l'encontre de toute règle de prudence adoptée par l'aristocratie athénienne, je décidai également de sortir sans la compagnie d'esclaves. Je n'étais plus une enfant, et me sentais en parfaite sécurité : d'autre part, la retraite religieuse habitue davantage à la solitude et m'empêchais d'apprécier d'être constamment suivie, où que j'aille. Ainsi, je me glissai hors de notre villa, vêtue d'un simple chiton bleu et drapée dans un de mes manteaux les plus fins : la température était clémente, parfaite. Perdue parmi la foule, je me sentais paisible, et sous les seuls regards des dieux. Flânant avec nonchalance parmi les échoppes, mes doigts se perdaient dans mes boucles blondes, nouées à la va vite en une tresse lourde et posée sur mon épaule droite. Je n'étais guère pressée, et avait tout mon temps malgré le but de ma démarche. Cependant, je finis par me résoudre à me diriger vers l'établissement réputé dont on m'avait vanté les mérites de la technique artisanale : je ne pourrais qu'y trouver mon bonheur, de toute évidence.
Revigorée, ma bonne connaissance des rues de la cité m'empêchèrent de tourner en rond et me permirent ainsi de trouver rapidement l'objet de ma quête.
Comme preuve du succès rencontré par l'atelier, celui-ci se trouvait dans une des rues les plus ouvertes, ensoleillée et vivante. Je levai les yeux : il était marqué du nom de Stefanos. Toutefois, avant de pénétrer à l'intérieur, je me mis à réfléchir attentivement. Je ne passerais pas commande avant d'être totalement sûre de connaître tout ce que je désirais acquérir. Ma nature de femme me fis immédiatement songer aux bijoux, cependant, je n'étais pas certaine que ce Stefanos prenait en charge ce type de produits. Dommage, je me verrais obligée de chercher ailleurs sur l'agora, parmi mes boutiquiers favoris en la matière notamment.

Enfin, j'entrai. Aussitôt, une vague de chaleur supplémentaire m'assaille, mais je ne m'en formalise pas le moins du monde. A ma droite, je distingue un esclave de carrure impressionnante, probablement destiné à décourager des voleurs ou autres brigands. Il me salua, puis je me désintéressai de lui au profit de l’atelier. L’endroit me plut aussitôt, répondant à mon appétit pour le sens esthétique. Les œuvres exposées rendaient compte des heures de travail qu’elles avaient nécessité, et notamment du talent déployé par les ouvriers. Comme un lointain écho, des ahanements et des voix d’hommes en plein ouvrage m’atteignaient, et je sentis mon cœur se flétrir d’une touche de compassion pour les esclaves qui, par cette température, devaient certainement en souffrir. Pourtant, mon éducation me fit vite oublier la faiblesse de ma conscience, et j’attendis que le chef artisan ou n’importe quel employé vint s’enquérir de ma présence : j’avais effectivement aperçu un de ces fameux esclaves, qui m’avait remarqué ; il n’y avait aucun doute qu’il irait prévenir ses maîtres. Si je m’avançai d’un pas ou deux supplémentaires, je n’en fis pas plus, préférant toujours conserver une certaine distance avant toute chose.
Mon attente fut brève : un homme apparut bientôt, et je dus dissimuler la surprise que cette vision m’inspira. Je compris que je m’étais attendue à distinguer un homme d’un certain âge, au visage buriné par le labeur et les années et à la barbe fournie. A la place, c’était un jeune éphèbe qui se tenait devant moi, d’une beauté à ravir des sculpteurs tels que Phidias. Ses yeux attirèrent mon attention : ils étaient bleus comme les miens, mais la différence se tenait dans ce qu’ils exprimaient. Un froid brutal, presque violent. Le froid de ceux qui ont souffert et continuent de souffrir. Quoi qu’il en soit, ce garçon était pourvu d’une grâce folle. Je l’aurais davantage conçu dans le rôle d’orateur (dans quelques années, cela va de soi), plutôt que dans celui de garçon apprenti. De toute évidence, l’établissement n’était pas à lui.
Il m’accoste, plutôt chaleureusement. Mais son sourire semble faux, pareil au mien lorsque je peux m’adresser à certains notables dont les rapports sont difficiles. Oui, je connais cette sorte de faux-semblants. Je feins de ne rien remarquer et me rapproche alors lentement du comptoir de bois, pas après pas. C’est à mon tour de laisser ses lèvres s’étirer gentiment, mais avec sincérité.


« Vous n’êtes pas Stefanos, n’est-ce pas ? »

Cette question sert davantage à amorcer une transaction amicale qu’à trouver une véritable réponse, que je connais déjà de toute manière. Je reprends :

« Je suis Diane Aphrodite, fille d’Erasme et grande prêtresse. Je désirais me fournir auprès de vous en amphores. Je préfère vous avertir tout de suite que nous recherchons la meilleure qualité possible : votre prix sera le mien, ce ne sera pas un problème. »

Calme comme à l’accoutumée, posée et absolument pas pédante, je ne le lâchai pas des yeux, décidément rendue curieuse par ce garçon. Que faisait-il ici ? Je n’étais pas certaine que son service éphébique soit déjà terminé, et puis sa prestance naturelle ne faisait pas de lui un artisan, à l’image des nombreux métèques remplissant la majeure partie du temps ces fonctions dans la cité. Cependant, personne ne changera mon tempérament un tantinet malicieux, et je ne pus m’empêcher de rajouter :

« Pourriez-vous alors m’aider, jeune éphèbe ? »
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MessageSujet: Re: [T] La chanson des drachmes   Dim 19 Déc - 17:55

Néoptolème sent le regard scrutateur de la femme sur lui. Il ne sait pas ce qu'elle voit, mais apparemment, ça n'a pas l'air de la rebuter. Au moins ne s'enfuit-elle pas en hurlant pour aller plutôt s'approvisionner chez un concurrent. Néoptolème n'est pas véritablement conscient de son apparence, du moins, de la vision de lui qu'a la gent féminine. Il s'en fiche. Il sait juste qu'il a les yeux froids, très froids. Des yeux qui stoppent net les rires, qui font pleurer les enfants et qui ne donnent pas envie d'apprendre à le connaître. Ça aussi, il s'en fiche. Il n'y en a qu'une qui compte pour lui, sa sœur. Toutefois, il décide quand même de détailler l'inconnue. Elle est plus âgée que lui, et d'elle semble émaner une sorte de sagesse pacifique. Même si elle s'habillait autrement, cela se verrait au premier coup d'œil. Il remarque avec surprise qu'elle aussi a les yeux bleus, mais contrairement aux siens, qui sont presque incolores et glaciaux, les siens sont plus vifs et plus chaleureux. Cela la rend plus engageante, en tout cas, lui donnerait presque envie de faire un effort pour lui être agréable... pardon ? il en est arrivé là ? Il se ressaisit. Pourquoi faire le plaisir à Stefanos de s'attirer une nouvelle cliente pleine aux as, après tout ? Il déteste se sentir obligé de vendre sa marchandise malgré tout.
    « Vous n’êtes pas Stefanos, n’est-ce pas ? »
Néoptolème, en temps normal, aurait sans doute rétorqué que ça se saurait s'il s'appelait Stefanos et qu'il ressemblait à un barbare slave... non que ce soit le cas de son protecteur, mais Néoptolème aime choquer les gens. Toutefois, il se retient, et préfère secouer négativement la tête. Si la dame s'en était tenue là, peut-être aurait accepté de lui sourire, mais elle préfère se présenter.
    « Je suis Diane Aphrodite, fille d’Erasme et grande prêtresse. »
Néoptolème ne s'est pas trompé : une prêtresse, il l'a deviné. Et pas n'importe laquelle, une "grande prêtresse", avec toutes les implications qui vont avec. C'est bien sa veine. Il sent qu'il se referme irrémédiablement à la jeune femme, comme s'il comprenait que non, il n'allait pas pouvoir s'entendre. Quel rapport y a-t-il entre lui et une grande prêtresse ? Aucun. Bon, à part avec Daphnê, l'univers clérical lui est totalement étranger, il faut bien l'admettre. Et si en plus elle se présente comme cliente, il se doute bien qu'il a intérêt à la ferrer et à lui en vendre le plus possible. Stefanos lui en voudrait à mort s'il la laissait passer, et à vrai dire, il n'est pas en position de lui refuser quoique ce soit. Rien qu'à cette idée, il se renfrogne encore plus.
    « Je désirais me fournir auprès de vous en amphores. Je préfère vous avertir tout de suite que nous recherchons la meilleure qualité possible : votre prix sera le mien, ce ne sera pas un problème. »
La meilleure qualité, rien que ça ? L'espace d'un instant, il se demande s'il serait devenu ainsi, lui aussi, si la vie avait suivi son cours. Probablement, et rien qu'à cette idée, il a envie de vomir. Surtout que vu la chaleur, ce n'est pas la meilleur des idées.
Il se contente donc d'acquiescer en silence, son sourire factice tenant à peine aux lèvres. Il n'y a plus que cela de chaleureux, en lui. Ses yeux se sont renfoncés, ses traits se sont crispés. Il ne comprend toujours pas pourquoi Diane ne s'en va pas, malgré cet aperçu. Peut-être à cause de la qualité des amphores de Stefanos. Qu'il soit maudit, celui-là !
    « Pourriez-vous alors m’aider, jeune éphèbe ? »
Néoptolème sursaute. Cela fait bien longtemps qu'on ne l'a pas appelé éphèbe. Parfois, il oublie qu'il est aussi jeune, qu'il n'a que dix-neuf ans, tant il en a vécu. Assez pour toute une vie, déjà. Il a souvent l'impression d'avoir dépassé la trentaine alors qu'il n'a même pas atteint les vingt. Il se tortille un instant, gêné par cette attention, puis constatant que Diane ne s'en ira pas sans amphores à sa connaissance, il soupire et se décide à parler.
    « Des amphores, hein ? Tu crois peut-être qu'ici, nous vendons des amphores de mauvaise qualité ? Tu es chez Stefanos ici, tu le sais. Alors ne va pas me faire croire que tu es entrée ici par hasard. »
Sa voix n'est pas aussi agressive que ses paroles, pourtant il semble évident que Néoptolème lui-même n'est pas convaincu par ce qu'il dit. Qu'importe. Pour l'instant, elle n'a pas eu l'air de trouver ses manières gênantes ; et si c'est le cas, si elle le lui fait remarquer, il peut très bien lui lancer un sourire mauvais et adopter l'attitude mielleuse de tous les autres vendeurs, si ça lui fait plaisir. Pour l'instant, il reste froid et peu enclin à marchander ; mais Stefanos sera forcément au courant de la visite de Diane, les esclaves le diront. Alors s'il le faut, il est prêt à se jeter à ses pieds et à la supplier d'acheter quelque chose, juste parce qu'il se sent obligé envers son protecteur et qu'il ne pourra s'empêcher de vouloir le bien de son commerce. Mais cela, la grande prêtresse n'est pas censée le savoir. Néoptolème exploite une nouvelle technique de vente avec elle. De toute façon, qu'importe, elle a dit elle-même qu'elle ne voulait pas négocier. Allez, zou, la diplomatie aux orties.
    « Qu'est-ce que tu veux, Diane Aphrodite ? demande-t-il sans se soucier d'être impoli dans ses paroles. Le meilleur, dis-tu ? Ça peut se trouver, je pense. Tu es au bon endroit. Tu as des préférences ? Quelle taille, un peu plus petites ou un peu plus grandes ? Tu préfères des amphores décorées - dont, je t'assure, la qualité n'en est en rien altérée, sinon rehaussée par son côté esthétique - ou des toutes simples ? Ici, tu as le choix. Je ne demande qu'à répondre à tes attentes. »
Mais malgré son grand discours, on sent qu'il n'a pas plus envie que cela de faire des efforts pour elle. Qu'importe. Il en ferait si elle l'exigeait, un point c'est tout. Il s'approche d'elle, lui prend doucement le bras et la guide vers le rayonnage où elle a le plus de chance de trouver son bonheur, la laissant admirer la marchandise.
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MessageSujet: Re: [T] La chanson des drachmes   Dim 19 Déc - 20:42

Je le laisse apprivoiser mon apparence, ma silhouette. Il me semble discerner l’un de ces êtres à ménager, encore sous l’ombre d’une Artémis tenace. Ceux qui n’avaient pas encore pu se séparer de la partie sauvage inhérente à tout homme. Il ne me répond que par un signe de tête qui paraît en dire plus long qu’un discours. Il est prudent, réservé. J’ai le sentiment de me trouver en la présence d’un animal sauvage à dompter, à apprivoiser. De ceux qui, sans crier gare, lorsque votre attention se trouve détournée, en profite pour vous sauter à la gorge. Oui… décidemment, il y a beaucoup de souffrance en cet homme. Là où mes concitoyens s’inclinent devant moi lorsque je décline mon identité, ce sont des épaules plus raidies que le trident de Poséidon qui s’offrent à ma vue. Mais que caches-tu donc, bel inconnu en ce fort intérieur ? Que représente ma fonction à tes yeux ? Tu gardes le silence, mais tes pensées sont aussi claires que les hydries sacrées. Il me faudrait probablement dévoiler des trésors d’ingéniosité pour faire refluer cet accès de haine que je devine en lui. Une autre cliente que moi aurait très bien pu s’en aller, partir et fuir ce comportement contradictoire et peu engageant. Pas moi. Je suis toujours plus attirée, au contraire, par cette facette sombre, et mes questions naissent tel un flux intarissable. Ma flèche a visé juste en usant du mot d’éphèbe. Pourquoi ?
Je n’ai pas le temps de m’interroger davantage que déjà, l’agression dans sa voix me frappe sans réellement m’atteindre. Il est rare que l’on emploie le tutoiement à mon égard lorsque je ne le requiers pas, et d’autant plus lorsque mon interlocuteur m’est inconnu. De plus, ceci est une faute qu’il commet. S’il est encore éphèbe, son respect ne peut être que plus accru envers ses aînés. Je suis femme, mais partie intégrante du clergé. Je pourrais me montrer sévère, mais le cœur n’y est pas. Ses mots sonnent faux, comme si un autre que lui les prononçait. Il s’engage brutalement dans une démarche de commerçant, toujours vulgaire et sans façon dans sa manière de me parler. Soudain, il contourne le comptoir pour s’approcher de moi. En dépit du fait qu’il me dépasse de presque deux têtes, je reste stoïque et digne, et ne fait pas mine ne serait-ce que de frémir. J’ignore quelles sont ses intentions, avant que mon curieux vis-à-vis ne se saisisse de mon bras comme l’aurait fait un ami pour me guider. Mon cœur bat alors plus fort, et ce pour plusieurs raisons. La première est que le contact avec un élément de la gent masculine reste et restera probablement pour le restant de ma vie une émotion si particulière et si rare, que je ne peux que m’en remémorer la contenance et la saveur pour des journées entières. La seconde, plus important en ce qui nous concerne tous deux est que mon instinct me souffle un espoir réconfortant : rien n’est perdu. Une âme condamnée à une asociabilité définitive ne s’abaisse pas même à toucher ses semblables. Je pourrais faire mine de m’intéresser aux étals (réellement somptueux) qu’il me présente, mais ce sera pour plus tard. Sans me libérer de son étreinte chaude je me tourne à demi vers lui, levant mon menton en sa direction ainsi que la paume appartenant à mon bras libre. Celle-ci trouve sa place en se posant contre la poitrine du jeune homme. Ma caresse est douce est légère.


« Paix, inconnu… tu as trop de colère dans le cœur. »

Etant plus proche de lui, je discerne mieux les traits de son visage, crispés à l’image même de tout son corps. Je laisse ma voix se porter d’elle-même jusqu’à lui, et pas une de mes paroles ne s’élève plus fort qu’une autre.

« Qui es-tu pour travailler ainsi comme un esclave ? Pourquoi n’es-tu pas avec les membres de ta phratrie, ou tes compagnons éphèbes ? »

Je recule d’un pas, et mes doigts glissent avec lenteur le long de son torse avant de s’en séparer. Mes mains se joignent au niveau de mon abdomen.

« Qui est ton père ? Pourquoi t’astreins-tu à un ouvrage qui, de toute évidence te rebute ? Et d’où te vient ce ressentiment du peuple qui te conduit jusqu’à négliger une prêtresse ? »

Je réfléchis l’espace d’un instant, penchant mon visage sur le côté, comme songeuse.

« Je ne t’avais encore jamais vu. Viens-tu de commencer ton service éphébique ? »

Car tout le peuple connaissait la coutume : la première année de ce service, outre les patrouilles au cœur de la cité jusqu’à l’ensemble du territoire, se constituait de la visite des temples d’Athènes. En tant que grande prêtresse, je recevais souvent les serments des jeunes gens. Toutefois, diplomate, je ne souhaite pas le brusquer et reviens donc à notre sujet de conversation, plus léger. Un sourire juvénile se peint sur mes lèvres.

« Tu es intelligent, athénien. Effectivement, j’avais déjà eu vent de cette boutique, et je m’y suis rendue munie de la certitude que je ne pourrais qu’y trouver satisfaction. Quant à mes préférences, tu as bien deviné que je désirerais des ornements particuliers. »
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MessageSujet: Re: [T] La chanson des drachmes   Dim 19 Déc - 22:36

Néoptolème s'attend à ce qu'elle observe les produits avec attention, après tout, c'est bien pour cela qu'elle est venue, n'est-ce-pas ? Acheter quelques amphores et repartir sans un regard en arrière. Mais bizarrement, ce n'est pas ce qu'elle fait. Diane semble... différente des autres femmes, c'est indéniable. Elle respire la sérénité, une sérénité que le jeune homme aimerait tant atteindre. Au lieu donc de regarder la marchandise, elle se tourne et pose la main sur sa poitrine. Néoptolème manque de sursauter. Son cœur se met à battre à toute vitesse, troublé par ce comportement qu'il n'arrive pas à comprendre. Pourquoi la prêtresse se conduit-elle ainsi ? Il se doute bien qu'il n'y a pas d'arrières pensées en elle, elle est trop pure pour cela. Toutefois, le contact reste déconcertant, et curieusement apaisant. Le jeune Athénien aimerait qu'il dure, pour ressentir cette quiétude le plus longtemps possible. Les doigts de Diane sont délicats, sa caresse reposante. Pour un peu, Néoptolème se détendrait. Mais il doit rester sur ses gardes, même si cela lui en coûte. Par fierté, au moins.
    « Paix, inconnu… tu as trop de colère dans le cœur. »
Là, c'en est trop, il sursaute vraiment. Elle arrive à voir cela, la dame prêtresse ? En même temps, ce ne doit pas être trop difficile. La rancœur s'entend facilement dans sa voix, se lit facilement dans ses yeux. Il se doute bien qu'il exsude la colère, il vit avec elle quotidiennement. Elle vaut toujours mieux que la tristesse, songe-t-il, et les Dieux savent si elle l'accablait. Le chagrin est un poids tellement lourd que la colère lui donne des forces pour la supporter. Il se ressaisit, essayant d'oublier qu'il a été sensible ses paroles.
    « Qui es-tu pour travailler ainsi comme un esclave ? Pourquoi n’es-tu pas avec les membres de ta phratrie, ou tes compagnons éphèbes ? » 
Sa voix a un côté envoûtant, un côté chaleureux tel qu'on imagine une prêtresse en posséder. Cela tient presque la magie. Néoptolème sent qu'il perd le contrôle de sa froideur. De sa colère. Même si la comparaison avec un esclave et l'allusion à tout ce qui l'a perdu lui fait mal. Il se sent mieux. Incroyable ce qu'une grande prêtresse est capable de faire. Elle l'ensorcelle. Peut-être n'aurait-il pas dû être désagréable. Tant pis. Il ne tient pas à se défendre contre ça, c'est trop... merveilleux.
    « Qui est ton père ? Pourquoi t’astreins-tu à un ouvrage qui, de toute évidence te rebute ? Et d’où te vient ce ressentiment du peuple qui te conduit jusqu’à négliger une prêtresse ? » 
Négliger une... ? Néoptolème secoue la tête. Diane le lâche, mettant fini à ce contact apaisant. Il se sent soudainement vide, seul. Il a besoin de parler. Et puis, justement, il a confiance en elle grâce à son rang. Peut-être est-elle la personne appropriée, à qui ouvrir son âme ?
    « Je ne t’avais encore jamais vu. Viens-tu de commencer ton service éphébique ? »
Elle le regarde d'un air si songeur... pourtant, non, il ne l'a pas commencé. Il l'a déjà terminé. Mais alors qu'il voudrait répondre, elle enchaîne :
    « Tu es intelligent, athénien. Effectivement, j’avais déjà eu vent de cette boutique, et je m’y suis rendue munie de la certitude que je ne pourrais qu’y trouver satisfaction. Quant à mes préférences, tu as bien deviné que je désirerais des ornements particuliers. »
Néoptolème est désormais pris de court. Il ne ressemble plus qu'à un gamin qui en a trop vu, qui attend que quelqu'un vole à son secours, une figure maternelle ou paternelle à qui s'accrocher. Une grande prêtresse peut être la solution. Néoptolème est certes protégé en quelque sorte par Stefanos, il n'a jamais eu le droit à l'affection qui lui manque. Avec sa sœur, c'est lui le protecteur. Avec les autres, il ne peut pas se le permettre. N'est-ce-pas une bonne chose alors, la présence de la grande prêtresse ?
    « Des ornements particuliers, c'est ça ? » Sa voix tremble sous l'émotion. Une voix délivrée de colère mais encore souffrante. « J'ai moi une préférence pour les rouge sur noir. Question d'esthétique, bien sûr. Ce n'est pas plus dur à fabriquer que d'autres. Dis-moi lequel de ces motifs te plaît et on discutera du prix. »
Mais il ne bouge pas pour la pousser à le faire... Ce qui étonne le jeune homme, c'est son envie soudaine de se dévoiler à la prêtresse. Pourtant, il ne fait pas confiance envers les inconnus. Jamais. Mais elle, il sent que c'est différent. Qu'elle est l'exception qui soupire la règle. Alors, il soupire et entame :
    « Si tu veux tout savoir, je suis bien ici par nécessité ou non par envie. Je sens que tu n'aimes pas la violence. C'est elle qui m'a attiré ici, sans elle, je serais encore heureux. »
Paroles certes énigmatiques, mais... il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. La confiance, oui, mais pas totale. Jamais.
    « Je suis le fils d'un mort, fils d'une lignée presque éteinte. Je n'ai plus rien. Alors oui, je suis en colère. Je n'ai pas choisi de travailler ici, mais Stefanos... se montre bienveillant envers moi. Sans lui, je serais à la rue, je chercherais en vain un boulot et je mendierais. Moi. »
Il ricane un instant, tant l'idée lui est douloureuse. Pourquoi tout mettre au conditionnel, sinon pour éloigner la douleur ? Il était à la rue, il cherchait ce travail. Il mendiait. Il a dû mettre sa fierté de côté pour pouvoir subvenir à ses besoins, et à ceux de sa sœur. Lui qui se tenait autrefois en si haute estime n'est plus que l'ombre de lui-même. Il le sait, et ne cherche même plus à se le cacher. Il ne vaut plus rien.
    « Voilà pourquoi je travaille pour lui. Parce que je lui dois bien ça, et c'est toujours mieux que de mendier. Au moins, je bosse pour gagner mon pain, ça l'arrange lui et ça me permet de ne pas trop me mépriser. Du reste, que ce soit le travail habituel d'un esclave, qu'est-ce que j'en ai à faire ? Je n'en suis pas encore un. »
Sa voix s'est durcie, plus pour s'empêcher de hurler sa colère que par réelle douleur. Pourtant le dire l'aidait tout de même à se sentir mieux.
    « C'est tout ce que j'ai à dire sur moi. Tu m'excuseras si je t'ai "négligée", mais je n'en ai rien à faire d'un rang. Ça se perd si vite, après tout... Mais si ça te dérange vraiment, pardonne-moi, vraiment. Ça m'embête de le reconnaître, mais je sens que tu peux m'aider. »
Tout à coup, il retrouve le sourire, certes un peu froid mais au moins sincère, comme il ajoute :
    « Au fait... je n'ai pas débuté mon service éphébique. Je l'ai déjà achevé depuis un moment. »
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MessageSujet: Re: [T] La chanson des drachmes   Lun 20 Déc - 23:41

Je l’ai touché, j’ai réussi à le perturber. J’ai franchi la première étape en paralysant sa haine, d’un simple geste, droit et franc. J’ai senti son cœur battre avec frénésie sous mes doigts, ce qui n’a fait qu’emballer le mien un peu plus. Comment ne pas frémir en sentant ce corps masculin se détendre aussi soudainement, comme un Atlas dont on aurait retiré le fardeau de porter le monde sur ses épaules. Mais il reste encore à faire : il ne m’est pas totalement acquis. Je sais qu’il ne faut rien brusquer, que l’homme est une créature curieusement violente et affable selon les occasions, sans parfois connaître la nuance au cours de son existence. Mais pourrions-nous atteindre cet idéal, simples mortels que nous sommes, lorsque les divinités mêmes du Panthéon n’y parviennent pas ?
J’ai près de moi un enfant révolté dont j’aimerais pouvoir lire l’âme. Tant de détresse me frappe avec une force incroyable, et une profonde compassion me saisit. J’ai le désir de l’accueillir sur l’acropole, de parcourir avec lui les corridors de marbre cohabitant avec l’encens et les arômes que nous portons aux dieux. J’aimerais calmer ses sens, le plonger dans une torpeur proche de la méditation. Chasser toutes ces émotions parasitent perceptibles à n’importe quel inconnu. Le bien-être de la cité toute entière passe par le moindre de ses citoyens. Je même ainsi agréablement devoir et plaisir, et je remercie en silence Athéna de m’avoir accordé cette rencontre inattendue.
J’ai reculé, patiente et dans une position d’attente. J’ignore s’il s’ouvrira totalement à moi, mais si j’arbore confiance et sérénité, il le sentira. Je souris d’un air rassurant à sa question maladroite. Sa voix tremble, et n’est désormais plus que le porte-parole de sa souffrance, désormais impossible à dissimuler. Je le laisse s’exprimer sur ses goûts en matière d’art, mon sourire s’élargissant en le sentant prompt au dialogue, si futile paraisse-t-il au premier abord. J’acquiesce à sa proposition, mais ne rajoute rien. J’attends. Je désire être sûre de ne pas interrompre le flot de pensées porteur d’une volonté d’aller plus loin que ces simples mots, de saisir mon message de paix et de se l’approprier afin qu’il fasse lui-même la démarche de se délivrer de ce qui le ronge.

Ma sagesse l’emporte sur la folie du sort qui s’impose souvent aux hommes. Il parle. J’écoute. Je vois mes craintes confirmées, et ce jeune homme se sacrifier sans pouvoir échapper à sa condition. Je souris et secoue la tête lentement, confirmant ainsi ses dires : je ne suis pas une fervente admiratrice de notre cher Arès, bien que je le vénère avec les mêmes égards que ses parents de sang divin. La violence n’a jamais permis de résoudre mes desseins, et si je me contiens avec force, c’est bien par crainte de la voir surgir un jour. Tout ce que je garde en moi se doit d’être sublimé dans le labeur de la prière et du soin apporté à mes confrères citoyens. Ma rédemption. Cette théorie est elle aussi confirmée par le passé visiblement tourmenté de celui qui se confesse devant moi. Je me demande ce qui a bien pu arriver à un si beau garçon pour que sa vie bascule aussi durement.
Un héritage perdu. Une chose rare à Athènes. D’ordinaire, les membres féminins assimilés à l’oikos ou à la phratrie, sans pouvoir disposer à leur guise de leur héritage, le léguaient à leurs enfants mâles. Il y avait dans cette histoire quelque chose d’étrange, mais je contins ma curiosité pour cette fois. Il était hors de question de le brusquer et de rompre l’harmonie qui s’était installée entre nous. Je perds mon visage bienveillant lorsqu’il rit, plus désabusé et cynique qu’Hadès face à l’accroissement constant du peuple des morts. Aussitôt que je sens le ton de sa voix se hausser de nouveau, je m’avance de nouveau vers lui, et mes doigts enserrent doucement son bras. J’entends son opinion concernant mon rang, et sens qu’un point important a été négligé dans sa vision des choses. Pour sa sécurité, certaines redites doivent être faites. Je suis réconfortée par son sourire, et mes doigts ont presque quitté sa peau, lorsque je réponds :


« Tu as commencé ton service si jeune ! Quel âge as-tu, athénien ? »

Légèrement troublée, je me demandais quelle folie m’avait prise d’oublier un tel visage.

« J’accepte tes excuses. Cependant, ce que je vais te dire est d’une importance cruciale. Quelle que soit la force de ton ressenti, tu te dois de témoigner respect et politesse aux personnes de mon statut. Ne risque pas si bêtement ta vie sous la menace du crime d’impiété ! »

J’avais réellement peur qu’un jour, il tombe sur une personne moins clémente que je ne l’avais été. La souffrance ne mérite pas châtiment, mais certaines règles ne pouvaient se voir contournées… Une fois de plus, je dus rompre notre contact physique bon gré mal gré, et lui demandai plus tendrement :

« Quel est ton nom ? »
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MessageSujet: Re: [T] La chanson des drachmes   Mar 21 Déc - 14:11

On ne peut oublier ses malheurs rien qu'en souriant, cela se saurait sinon, Néoptolème serait heureux à l'heure qu'il est. Pourtant, dans la pression des doigts de la prêtresse, le jeune homme comprend que d'autres choses permettent d'apaiser ses souffrances intérieures. Une main tendue peut aider, quand elle est acceptée. Jusque là, Néoptolème a quasiment systématiquement refusé qu'on l'aide. Par fierté principalement, et le soutien qu'on lui a apporté lui laisse un goût amer dans la bouche. Il déteste devenir dépendant de quelqu'un. De quelqu'un qui, en réalité, ne se soucie pas entièrement de lui mais qui pense aussi à ses propres intérêts. Mais Diane est grande prêtresse : quel intérêt personnel pourrait-elle en retirer ? Ne pas payer sa marchandise ? ... si encore elle achetait pour elle-même, mais il a compris que cela servirait au temple, quand elle a dit "nous recherchons". A part peut-être si cela apaise sa conscience, mais il se demande bien ce qu'elle aurait besoin de se pardonner... Non, il ne voit pas du tout quel profit elle pourrait rechercher. C'est peut-être pour cela qu'il accepte de lui faire confiance. Et aussi parce que, en tant qu'intermédiaire avec les Dieux, elle semble enfin être le signe qu'il attend depuis si longtemps... il n'a jamais su ce qu'il avait fait de mal pour que tout cela lui tombe dessus. Certes, au vu de son comportement de l'époque, il est clair qu'il n'était pas un ange, mais en quoi était-il pire qu'un autre ? Il y avait d'autres personnes méritant bien plus un tel sort, des personnes qui maltraitaient les autres, libres ou pas, des personnes qui tuaient pour leur propre plaisir, des personnes qui volaient la richesse des autres... lui ? il était dans la norme. Certes un peu trop égoïste, comme tous ses pairs. Certes un peu trop gâté, comme tous ses pairs. Certes un peu trop naïf, comme... rien ne justifiait que les Dieux s'en soient pris à lui. Il a beau cherché dans sa mémoire quelque chose que l'on puisse véritablement lui reprocher, il ne trouve rien. Alors faut-il le prendre dans le sens où, si lui et Daphnê ont survécu, c'est parce qu'ils étaient les seuls êtres innocents de leur famille ? Néoptolème aurait préféré mourir que de vivre cette vie-là, vie de misère et d'opprobre. Car il sait, au fond de lui, que sa famille n'a rien fait. Le seul qui pourrait être coupable de quelque chose, c'est son père, lors de ses voyages commerciaux, loin de la maison... mais est-ce juste pour autant de punir toute sa famille ? Néoptolème sait que la vengeance des Dieux est cruelle, toutefois il ne comprend pas pourquoi punir plus deux des enfants du coupable que le coupable lui-même. Son père au moins repose en paix dans les Enfers. Sa sœur s'en sort plutôt bien. Et voilà que tout se ramène à lui, le seul qui dans cette affaire souffre vraiment. Il trouve ce sort injuste. Mais jamais il ne s'en ouvrira à Diane : après tout, elle ne peut comprendre, elle qui est proche des Dieux.
Ses doigts lâchent progressivement son bras, mais cette fois Néoptolème ne ressent plus le besoin d'un contact physique. Rien que le fait de parler, expliquer ce qui ne va pas chez lui lui fait du bien.
    « Tu as commencé ton service si jeune ! Quel âge as-tu, athénien ? »
Néoptolème fronce les sourcils. Jeune ? Il n'a plus le souvenir d'avoir été jeune après la mort de sa famille. Trop vécu pour cela. Et puis, il l'a fait en même temps que les camarades de son âge... ça c'était dur. Ils savaient tous dans quelle situation il était. Il ne parvenait plus à les regarder en face tant la honte le submergeait. Il n'avait pas besoin d'entendre leurs chuchotements pour savoir qu'ils se moquaient de lui. Ils étaient tous persuadés que le "grand" Néoptolème ne méritait plus un tel honneur, que de toute façon il allait finir mendiant. Il a au moins cette fierté là, celle de travailler pour gagner sa vie. Si on peut vraiment appeler cela une fierté tant lui en a quand même honte. Au fond, il est tombé aussi bas qu'un homme libre peut l'être. Qu'il ait légèrement remonté la pente ne changera jamais cet état de fait. Ni même qu'en tant que dernier homme de sa maison, seul soutien de sa petite sœur il n'ait eu d'autre choix que de la laisser chez les prêtresses d'Artemis. Même pas capable de prendre soin d'elle !
    « J’accepte tes excuses. Cependant, ce que je vais te dire est d’une importance cruciale. Quelle que soit la force de ton ressenti, tu te dois de témoigner respect et politesse aux personnes de mon statut. Ne risque pas si bêtement ta vie sous la menace du crime d’impiété ! » 
Risquer bêtement sa vie ? Mais son existence n'a même plus de valeur à ses propres yeux. Que lui importe, ce crime d'impiété ? Si Diane accepte ses excuses, c'est l'essentiel. A elle, il veut bien lui accorder un peu plus de respect, elle le méritait. Mais pas aux autres justement. Il n'accorde même plus aux Dieux la même importance qu'avant, pourquoi en serait-il différent des hommes ? Avant, il se pliait aux conventions sociales. Aujourd'hui, elles lui semblent abstraites, futiles. Et si on doit le tuer juste parce qu'il a été un peu irrespectueux envers une prêtresse, c'est que la vie n'en vaut plus la peine... ce ne serait pas une révélation stupéfiante, en même temps, il l'a déjà remarqué.
    « Quel est ton nom ? »
Néoptolème hausse les épaules. Si elle veut le savoir, très bien, mais cela ne lui apprendra pas grand chose.
    « Je suis Néoptolème. »
Volontairement, il ne termine pas par l'habituel "Maxence, fils de Thémistocle". Il n'est que le fils d'un mort, comme il l'a dit, c'est-à-dire, le fils de personne.
    « J'ai dix-neuf ans, même si honnêtement, j'oublie parfois que je peux être aussi jeune. »
Il lui demanderait bien quel âge elle a, elle, juste pour savoir. Elle a l'air plus âgée que lui physiquement, plus mûre, mais pas des masses non plus. Il jurerait qu'elle n'a pas encore atteint la trentaine. C'est vraiment bizarre, une grande prêtresse, ça ne ressemble pas du tout avec ce qu'il s'imaginait. Bon, d'accord, il n'aurait jamais pensé qu'en dehors de sa Daphnê, une prêtresse put être belle. Il a été détrompé depuis, mais n'avait pas réellement changé d'opinion sur les grandes prêtresses. Jusqu'à aujourd'hui. Même s'il ne s'intéresse plus du tout à la beauté féminine, il doit reconnaître que Diane est agréable à regarder. Et tant pis si ce genre de pensée est hérétique, il ne va pas plus loin après tout...
    « Toutefois, ne t'inquiète pas pour moi, vraiment, ajoute-t-il d'une voix douce, souriant légèrement. On ne peut pas me faire plus de mal que ce que l'on m'a déjà fait. »
On peut le torturer, le tuer à petit feu, cela n'a pas d'importance : n'importe quelle douleur physique ne peut également sa souffrance mentale. On peut l'humilier, il connait déjà la honte, un peu de plus ne pourrait l'atteindre. La seule chose qui puisse réellement le faire souffrir, c'est de s'en prendre à Daphnê. Mais il ne voit pas pourquoi on irait s'en prendre à une prêtresse juste pour punir un impie. Tout cela donc ne lui fait pas peur. On a pris en lui tout ce qui importait, ne laissant rien d'autre qu'une coquille vide de souffrance. Le mal est déjà fait.
    « Mais ta sollicitude me touche beaucoup, je dois dire. De même que tu prennes le temps de t'intéresser à moi. Un peu d'humanité dans ce monde est si rare. Cette fois, c'est moi qui te met en garde, Diane Aphrodite : tu ne pourras pas sauver tous les pauvres hères de la Terre, ni même tous les malheureux d'Athènes. J'espère vraiment que tu en auras conscience et que tu ne chercheras pas à aller au delà de tes capacités. »
Subitement, Néoptolème se referme de nouveau, n'ayant plus envie d'aborder le sujet. Elle en a déjà fait beaucoup pour lui, presque trop. Une journée avec le sourire aux lèvres est déjà un cadeau très précieux pour lui. S'éloignant d'elle pour qu'elle ne puisse plus le toucher, il reprend une attitude de marchand, beaucoup plus convaincu cette fois.
    « Nous en discuterons plus tard si tu veux. Mais j'aimerais que tu fasses ton choix maintenant, le temps que j'aille... »
Il ne finit pas sa phrase ; c'est inutile. Peu importe si elle ne comprend pas ce qu'il veut faire, l'essentiel c'est qu'elle choisisse. Il lui tourne le dos et retourne dans l'atelier vérifier que tout se passe bien. Pas de problèmes visiblement. Voilà qui le rend encore plus heureux, et c'est un sourire franc qui nait sur ses lèvres, de la joie qui pétille derrière le mur de glace de ses yeux. Ça faisait longtemps, tellement longtemps, il en pleurerait presque... Il fallait qu'il la laisse quelques instants, qu'il reprenne ses esprits. Il respire longuement, ne souffrant même pas de l'excédante chaleur. Mais l'effet n'est pas temporaire : bien qu'il souffre encore, pour une fois, il se sent vraiment bien.
Il est heureux.
Il s'approche d'un esclave, un des plus anciens et aussi des plus doués. Son travail est presque achevé, il commence la décoration de son amphore. Néoptolème l'interpelle, il stoppe son travail et lui jette un regard interrogateur. Le jeune homme ordonne :
    « Passe-moi l'amphore que tu as terminé il y a deux jours.
    - Mais..., balbutie l'esclave.
    - Tu as l'intention de faire autre chose que de la vendre ? demande Néoptolème.
    - Euh... bien sûr que non, répond l'artisan. Mais celle-ci...
    - Est exceptionnelle, je te l'accorde. » Néoptolème se penche vers lui et lui murmure dans l'oreille : « Je crois avoir trouvé la cliente idéale. C'est une grande prêtresse et elle recherche la meilleure qualité. J'ai pensé à celle-ci. Tu n'es pas d'accord ? Non, coupe-t-il alors que l'esclave allait répondre, ne me dis pas ce que je veux entendre, dis-moi ce que tu en penses vraiment.
    - Si c'est une grande prêtresse... elle doit avoir du goût, non ? Vas-y, prends-la, puisqu'elle est capable d'apprécier mon travail. »
Néoptolème le remercie chaleureusement - ce qui surprend l'esclave, qui n'a pas l'habitude de le voir aussi jovial - et s'empare de l'amphore. Puis il retourne dans la boutique, s'approchant de Diane sans pour autant être à portée de main.
    « Ceci, annonce-t-il fièrement, est un peu notre plus beau joyau. Puisque tu recherches de la qualité, et que la manière dont tu te comportes envers moi me fait penser que tu le mérites, je te la propose. C'est la plus chère que nous avons en stock, par contre, mais... »
Il sourit d'un air entendu.
    « Si tu me trouves ingrat, on peut négocier le prix. Mais pas trop, je ne suis pas propriétaire de la boutique. »
Il la lui offrirait bien, mais déjà il n'est pas sûr que Diane accepte. Et de plus, il a des comptes à rendre à Stefanos, et celui-ci n'apprécierait pas du tout que son protégé se permette d'offrir gratuitement de la marchandise de très haute qualité. Toutefois, il ne pense qu'il s'offusquera s'il la propose à une grande prêtresse. Au contraire, il sera plutôt impressionné, et rien que cette idée réconforte le jeune homme tourmenté.
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MessageSujet: Re: [T] La chanson des drachmes   Mer 22 Déc - 21:28

Néoptolème … je ne sus dire pourquoi dans un premier temps, mais je trouvais que ce prénom lui allait à la perfection. Je ne m’en cachai d’ailleurs pas et murmurai sur un ton appréciateur :

« Porte-le avec fierté. »

Je compris qu’il avait tu volontairement le nom de son défunt géniteur. Je désapprouvais, mais pouvais comprendre la douleur qui était sienne. Il s’agissait d’un manquement grave pour un athénien de taire ses origines, comme l’on aurait pu avoir honte d’un passé honni. J’avais la sensation d’avoir devant moi un tout jeune citoyen qui, en dépit du serment prononcé, rejetait son appartenance à notre communauté. J’en étais peinée pour lui, car je m’étais toujours trouvée à ma place dans la cité. Jamais je ne m’étais rendu compte que j’avais été déracinée, et que j’avais également mes propres origines. Du moins, à dix-neuf ans, cet homme en devenir promettait un futur phénomène de beauté, semblable aux plus beaux modèles utilisés par nos sculpteurs. Quel dommage qu’un sort aussi funeste se fut abattu sur ces épaules si solides et frêles à la fois. Là encore, je me devais d’intervenir, afin d’être sûre de ne pas avoir affaire à une répulsion vis-à-vis des dieux. Je me souviens maintes fois de mes discours plein de patience et de ferveur, afin d’expliquer à tous ceux victime de coups du destin que les dieux eux-mêmes ne pouvaient rien contre ces malheurs. C’était les Moires qu’il fallait accabler, et non pas le vénérable et tout-puissant Zeus. Mais j’avais confiance : aussi jeune fut-il, la douleur l’avait comblé d’une vertu parfois introuvable : la maturité. Je conservais en moi ces vagues de bonne augure avec l’idée de les lui envoyer mentalement. Je voulais le revoir sourire maintes fois comme beaucoup des commerçants qui aimaient leur métier le faisaient spontanément pour leurs clients. Que chaque contact social ne fut plus synonyme de torture, mais bien d’échange et de complicité. Il n’était pas métèque, et avait la chance de pouvoir s’épanouir en tant qu’homme libre, même en dépit de sa pauvreté. Par Athéna, il n’était pas dit que je sortirais de cet atelier sans lui avoir fait part de cette petite liste capable de faire prendre conscience à un homme que tout n’est pas perdu, qu’il reste toujours de l’espoir, et, surtout, que cela peut toujours être pire. Maigre consolation pour certains, voie du rétablissement selon moi.
Je fus sortie de mes pensées par la voix, devenue délicate, de Néoptolème. Lorsque ses lèvres s’étirèrent, ma peau en frissonna de plaisir. Il était mieux ainsi, sans cette aura obscure, et éclairé d’une lumière nouvelle qui, agrémentée à celle du matin, le faisait resplendir.


« Oh, mais que serait donc une grande prêtresse si elle cessait de s’occuper de ses fidèles ? Je suis néanmoins heureuse que tu retiennes que le passé appartient au passé, et que le ressasser éternellement ne peut que t’empêcher d’avancer sur le chemin d’Hermès. »

Je soupirai, faisant évoluer de nouveau mon regard sur les amphores qui nous entouraient. Je ne pus m’empêcher de savourer ce moment dans toute sa plénitude. L’odeur de l’argile séché, des épices provenant de la rue, et l’éclat d’Hélios me plongeaient dans une torpeur bénéfique à la réflexion et à la sérénité.

« Rappelle-toi que je suis l’intermédiaire des hommes et des dieux. Si Athéna voit tout, c’est par ma bouche qu’elle me délivre ses pensées. Tu es un athénien. Tu es des nôtres. Tu œuvres pour notre communauté et nous te devons tous cela. Pauvres ou riches, le malheur est accessible à tout le monde, ne l’oublie jamais. »

J’eus une pensée pour mon père, mais évitai de m’appesantir moi-même sur mes propres souvenirs, par souci de constance. Poussant un dernier soupir, je rajoutai :

« Quoi qu’il en soit, ne crois pas m’apprendre la triste réalité du monde qui est le nôtre. Trop d’innocents souffrent pour que tous puissent obtenir leur part de justice. Cependant, jusqu’à ce qu’Atropos se décide à couper le fil de mon existence, je me battrai pour apporter réconfort et conseils. Telle est ma vocation, et je m’y consacrerai tant qu’Athéna le permet. »

Je compris alors que notre conversation sur la vie d’antan de Néoptolème ne serait reprise que lors de notre prochaine entrevue, qui pourrait avoir lieu à n’importe quel moment. Nous en revenions à ma présence ici : le choix des amphores. J’acquiesçai, comprenant qu’il devait avoir des ordres à donner, et réfléchis au nombre que je commanderai.
Lorsque le jeune homme réapparut, ce fut pour exhiber une magnifique œuvre qui avait dû requérir des heures incalculables de travail. J’en fus réellement frappée, et songeai immédiatement à en faire don au temple d’Athéna. Songeant à la fortune que cela représentait, quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’il me proposait de négocier. Emue, je le regardai avec chaleur :


« Je… je ne sais que te dire, sinon que j’accepte ton aimable proposition. J’étais venue pour fournir ma propre demeure … mais je pense que ce chef-d’œuvre trouvera sa place au Parthénon … Je ne manquerai pas d’y associer le nom de ton chef artisan lorsque les visiteurs y accorderont leur attention, et ne serai guère ingrate en éloges… Bien, à présent, intéressons-nous aux autres… »

Pendant de longues minutes, je fixai mon choix, aidée par ma nouvelle rencontre, sur plusieurs motifs d’amphores qui nécessiterait en tout six jours d’attente. Entièrement satisfaite à la fois de mon hôte et de mes achats, je lui promis de venir en personne accompagnée de mes esclaves lui rendre de nouveau visite. Sur le seuil, je me retournai, à moitié offerte à la luminosité :

« N’oublie pas que tu peux passer au temple à la moindre envie. Fais-moi appeler en déclinant ton nom, et j’accourrai aussitôt. Et surtout, rappelle-toi bien que tu n’es ni femme, ni esclave, ni métèque. L’existence te paraîtra peut-être moins dure … »

Je lui offris un ultime sourire avant de quitter l’échoppe, me perdant dans la foule d’athéniens en tous genres…
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MessageSujet: Re: [T] La chanson des drachmes   Jeu 23 Déc - 11:02

Néoptolème est fier de l'effet que son offre fait sur Diane. Visiblement, elle sait reconnaître de la marchandise de qualité. Cela lui fait plaisir : il aime quand on se rend compte de la véritable valeur de l'objet, ainsi que du travail manuel qu'il y a derrière... même si, pour cette deuxième donnée, il ne s'en est rendu compte qu'en commençant à travailler chez Stefanos. Vu l'émotion qu'il lit dans ses yeux, le jeune homme se promet d'aller féliciter l'esclave qui a exécuté une telle œuvre. Drôle d'idée, n'est-ce-pas ? Pourtant cela lui est devenu naturel. C'est tellement étrange comme une situation donnée peut vous faire changer de point de vue sur telle ou telle chose...
    « Je… je ne sais que te dire, sinon que j’accepte ton aimable proposition. J’étais venue pour fournir ma propre demeure … mais je pense que ce chef-d’œuvre trouvera sa place au Parthénon … Je ne manquerai pas d’y associer le nom de ton chef artisan lorsque les visiteurs y accorderont leur attention, et ne serai guère ingrate en éloges… Bien, à présent, intéressons-nous aux autres… »
Ouh là, c'est vraiment du sérieux... Néoptolème peine à y croire. Au Parthénon ? Dire que d'habitude, quand un client riche s'approvisionne chez Stefanos, ils en sont tous fiers... là, la plus belle amphore de toute la Terre serait vue par beaucoup, beaucoup de potentiels clients et... Néoptolème est surpris de constater qu'il réfléchit comme un marchand, alors qu'en réalité lui n'en retire aucun profit. Si ce n'est qu'il est fier d'avoir joué un rôle majeur dans l'évolution du commerce de son protecteur. D'avoir enfin l'impression de faire quelque chose de bien dans sa vie. Oui, la visite de Diane n'aura été que bénéfique, et pour lui, et pour les affaires.
Il voit ensuite la prêtresse s'intéresser aux produits. En temps normal, il n'aurait rien fait pour l'aider, se serait contenté de la regarder en attendant qu'elle se décide enfin avant de conclure vite fait l'affaire. Aujourd'hui, en gage de sa reconnaissance, il accepte d'émettre son opinion. Après tout, il connaît bien le travail dans l'atelier, il sait ce qui vaut le plus et ce qui vaut le moins. Quand Diane a fixé son choix, Néoptolème le note, précisant bien qu'il s'agit d'une grande prêtresse. Là au moins, Stefanos sera forcé d'admettre la vérité : Néoptolème est capable de mener des affaires avec tout le monde, même des clientes pour le moins inattendues. Diane lui promet de venir elle-même dans six jours, quand il sera temps pour elle d'emporter ses achats. Néoptolème acquiesce, se retenant d'avouer qu'il a hâte de la revoir et de retrouver sa sérénité. Il ne doute pas que ses paroles vont l'apaiser quelques jours, et qu'ensuite il sombrera de nouveau dans la haine. Elle s'apprête à partir quand soudain elle se retourne et lui dit :
    « N’oublie pas que tu peux passer au temple à la moindre envie. Fais-moi appeler en déclinant ton nom, et j’accourrai aussitôt. Et surtout, rappelle-toi bien que tu n’es ni femme, ni esclave, ni métèque. L’existence te paraîtra peut-être moins dure … »
Néoptolème ne réagit tout d'abord pas. La première pensée qui lui vient en tête, c'est que Daphnê est une femme, elle, et qu'elle vit mieux que lui. Mais si une dame lui annonce cela, sans doute a-t-elle raison. Il ne doit pas oublier que malgré tout, il reste encore un homme libre, peut-être pas maître de son destin, mais au moins libre. Un homme qui peut faire entendre sa voix, même si son message ne plaît pas à tous. Alors il acquiesce.
    « Je viendrai, Diane. Quand j'aurai le temps, mais je viendrai. Sois en sûre. »
Elle lui sourit et s'en va, le laissant seul avec le vigile. Néoptolème soupire longuement. Si on lui avait dit que sa journée se déroulerait ainsi...
Il retourne dans l'atelier, passant voir l'esclave et le félicitant. Celui-ci semble intimidé par son acte, mais Néoptolème lui sourit. C'est bien rare de voir le jeune homme être heureux. Mais aujourd'hui, il l'est.

Néoptolème est heureux.
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