L'inquiétude qui nous unit
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 L'inquiétude qui nous unit

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MessageSujet: L'inquiétude qui nous unit   Dim 19 Déc - 17:03

L'inquiétude qui nous unit
Orion Attis & Néoptolème Maxence

La vie à Athènes même peut se révéler parfois, par bien des côtés, exténuante pour quelqu'un qui a longtemps vécu en dehors de ses murs, dans une agréable villa en campagne, sans d'autres voisins que de paisibles paysans qui somme toute ne faisaient pas trop de bruits en labourant les vastes champs alentours, et que de timides animaux qui s'aventuraient rarement près du domaine. Se lever tous les matins assez tôt, peu après le chant du coq, dans un calme relatif mais qui pour les oreilles de ce quelqu'un est déjà trop envahissant, passer la journée dans un atelier où se mêlent les paroles des esclaves quand leur maître n'est pas là, les interventions du propriétaire, et bien sûr tous les sons inhérents au métier d'artisan, sortir parfois en ville, les tympans agressés par les allègres conversations insouciantes des passants, les cris d'ivrognes des soûlards des tavernes, les rires d'enfants qui courent sans se soucier de vous, les gloussements des jeunes femmes qui semblent vous trouver à votre goût car elles n'ont pas vu vos yeux glacés, les chants des oiseaux, les aboiements incessants des chiens, les miaulements des chats, se trouver un endroit plus calme mais jamais totalement silencieux, rentrer le soir et supporter les monologues incessants de Stefanos sur l'évolution des prix et les bonnes affaires qu'il va bientôt pouvoir se réaliser, supporter les discussions des invités qui veulent tous se faire entendre et hurlent à qui mieux mieux pour se donner contenance, se coucher tard dans un lit confortable mais qui n'est pas le vôtre, et recommencer le jour d'après, encore et encore. Vous comprenez donc qu'après avoir subi toute cette agitation, l'être tourmenté qu'est devenu Néoptolème, fils de Thémistocle, n'est pas particulièrement de bonne humeur et n'a qu'une envie : un peu de calme, du vrai.
Par chance, aujourd'hui, Stefanos est invité à dîner chez un ami. Il a proposé à son protégé de l'accompagner, mais celui-ci a refusé, prétextant la fatigue... quoique ce n'est pas un prétexte. Néoptolème est éreinté, et qui plus est, il s'est légèrement fait mal aujourd'hui à l'atelier. Rien de bien méchant, il guérirait bien vite et il ne s'en plaint pas, mais cela n'empêche pas que son épaule continuait à le brûler. Elle est plutôt rouge, et à tous les coups demain, Néoptolème aura du mal à bouger son bras droit. Du coup, Stefanos n'a pas insisté et l'a laissé en compagnie de ses quelques esclaves de maison. Néoptolème ne leur prête pas la moindre attention. Aucun d'eux n'a jamais eu le courage de l'aborder, alors qu'au fond, il en aurait été ravi, content de constater qu'il n'est pas un moins que rien à leurs yeux, c'est toujours ça de pris. Mais de son côté, il n'a pas non plus envie d'aller vers eux. Pour leur dire quoi ? Qu'est-ce qu'ils pourraient comprendre, à ses malheurs ? Il faudrait qu'ils aient vécu la même chose que lui, et encore. Même sa propre sœur survivante en est incapable. Elle prend les choses avec trop de légèreté, à croire que cet évènement ne l'a pas autant marqué que lui. Cela le tue, qu'elle puisse être aussi joyeuse, même si cela lui fait tout de même plaisir : au moins sa petite sœur chérie est-elle intacte. Il n'aurait pas supporté qu'elle soit brisée comme lui, il l'aurait tuée pour achever ses souffrances et, n'ayant aucune raison de vivre encore, se serait ensuite suicidé, quoiqu'en dise les Dieux. De toute façon, après ce qui lui est arrivé, il n'a pas peur de la vie après la mort, elle ne peut être que mieux que cette existence-là, pour lui. Il est donc heureux du sort de sa sœur et de son bonheur, même si... même si il aimerait bien qu'elle cesse d'être aussi confiante envers des inconnus.
Soudain, il en a marre de rester seul dans la chambre qu'on lui a alloué. C'est vrai, quoi, une chambre ça ne sert qu'à dormir. Il est incapable de dormir, pas alors qu'il vient à peine de terminer de dîner. Ce n'est pas la compagnie qui lui manque - s'il se sentait vraiment seul, il y aurait forcément un laquais qui serait forcé de lui tenir compagnie, voilà tout, il a encore ce pouvoir même si ces serviteurs-là ne lui appartiennent pas. Non, c'est... autre chose. Il rêve d'une autre vie. Une vie paisible, sans problèmes, sans soucis d'argent. Une vie comme celle d'avant.
Il se lève de son lit et quitte la pièce. Il a besoin de croire qu'il est à sa place chez Stefanos.
Il traverse le couloir et débouche sur la petite cour interne. Elle n'est pas déplaisante à regarder, même si elle n'apaise aucune son âme. Il s'installe sur l'unique banc, vérifie qu'il est seul. Voyant que c'est le cas, pour la première fois depuis longtemps, il se laisse aller. Une unique larme perle dans son œil et roule lentement le long de sa joue, sans qu'il songe à la sécher. Qu'elle coule donc, la preuve de sa tristesse, de sa misère. Il soupire longuement, un de ces soupirs venus du fond de l'âme, qui témoignent du chagrin qui afflige celle-ci, un de ces soupirs si profonds qu'il en vient à manquer d'air. Se courbant et posant sa tête entre ses mains, il se demande comment il a pu en arriver là, être dépendant d'un autre à tel point. Il sait bien que seul, désormais, il aurait bien du mal à trouver de quoi se payer à manger, de quoi s'habiller. Et dormir, où aller ? Non, pour toutes les nécessités de la vie quotidienne, il est obligé de faire appel à Stefanos. Et cela le rend malade. Certes, le vendeur est bienveillant et semble réellement faire attention à lui, en hommage à son père, mais tous deux savent très bien qu'il en profite aussi. Néoptolème n'ira jamais contre lui tant qu'il sera dépendant de lui, voilà tout, et cela convient très bien à Stefanos, un ouvrier dont il s'est assuré l'obéissance. Néoptolème rêve d'une vie aisée, et seul lui est en mesure de la lui donner. Le mieux, c'est aussi que le jeune homme n'a pas de compétences en artisanat, si bien qu'il n'est même pas obligé de lui fournir un salaire conséquent. Néoptolème ne peut même pas s'en plaindre, jamais personne d'autre ne l'aurait embauché. En bref, il se trouve dans l'impasse, au comble du déshonneur. Et pour ne rien arranger, il faut qu'il veille sur sa sœur adorée, tout en sachant que jamais il ne pourrait cesser de tout faire pour qu'elle soit heureuse. Sauf si sa seule envie devient la mort.
Néoptolème s'abandonne, sans toutefois gémir ni pleurer. Il n'en est pas encore réduit à cette extrémité. Sa situation est certes désespérée, mais la vie continue. Un jour, peut-être, quelque chose changera. Cet autre espoir le fait vivre, lui fait accepter ce quotidien qui ne lui sied pas bien.
Quand il relève la tête, il aperçoit un esclave de Stefanos qui se tient sur le seuil, visiblement hésitant. Néoptolème le foudroie de ses yeux de glace, puis l'invite à s'approcher. L'employé ne sait pas trop par où commencer. Il semble impressionné par le jeune homme, presque persuadé que celui-ci va lui faire la peau pour l'avoir surpris dans une situation aussi incongrue. Néoptolème tente de sourire, même si le mouvement de ses lèvres n'a rien de chaleureux. Toutefois, cela met l'esclave en confiance.
    « Orion Attis, fils d'Icare, demande à te voir, maître.
    - Fais-le entrer. » : se contente de répondre Néoptolème.
Que l'esclave l'appelle "maître" ne le trompe pas. Ce n'est qu'une formalité, rien de plus. Autrefois, cela ne le gênait pas - pis, cela l'emplissait de fierté. Aujourd'hui, alors que sa vie ressemble, par certains aspects, à la leur - par d'autres, heureusement, non, il n'est pas encore tombé aussi bas ! - il se demande qui a eu l'idée d'une coutume aussi ridicule. Depuis quand un homme libre a-t-il besoin d'un titre pour se sentir respecté ? Que lui importe si l'esclave l'appelle par son prénom, après tout ? C'est d'autant plus gênant que Néoptolème était ainsi, auparavant.
L'esclave file à toute vitesse prévenir Orion. Néoptolème, toujours installé sur son banc, se compose un visage de façade. Orion. Certains diraient qu'ils sont amis. Le jeune homme n'irait pas jusque là. Certes, il l'apprécie, et même beaucoup. En d'autres circonstances, peut-être même auraient-ils pu être les meilleurs amis du monde. Mais Orion est trop semblable à lui. C'est-à-dire, tout aussi protecteur envers sa petite sœur qui, comme par un curieux hasard, s'appelle Daphné. Et avec cela, il a fallu que les sœurs s'entendent très, très bien. Et donc, qu'elles soient amenées à fréquenter le frère de l'autre. Et cela, ni Orion ni Néoptolème ne peuvent le supporter. Par respect pour Orion, le jeune homme essaie de ne pas trop s'approcher de Daphné, mais en même temps, il est dur de voir Daphnê sans elle dans les parages... Du coup, cette trop grande protection, qui peut s'avérer étouffante pour les intéressées, est un frein à la relation entre les deux frères. C'est dommage, car leur instinct engendre énormément de conflits. Jusque là, Orion et lui se sont toujours arrêtés à temps, ont toujours fini par se "réconcilier". Mais le jour où cela dégénèrera complètement, qu'en sera-t-il ?
Juste à temps, il se rappelle la larme, et frotte vigoureusement sa joue.
Il ne se lève pas pour accueillir Orion. Il ne fait pas le moindre geste pour lui indiquer qu'il a remarqué sa présence. De toute façon, c'est évident, et puis, Orion ne s'en formalisera pas. Néoptolème reste facilement immobile ; il a fixé son regard bleu glace sur le mur en face de lui, le contemplant comme s'il admirait le plus époustouflant des spectacles. La belle affaire. Il ne sourit pas, mais au moins son visage est-il détendu, et il a atténué la froideur habituelle de ses yeux. En somme, rien ne laisse deviner ce qu'il pense vraiment. Il se sent mal, et Orion n'est certainement pas la personne qu'il aurait envie de voir, oh non. Lui montrer sa faiblesse, ce serait lui donner un avantage ; et vu leur relation conflictuelle, un avantage peut tout changer. Enfin, il se tourne vers son ami, l'invitant à prendre place sur le banc à côté de lui.
    « Alors, Orion, que me vaut le plaisir de ta visite ? s'enquiert-il d'une voix neutre. Je doute que ce soit pour ma petite blessure à l'épaule que tu sois là, les nouvelles ne voyagent pas aussi vite après tout. »
Il les hausse justement, comme pour prouver que cela ne lui fait pas vraiment mal. En fait, si. La concernée le brûle et lui fait un mal de chien. Mais bien sûr, Néoptolème veut prouver à Orion que ce n'est pas un simple bobo qui viendra à bout de lui. Il est plus fort que cela.
    « Allez, de quoi tu as peur ? Assieds-toi à côté de moi, je ne vais pas te mordre. »
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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Mer 22 Déc - 22:35


NEOPTOLEME & ORION ♣

Le bruit lancinant du fer que l’on maltraitait résonnait avec ferveur dans la petite armurerie des thermes. Ce métal offensif et nuisible pour quiconque en goûtait la froideur grinçait aux oreilles les plus sensibles tandis qu’une pierre ronde et polie glissait sur son tranchant, provoquant quelques étincelles bleues et brûlantes pour la peau basanée des Athéniens. Malgré les petites blessures éphémères qu’elles dessinaient sur les mains rêches de l’affuteur, celui-ci poursuivait son travail dans un silence de mort. Ses gestes étaient précis et déterminés d’une telle énergie soupçonneuse. Sans relâche, il aiguisait la lame du glaive qu’il tenait d’une poigne ferme. Les mêmes mouvements exécutés pour le même résultat et pourtant, son ardeur à se défouler sur son arme ne faiblissait pas. L’âme curieuse qui aurait osé s’approcher de lui, curieuse de ce crissement qui n’avait rien de naturel, aurait lu sur son visage fermé une contrariété des plus évidentes. Depuis des heures que l’entrainement quotidien destiné aux éphèbes était terminé, Orion Attis, fils d’Icare l’ancien maitre d’armes, n’avait pas quitté la petite pièce qui servait à entreposer les armes qu’il utilisait. Acharné sur cette lame qui pourrait fendre le plus mûr des fruits en un seul coup, il s’était enfermé dans un monde obscure et brouillé d’idées noires. Combien de fois cette lame avait-elle servi ? Il l’ignorait. Peut-être avait-elle déjà été tenue dans les mains assurées d’un hoplite, ou bien laissé à la merci d’un soldat sans expérience qui avait failli à sa première mission ? Le sang avait-il coulé le long de ce métal froid ? Il n’en gardait aucune trace sinon le récit implicite d’un meurtre commis au nom d’Athènes. Orion, lui, n’avait jamais dégainé son glaive au nom du prestige de l’armée grecque. Destiné pour le restant de ses jours à l’entrainement des futurs noms que l’on acclamerait pour une victoire, il demeurerait le fils du meilleure maitre d’armes, le formateur dévoué qui ne quitterait jamais les remparts d’Athènes pour une guerre prometteuse. Alors que sa frustration personnelle envahissait de nouveau son cœur meurtri, Orion redoublait d’effort sur son labeur, éveillant de nouvelles étincelles, reflets de sa colère. Quelques mèches brunes étaient venues assombrir son regard bleu qui ne quittait pas ses mains. Plusieurs gouttes de sueur échouaient depuis longtemps sur son front, glissant jusqu’à tracer son sillon jusqu’à ses muscles saillants. Arès ne l’écoutait pas. Il avait beau redoubler de prière, de supplications, la divinité guerrière ne lui avait toujours pas accordée le renom. A longueur de journée, sa peau se marquait de la poussière du sol, son énergie se dédiait aux nouvelles recrues encore émues de tenir entre leurs mains juvéniles une si lourde arme. Qu’avait-il en retour ? Une reconnaissance hypocrite et la gloire s’en allait toujours de la même façon quand les soldats accomplis ressortaient de son gymnase, fiers et prêts. Ce manque dévorant creusait un peu plus chaque jour sa place au fond de l’esprit de l’homme, entamant un peu plus la tolérance qui l’avait caractérisé pendant longtemps. Tantôt plus exigeant, tantôt exécrable, il devenait le redoutable professeur que l’on avait hâte de quitter. Sa rancœur débordait de critiques futiles mais si bien placées que les esprits naïfs ne croyaient qu’en une mauvaise humeur passagère. Personne n’avait idée du malaise d’Orion et Arès était bien la première personne à s’en moquer.

« Ingrat ! » Le hurlement fut craché avec dégoût tandis qu’Orion finit par jeter avec toute la force dont il était capable la pierre affuteuse au fond de la pièce. Serrant ses poings dans une violence qu’il tentait de maitriser, un jeune adolescent en guenilles apparut à l’encadrement de la porte, visiblement troublé de l’attitude de son interlocuteur. « Orion Attis… Je viens répondre à votre demande de cette après-midi. » Soudainement muet et attentif, l’intéressé fit volte face jusqu’au garçon pour lui demander avec empressement de parler. Une main nerveuse et tremblante se glissa dans ses cheveux dans l’espoir de les repousser de son visage et d’apaiser sa colère. Envoyé plus tôt, le garçon avait du rapidement trouver Daphné chez eux dans l’espoir de répondre à la requête d’Orion. Mais il suffisait de scruter le malaise apparent du messager pour deviner qu’à nouveau, rien n’allait. Sa cadette oserait-elle lui commettre un autre affront, ajoutant à son humeur déjà insupportable ? « Je ne l’ai pas trouvée. Vous m’avez envoyé chez vous, or elle ne s’y trouve pas. J’ai attendu mais elle n’est pas re.. » « Il suffit, n’en dis pas plus. J’ai obtenu ma réponse. Tiens et va. » Sans lui adresser un seul sourire reconnaissant –en était-il seulement capable à cet instant, il jeta un drachme à l’intention du garçon qui s’empressa de la rattraper avant de s’enfuir sans demander son reste. Craignait-il qu’Orion ne passe sa fureur sur lui ? C’était bien mal le connaitre. Celui-ci encaissait, comme les coups qu’un guerrier prenait, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus. Aujourd’hui était le jour du déversement. Et l’absence de Daphné ajoutait une nouvelle fois à la série d’évènements qui avaient contribué à gâcher cette journée de décembre. Ou était-elle passée ? Voilà une question énigmatique qu’il se posait bien trop souvent à son goût. Avec le temps, il avait espéré qu’elle se serait assagie, comprenant la crainte qui s’emparait de l’ainé sitôt qu’elle disparaissait dans les dédales d’Athènes. Mais elle demeurait toujours la même, à son plus grand bonheur et malheur à la fois. Toutefois, une personne apportait bien souvent la solution. Et fallait-il qu’à son tour, il la trouve. Pour cela, une unique personne excellait dans le domaine. Néoptolème Maxence.

Le glaive retrouva son refuge dans le fourreau accroché à la ceinture du maitre d’armes. Sans plus attendre, il délaissa l’armurerie pour guider ses pas rapides et anxieux jusqu’au quartier sud. Un quartier bien trop uppé et peu fréquenté par quelqu’un de sa modeste caste mais par chance, son nom lui avait accordé quelque crédit auprès des fortunés, malgré les regards furtifs et dédaigneux qui se posaient sur son corps malmené par la dure journée d’entrainement qu’il avait produit. Feignant l’indifférence, bien trop concentré sur sa mémoire, Orion cherchait de ses yeux clairs la demeure tant attendue. Son ami –si tant est qu’ami était le terme convenu- ne faisait qu’y travailler mais à cette heure de la journée, nul doute qu’il y serait encore. Il ne craignait pas de déranger un riche esclavageur dans son dur travail qu’était de donner des ordres, son esprit était bien trop encombré par le souci de retrouver son inconsciente de sœur. Lorsqu’il fut parvenu à destination, il demanda le jeune homme d’une voix qui traduisait son empressement. Il n’avait pas de temps à perdre à se confondre en politesse mal placée envers un esclave qui subissait sévices nuit et jour. Le temps durant lequel on allait chercher ledit Néo parut bien trop long, amplifiant un peu plus le nœud qui bouillonnait au creux de ses entrailles. La libération sonna enfin et on l’accompagna jusqu’au jeune homme. Ce dernier était assis sur un banc non loin de lui mais il ne se leva pas pour autant pour le saluer. A vrai dire, Néo ne se doutait-il pas que sa visite n’avait rien d’amicale ou de fortuite ? Rien n’était moins sûr. Il ne le regardait pas mais il ne s’en sentit pas offensé : une ambiance pesante et tendue s’était élevée entre les deux jeunes hommes et pendant l’ombre d’un instant, il crut que Néoptolème ressentait la même chose que lui. Douce illusion qui se brisa lorsque celui-ci leva la voix pour le questionner. S’approchant de quelques pas du jeune homme, il posa son regard sur une rougeur désagréable qui avait pris place sur son épaule. En effet, celui-ci ne semblait pas dans un état des plus productifs mais il était trop inquiet pour s’enquérir de la santé de Néo.

« Ou sont-elles ? » La question avait été simple et percutant, signant alors toute l’anxiété qui dévorait Orion. Incapable de demeurer assis aux côtés de Néo, il se planta donc face à lui tel un piquet imperturbable. De toute évidence, il comprendrait que trop de qui parlait-il. Elles étaient tout autant ce qui les rapprochait que ce qui les éloignait d’une amitié pourtant évidente. Et si toutefois il n’était pas d’humeur à supporter ses jérémiades, il poussa un peu plus loin la paranoïa : « Tu n’es pas blessé à cause d’elles n’est-ce pas ? » Pressant, nerveux, stressant son entourage, non Orion n’était pas dans son meilleur jour de bonté.

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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Jeu 23 Déc - 11:50

Toutefois, Orion ne semble pas avoir envie de s'asseoir ; bien qu'il s'approche, il reste planté là, comme s'il était excité ou nerveux. Mais Néoptolème ne se rappelle pas l'avoir jamais vu excité ; alors que nerveux, il a souvent toutes les raisons de l'être. Orion n'a même pas besoin de poser sa question : il a déjà compris rien qu'en voyant la tension qui l'habite. Au fond, cela le réjouit. Cela veut dire qu'Orion n'a pas remarqué qu'il ne se sent pas particulièrement bien moralement, ce soir, ni même le fait que ses yeux sont un peu plus brillants que d'habitude. Et cela, c'est parfait pour Néoptolème. Que ce soit, en plus, Orion qui lui demande son aide ne parvient que à lui mettre du baume au cœur. Il va pouvoir jouer un petit peu, voilà au moins un point positif après cette horrible journée.
    « Ou sont-elles ? »
Néoptolème ne répond pas, bien que tout à coup, lui aussi se sente inquiet. Elles, au pluriel ? Cela signifie-t-il que sa propre sœur aussi est portée disparue ? Peut-être pas. Peut-être n'est-ce qu'une supposition d'Orion, que seule Daphné n'est pas là et que son idiot d'ami - non, je ne prétends pas qu'Orion soit idiot, bien au contraire - n'ait pas eu assez d'esprit pour vérifier d'abord si elle est avec sa sœur à lui... en tout cas, c'est très malin de jouer sur ses inquiétudes, parce que si cela concerne aussi Daphnê, Néoptolème aura beaucoup moins le cœur de se moquer des instincts protecteurs de son ami. Bon. Du calme, Néoptolème. Attends de voir ce qu'il va te dire en plus.
Orion, agité, ajoute :
    « Tu n’es pas blessé à cause d’elles n’est-ce pas ? »
Néoptolème le regarde comme s'il lui avait poussé une troisième tête - ou qu'il s'était transformé en centaure. Puis, c'est plus fort que lui, il se met à rire. Oh, certes, il n'y a rien de joyeux dans ce rire, il est plutôt amer et douloureux, presque effrayant à entendre de la part d'un si jeune homme, mais il ne parvient pas à ne pas le laisser s'échapper. De toute façon, il vaut mieux qu'il sorte. Cela ne peut qu'augmenter la tension entre lui et Orion. Et l'aider, lui, à rester calme.
    « A cause d'elles, Orion ? Je pensais que tu me connaissais mieux que ça. Je ne t'aurai pas laissé venir si c'était le cas. »
Oui, s'il s'était blessé à cause d'elles, parce qu'il leur était arrivé quelque chose, il ne serait pas rentré chez Stefanos à attendre qu'Orion débarque dans un état proche de la panique... Non, il tient à sa dignité mais pas à ce prix. Tout duel entre eux deux ne vaut pas la vie de sa sœur... ni même de l'autre, d'ailleurs. S'il n'avait pas pu les protéger et s'était fait blessé, il aurait jeté sa fierté aux orties et se serait au contraire précipité chez Orion, et peu importe s'il lui montrait sa faiblesse ou avouait que pour le coup, l'autre était plus à même que lui pour les protéger. D'ailleurs, ce n'est même pas faux : après tout, Orion est un maître d'armes, plutôt doué à manier des armes, alors que Néoptolème est un artisan raté. Il est évident que face à la menace, Orion a plus de possibilités à sa disposition, et même si Néoptolème refuse de l'admettre, en cas de problème il le reconnaîtrait sans hésiter. Mais ce n'est pas le cas, et comme il sent qu'Orion aura du mal à s'apaiser, il explique :
    « Je me suis fait mal à l'atelier, c'est tout. Je ne t'ai pas dit que j'ai encore beaucoup à apprendre ? »
Il attend ensuite que son ami continue, dévoile tout, qu'il lui annonce ce qui s'est passé pour qu'il s'inquiète autant. Cela n'aide pas de savoir qu'Orion avait perdu la trace de Daphné et qu'il n'en savait pas plus sur Daphnê. Il comprend que c'est à lui de continuer, alors il ajoute :
    « Orion, calme-toi s'il te plaît. Et dis-moi si tu as pensé à faire un tour d'abord au temple d'Artemis. »
Même si il est plausible que Daphné ait rendu visite à son amie au temple et qu'elle est entraînée ailleurs, pour Néoptolème se pose moins de problèmes. Déjà, parce qu'au moins elles seraient ensemble, et donc moins vulnérables - ce qui ne change pas que même à deux, elles risqueraient quand même leur vie. Ensuite, parce que Néoptolème a pris ses précautions. Il ignore si Orion a fait de même, mais vu l'état de panique dans lequel il se trouve, il est fort probable que non. Néoptolème fait surveiller sa sœur, même s'il ne l'a jamais avoué à quiconque ; et le pire c'est que cela ne lui coûte rien en termes monétaires, non, il s'agit toujours d'échange de services. Et cela marche très bien comme ça. Par contre, oui, si jamais un de ces surveillants venait lui dire qu'il avait perdu la trace de sa sœur, là oui, il se permettrait l'angoisse. Et même si Daphnê n'est jamais toujours surveillée, quelle importance ? Cela reste beaucoup plus rassurant. Donc, dans le cas où elles sont effectivement parties, il y a des chances pour qu'elles soient suivies. Néoptolème se sent donc plus en paix qu'Orion, même si au fond, cela le travaille quand même.
En tout cas, en voyant Orion il comprend que celui-ci ne l'a pas fait. Le jeune homme soupire.
    « Orion, ça ne sert à rien de te mettre dans tous tes états. Garde la tête froide, organisons-nous. Je vais envoyer quelqu'un au temple, si elles y sont. »
Il se lève, s'approche de l'esclave qui lui a annoncé l'arrivée d'Orion, visiblement sur ses gardes comme s'il attend de pouvoir répondre au moindre de ses caprices. Vu que Néoptolème ne fait plus vraiment attention à ses désirs depuis bien longtemps, cela l'énerve un peu, mais il n'en laisse rien paraître. Il lui demande poliment si l'un d'entre eux ne veut pas se rendre au temple pour prendre des nouvelles de sa sœur, et l'esclave affirme qu'il ira en personne. Néoptolème retient une grimace et acquiesce. Alors qu'il allait tourner des talons, Néoptolème l'interpelle :
    « Je risque d'avoir encore besoin de toi après, mais si tu n'en as pas envie, dis-le moi. Tu ne m'appartiens pas, après tout. »
L'esclave s'apprête à répondre - le jeune homme devine bien, une idiotie servile à tous les coups - et lui fait signe de disposer. Puis Néoptolème revient vers son ami, un léger sourire aux lèvres.
    « C'est déjà ça de fait. Mais je ne vois pas ce que tu attends de plus de moi, Orion, vraiment. Tu ne veux quand même pas faire quadriller toute la ville et mener toi-même des recherches ? Parce que même si c'est le cas, je ne te serai d'aucun secours... »
Il est un peu amer quand il termine sa phrase, et son sourire se tord, puis disparaît complètement. Néoptolème revient s'asseoir sur le banc et soupire.
    « C'est déjà une bonne chose de faite. Et s'il s'avère qu'elles n'y sont pas, je t'autorise à paniquer. Vraiment, tu es sûr que tu ne veux pas t'asseoir ? »
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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Sam 15 Jan - 10:04


NEOPTOLEME & ORION ♣

Aller chercher de l’aide… Voila bien un évènement qui promettait d’être unique et rare quand il provenait d’Orion. Exclusif et agressif dès qu’il s’agissait d’aborder le sujet de la cadette, Néoptolème devait bien osciller entre la consternation de voir débarquer le frère inquiet et l’amusement de retrouver là une facette de lui qu’ils partageaient certainement bien trop. Athènes avait beau respirer la sécurité et la pureté dès que l’esprit d’Orion l’imaginait engloutissant Daphné dans ses méandres obscures et douteux, la cité devenait le pire des dangers. Elle allait l’entendre. Sûrement que les rares voisins allaient subir la voix portée et fraternelle qui n’avait cesse de réitérer des reproches et des recommandations qui s’apparentaient plutôt au discours d’un père moralisateur. Sous le coup d’une nouvelle bouffée de stress qui accentuait peu à peu une colère peu appréciable, le maitre d’armes passa une main nerveuse sur son front d’où perlaient quelques gouttes de sueur imperceptibles. Lorsque son ami Néo commit la première erreur de rire à sa dernière question, le regard bleu d’Orion se mua peu à peu dans une teinte abyme qui trahissait son mépris. Il toisa l’employé d’un air mauvais. L’heure n’était pas aux moqueries. Quand bien même sa question fut des plus stupides –les jeunes femmes avaient-elles simplement la force d’asséner à un homme une gifle ?-, ça ne lui donnait pas plus le droit de mettre l’accent sur son attitude pathétique. Pendant l’ombre d’un instant, l’homme se demanda si venir ici avait été réellement une bonne idée ? Il offrait à Néo tout le loisir de s’amuser de cette inquiétude profondément exagérée. Il lui offrait le plaisir de pouvoir comparer avec satisfaction le maitre d’armes assuré et professionnel du frère qui perdait tous ses moyens dès que les cheveux caramel de sa sœur avaient le malheur de se dérober à son regard protecteur. Qu’Arès le pardonne de cette faiblesse époustouflante qui le rabaissait au niveau de n’importe quel homme. Considérant amèrement Néoptolème qui lui expliqua la raison de sa blessure, il se contenta d’hausser les épaules d’un air nonchalant. Inutile de feindre l’intérêt, ils savaient tous les deux qu’il n’était heureusement pas là pour discuter comme deux amis l’auraient fait. D’autant plus que l’état d’excitation d’Orion lui retirait tout envie de sympathie ou de compassion. Finalement, le deuxième frère aurait peut-être mieux fait de refuser sa présence : il n’était pas au bout de ses peines. Il avait encore à apprendre de son travail mais il était encore loin d’avoir toutes les clés pour maitriser un homme armé qui frôlait la crise de nerfs.

Frôlant le manche de son glaive de ses doigts tremblants, Orion tentait de retrouver une sérénité qui, elle, demeurait encore dans l’armurerie, le refuge de sa paix intérieure. Inconsciemment, il priait pour que deux minois féminins ne pointent le bout de leur nez dans les instants qui suivaient. Il priait pour entendre des rires innocents et cristallins qui réduiraient à néant les mauvais films qui s’ancraient dans son esprit. Incapable de rester immobile, il poursuivit alors les cent pas devant Néoptolème sans se préoccuper de savoir si cette agitation le dérangeait. L’hypothèse de ce dernier eut néanmoins le don de le stopper net durant plusieurs secondes. Après un bref temps de réflexion, il se pinça l’arrête du nez, inspirant profondément avant de lâcher d’une voix ironique : « Néo, le jour où ma sœur acceptera de s’approcher du temple d’Artémis, crois-moi que je l’y enfermerai. » Daphné, l’électron libre, la femme qui voulait se croire au même niveau que les autres. De douces utopies qui venaient d’un esprit érudit et bien trop méritant pour la place qu’elle occupait et pourtant, il fallait qu’elle songe à y demeurer pour le restant de ses jours. L’éveil des femmes athéniennes n’était pas encore pour l’heure. Et Orion jurait que si toutefois tout ce cirque se renouvelait, il n’aurait aucun scrupule à faire de Daphnê sa grande amie, une camarade de prière également. Il ignorait la surveillance que lui dissimulait Néo : à vrai dire, lui-même n’aurait même pas l’idée de lui confier que parfois, il payait quelques gamins errants pour garder un œil naïf sur la créature indomptable. Dans sa grande mauvaise foi, il osait se dire qu’il faisait deux bonnes actions pour le prix d’une même si cela nuisait à la vie privée de sa sœur. Alors non, il n’avait pas débarqué jusqu’au temple comme une furie, prenant le risque de profaner une quelconque prière ou hommage. Quand Néoptolème se redressa pour envoyer un esclave au temple, Orion demeura interdit. Si toutefois on revenait avec une réponse positive, il mourrait alors de honte et de frustration de n’avoir pu partir lui-même à la recherche de sa sœur. Au fond que pouvait bien y faire son ami ? Tout juste il comprenait le lien qui unissait un frère et une sœur mais pouvait-il y remédier ? Il en doutait.

Si son sourire se voulait rassurant, les traits d’Orion restaient contrits et froids. Les poings serrés, il demeurait enclin à une anxiété dangereuse qui aveuglait toutes ses capacités de discernement. Malheureusement, les dernières paroles de son camarade ouvrirent la porte aux excès. « Bien sûr qu’on ira quadriller la cité si elles demeurent introuvables. Parce qu’il est d’une évidence qu’elles ont disparu ensemble. Daphnê a du l’entrainer dans ses escapades de prêtresse en quête d’aventure, et nul doute qu’elles sont parties ensemble ! Mais tu ne sembles pas plus anxieux de laisser une adolescente parcourir les ruelles d’Athènes. » Il accusait la sœur de Néoptolème. Une grosse erreur dont il n’avait pas conscience mais qui apparaissait comme la meilleure solution pour atténuer sa propre culpabilité. Aveuglé par sa mauvaise humeur, il n’avait pas compté les heures qu’il avait passé à affuter des armes qui n’en avaient pas besoin. Il n’était pas rentré à temps pour trouver sa sœur et pouvoir enfin la faire rester à ses côtés comme au bon vieux temps. Loin était le temps où ils passaient des journées et des nuits entières à s’amuser seuls, loin de l’agitation athénienne, loin d’un monde trop adulte. Néo lui offrit à nouveau la possibilité de s’assoir et malgré lui, il ne put résister plus longtemps. Se laissant tomber sur ce banc inconfortable, il enfouit sa tête entre ses mains abimées avant de pousser un soupir à son tour.

Les secondes s’engrenèrent avant qu’enfin il n’entende les pas trainants d’un esclave qui se risqua jusqu’à eux. Levant la tête afin de déceler l’ombre d’une réponse positive, celui-ci ne pipa mot certainement dans l’attente d’une autorisation. Orion donna alors un rapide coup d’épaule sur celle blessée de Néo sans le remarquer avant de pousser une complainte : « Alors ? »


[J'espère que ça te va, faut que je me remette dans le bain XD]

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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Dim 23 Jan - 12:09

Sans surprises, Orion ne se calme pas aussi facilement. Ou peut-être est-ce qu'il refuse de le faire. Qu'importe, Néoptolème le comprend. Depuis qu'il a évoqué la possibilité que Daphnê soit absente, même malgré son assurance et les garanties qu'il a prises pour qu'elle ne soit pas souvent seule, il ne peut s'empêcher une légère inquiétude de naître au fond de son cœur. Et si tout cela ne s'avérait pas suffisant ? Enfin, pour l'instant, ce n'est pas de son ressort. Il a au moins la fierté de ne pas avoir cédé à la panique et d'être resté maître de lui. Bien sûr, si jamais elles n'étaient pas au temple, il serait beaucoup plus difficile pour lui de garder le contrôle. Enfin, si sa sœur était portée disparue, il était normal, selon lui, d'être envahi tout à coup par la peur. Son ami Orion, lui, a beau afficher un sourire, Néoptolème lit très bien en lui. Non seulement il est déjà sur les nerfs, mais en plus, le jeune homme pressent qu'il a fait quelque chose pour l'énerver encore plus. Quoi donc, bon sang ? Si on ne peut même plus parler, maintenant...
    « Bien sûr qu’on ira quadriller la cité si elles demeurent introuvables. » : décide Orion.
Néoptolème le regarde d'un air perplexe. Mais bien sûr, très cher. Toi, tu en as peut-être les moyens, c'est vrai, tu es un maître d'armes, ce doit être dans tes cordes. Alors pourquoi tu viens le voir, lui, si c'est la seule solution que tu envisages ? Qu'attends-tu de Néoptolème, qui ne pourra rien faire d'autres que d'émettre des hypothèses ? Le jeune artisan, lui, est incapable de quadriller la cité. Déjà, parce qu'il ne saurait pas comment faire, mais tout simplement il n'en aurait pas les capacités. Ce n'est pas avec la poignée d'esclaves empruntés à Stefanos qu'il pourrait faire quelque chose de vraiment utile allant dans ce sens ! La cité est gigantesque après tout, rien à voir avec les environs de leur ancienne maison. Auparavant, quand l'un se perdait, il suffisait d'explorer les quelques kilomètres alentour. Les champs, la forêt. Et parfois le bord de mer. Rien de très compliqué, en somme, puisqu'on ne croisait pas grand monde, et que l'espace était relativement dégagé. Dans une cité, c'est une autre paire de manches. Comment fouiller chaque recoin, chaque petite ruelle, avec du personnel limité ? Et qu'est-ce qui affirme qu'elles seront seules et dehors ? Pourquoi, dans un accès de témérité, ne se seraient-elles pas faufilé dans une maison ? Néoptolème sait déjà que cela ne lui est pas accessible.
    « Parce qu’il est d’une évidence qu’elles ont disparu ensemble. Daphnê a du l’entrainer dans ses escapades de prêtresse en quête d’aventure, et nul doute qu’elles sont parties ensemble ! »
Tout de suite, Néoptolème se sent moins calme. Même s'il se maîtrise encore, sinon il aurait déjà envoyé son poing sur le nez de son ami. Accuser Daphnê ! Quelle lâcheté. La jeune fille n'est pas là pour se défendre, et puis, c'est toujours facile d'accuser les autres. Sa sœur fait une coupable idéale. Orion devrait savoir, pourtant, que Néoptolème ne tolère pas ce genre d'affirmation. Mais bon. Il laisse passer... pour l'instant. Parce que s'il s'avère que les deux sœurs sont introuvables, il sera bien heureux d'avoir Orion sous la main. Et puis, si en plus il a raison et que c'est Daphnê qui est responsable...
    « Mais tu ne sembles pas plus anxieux de laisser une adolescente parcourir les ruelles d’Athènes. »
Une simple provocation de la part d'Orion, lui dit sa raison. Mais bien sûr, le maître d'armes le connaît bien. Il sait frapper là où ça fait mal. Et Néoptolème ne peut que lui proposer de s'asseoir, ce qu'Orion finit enfin par accepter. C'est déjà un bon début. Le jeune homme aurait envie de s'attaquer à Orion, mais il n'est pas suicidaire. Il sait comment ça finirait pour lui, mais... il ne trouve pas les mots nécessaires pour exprimer toute la violence et la douleur qui dorment en lui. Ajoutés à sa légère angoisse, la douleur pulsant dans son épaule, et la tristesse dont il s'est à peine remis une fois son ami arrivé, Néoptolème ne se sent pas très bien. Il se contente donc de regarder Orion avec ses habituels yeux glacials, lequel ne peut le voir vu qu'il a pris sa tête entre ses mains, et lâche d'une voix basse et dénuée de ton :
    « On verra bien, Orion. Je te souhaite d'avoir raison, parce que je déteste qu'on accuse ma sœur en l'air. »
Puis il se retourne et laisse Orion à sa douleur. Lui décide de se calmer. Plus le temps passe, et plus il a un mauvais pressentiment. Il faut qu'il se calme, qu'il fasse le vide en lui. Sinon, lui aussi va exploser. Il tient à sa fierté face à Orion, il doit tenter de conserver ce mince vernis d'assurance qu'il a placé devant lui.
    « Tu verras, ajoute-t-il d'un ton presque convaincu. On les retrouvera, de toute façon. »
Son pessimisme habituel, fruit du choc que lui avait causé le saccage de sa maison et la mort de ses proches, lui dit pourtant que non. Mais l'homme, je l'ai lu récemment, est un être optimiste, aussi Néoptolème ne peut s'empêcher de garder espoir.
Un peu de temps passe encore, et tout à coup les pas de l'esclave se font entendre. Quand il se tient devant eux, Orion lève la tête, et Néoptolème sent que lui aussi espère qu'elles sont bien au temple. Néoptolème sent son cœur se mettre à battre.
    « Alors ? » : demande Orion en donnant un coup d'épaule à Néopotlème.
Le jeune homme se retient de grimacer. Aïe, mais ça fait mal, quand même ! Mais l'heure n'est pas à la protestation. Il y a bien plus important qu'un simple mal d'épaule. L'esclave ne pipe toujours pas mot, et Néoptolème a déjà compris. Il a l'impression de revivre encore le même cauchemar. Il hésite à lui demander de le dire à haute voix. Est-ce que cela en vaut la peine ? Orion n'a-t-il donc pas compris ? Mais apparemment, son ami veut l'entendre. Alors, d'une voix douce qu'il n'a jamais réservé à personne d'autre qu'à Daphnê, il l'interroge :
    « Dis-le quand même.
    - Elles... elles n'y sont pas. » : avoue l'esclave, et rien que le fait de prononcer les mots maudits semble l'effrayer.
De quoi a-t-il peur ? De leurs réactions ? Néoptolème ne peut rien jurer concernant Orion, mais pour lui, il sait très bien qu'il ne va pas lui faire du mal. C'est vraiment étrange comme son attitude envers les esclaves a changé, sans pour autant les voir comme des êtres humains comme lui. Une sorte de paternalisme, encore que Néoptolème ne le considère pas non plus comme un potentiel enfant. Peut-être est-ce juste la même compréhension de la misère de la vie.
    « Continue, s'il te plaît, l'enjoint-il. Est-ce que quelqu'un t'a dit quelque chose ?
    - Euh... apparemment, elles étaient encore là cinq minutes avant que j'arrive.
    - Toutes les deux ?
    - Toutes les deux.
    - Et tu saurais où elles sont parties ?
    - Pas précisément, mais une de leurs amies prêtresses les a vues partir vers le Nord. Elle n'en sait pas plus. »
Néoptolème acquiesce lentement, assimilant les informations qu'il venait de lui donner. La bonne nouvelle, c'est qu'elles sont ensemble et en bonne santé. La mauvaise, c'est qu'ils ne savent pas où elles sont passées. Où trainent-elles donc ?
    « Merci en tout cas. » Puis, se tournant vers Orion : « Alors, tu as des questions à lui poser, ou tu veux tout de suite élaborer une stratégie pour les retrouver ? »
Ne pas céder à la panique. Ne pas céder à la panique. Mais c'est tellement dur quand on a l'impression que son cœur saigne...
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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Ven 11 Fév - 23:43


NEOPTOLEME & ORION ♣

Les retrouver était une certitude qui n’avait jamais quitté l’âme d’Orion. Et pourtant, il hésitait encore sur la façon dont il allait redécouvrir les jeunes femmes qui portaient le même prénom pour une personnalité étonnamment ressemblante et compatibles. Son âme de grand frère aspirait à les apercevoir batifolant comme des adolescentes dans les champs blonds d’Athènes tandis que son âme guerrière apportait déjà son lot de visions sanglantes qui ne manquaient pas de provoquer de désagréables frissons. Néoptolème était bien en droit de se montrer rassurant : son optimisme allait devoir fonctionner pour deux durant les prochaines heures d’inquiétude. Il ne s’était jamais senti proche de ce jeune garçon qui connaissait les méandres du labeur avant d’avoir profité des plaisirs de la vie. Tout les séparait : leurs univers, leurs goûts, leurs aspirations –Orion s’était-il seulement une fois intéressé à lui dans la plus grande spontanéité ? Leur rencontre avait été aussi évidente et inévitable dès lors que leurs cadettes respectives s’étaient trouvées être de grandes amies complices. Les deux effrontées réunissaient les protecteurs : deux hommes dont l’attitude bien trop similaire pouvait consumer le semblant d’entente et d’amitié qu’ils pouvaient ressentir l’un envers l’autre. Et lorsque Néo soulignait l’accusation infondée de l’implication de Daphnê, Orion ne parvenait pas à s’en sentir désolé pour autant. Dans le monde où la loi du plus fort règne, il n’importait que le propre intérêt de sa famille, quitte à éliminer les éphémères amis qui s’étaient posés sur leur chemin tortueux. Il gardait un flegme déconcertant, une impassibilité presque gênante. Etait-il si confiant dans les capacités de sa sœur innocente pour qu’il ne craigne rien pour elle ou bien dissimulait-il du mieux qu’il pouvait l’anxiété qu’ils partageaient tous les deux ? Malgré lui, une étincelle de jalousie et d’animosité enroba un peu plus la boule qui s’était formé dans son estomac : Néoptolème démontrait bien plus de force, bien plus de contrôle. Un garçon aussi maltraité pouvait-il seulement égaler le self-control qu’il s’évertuait à enseigner depuis des années ? Les rôles étaient inversés. L’ignorant devenait le sage alors que l’assidu régressait jusqu’à la bête primaire, soumise à ses pulsions violentes et dévorantes. Le temps était long jusqu’au repos et Orion n’avait jamais été reconnu pour sa patience.

Alors… Étaient-elles portées disparues, aperçues en mauvaise compagnie ou pire ? De toute évidence, la mine déconfite et apeurée du chargé de la missive ne présageait rien de bon. Comment de jeunes femmes en fleur pouvaient-elle demeurer dans l’antre de la piété quand les tentations extérieures ouvraient leurs bras attractifs ? Quand l’esclave annonça la mauvaise nouvelle, Orion ne put contenir plus longtemps le juron blasphématoire qui lui brûlait les lèvres : « Par Zeus, le maudit. » ses paroles étaient vives et le regard noir qu’il jetait à l’intéressé semblait un peu plus l’effrayer alors qu’il s’efforçait de répondre à Néoptolème d’une voix faible. L’échange entre les deux interlocuteurs ne semblait même plus l’intéresser. Il marmonnait pour lui-même, comme si cette effusion de paroles insensées soulagerait son désarroi : « Au Nord. Allons donc nous risquer dans les rues sombres où la misère accompagne le crime. Avec un peu de chance, nous les retrouverons parmi les concubines qui tenteront de les corrompre. La petite promenade s’achèvera sur une note exotique, dans le quartier des immigrés imprévisibles, pourquoi pas… Pourquoi pas ! » Orion s’était redressé d’un bond, ne répondant plus de lui. Son compagnon pouvait bien se moquer de cette faiblesse, en rire et en faire courir la rumeur dans toute la cité : on était bien loin de l’image ordonnée et maitrisée à laquelle le fils d’Icare tenait depuis le départ du père tant apprécié. La voix de Néo tenta de le redescendre sur terre mais à nouveau, Orion se perdait dans les cent pas. A la recherche d’une solution, dans l’attente de la réponse divine qui résoudra tous les problèmes. Un regard jusqu’à l’esclave puis un coup d’œil au frère. « Nous nous en sortirons bien mieux sans des incapables, ils seraient capables de perdre leur trace à nouveau. » Si l’accusation pointait officiellement le messager ou bien le petit garçon qu’il employait souvent à surveiller Daphné, il se maudissait intérieurement de déléguer la prunelle de ses yeux, bien trop pris par ses responsabilités professionnelles pour prendre le temps de se poser. Passant une main dans ses cheveux pour dégager ses yeux bleus, il finit par s’engager d’un pas rapide et déterminé jusqu’à la demeure. Parvenu à la hauteur de Néoptolème, il prit seulement le temps de faire un geste de la main pour l’inviter à le suivre. Il comptait bien l’engager dans sa recherche, et quand bien même il avait mieux à faire, il ne le laisserait pas glisser une seule protestation à son égard.

Sans un mot, il traversa la demeure pour retrouver l’air oppressant et actif de la rue. Il ne valait pas mieux que le calme de la cour dans laquelle il avait été à la rencontre de Néo, mais elle signifiait une liberté de mouvement qu’il ne ressentait pas chez quelqu’un d’autre et d’inconnu. Pourtant, comme perdu dans un quartier qu’il ne visitait que rarement, Orion se laissait bousculer par les badauds qui allaient d’un pas toujours pressé, sans même oser s’imposer. Tripotant d’une main distraite le bout arrondi du manche de son glaive dans une réflexion intense, il attendit que le jeune homme ne le rejoigne avant de tourner sa tête vers lui, cherchant des yeux un réconfort secret, le regard qui saura apaiser son angoisse. Il n’était pas de ses plus intimes amis, il n’était pas de ceux à qui il se confiait régulièrement et pourtant, le visage juvénile et d’apparence sereine de Néoptolème injectait silencieusement une dose de calme sur les nerfs à vif d’Orion. Bien sûr, il n’en dirait rien : le mieux était de faire planer le doute plutôt que d’avouer des évidences bien trop incommodantes. « Comment fais-tu pour demeurer aussi impassible ? Ta candeur aveugle-t-elle encore la réalité athénienne, Néo ? » Une question posée sur un ton lointain comme si elle traduisait les pensées profondes de l’homme qu’il n’osait pas formuler pourtant. Redressant sa tête pour faire face à la foule inconsciente qui l’entourait, il finir par achever d’une voix incertaine : « Maintenant trouvons-les. »

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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Ven 25 Fév - 22:41

    « Par Zeus, le maudit. »
Le juron surprend Néoptolème, qui n'a pas remarqué que son ami a perdu le contrôle. Celui-ci a bondi, le visage déformé par l'inquiétude et l'agressivité, et lui-même doit faire un effort considérable pour ne pas exploser. Tout n'est pas perdu. Tout n'est pas désespéré. Il faut juste prendre l'affaire en main, et ne pas céder à la panique. Néoptolème ne sait pas d'où il trouve la force de garder son sang-froid, alors que normalement, il aurait été complètement affolé. Peut-être est-ce dû à la présence rivale d'Orion, qui lui donne envie de résister le plus longtemps possible. Il ne doute pas que bientôt, il sera comme lui. Mais tant qu'il garde encore ses esprits, il vaut mieux qu'il se serve de ce fait pour mieux organiser les recherches... rien que l'idée est angoissante. Néoptolème souffle longuement.
    « Au Nord, décide Orion, au bord de l'hystérie. Allons donc nous risquer dans les rues sombres où la misère accompagne le crime. Avec un peu de chance, nous les retrouverons parmi les concubines qui tenteront de les corrompre. La petite promenade s’achèvera sur une note exotique, dans le quartier des immigrés imprévisibles, pourquoi pas… Pourquoi pas ! »
Néoptolème faillit rire, mais c'est plutôt nerveux. Il a envie de lui dire qu'il a une imagination débordante, c'est ce qu'affirme la voix de la raison ; mais en réalité, lui-même pense la même chose. Enfin, Orion semble au bord de la crise, et Néoptolème n'a pas envie que cela lui explose sous le nez. Il préfère tenter de calmer son ami :
    « Orion, s'il te plaît, calme-toi. Ça ne leur servira à rien si tu t'énerves. Elles ont besoin de nous en pleine possession de nos moyens, pas mis complètement hors de combat par un peu de stress. »
Rien que le dire aide déjà Néoptolème à se sentir mieux, même si lui-même se sent oppressé. Mais au moins, cela lui permet de se convaincre lui-même que, non, le passé ne va pas recommencer, personne ne s'en est pris à Daphnê comme les brigands jadis s'en sont pris à sa famille. Elle est en sécurité ; il y croirait presque. Mais cela ne marche visiblement pas sur Orion : non content de continuer de tourner en rond, comme un lion en cage, il ne peut s'empêcher de s'exclamer :
    « Nous nous en sortirons bien mieux sans des incapables, ils seraient capables de perdre leur trace à nouveau. »
Néoptolème ne sait pas trop qui sont ces "incapables", mais la remarque ne lui plaît pas.
    « J'espère que tu ne parles pas de nous, rétorque-t-il glacialement. Mais pour l'instant, c'est toi qui est un incapable. »
Mais Orion ne l'écoute pas, et Néoptolème s'arrête, conscient de s'égosiller en pure perte. Le jeune homme s'arrête soudain de tourner, se dirigeant vers le bâtiment, et l'invitant d'un geste à le suivre. Néoptolème soupire. Il ne va pas lui donner des ordres, quand même ? Néanmoins, il accepte de le suivre. Ce sera plus prudent : Orion serait bien capable de casser quelque chose sur son passage, et la responsabilité, bien évidemment, lui incomberait. Il congédie l'esclave en lui souriant ; celui s'éloigne sans demander son reste, visiblement perturbé par l'attitude d'Orion. Néoptolème emboîte le pas de ce dernier, avec lassitude. Il le suit jusqu'à se retrouver dans la rue. Ironiquement, le jeune homme songe qu'il préfèrerait vraiment pouvoir rester chez lui : non seulement il a mal à l'épaule, mais surtout cela voudrait dire que sa sœur serait tranquillement à sa place au temple. Quel bonheur ce serait. Orion avance, la main sur le pommeau de son glaive, et Néoptolème se sent obligé de le suivre. De toute façon, ce soir, les intérêts d'Orion sont aussi les siens. Au bout d'un moment, alors qu'il croyait qu'il avait complètement oublié sa présence, Orion lui demande :
    « Comment fais-tu pour demeurer aussi impassible ? Ta candeur aveugle-t-elle encore la réalité athénienne, Néo ? »
Drôle de question, ça. Néoptolème ne sait pas trop comment la prendre. Orion lui reproche-t-il sa candeur ? Et en quoi est-il candide, lui qui au contraire s'inquiète pour sa sœur, conscient des dangers qu'elle encoure ?
    « Je ne suis pas impassible, Orion. J'accepte simplement ma relative impuissance. S'il leur est arrivé quelque chose, on arrivera trop tard. » Rien que cette pensée fait monter en lui de la colère, et une bouffée de stress qu'il refoule sans ménagement. « Si tu avais déjà vécu cela, tu comprendrais peut-être. »
Néoptolème fait bien sûr allusion au jour maudit, ce jour où sa famille s'est faite massacrée par des brigands. Lui et Daphnê était arrivés trop tard - ou peut-être étaient-ils arrivés juste au bon moment pour être sauvés, cela dépend du point de vue. L'épisode reste un traumatisme pour Néoptolème. Il avait déjà connu cela, l'impuissance face à la mort, à la souffrance de ceux qu'on aime. Il ne veut à tout prix pas revivre cela, mais au fond de lui, quelque chose l'oblige à accepter ce qui peut se produire. C'est un traumatisme qui le fait souffrir, mais qui d'une certaine manière le rend aussi plus résistant face à ce genre de situation... mais uniquement lorsque Daphnê est disparue. En temps normal, il ne lui apporte rien de bon.
    « Maintenant trouvons-les. » : lance Orion.
Néoptolème acquiesce, doucement, l'âme plongée dans le passé.
    « Dis-moi, Orion. Tu es sûr de vouloir aller au Nord ? J'aurais plutôt pensé qu'il faudrait nous rendre aux environs du temple, tu vois, et poursuivre l'enquête. Enfin, ça me paraît plus judicieux. Mais si tu n'en as pas envie... »


J'écris pas plus, je suis crevé là... Éventuellement je développe la fin un de ces quatre, sinon tant pis.
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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Dim 20 Mar - 10:24


NEOPTOLEME & ORION ♣

Un lion en cage. Si seulement Orion avait eu la capacité de lire dans les pensées de Néoptolème, sans doute aurait-il relevé cette comparaison toute aussi intéressante qu’elle s’avérait ironique. Les ordres du conseiller, du maitre destiné à apaiser les nerfs en boule du félin et à l’assagir, ne parvenaient pourtant pas à ses oreilles qui bourdonnaient d’une énergie malsaine. Il entendait ses mots, ses avertissements et ses réflexions indignées mais Orion était-il seulement dans la capacité de rassembler les paroles en une pensée ? A l’image du roi des animaux, il tournait en rond, il se perdait dans des dédales qu’il connaissait néanmoins parfaitement. Ressentait-on ce sentiment âcre lorsqu’on était lâché dans la nature, avec pour seules alliées la méfiance et la crainte ? Le lion lui-même était plus libre que le maitre d’armes, coincé entre des corps nonchalants et des têtes distraites. Il aurait voulu se reposer sur Néo : lâcher toute la pression qui écrasait douloureusement ses épaules, remettre entre ses mains son inquiétude et par la même occasion l’assurance de retrouver sa cadette saine et sauve. Inconsciemment, n’avait-il pas avoué toute sa faiblesse en allant frapper à sa porte, se rongeant les ongles jusqu’au sang d’un mauvais présage ? Ne se reposait-il pas sur lui alors qu’il l’avait grandement invité à le suivre pour qu’il l’aide dans ses recherches ? Le professeur connaitrait-il par lui-même les failles d’un homme normal ? Ce qu’il avait qualifié chez son ami Néo de fragilité nuisible n’était-elle pas finalement ce qui l’empêchait de céder à toute panique ? Qui était réellement le grand frère à cet instant précis, Orion n’aurait su le dire. Alors il l’attaquait. Comme souvent il se permettait, il piquait gentiment Néo comme pour lui reprocher cette ressemblance gênante. Ces détails similaires, ces situations partagées, pourquoi par Zeus avait-il fallu qu’il rencontre un être finalement semblable en de nombreux points ? Orion maudissait Daphné de lui infliger un tel supplice autant envers son amour pour elle que par son propre orgueil qui s’en retrouvait meurtri. La réponse de Néo n’apporta que plus d’angoisse alors qu’il tiltait quand même à sa dernière sentence. Avait-il déjà vécu pareille anxiété ? Finalement, il était bien penaud de ne connaitre de Néo que sa sœur bien-aimée et quelques anecdotes insignifiantes. Refoulant momentanément sa colère, il bloqua sa main gauche à l’épaule de Néo pour la serrer légèrement dans l’espoir de communiquer un quelconque espoir auquel il ne croyait que faiblement. « De toute évidence, nous n’arriverons pas trop tard. Sinon je crains que tu ne m’aies sur le dos encore pour longtemps. » Quel sourire peu convaincu et pourtant Orion s’efforça d’en afficher un. « Peut-être que j’ignore tout de l’inquiétude… Tu m’en apprendras sans doute. » Sans rancune. Si toutefois ils sortaient de cette épreuve avec une grosse frayeur, nul doute que les deux compères allaient devoir parler… Et sans aucun parasite féminin cette fois-ci.

Orion rompit le contact avec Néo pour porter sa main en visière. Il jeta un coup d’œil par-dessus les têtes des passants comme si un mirage ferait apparaitre les deux visages candides et rieurs des jeunes femmes. Quelle belle utopie. Elles avaient beau s’éloigner de part leur différence d’âge, elles se retrouvaient bien trop souvent dans des escapades inconscientes. Tout ça pour le prix de l’aventure. Que maudits soient les fous qui ancraient de telles idées de liberté facile dans des têtes encore naïves ! Une remarque de Néo attira alors son attention tandis qu’il commençait à vouloir se frayer un chemin dans la foule, jouant des coudes pour ne pas laisser son camarade se faire aspirer par le mouvement. A cet instant précis, il ne serait rien sans son ami à ses côtés pour le canaliser et le soutenir inconsciemment. Après avoir fusillé du regard un Athénien un peu trop réticent à s’écarter, il finir par lui répondre : « Je l’ignore. Le Nord est sans doute les quartiers qu’elles connaissent le mieux et qu’elles redoutent le moins. Si elles étaient il y a quelques minutes aux alentours du temple, soit elles sont retournées sur leurs terres, soit elles sont parties Hermès seul le sait, faire leur stupide fugue dans les replis de la cité. » La perspective de devoir écumer les moindres recoins d’Athènes le glaçait d’une fureur puissante. La journée qu’il avait espérée calme s’était inscrite dans la liste des pires moments de sa vie. La solitude, la frustration, l’angoisse, la colère, le ressentiment, toutes ces sensations exécrables que les âmes s’efforçaient d’éviter avaient réunis leur chemin pour s’infiltrer sournoisement dans l’esprit d’Orion. Elles le brouillaient, elles altéraient son jugement et exacerbaient ses pensées. Néo ne devait pas prendre pour mot son attitude : demain il serait alors l’impassible professeur qui ne flanchait devant rien. Aujourd’hui c’était autre chose. Son intuition le guidait presque à l’opposé d’où les messagers les avaient aperçues, était-il encore assez lucide pour prendre une décision qui ferait gagner du temps ? Alors que les deux hommes atteignaient enfin l’entrée du quartier sud bien plus libre d’accès, Orion s’arrêta net devant l’horizon qui s’ouvrait devant eux. Il y avait tant de choix. Tout en les examinant, un vague souvenir amenait l’homme une nouvelle fois à changer de conversation. « Comment as-tu pu te blesser à l’atelier ? Le métier ne rentre-t-il pas assez alors que tu passes tes journées à t’y épuiser ? » Une nouvelle critique qui toutefois s’apparentait à de la compassion. Ne vivait-il pas la même chose que lui, à une échelle différente ? Peut-être espérait-il un acquiescement à cette complainte dissimulée. Mais Néoptolème était plus futé. Il n’allait pas se plaindre de ce qui nourrissait sa famille, pas alors que les divinités posaient leur œil condescendant sur leurs têtes mal protégées… Orion passa sa main dans ses cheveux poussiéreux avant de s’en remettre à Néo. « Si tu penses connaitre davantage l’esprit tordu de ta sœur, je t’en prie, dis-moi où nous allons. » Qu’il fasse enfin le bon choix, il n’était plus certain de sa fragile sérénité.



J’espère que ma piètre réponse te conviendra. Si toutefois tu as d’autres RPs à répondre, n’hésite pas, je suis débordé et j’ai déjà honte de vous faire attendre.

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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Mar 17 Mai - 11:09

Orion ne répond pas tout de suite à Néoptolème. Le maître d’armes joue des coudes pour se frayer un passage à travers la foule, et le jeune homme suit prudemment son sillage. Peu agressif par nature, l’Athénien n’aime pas devoir pousser les autres afin de pouvoir passer. Il préfère déléguer cette tâche à son ami, d’autant plus que celui-ci, visiblement en colère, impressionne plus les autres.

    « Je l’ignore, répond Orion. Le Nord est sans doute les quartiers qu’elles connaissent le mieux et qu’elles redoutent le moins. Si elles étaient il y a quelques minutes aux alentours du temple, soit elles sont retournées sur leurs terres, soit elles sont parties Hermès seul le sait, faire leur stupide fugue dans les replis de la cité. »

Néoptolème acquiesce doucement, se rendant à ses arguments. Le maître d’armes connaît mieux la ville que lui, et sans doute a-t-il plus l’habitude d’effectuer des recherches. Néoptolème a beau avoir déjà cherché sa sœur des dizaines de fois auparavant, il arrive rarement à la trouver autrement que par le simple hasard qui la pousse sur s a route quand il a abandonné, moribond et vaincu. Le Nord, donc. Néoptolème n’y va pas souvent, mais il espère que c’est un quartier tranquille, et surtout, où la sécurité règne.
Orion le surprend toutefois en lui demandant :

    « Comment as-tu pu te blesser à l’atelier ? Le métier ne rentre-t-il pas assez alors que tu passes tes journées à t’y épuiser ? »

Néoptolème sourit amèrement. La logique voudrait qu’en effet, à force de bosser, il commence à devenir plus habile. Mais le jeune homme reste toujours aussi médiocre en ce qui concerne la poterie, peut-être parce qu’il y est inconsciemment réfractaire. Il n’a pas envie de devenir bon dans un domaine qui ne l’intéresse pas vraiment, à part pour gagner sa subsistance. Le métier, non, ne rentre pas assez. Mais Néoptolème est au moins d’accord sur un point : il passe son temps à s’épuiser pour peu de choses. Qui a dit qu’un artisan n’utilisait pas sa force physique ? C’est un métier éreintant, même s’il paraît assez simple de prime abord.

    « Tu te trompes, lâche Néoptolème d’une voix mécanique. Je m’améliore mais c’est plus dur que ce que tu pourrais croire. Il faut de la technique, de la patience… deux choses dont je manque vraiment. »

Du moins est-ce vrai pour la technique. En ce qui concerne la patience, le constat est plus mitigé : l’Athénien peut être patient, encore faut-il qu’il en ait réellement envie. Passer des journées à faire des poteries, à force, cela érode sa patience.

    « Mais moque-toi donc. Je me suis un peu tordu le bras en faisant un mauvais geste, c’est tout. Le métier n’est pas aussi facile que cela. »

Le regard de Néoptolème s’assombrit brusquement. Non, s’il avait su que ce ne serait pas aussi facile, il aurait peut-être tenté autre chose. Sauf que c’était la meilleure solution qu’il avait trouvé le concernant. A la limite, qu’il vive mal, du moment que Daphnê est bien traîtée chez les prêtresses, cela passe. Mais bon, puisqu’il peut vivre plutôt correctement grâce à la ‘’généreuse’’ hospitalité de Stefanos…

    « Si tu penses connaitre davantage l’esprit tordu de ta sœur, je t’en prie, dis-moi où nous allons. » : ajoute Orion.

Le rappel à la situation présente – la disparation des deux jeunes filles – glace le sang de Néoptolème. Dire que pendant un instant, plongé dans la sérénité du quotidien, il a réussi à taire définitivement son inquiétude. Mais entendre parler d’esprit tordu lui fait si mal qu’il se sent de nouveau à moitié paniqué. Le jeune homme inspire longuement pour se calmer. Elles sont en sécurité, se répète-t-il intérieurement. Elle est en sécurité.

    « Daphnê n’a pas un esprit tordu, rétorque-t-il, sur la défensive. Pas plus que ta sœur n’est folle. »

Il déteste absolument qu’on s’en prenne à sa sœur, même verbalement. Une simple allusion suffit à la mettre en rogne, et c’est désormais la colère contre Orion qui domine. Il lâche :

    « Faisons comme tu l’as dit. Allons au Nord. »

Néoptolème ne desserre plus les mâchoires pendant le reste du trajet. Oser insinuer que Daphnê a un esprit tordu ! Ce n’est qu’une jeune fille innocente, elle manque juste du sens de la responsabiltié, c’est tout. Si Néoptolème n’avait pas mal à l’épaule, qu’il ne savait pas qu’Orion était un excellent maître d’armes contre lequel il ne faisait pas le poids, ou même si tout simplement il cautionnait la violence, nul doute qu’il lui aurait déjà mis son poing dans la figure. Mais la violence le dégoûte tant, lui qui a tout perdu à cause d’elle ; c’est la violence qui lui a arraché sa famille et son héritage. Telle est du moins sa manière de voir les choses, qui explique son relatif pacifisme.
Soudain, alors qu’ils marchent, il aperçoit deux silhouettes familières tourner dans l’angle de la rue. Le jeune homme se bloque net, se demandant si… Et si c’étaient elles ? Le jeune homme se met à courir et regarde dans la rue. Personne. Il se mord la lèvre.

    « Orion ! l’appelle-t-il. J’ai vu deux filles, c’était peut-être elles… mais elles ont disparues. »

De frustration, incertain de ce qu’il a vu, Néoptolème s’affaisse contre le mur. Le désespoir se lit clairement sur son visage. On croirait qu’il va abandonner.



Désolé pour le retard, je suis à la ramase dans tous mes rp... donc tu me réponds quand tu veux je ne t'en voudrais pas. x)
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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Lun 20 Juin - 19:53


NEOPTOLEME & ORION ♣

S’intéresser à Néoptolème n’était certainement pas l’activité la plus importante qu’il soit en ces dures minutes mais Orion avait voulu faire preuve d’un peu d’humanité. Loin de l’image furieuse qu’il se donnait du à la disparition des sœurs fougueuses et fugueuses, il avait toujours été quelqu’un qui se préoccupait des autres. Quand on avait à charge des adolescents qui ne faisaient pas encore la différence entre attaquer et se défendre, mieux valait garder un œil suspicieux sur chacun d’eux. Il ne souhaitait pas se donner une image de figure paternelle qui serait le mentor sans faille de chacun d’entre eux mais le maitre d’armes ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour leur vie une fois que celle-ci ne dépendait plus de ses armes en bois inoffensives. Il n’était pas fait pour surmonter les tréfonds de l’anxiété qui vous rongeait, il n’était pas fait pour cette montée d’adrénaline qu’il ne contenait que très mal. Il était un piètre compagnon aux côtés de l’employé, il le savait. En d’autres circonstances, dans une autre réalité, sans doute auraient-il pu s’allier, se fraterniser. Il avait tant de choses qui les réunissaient mais avec la personnalité exubérante d’Orion, un Dieu lui-même ne parviendrait pas à calmer ses ardeurs si toutefois elles surpassaient son calme. Lorsque Néo exprima son regret –ou son indifférence- à manquer de technique et de patience, Orion ne put réprimer un faible rictus ironique. Sans doute aurait-il été capable de sortir exactement les mêmes mots tant il se le répétait chaque jour que Zeus voulait bien accorder. Sous le coup de la spontanéité, il voulut donner une tape dans le dos de Néo mais son soudain lunatisme ne manquerait pas d’être mal perçu. D’abord, ils retrouveraient rapidement les Daphnés en fuite et par la suite peut-être, ils pourront se détendre. Les priorités étaient telles à Athènes : ni le destin ni les femmes n’attendaient. Néo lui rétorqua amèrement que sa sœur n’était pas plus aliénée que la sienne et si la fureur ne dictait pas tous ses actes, il aurait certainement ri de bon cœur en soupirant ô combien elle pouvait se montrer totalement illogique parfois. Parfois il se demandait si sa cadette n’avait pas hérité des mêmes folies qui avaient poussé Icare à vouloir chercher trop loin le soleil et la liberté au prix de ses ailes : un doux paradoxe alors que le même qui portait ce nom coulait des jours heureux à la fraiche…

« De toute manière, elles ne nous échapperont pas bien longtemps… » Orion ne savait plus que dire. Il désespérait de pouvoir parler normalement en compagnie de Néoptolème et un certain malaise commençait à s’installer entre les deux hommes. Si toutefois les femmes pouvaient se pointer comme ça, elles pourraient sentir la tension palpable qui s’était tissée. Daphné, seule, se serait réfugié dans les hauteurs des collines là où Hélios et Eole frappaient à l’unisson. Là-bas, elle pouvait sentir toutes les variations de la nature et il pouvait presque ressentir le bien-être dont elle était capable en ces lieux. Mais Daphnê, la prêtresse en devenir, aspirait-elle aux mêmes choses ? Alors qu’ils marchaient sans réel but, sans réelle conviction, Orion tentait presque de se mettre dans la tête d’une femme. La plus impossible des tâches à vrai dire. Athéna et Arès pouvaient-ils échanger leurs rôles ne serait-ce que l’espace d’une journée ? Une fois de plus, le fossé gigantesque se creusait entre les deux sexes… Sous le coup d’une soudaine illumination, Orion se stoppa net : « Et si… » Mais avant qu’il ne put finir ses mots qui s’évanouirent aussi vite que Néoptolème avait déguerpi, celui-ci l’interpela. Des silhouettes enfuies ? Peut-être elles ou non, il fallait en avoir le cœur net. Et c’était là que le jeu du chat et la souris démarrait. Autant avoir de bonnes jambes dans ces cas-là. Le maitre d’armes accéléra brusquement le pas pour revenir à la hauteur de l’autre frère. Ce dernier s’était laissé glisser le long d’un mur, visiblement abattu. N’était-ce pas le moment au contraire d’être vif ? Orion lui s’était senti gonflé d’une nouvelle énergie destructrice. Quitte à courir des heures, il le trainerait dans toutes les rues. Fallait-il le porter qu’il le ferait ! Prenant une courte pause à sa hauteur, il donna un faible coup de pied dans le tibia de Néo pour le réveiller. « T’es stupide ou quoi ? C’est le moment d’en avoir la certitude ! » Et sans plus attendre, Orion déguerpit à son tour à la poursuite des ombres disparues.

Sans même prendre le temps de réellement s’arrêter, Orion jetait de temps en temps des coups d’œil à Néoptolème derrière lui qui le rattrapait tandis qu’il poursuivait sa course. Lui aussi, à maintes reprises, il aperçut les deux femmes dont il avait parlé mais malgré sa bonne vue, les longs cheveux bruns aux reflets mordorés et la silhouette sylphide n’étaient pas des plus rares dans les rues d’Athènes. Devant eux, elles ne semblaient pas au courant qu’on les poursuivait ou bien elles faisaient exprès de fuir sans se retourner. De quoi titiller douloureusement les nerfs d’Orion. Elles allaient connaitre le prix d’autant d’impudence envers deux frères qui se faisaient du mouron à chacune de leur disparition. Déterminé comme jamais, il accéléra progressivement le pas et au tournant d’une ruelle étroite, il fut dans la capacité d’agripper avec puissance le bras pâle de l’une d’entre elles. « C’est pas trop tôt. Vous espérez nous échapper longtemps encore comme ça ? » Dit-il d’une voix moralisatrice et satisfaite. A peine eut-il fini de parler que l’intéressée se retourna farouchement, levant sa main pour gifler Orion. Ce n’était pas elles. Abasourdi, il demeura bloqué quelques instants sans même entendre les appels à l’aide de l’autre jeune femme. Il revint amèrement à la réalité quand ses yeux bleus aperçurent une main énorme et rude, abimée par le labeur physique sans doute, se refermer violemment sur la gorge de Néoptolème qui fut plaqué contre un mur. « Alors, on importune les jeunes filles sans scrupule ? »

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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Dim 17 Juil - 13:55

Mais l'abandon est intolérable, surtout pour un jeune frère passionné comme Néoptolème, qui ne vit que pour sa sœur. Alors que celle-ci est introuvable et qu'il se ronge les sangs, il ne peut pas juste s'arrêter là, alors qu'il a cru la voir. Dans quelques heures, peut-être se laissera-t-il aller. Pour le moment, il a touché l'espoir de la trouver. Il ne peut s'arrêter en si bon chemin. Et même s'il l'avait voulu, Orion n'est pas de cet avis ; il donne un coup de pied dans la jeune de Néoptolème, qui reprend tout à coup conscience que s'il veut les voir, il doit courir.
    « T’es stupide ou quoi ? C’est le moment d’en avoir la certitude ! » 
Et le maître d'armes se met à courir. Néoptolème le suit aussi vite qu'il le peut ; l'espoir de nouveau vit en lui. Il peut avoir confiance en Orion ; ils les retrouveront, c'est indubitable. Les deux hommes courent derrière celles qu'ils pensent être leurs sœurs, faisant un effort pour les rattraper. Le cœur de Néoptolème bondit de joie quand il aperçoit de nouveau leur chevelure. Pris dans le feu de l'action, il ne prend pas le temps de se demander si c'est bien elles, il ne pense qu'à foncer avant qu'il ne soit trop tard, se retenant de crier pour ne pas les effrayer. Orion finit par arriver à leur niveau avant lui ; pour une fois, Néoptolème ne lui en tient pas rancune, l'essentiel c'est qu'ils les aient rattrapé. Son ami agrippe le bras de la première en s'écriant :
    « C’est pas trop tôt. Vous espérez nous échapper longtemps encore comme ça ? »
Néoptolème, fou de joie, s'approche de la seconde. Mais tout s'enchaîne alors. L'Athénien se rend compte que ce ne sont pas les deux Daphné et Daphnê, et celle qu'il croyait être sa sœur se met à crier. Il tend le bras pour la rassurer, lui dire qu'il y a une erreur. Orion, lui, s'est figé, se rendant compte de leur erreur. Néoptolème n'a pas le temps de s'excuser. Une grosse main le prend soudainement à la gorge et le plaque contre le mur. Le jeune homme regarde la personne qui l'a attaqué. Un homme plus vieux qu'eux, sans doute la trentaine, marqué par le labeur et les travaux pénibles, le teint buriné, le fixe d'un regard menaçant. Le jeune homme manque d'étouffer, mais refuse de se laisser impressionner. L'autre lui lance :
    « Alors, on importune les jeunes filles sans scrupule ? »
Comment ça, on importune ? On recherche ses sœurs, qu'il les excuse d'être inquiets. Néoptolème jette un regard à Orion. Hé ! C'est lui qui a touché l'autre fille et qui se bat comme un dieu, alors pourquoi c'est lui qui se retrouve plaqué contre le mur, à la limite de l'étouffement ? Enfin, peu importe, là, il aimerait bien que l'autre le lâche, et peu importe si Orion vole à son secours ou pas, dans les deux cas cela l'arrange. Avec le souffle qu'il lui reste, il balbutie :
    « Orion, s'il te plaît... »
Son teint commence à changer de couleur. L'homme s'en rend compte et desserre légèrement sa prise. Le jeune Athénien inspire une grande bouffée d'air. L'espace d'un instant, il a cru qu'il allait mourir. Et cela lui avait fait peur parce qu'il aurait laissé Daphnê seule... et Orion, cet imbécile, aurait sans doute refusé de la tuer pour lui épargner la douleur de vivre sans son frère. Mais l'autre n'a pas le droit de prendre sa vie. Face aux brigands et à leur violence démesurée, Néoptolème n'a rien fait ; d'ailleurs qu'aurait-il pu faire, à part se faire tuer ? Mais cette fois, il est bien décidé à réagir, et ce de façon pacifique.
    « Lâche-moi citoyen, rétorque-t-il d'une voix froide, tu fais erreur. Nous n'importunons pas des jeunes filles pour le plaisir, nous recherchons nos sœurs qui ont disparu. Tu te crois peut-être un héros, mais s'il leur est arrivé quelque chose parce que tu m'as retenu, tu auras tout intérêt à ne jamais croiser ma route de nouveau. »
Du bluff, évidemment. Néoptolème n'a pas la moindre intention de lui faire du mal, étant pacifiste. S'il leur arrive quelque chose, il se tuera, point final. Pas de vengeance prévue au programme. Mais son agresseur doit l'ignorer. En outre, il sait qu'il peut facilement prendre le masque de la froideur, puisque c'est son attitude de tous les jours. Effacer la douceur de sa voix est inutile ; au contraire, regardez vos ennemis avec des yeux glacés et parlez-lui doucement, cela lui fera peur. Encore que Néoptolème ne se soit jamais servi de cela pour menacer quelqu'un. Et il espère bien que ce sera la seule fois.

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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Sam 6 Aoû - 21:09


NEOPTOLEME & ORION ♣

La voix rauque et peu avenante avait glacé Orion sur place. D’une main distraite, il s’était frotté la joue, visiblement abasourdi par le retournement de situation. Qui aurait pu se douter que la joie de retrouver les sœurs enfuies quelques secondes auparavant les plongerait dans une mauvaise posture. Avant même qu’il n’ait pu esquisser un geste vers l’homme pour l’en empêcher, il s’était lancé vers Néoptolème dans l’optique de lui faire passer l’envie de courser les jeunes femmes. Son visage lui était totalement inconnu, il n’était même pas sûr que celui-ci soit de la famille des dites victimes. Ces dernières n’avaient pas demandé leur reste et avaient fui de nouveau dans un ricanement de satisfaction. A Athènes, on se prenait aisément pour un héros quand bien même la situation ne s’y prêtait pas. Les deux frères avaient crié victoire bien rapidement, maintenant ils sentaient que s’échapper ne serait pas aussi simple. Pendant un instant, le maitre d’armes garda ses distances. Il ne craignait pas de prendre la parole, il suffisait de s’expliquer. Cependant, son acolyte se trouvait sous le joug d’une puissante poigne et peu à peu son teint virait déjà violacé. Orion ne tenait pas à avoir un mort sur la conscience. La vengeance d’une sœur éplorée était certainement la pire rancune qu’on pouvait déceler chez le sexe féminin, avec non loin derrière celle de l’amante bafouée. Il ne tenait à goûter à aucune des deux. D’ailleurs Néoptolème était-il seulement au courant que sa chère cadette fut jadis de ces deux sortes de femmes pour lui ? Mieux valait s’en garder… Ce dernier prit enfin la parole pour se justifier auprès de son assaillant. Tout d’abord, celui-ci haussa un sourcil, peu convaincu de sa tirade qui dissimulait non moins des menaces plutôt dérangeantes. « Me prendrais-tu pour une poire, Athénien ? Dans ce cas, êtes-vous deux frères si indignes que vous n’êtes capable de reconnaitre le sang de votre sang ? » L’interlocuteur relâchait la pression mais garda sa main sur la gorge de Néoptolème. Il semblait aussi perspicace qu’un âne mais il ne fallait pourtant pas douter de la violence dont il était capable. Oui, comme tous les autres, il se prenait pour un héros fier d’avoir défendu des jeunes filles en fleur que jamais il ne reverrait. Autour d’eux, s’amassait déjà un petite groupe de curieux qui fixaient intensément la scène. Le théâtre ne leur suffisait-il pas qu’il fallait encore se délecter des quiproquos des rues ? Bande de charognards, se surprit à penser Orion sur le moment.

Sans attendre davantage, il posa une main pacifiste sur le bras de l’homme. Engager la bataille n’était guère dans ses intentions, même si le goût du duel dépassait toutes ses autres passions. Une autre priorité était d’autant plus urgente. Il fallait retrouver les deux Daphné et demeurer à se chamailler avec le premier venu diminuerait leurs chances de parvenir à leurs fins avant le coucher du lumineux Hélios. Quand la nuit dominait les recoins d’Athènes, la cité n’était plus la même : les marchants et clients faisaient place aux malfrats et aux ivrognes. Les jeunes courtisanes remplaçaient les demoiselles en cavale. Néoptolème ne trahissait aucune crainte, son visage demeurait de marbre. Plutôt surprenant de sa part mais révélant d’une certaine force qu’il ne lui connaissait pas. Il ne connaissait pas ou peu la peur, n’était-il peut-être pas si faible que ça. Il lui ressemblait d’autant plus. « Permettez-moi. Orion Attis, fils d’Icare. J’affirme les paroles de mon ami. Voilà plusieurs heures que nous cherchons nos sœurs en vain. Loin de nous l’idée d’importuner ces jeunes femmes –qui s’en sont plutôt bien remises puisque les voilà parties. Nous souhaitons simplement reprendre nos recherches au plus vite. » Orion doutait que décliner son identité ne fasse avancer les choses : quand on avait affaire à un ours écervelé, les lois de la politesse le dépassaient. « Qu’est-ce que j’en ai à faire moi que tu sois le fils d’Icare ou d’Apollon ? Tu n’illumineras pas plus ma journée. » Alors ce dernier sourit d’un air qui ne disait rien qui vaille. Son sourire était quelque peu édenté et ses yeux brillaient d’une lueur animale. Poussant un faible soupir d’exaspération, Orion jeta un coup d’œil à Néoptolème qui était aussi d’accord que lui : l’homme voulait se battre et les cris au secours n’avaient été que l’aubaine pour se défouler.

Détournant son attention du maitre d’armes, l’homme se concentrait sur son otage. A croire qu’il l’intéressait bien plus malgré le fait qu’ils soient deux dans l’histoire. Fallait-il attendre qu’il daigne lui mettre une droite et que la journée se finisse en bagarre générale ou bien fallait-il faire profil bas et s’éclipser ? Orion n’était d’humeur à chercher querelle : Daphné gambadait gaiement dans la campagne sans donner de nouvelles et il était plus préoccupé à aller lui chercher querelle à elle ! Enfin, il glissa un regard sous-entendu à Néoptolème. La jouer finaude et agile. Rapide mais efficace, comme la première attaque qu’on portait à son adversaire. Gardant son regard bleu fixé dans le sien, Orion émit soudainement une violente pression sur le bras de l’homme qu’il touchait toujours. Celui-ci, sous le choc, desserra brusquement sa prise, manquant d’étrangler Néoptolème au passage. Sans plus attendre, Orion cria à l’intention de ce dernier tout en le poussant pour qu’il se fraie un chemin parmi la foule et qu’ils puissent décamper. La fuite était l’apanage des lâches mais il préférait être un lâche avec sa sœur à côté, qu’un brave homme seul au monde. Derrière eux, des jurons blasphématoires s’élevaient promettant vengeance et châtiments mais il n’en avait cure. Il s’autorisa même un sourire quand ils s’arrêtèrent plus loin pour reprendre leur souffle. La journée aurait pu prendre un tournant sympathique et amusant si toutefois la cause n’était pas deux disparitions simultanées. Les mains sur les genoux, les cheveux devant les yeux, Orion leva la tête vers Néoptolème : « Tu attires les ennuis comme la foudre de Zeus toi ! » Il omit cependant de préciser que tous ces ennuis étaient survenus par sa faute. Passant une main fatiguée sur son front, il lâcha d’une voix plus essoufflée : « Et bien, retour à la case départ… Fais-moi penser à les étrangler à mon tour quand on les aura retrouvées. »

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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Mar 1 Nov - 13:37

Jamais une telle scène n'est arrivée à Néoptolème jusqu'à présent. Pourtant, vu le nombre exorbitant de fois où il a dû chercher sa sœur, cela devait bien arriver un jour : un gros imbécile, désireux de prouver sa vertu au monde et de rassurer sa conscience, se dresse en travers de son chemin. Et si Néoptolème est incapable, normalement, de faire du mal à qui que ce soit, il ne faut pas oublier que, à ses yeux, la vie de sa sœur est en jeu. C'est quelque chose de non-négligeable, et s'il continue ainsi, l'étranger se retrouvera face à une facette inconnue de Néoptolème, qui n'est jamais sortie auparavant. Néoptolème est un être de haine et de dégoût. Les dieux ne lui font pas peur, il ne respecte la société qu'en tant qu'elle peut lui fournir ce dont il a besoin, étant plus forte que lui. Il ne peut pas commettre un meurtre de sang-froid ; cela ne veut pas dire qu'il est incapable de se battre. C'est oublier que l'énergie du désespoir est dévastatrice, et que malheureusement, celle-ci est la seule à mouvoir encore le jeune homme. Il a espéré que sa tirade, pourtant criante de vérité, suffirait à convaincre son agresseur de le lâcher. Mais l'idiot ne desserra pas sa prise, et se contenta de rétorquer :
    « Me prendrais-tu pour une poire, Athénien ? Dans ce cas, êtes-vous deux frères si indignes que vous n’êtes capable de reconnaître le sang de votre sang ? »
Les yeux de Néoptolème s'assombrissent subitement ; son regard se fait presque meurtrier. L'insulte qui lui est faite lui est insupportable. Oser insinuer qu'il est incapable de reconnaître sa sœur, c'est le blesser à mort. Et, si la main de l'homme n'enserrait pas son cou, l'Athénien l'aurait déjà frappé de toutes ses forces. Il ne connaît rien de son histoire. Ne peut pas savoir à quel point il s'est dévoué pour Daphnê. Mais cela ne lui donne pas le droit de le traiter de frère indigne.
Orion, plus calme, tente alors une autre approche. Il pose sa main sur le bras de l'homme, d'un air conciliateur, et se présente avec la plus grande des politesses :
    « Permettez-moi. Orion Attis, fils d’Icare. J’affirme les paroles de mon ami. Voilà plusieurs heures que nous cherchons nos sœurs en vain. Loin de nous l’idée d’importuner ces jeunes femmes –qui s’en sont plutôt bien remises puisque les voilà parties. Nous souhaitons simplement reprendre nos recherches au plus vite.
    - Qu’est-ce que j’en ai à faire moi que tu sois le fils d’Icare ou d’Apollon ? réplique l'homme avec arrogance. Tu n’illumineras pas plus ma journée. »
Néoptolème croise le regard d'Orion, et comprend qu'ils pensent la même chose. Ce n'est qu'un imbécile qui veut se battre. Néoptolème, les yeux toujours sombres, acquiesce. Orion frappe le bras de l'homme, et son ami manque d'être étranglé. Mais la prise se desserra, et Néoptolème, entendant le cri d'Orion, décampe sans demander son reste. Quel idiot, cet homme. Mais ses victimes sont plus intelligentes que lui : elles refusent de lui donner ce qu'il désire, à savoir une bonne bagarre.
Quand ils sont hors de portée de l'agresseur, les deux jeunes hommes s'arrêtent, essoufflés d'avoir dû courir aussi vite. Orion lève la tête en direction de Néoptolème et lâche :
    « Tu attires les ennuis comme la foudre de Zeus toi ! Et bien, retour à la case départ… Fais-moi penser à les étrangler à mon tour quand on les aura retrouvées. »
Néoptolème rit à peine. Il sait que c'est de l'humour - jamais Orion n'irait étrangler qui que ce soit, et encore moins sa sœur - mais il ne goûte pas la plaisanterie. Taciturne, le jeune homme ne sait plus vraiment rire ; ce n'est qu'un lointain souvenir, datant de jours plus heureux. C'est donc plus par politesse qu'il se force à réagir positivement, sans relever le côté négatif de la chose. Il se relève, jette un coup d'œil aux alentours - personne de menaçant, et encore moins l'autre idiot. Il soupire de soulagement. Parce qu'il vit de façon assez recluse, il ne peut pas supporter des attitudes aussi bêtes.
    « Tout de même, songe-t-il, les hommes sont si étranges. Ils sont toujours si enclins à la violence, on dirait que détruire la vie des autres leur fait un bien immense. C'est là la morale des dieux. »
Se fichant complètement de blasphémer, il se remet directement en marche, la peur au ventre. Si les deux jeunes filles tombent sur des individus aussi mal intentionnés, qui sait ce qui peut leur arriver ?
    « Allez, Orion. Marchons jusqu'à l'agora. Il y a des chances qu'elles y soient, non ? Ou elles n'y sont pas, et on continuera de les chercher encore. »

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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Dim 26 Fév - 16:24


NEOPTOLEME & ORION ♣

Le temps n'en finissait plus. Orion ignorait depuis combien de temps tous deux étaient à la recherche de leurs sœurs. Il ne ne souvenait même plus pourquoi était-il allé frappé à la porte de l'employeur de Néoptolème pour l'embarquer dans cette péripétie interminable. Ce qui devait être une journée ordinaire s'était transformé en un chassé-croisé même accompagné d'obstacles comme cet homme particulièrement charmant et poli qui avait manqué de les encastrer dans les rues d'Athènes un par un. L'heure n'était plus au jeu. Il avait perdu trop de temps à se perdre en des hypothèses fumeuses et à courir après n'importe qui comme si les Dieux allaient leur rendre la tâche si simple. Se jouaient-ils d'eux ? S'ennuyaient-ils au point de provoquer l'infortune chez les deux jeunes gens ? Orion connaissait la cité comme sa poche, suivre leurs traces aurait dû être un jeu d'enfant – elles n'étaient pas si manipulatrices au point de les emmener sur de fausses pistes. Et si tout cela n'avait été que manigance ? Les Daphné auraient-elles eu raison de la paranoïa de leurs frères ? Le maître d'armes n'osait imaginer une telle issue, sa fierté de pater du foyer n'en serait qu'écrasée par terre et piétinée à coups de cothurnes. Lorsque Néo se plaignit de la violence des hommes, Orion pouffa : « Nous sommes tous élevés à la violence, Néoptolème. Tu as fait ton éphébie comme tout le monde. Tu es entraîné à te battre même si tu tapes la poterie toute la journée. » Il ne dénigrait pas le métier du jeune homme malgré ses rudes paroles. Il comprenait que certains ne choisissaient pas leur occupation, du moment que leur labeur leur offrait de quoi survivre jusqu'au lendemain. Il avait eu lui-même de la chance d'avoir hérité de la vocation de son père. Il ne pouvait pas en dire autant sur son acolyte : d'après sa cadette, il avait vécu une tragédie familiale, remettant en cause toute sa situation sociale. C'était déjà dur de tenter de grimper l'échelle des castes, c'était encore plus douloureux d'en dégringoler. A sa manière, il était un guerrier. Et même s'il rechignait à se battre, il le faisait à sa façon. « Cet homme n'est qu'un parasite. Il détruit la vie des hommes pour oublier la sienne. Tôt ou tard, Zeus s'en occupera. » Il se redressa enfin et suivit Néo dans la poursuite de sa quête infernale aux têtes daphnéennes.

Ils marchèrent longtemps, sans même parler. De toute évidence, cette histoire leur pesait de plus en plus sur les épaules. Si l'inquiétude d'Orion avait laissé place à la colère, maintenant la lassitude et la fatigue le guettaient. Qui aurait cru que faire le tour d'Athènes prendrait autant de temps et s'étaleraient sur des kilomètres de pavés ? Il ne doutait plus qu'il leur soit arrivé quelque chose, ils auraient déjà été mis au courant. Tout le monde connaissait la propension de l'homme à surprotéger sa cadette, le moindre événement aurait été rapport à ses oreilles. Personne ne répondait à leurs questions et les visages n'affichaient pas surprise et peur. Orion était persuadé que les dieux les avaient mis à l'abri dans une quelconque cachette dont il ignorait l'existence. Leur mettre la main dessus n'était qu'une question de minutes et là la foudre se déchaînerait alors. Alors que l'agora se profilait lentement à l'horizon, laissant entendre peu à peu les bruits de foule et la musique ambiante qui animait perpétuellement les lieux, Orion jeta un regard à Néo à ses côtés et mit les pieds dans le plat : « Alors... Cette manie de chérir et de préserver ta sœur de tous les dangers vient-elle de ce... jour particulier ? » Au vu de la mine déconfite de l'intéressé, il posa une main sur son épaule pour le détendre : « Tu n'es pas obligé d'en parler. J'ai seulement cru comprendre que Daphnê et toi partagiez quelque chose de spécial. » Il ne sous-entendait rien qui soit de malsain, son intérêt pour Néo avait juste repris le dessus. A vrai dire l'amour fraternel était souvent confondu dans les mœurs antiques, il semblerait que ce soit un héritage de la civilisation romaine qui avait peu à peu pris place dans les foyers. Quelque chose qui débectait Orion plus que tout mais qui n'était pas à négliger à présent. Les temps évoluaient... S'il devait le fréquenter tant que les deux jeunes femmes seraient aussi copines comme cochon, autant savoir à qui il avait affaire et pourquoi tous les deux se méfiaient autant de l'autre. Leur histoire n'était pas la même mais les conséquences étaient aussi définitives.

Sitôt qu'ils eurent atteint l'Agora, la dernière chance, ils furent envahis par la foule de clients et de marchands qui occupaient la place toute la journée. Orion tentait tant bien que mal d'écouter Néo, ne prêtant même plus attention de chercher des yeux Daphné. L'entendre parler de lui, s'échapper un peu de sa propre histoire le soulageait quelque peu. On pouvait parfois le prétendre un peu suffisant de par l'air impassible qu'il affichait tout le temps mais sa faiblesse était les autres et tout particulièrement les personnes en qui il croyait presque autant qu'aux divinités elles-mêmes. Autrefois Daphnê avait été – et demeurait toujours mais d'une autre façon – une de ces personnes-là. Par association, Néo en faisait-il partie ? Complètement absorbé, il tourna le dos à la foule et ne remarqua même pas les deux silhouettes agiles qui venaient de passer dans l'ombre.

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MessageSujet: Re: L'inquiétude qui nous unit   Sam 14 Avr - 17:28

Ils marchent vers l'agora. Mais les pas lourds de Néoptolème lui donnent plutôt l'impression de marcher vers son destin. Quelque chose remue en lui, une peur si obscure, si profonde qu'elle se nourrit de toute sa joie, et le laisse vide. Dans ce néant, seul la haine peut s'y installer. Haine non contre Orion, puisque son ami est à cet instant son allié. Mais haine contre tout ce qui l'entoure. Les gens inconnus, suspicieux, qui ne comprennent rien à l'urgence de la situation. Les rues poussiéreuses, si dangereuses pour deux jeunes filles. Le dédale de la cité, impropre à une telle recherche. Face à ce sol qu'il foule, Néoptolème se sent presque furieux de ne pas pouvoir les trouver tout de suite. Ah ! si elles pouvaient être là, à un coin, en tournant dans une rue... indemnes...
    « Nous sommes tous élevés à la violence, Néoptolème, fait remarquer Orion. Tu as fait ton éphébie comme tout le monde. Tu es entraîné à te battre même si tu tapes la poterie toute la journée. »
Néoptolème laisse échapper un rire sarcastique. La poterie est devenue son seul univers, oui, alors qu'elle ne devait occuper qu'une place mineure dans la vie. Le déclassement est un problème, non pour sa fierté, mais parce qu'elle marque un changement de vie. Il en aurait été de même s'il s'était enrichi, au fond : sans sa famille, il n'est rien, et ne veut d'ailleurs rien être. De toute façon, dans les deux cas, le résultat est le même : il est incapable de se battre. Par manque d'expérience et d'entraînement, mais aussi de volonté. Face à la mort, il ne lutterait pas vraiment, et le sait très bien. Il serait au contraire heureux de l'accueillir, la laisserait volontiers planter ses griffes froides dans sa chair. Néoptolème ne saurait pas se défendre. Et, face à ce qui couve en lui, il se battrait plutôt comme une bête féroce, si encore il en était réduit à devoir réellement se battre. A coups de poings lancés dans le vide et de regards noirs.
    « Cet homme n'est qu'un parasite. Il détruit la vie des hommes pour oublier la sienne. Tôt ou tard, Zeus s'en occupera. »
Néoptolème tait ses réserves. Il ne croit pas que Zeus s'en occupera un jour. Zeus n'est pas là, Zeus n'en a rien à faire. Les dieux n'ont pas à se mêler de la vie des hommes, à supposer qu'ils existent vraiment ; cela doit leur échapper complètement. En même temps, qui se passionnerait pour la vie d'un tel homme ? ou pour la vie de Néoptolème ? Non, il vaut mieux les laisser croupir dans leur coin. Mais le soleil qu'était Daphnê ne vaut pas mieux qu'une puce, d'un point de vue purement divin. Cela n'empêche toutefois pas Néoptolème de la considérer comme son plus cher trésor. Son point de vue est et sera toujours humain, et dans cette optique, chaque chose a de la valeur - sauf les brigands et un certain esclave.
Ils gardent le silence en arpentant les rues. Néoptolème ignore si Orion a envie de parier, mais lui se sent si vide qu'il préfère largement le silence. Les bruits de la cité sont certes angoissants, son épaule est toujours aussi douloureuse, et il nourrit encore de la rancœur pour l'homme qui s'est comporté de façon aussi stupide envers eux. Mais il se tait, parce qu'il doit encaisser cela seul pour tout supporter. L'effort est si immense, la fatigue se mêle à la lassitude de la recherche. Et tant que cette dernière n'aboutira pas, Néoptolème ne cessera pas sa quête. Il tombera à terre avant d'abandonner.
    « Alors... Cette manie de chérir et de préserver ta sœur de tous les dangers vient-elle de ce... jour particulier ? »
Le sang de Néoptolème se glace dans ses veines. Ce jour. Il sait tellement ce que signifie le mot. Le jour de la disparition de toute sa famille. Le jour où il a tout perdu. Le jour où, au fond, il est mort. Il sent la main d'Orion se poser sur son épaule. Son premier réflexe de se dégager, mais quelque chose le paralyse. La peur qu'il a ressenti ce jour-là s'exprime par écho en lui, tout d'un bloc. C'est cette même peur face à la perte, à la mort... Orion l'enfonce.
    « Tu n'es pas obligé d'en parler. J'ai seulement cru comprendre que Daphnê et toi partagiez quelque chose de spécial. »
Néoptolème acquiesce, mais conserve son silence. Bien sûr qu'il y a un lien spécial. L'autre imbécile de frère le saurait, s'il avait perdu sa sœur. Enfin, Néoptolème s'emporte pour rien. Il est surpris de constater qu'Orion semble aussi intéressé que cela. On dirait vraiment qu'il a envie de savoir, que cela lui tient à cœur. Qu'il agit comme un véritable ami, au final. C'est cela qui touche Néoptolème. Et c'est pour cela que, même s'ils arrivent à l'agora, Néoptolème se met à parler.
    « Elle a toujours été la sœur dont j'ai été le plus proche. C'est pour cela que nous étions partis ensemble, ce jour-là. Pour cela que nous ne sommes plus que nous deux, et que les autres... » Les autres sont dans la tombe, complète-t-il mentalement. « Quelque chose de spécial ? je ne sais pas. Elle est si différente de moi. Elle rebondit très bien, elle est heureuse. Je pense que si nous n'étions pas seuls, elle serait aussi proches des autres survivants. »
Il marque une pause, essayant de calmer son cœur. Celui-ci bat si fort que Néoptolème a l'impression qu'il va s'écraser contre sa cage thoracique. Il sent son corps trembler légèrement sous la main d'Orion. Qu'il est difficile de penser à cela, sans revivre tout ce qui s'est passé. Sans revoir le sang, les cris et les larmes...
    « Moi, je ne m'en sortirai pas. Je mourrai jeune, et je me rattache à elle. Alors je crois que s'il y a quelque chose de spécial, cela vient surtout de moi. Tu ne le sais peut-être pas, Orion, mais je suis mort ce jour-là. Depuis, je ne vis pas, je ne fais qu'attendre que le passeur vienne me chercher. Je veille sur ma sœur parce qu'elle est tout ce qui me reste de mon ancienne vie, que je l'ai toujours aimée. C'est le dernier fil qui me rattache à cette existence. J'ai compris que je devais donner un sens à cette perte. Faire en sorte que l'une d'entre nous s'en sorte. Moi, une fois que ce sera fait, j'irai rejoindre les autres. »
Sa voix se brise.
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