Jolie blessure ! • Orion
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 Jolie blessure ! • Orion

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MessageSujet: Jolie blessure ! • Orion   Sam 5 Mar - 14:53

Quand Leandre était enfant, sa mère lui contait souvent la même histoire : celui du courageux petit garçon de ferme qui défiait tous les plus grands hoplites et les plus grands escrimeurs pour leur prouver sa force, sa bravoure et sa volonté. Finalement, il intégrait l'armée après que l'on ait reconnu devant tout Athènes sa puissance. Ensuite, il était choisi par le gouvernement même pour aller affronter des créatures féroces qui voulaient le mal d'Athènes. Le jeune garçon, alors âgé de dix-sept ans, sortait vainqueur de cet affrontement. Par la suite, il était amené à défendre les territoires des grecs en affrontant toutes les armées, toujours le premier sur la ligne de front afin de donner du courage aux soldats qui attendaient derrière lui. Dans la vie réelle, les choses ne se passaient pas comme cela. Les volontaires devaient faire leurs preuves pour entrer dans l'armée. Il n'y avait aucun héros dans les rangs de chaque troupe. A part ceux qui sauvaient les vies de leurs camarades ou d'innocents. Eux, étaient de vrais héros. Ils connaissaient la dureté de la guerre, la douleur de perdre des compagnons et la souffrance des lames qui traversaient leur corps. Ces hommes avaient déjà une grande expérience de la noirceur du monde. Mais ils leur restaient encore cette partie de leur vie qu'ils mettaient de côté quand ils étaient en campagne. Celle beaucoup plus joyeuse et qui donnait envie de se battre pour permettre à ces Athéniens d'avoir une vie heureuse. Ces dernières semaines, Leandre était dans ce second côté de la vie. Il était grand temps que cela change. D'ailleurs, le jour où il allait être rappelé à la guerre était enfin arrivé. Alors qu'il était dans le centre de l'armée grecque, un jeune homme accourra vers lui, un rouleau de parchemin à la main. « Un message pour vous, capitaine. » Leandre leva la tête de son glaive et dévisagea le jeune apprenti. Que lui voulait-on ? Il rangea son glaive puis prit le parchemin. Il le déroula avec une certaine appréhension. Cela faisait des semaines qu'il n'avait tenu un rouleau de parchemin. En principe, quand un soldat grec recevait ces missives, ils étaient synonymes de départ. En raison de sa blessure, Leandre n'était pas reparti depuis longtemps. Se pouvait-il que ce parchemin soit un ordre de départ à la guerre ? Il s'éloigna de l'apprenti et des autres soldats. Bien des choses avaient changées depuis son retour. Il avait fait la rencontre d'une jeune femme, il y avait eu des catastrophes naturelles à Athènes, la relation de sa meilleure amie avec un certain maitre d'armes... Tout cela faisait que ses priorités avaient changées. Il n'avait toujours pas renoncé à son travail. Il voulait y retourner, cependant, il ne serait pas aussi impatient. Le parchemin se déroula entre les mains de l'hoplite qui s'empressa de lire son contenu. Comme il s'y attendait, il s'agissait d'un ordre de mission. Il repartait. Il eut quelques secondes pendant lesquelles il n'eut aucune réaction. Mais bientôt, il fut heureux de retrouver une troupe, de pouvoir bouger comme avant. Les hommes qui étaient sous son commandement quelques mois plus tôt lui manquaient. Une amitié était née entre eux, les poussant à s'entre-aider. Cependant, il y avait peu de chance qu'il les retrouve.

Tout de suite après avoir lu son parchemin, Leandre prit la route pour rejoindre sa maison. Il devait se préparer avant de partir. Il devait également prévenir ses proches. Comment ceux-ci allaient réagir ? Sa mère en pleurerait sûrement et essayerait de lui prodiguer des conseils pour qu'il ne soit pas blessé, même si elle n'y connaissait pas grand chose. Elle avait été vraiment touché par la blessure de son fils. En apprenant qu'il avait été blessé, elle avait imaginées les pires catastrophes. Son père, lui, serait fier de savoir son fils entrain de défendre les valeurs de la Grèce. Il serait sûrement le moins secoué par cette annonce. Quant à Circée, Leandre avait intérêt à lui annoncer son départ. Il avait déjà essayé de la quitter sans la prévenir, pour éviter qu'elle ne s'inquiète, mais finalement, ça n'avait pas marché. Elle avait failli l'étriper à son retour. Donc il avait tout intérêt à le lui dire. A tout les coups, elle ne serait pas heureuse. Il aurait le droit à une deuxième réaction typiquement maternelle. Les adieux allaient être difficile, il le sentait. Il pouvait comprendre les réticences des deux femmes. Quand on participait à une guerre, on était également le spectateur et l'acteur de monstruosités. On se demandait comment cela était-il possible. Partout où on posait les yeux, de nombreux soldats mourraient, transpercés par les lames de leur adversaire. Un champ de bataillé n'était que mort et déchéance. Pourtant, il fallait bien des personnes pour se battre contre l'ennemi. Tous ces soldats étaient les défendeurs de leur peuple. Si ils voulaient assurer une certaine paix à leurs proches, ils devaient se battre. Tant pis si ils mourraient. Au moins, ils laissaient un monde meilleur derrière eux. Quand ils revenaient de la guerre, on avait des images funestes plein les yeux, ils étaient marqués par ce qu'ils avaient vu, ils étaient changés. Certains soldats devenaient plus matures, d'autres plus violents, et encore d'autres se réfugiaient dans l'alcool pour oublier les horreurs vécues. Chacun avait sa manière d'assimiler les mêmes évènements. Leandre, lui, était revenu plus grand, plus mature. Il préférait encore se nourrir de ces spectacles pour affirmer ses valeurs plutôt que d'en avoir peur et de s'en prendre aux autres pour se venger. Quand il fut enfin arrivé chez lui, il se débarrassa de son arme, pensant qu'il la porterait assez souvent dans les semaines à venir puis il se changea afin de revêtir une exomide. Le parchemin qui annonçait un changement radical dans sa vie future avait été abandonné près de son lit. Leandre rassembla les affaires dont il aurait besoin sur sa table : armes, tenue complète d'hoplite, plastron de rechange, matérielles pour entretenir son armure, etc. Il s'apprêtait à vérifier le contenu de la table quand on vint frapper à sa porte. Hésitant, il posa son regard sur l'entrée en bois. Si c'était un proche, il allait devoir expliquer ce qu'il faisait, et pas question de mentir. On toqua une deuxième fois, le poussant à ouvrir. « Orion ? » C'était bien la dernière personne qu'il pensait voir. Tout deux n'entretenaient pas une relation très amicale. Un détail teinté de sang attira son attention.« Que s'est-il passé ? »
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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Dim 13 Mar - 12:58


LEANDRE & ORION ♣
L’entrechoquement des lames assassines vibrait encore à ses oreilles comme un bourdonnement incessant. Ces regards vindicatifs échangés, ce corps-à-corps improbable, tout défilait devant ses yeux bleus brouillés. Il ignorait réellement combien de temps cette joute avait-elle duré, quelques minutes à peine ou bien avait-elle franchi l’heure ? Ces coups assénés, ces paroles crachés à l’intention de son adversaire afin qu’il n’en comprenne mieux la haine qui l’habitait à son égard. Comment toute cette rage avait-elle pu s’échapper de ce corps pourtant maitrisé autrefois ? Cette question demeurait encore floue à son esprit. L’important était là : il avait vaincu. Nul corps gisant sur le lieu du duel, nul cadavre qui ne serait réellement regretté mais la satisfaction d’une vengeance de tous les pieux qui avaient un jour rêvé à exterminer ces hérétiques. Mais à quel prix ? Prenant une courte pause le long d’un mur glacial, Orion s’affala pour tenter de reprendre son souffle. Le chemin du Pnyx n’avait jamais paru aussi long. Si son esprit n’avait pas été brouillé, il aurait juré qu’une créature maligne aurait elle-même rallongé la route des tribunes jusqu’à l’agora. Ou bien était-ce la réalité : les tout puissants logeaient au paradis et les créatures insignifiantes, loin tout en bas… De longues gouttes de sueur perlaient le long de son front et de ses mèches indisciplinées et pourtant il continuait de trembler et ce depuis qu’il avait quitté les lieux. Si son âme reflétait son triomphe, son corps en revanche ne traduisait qu’une partielle défaite. Avec une appréhension non dissimulée, le maitre d’armes baissa les yeux vers une partie précise de son corps tandis que sa main la découvrait tremblante. Sa paume était couverte d’un liquide rougeâtre encore chaud. L’odeur du sang qu’il perdait depuis trop longtemps à son goût parvenait à ses narines dans un arôme fétide qui manquait de lui donner la nausée. Si Orion était habitué à la vue du sang –son métier en faisait sa première exigence-, l’idée de voir son propre corps souffrir d’une blessure n’accentuait que son dégoût. Il n’allait pas mourir, non. Hadès ne laissait pas son souffle létal glisser le long de sa nuque, les spectres de la mort ne rôdaient pas autour de lui, attendant sa chute fatale. Et pourtant, il ne supportait plus cette douleur lancinante. Calaïs l’avait touché sous le bras. Sans doute aurait-il pu toucher son flanc avec détermination si toutefois il n’avait pas revêtu son plastron comme à son habitude. Il le bénissait à cet instant précis à défaut de vouloir toujours la mort de cet avorton. La douleur cognait sur la blessure, s’emparait de tout son bras et grimpait le long de sa nuque pour tambouriner à ses tempes dans un mal de crâne atroce.

Forçant sur ses jambes qui semblaient ne plus vouloir le soutenir, Orion se poussa à poursuivre sa marche alors qu’il abordait les quartiers sud à cette heure-ci déserts. Par chance, le coucher du soleil signifiait bien souvent chez les plus lotis réjouissances et plaisirs. Quelques lueurs traversaient chacune des maisonnées devant lesquelles il passait, parfois accompagnées de rires aux éclats ou de bruits bien plus intimes. Les Athéniens, ivres de la vie, n’avaient pas conscience de ce qui parcourait les rues. Bien souvent, ils n’avaient pas conscience tout court de ce qui les entourait. Bien mieux logés dans leur ignorance salvatrice, ils se complaisaient dans leur quotidien qu’ils préféraient encore garder jalousement que partager avec les badauds des bas fonds. La démocratie avait beau vouloir régler les problèmes, elle n’éveillait pas les bons esprits. Peut-être Aether avait-il raison dans un sens ? Mais l’espoir brûlait toujours chez Orion, un optimisme borné qui dépassait parfois la réalité, une utopie qu’il ne voulait pas abandonner au prix du désespoir… Et c’était avec une détermination flamboyante qu’il espérait enfin atteindre la maison qu’il guettait du coin de l’œil. Il ne s’y était jamais rendu, tout juste parvenait-il à reconnaitre les lieux. Intérieurement, il priait une divinité de le guider jusqu’à cet homme. Il pourrait alors s’abandonner loin de tout regard inquisiteur. Orion était prêt à accepter toutes les railleries à venir pourvu qu’on l’accueille. La perception du paradis sembla le revigorer d’un reste d’énergie. A peine eut-il atteint la porte qu’il s’y appuya, au bord de l’évanouissement. Un unique coup à la porte et enfin on lui ouvrit.

Leandre Kyros. Ce n’était pas un de ses meilleurs amis, si toutefois il devait le considérer comme un ami. L’hoplite qu’il avait longtemps envié et qu’il enviait toujours. Orion ignorait par quelle providence avait-il décidé de se rendre chez lui. Corban aurait tout de suite paniqué à la vue de son meilleur ami blessé, il n’était même pas certain qu’il aurait résisté à la vue du sang, lui grand poète de l’âme. Il était hors de question de rentrer chez lui, pour inquiéter une fois de plus sa cadette qui aurait crié à la vendetta, même en pleine nuit. Qui lui restait-il alors à Athènes ? Etait-il réellement entouré d’esprits bienveillants et de compagnons qui seraient prêts à lui porter secours ? Il en doutait à présent. Leandre le questionna sans plus attendre. Blafard, Orion eut néanmoins la force de se hisser à l’intérieur de la maison, pour échapper aux éventuels passants. Résistant à l’appel du sol sur lequel il mourrait d’envie de s’effondrer, il grimaça à un nouvel élancement de sa blessure. La question de l’hoplite eut néanmoins l’effet de raviver un peu Orion dont les traits étaient déformés par la colère et la souffrance. « Ces Spartiates… Ils viennent nous narguer jusque dans nos rues. J’espère que nous les décimerons un à un. » Si toutefois tu parvenais à survivre, petit Orion. Honteux d’une telle faiblesse, il toisa Leandre. Devait-il réellement rester ici ? Il n’avait plus le choix. Tentant de reprendre le contrôle de lui-même, il finit par articuler, resserrant sa prise sur sa plaie. « Demandes-tu vraiment comment s’est-il blessé quand l’un de tes frères tombe sur le champ de bataille ? » Un moyen de détourner la question dont la réponse résonnait à ses oreilles comme l’aveu d’une faille qu’il s’était éreinté à cacher jusqu’alors. Il souhaitait seulement de l’aide et si Leandre le jetait dehors, il se débrouillerait alors... Sans l’aide du coéquipier ou du frère qu’il avait peut-être cherché en ces lieux.

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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Mer 16 Mar - 19:16

C'était presque ironique. Le grand maitre d'armes jaloux qui se moquait de l'hoplite blessé à la guerre toquait à sa porte pour lui demander de l'aide. Et pas n'importe quelle aide. Orion était venu parce qu'il saignait au bras, une blessure qui devait le faire atrocement souffrir d'ailleurs. Il était venu pour se faire soigner. Leandre avait beau faire le guerre depuis des années, ses connaissances n'égalaient pas celles d'un médecin. Tout ce qu'il savait, c'était des gestes qui pouvaient stopper le sang couler mais pas faire cicatriser ou recoudre une blessure. Dans le cas de l'athénien, il ne servirait à rien qu'il stoppe le sang si il ne pouvait rien faire après. Orion serait obligé de consulter une personne compétente. Orgueil ou pas. L'hoplite le laissa quand même entrer. Laisser entrer le maitre d'armes chez lui était comme le laisser pénétrer dans son intimité. Il trouverait probablement une critique à lancer sur son intérieur la prochaine fois qu'ils se rencontreraient. Orion était ainsi; Enfin, c'était l'image qu'il donnait à Leandre. Toujours à chercher des détails pour l'embêter parce qu'il n'avait rien de mieux à faire. Malgré l'importance de la situation, le fils de Kasen ne put s'empêcher de taquiner Orion. Celui-ci était dans un état lamentable qu'il ne serait pas capable de rétorquer, autant en profiter. « Tu as dû te tromper de maison, le médecin est à deux portes de là. » Il l'aida à avancer jusqu'à son lit où il pourrait s'allonger. Le teint blafard du maitre était alarmant mais ça n'inquiétait pas Leandre. Il avait vu de nombreux soldats mourir en se vidant de leur sang alors même qu'il tentait de les garder en vie. La mine d'Orion ne l'inquiétait pas. Certes, son état était alarmant, il démontrait qu'il avait perdu beaucoup de sang entre le moment où la lame l'avait traversé et le moment où il était venu jusqu'ici. Il ne fallait donc pas trainer. Sadiquement, Leandre était satisfait de le voir souffrir. Ça lui apprendrait à se moquer de lui parce qu'il avait été blessé. Il avait encore en tête les moqueries d'Orion et le défi qu'il lui avait lancé. Maintenant, c'était le maitre d'armes qui allait avoir dû mal à assurer ses entrainements. Quand le muscle du bras était touché, la blessure était encore plus douloureuse. Et si il s'agissait du bras porteur de l'arme, c'était encore pire. Le maitre d'armes allait devoir suspendre ses cours pour un certain temps. Ça allait être dur pour lui. Leandre pouvait comprendre. Jusque là, il n'avait pas repris les armes, sa vie avait été inactive. Avec un petit sourire, il répondit au jeune homme. « Quand mes frères d'arme se blessent au combat, il n'est pas difficile de savoir comment. » En effet, il n'y avait pas trente-six solutions lors d'une guerre : ils étaient forcément blessés par la lame de l'ennemi ou par une flèche. Toujours est-il qu'au milieu d'une bataille, il n'y avait pas besoin de se poser la question. Et surtout, il n'y avait pas une minute pour réfléchir à comment ça s'était passé. Alors que là, Leandre ouvrait la porte à un homme blessé qui ne l'aimait pas du tout. Il avait bien le droit de poser la question.

Ils atteignirent le seul lit de la maisonnée. Si un jour on lui avait dit qu'Orion se coucherait dans son lit, ou même qu'un autre homme que lui irait sur son lit, Leandre ne l'aurait pas cru. Il laissa le blessé se débrouiller tout seul pour se coucher. La situation était déjà humiliante pour le maitre d'armes pour qu'en plus, on l'aide comme un infirme. Il s'éloigna, allant chercher un récipient et le remplit avec de l'eau. Nettoyer la plaie pour découvrir l'ampleur de la blessure était la première étape. C'était fou ce qu'on apprenait durant la guerre sur la manière de soigner les gens. Cependant, panser la plaie d'un camarade d'arme était automatique. En particulier quand ils étaient la seule chance pour le blessé de survivre. Il était vrai que prendre le temps de soigner une personne à terre durant une bataille était dangereux. Pourtant, c'était un risque qu'ils prenaient régulièrement afin de perdre le moins d'hommes possibles. Ils avaient appris sur le tas. Au début, le soin des blessures était médiocre et puis, en étudiant les gestes des médecins, ils prenaient l'habitude de manipuler la blessure. En revenant auprès d'Orion, Leandre posa une question qui le hantait depuis tout à l'heure. « Pourquoi venir chez moi ? » Après la moquerie, un peu de sérieux. Après tout, il aurait très bien pu se rendre chez un docteur. Celui-ci était plus à même de le soigner et de le maintenir en vie. Alors que lui, avec ses maigres connaissances en médecine, il ne pouvait qu'arrêter le sang. Si Orion souhaitait rester en vie, il n'avait pas fait le bon choix. Mais surtout, ils ne s'entendaient pas vraiment bien. Le maitre d'armes enviant la situation de l'hoplite. Ce dernier ne supportant pas le comportement du premier. Il y avait bien un détail qui avait pu pousser l'homme à se rendre chez Leandre. Circée. Si elle lui avait dit qu'il était son ami alors Orion avait trouvé juste de venir le voir et il aurait revu son opinion sur le hoplite. A moins qu'il n'ait fait le choix de venir chez Leandre que par dépit, parce qu'il se croyait trop fort pour ne pas recevoir un soin digne de ce nom.


[Tu m'avais dit d'attendre trois jours, j'ai attendu trois jours #sbaf#
Prends ton temps pour me répondre, va =p]
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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Dim 3 Avr - 14:29


LEANDRE & ORION ♣
Sa vue se brouillait méchamment et pourtant les sens affolés d’Orion étaient encore en éveil pour que celui-ci sente qu’on le portait jusqu’à une couche. La réflexion ironique de Leandre traversa furtivement ses oreilles tandis qu’il s’efforçait d’émettre une pression de son bras sur l’épaule du hoplite pour lui faire part de sa frustration. En d’autres circonstances, il aurait amèrement répliqué à la raillerie du soldat mais pouvait-il seulement lui en vouloir ? N’était-il pas de ceux qu’il admirait tout autant qu’il les enviait avec une ardeur qui aurait dévoré tout homme ? Leur dernière rencontre n’avait-elle pas été la représentation d’un Orion jaloux qui s’était fait un plaisir sadique de mettre à l’épreuve un Leandre blessé et amenuisé de ses forces d’ordinaire impressionnantes. Dans un gémissement de douleur, il se laissa tomber sur cette couche étonnamment confortable : elle n’avait rien à voir avec le vulgaire lit dont il se contentait chaque jour. Il ne devait pas oublier qu’il occupait les quartiers riches à ce moment précis. Etre soldat suscitait non seulement la gloire mais également une certaine richesse dont beaucoup jouissaient des années après leur retraite. N’était-ce pas une raison de plus de vouloir intégrer les rangs ? Pouvoir donner à Daphné tout ce qu’elle souhaite sans qu’elle ne doive travailler dur comme n’importe quelle femme d’Athènes… C’était la consécration ultime, faire de sa cadette une femme aisée et respectée. L’heure n’était plus aux babillages. Dans un nouvel élancement, Orion grinça des dents tandis qu’il appuyait de nouveau sur sa plaie ouverte avec l’espoir que la souffrance se réduise. Mais cet état de grâce ne durait jamais bien longtemps et les gouttes de sueur qui perlaient sur son front marqué de vives émotions en étaient les cuisants témoins. L’homme jeta un coup d’œil à Leandre qui le contemplait pendant plusieurs secondes. Sans doute se réjouissait-il de voir ainsi le professeur réduit à l’état de blessé, le grand opportuniste qui n’obtiendrait pas de sitôt ce qu’il convoitait tant. Peut-être l’hoplite oserait même en parler à son supérieur, qui lui rayerait avec plaisir le nom d’Orion Attis de sa liste de soldats éventuels, descendant indigne du père respecté. Cette pensée raisonna avec violence à l’esprit du maitre d’armes dont les yeux bleus brouillés par des larmes brûlantes ne quittaient plus à présent le visage du blond. Tentait-il de faire passer un simple air de défi ? Ou voulait-il déceler dans son regard la moindre once de bonheur ou d’esprit vindicatif. Lui-même ne savait plus. Il mourrait d’envie de crier pour mieux expier le chemin dévorant que la lame de Calais s’était frayé avec détermination, quelques instants plus tôt. Il suppliait presque les divinités de lui accorder ce moment de faiblesse, de lui abandonner ses responsabilités le temps d’une soirée qu’il redevienne l’enfant qui pleurait dans la toge de son père à chaque défaite.

La curiosité du fils de Kasen n’avait rien de déplacée, c’était même élémentaire quand on s’apprêtait à soigner quelqu’un et pourtant Orion se refusait à lui donner la moindre réponse. Il en avait déjà trop dit. Quel soldat triomphant et débordant de valeurs irait accepter qu’un maitre d’armes se soit battu dans l’ombre des tribunes, avec un étranger et une vermine de la première espèce, à la barbare, pour exhaler toute la haine honteuse qu’il avait accumulé durant des années sans qu’elle ne rejoigne directement celle qu’il portait à l’égard de son adversaire. Non, il ne voulait pas offrir à Leandre le moyen de le considérer comme un simple citoyen, sujet aux mêmes défauts et aux mêmes pulsions primaires. Il ne voulait rien lui donner, excepté qu’il était allongé sur son lit, à la merci de ses mains expertes, capables de la guérison comme du pire. Devait-il réellement le craindre maintenant ? Comme si leurs esprits avaient été connectés pour un instant éphémère, Leandre revint à lui avec un récipient d’eau et surtout la question fatidique. Pourquoi avait-il pris le risque de traverser tout l’agora pour parvenir à sa porte ? Quand on y pensait, c’était comme aller se jeter dans la gueule du Cerbère ou d’aller s’agripper aux grilles du palais du Pnyx pour quémander asile. L’évocation du Pnyx fit apparaitre une silhouette à son regard flou qu’il s’empressa de chasser d’un geste de la main. Reportant son attention sur Leandre pour ne pas perdre le fil de la conversation et ainsi risquer l’évanouissement, il bougonna, peu coopératif : « Je l’ignore encore. C’est peut-être la douleur qui m’a voilé l’esprit. » Soudain, le fait le frappa enfin. Il était chez un soldat avec qui il n’était pas en bons termes alors que les médecins expérimentés habitaient souvent les portes de la ville pour accueillir les arrivants comme les sortants. Pourquoi ses pas s’étaient-ils trainés jusqu’ici ? Un inconscient troublé l’avait mené jusqu’à Leandre. Un inconscient des plus gênants surtout quand il était incapable de lui répondre ou même de lui clouer le bec. Pour alléger ses paroles et éviter le sujet, il parvint à articuler dans un sourire feint et tordu de mal aise : « Peut-être avais-je besoin qu’on m’achève… N’es-tu pas le meilleur en cette cité et le plus enclin à vouloir ma mort ? »

Pour illustrer ses mots, il écarta sa main sanglante de sa blessure pour la dévoiler au regard du soldat. Peut-être la vue du sang et de la chair entamée calmerait les ardeurs moqueuses de son hôte. Levant le bras au-dessus de sa tête pour qu’il puisse enfin y accéder, le musclé déchiré qu’il avait eu le malheur d’étirer provoqua une nouvelle expression dolente qui se traduisit par un geignement. Orion porta sa main saine –quoique souillée de sang- à ses cheveux pour dégager son front de toute mèche gênante. Il ne devait pas être beau à voir alors que la poussière, la transpiration, le sang et la colère avait entaché sa peau. Par chance, Leandre vivait seul aux dernières nouvelles et personne ne viendrait les interrompre. Il serait le seul et l’unique à avoir connaissance de l’événement de ce soir. Et Orion veillerait à ce que celui-ci ne pipe mot à personne qui puisse lui nuire par la suite. Même si pour cela il devait lui nuire à lui. S’impatientant, il finit par pousser un faible soupir avant de lâcher : « Ce n’est pas qu’une nuit à tes côtés ne m’enchante pas, mais j’aimerai autant regagner ma couche pour cette nuit. Est-ce possible ? » Naïf Orion qui parvenait encore à se croire plus fort qu’il ne l’était réellement.

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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Mer 13 Avr - 6:25

Dans la Cité Athénienne, des dizaines de grecs ou d'étrangers étaient blessés dans une journée. Le premier réflexe de chacun était de se rendre chez un médecin. Le choix du guérisseur dépendant alors de la richesse du blessé. Le modeste ira se faire soigner auprès du médecin du village, celui qui connaissait des remèdes pas chers. Le plus riche consultera une personne qui fera venir de loin les meilleurs remèdes. Entre les deux, il y avait ceux qui préféraient consulter un médecin honnête, bon et pas trop cher. Ceux-là étaient rares mais ils étaient les meilleurs. Et puis il y avait les blessés trop pauvres ou trop inconscients qui décidaient de se faire soigner par une personne non-qualifiée et sans connaissance en médecine. Comme Orion ce soir-là. Les raisons de sa venue étaient encore floues, mis à part sa blessure, il n'y en avait aucune. Pourtant, il devait bien y avoir une raison car Orion était quelqu'un d'assez intelligent pour savoir que ce n'était pas un hoplite qui lui fallait mais un vrai médecin. De plus, le maitre d'armes n'était pas décidé à avouer pourquoi il était là. Il entretenait un mystère fort inutile. Et peut-être même dangereux. Leandre pouvait se faire des histoires, cependant, si Orion avait été attaqué dans une rue par un groupe d'individus et qu'il ait réussi à s'enfuir, il se pouvait que ce groupe veuille le retrouver. L'hoplite ne se faisait pas de souci pour sa survie, c'était juste qu'il aurait bien aimé connaître les détails. Sauf que le jeune homme était trop en mauvais état pour discuter. En effet, le sang poursuivait sa course dans le corps musclé de l'homme jusqu'à cette ouverture dans son bras où le liquide rouge découvrait la liberté. Malgré sa main, ils ne pouvaient que comprendre la gravité de la situation. Orion se vidait littéralement de son sang. Si ils restaient là à discuter, le lit de Leandre serait recouvert d'un bout à l'autre de sang, ce qui annoncerait la fin de l'homme. Il fallait agir. L'athénien qui était couché sur le lit faisait preuve d'un incroyable courage. Il serrait les doigts et sa mâchoire, se drapant dans le peu de dignité qui lui restait. Cependant, malgré son silence, ses traits du visage parlaient pour lui. Crispés, blanchâtre. Même sa dignité ne pouvait masquer cela. C'était lorsque l'on était blessé que les personnalités se révélaient vraiment. Le plus muscle pouvait s'avérer être un pleurnichard qui s'effondrait à la moindre blessure. Tout comme le plus petit, le plus frêle, serait capable de ne pas verser une larme dans la douleur. Orion ne faisait pas d'ombre à sa réputation. Il était digne du courage des Dieux. Il ne fléchissait pas, se contentant de retenir ses cris et ses pleurs. Il restait fidèle à lui-même. Ce qui était honorable. Leandre l'admirait pour cela. Maintenant, peut-être qu'Orion ne serait pas comporté aussi courageusement chez un vrai guérisseur. Néanmoins, la preuve était là. Le maitre d'armes était vraiment ce qu'il montrait : digne et courageux.

Pour avoir déjà été à sa place, il savait que cela pouvait être dur. En particulier pour une blessure à un muscle. Chaque mouvement était un calvaire. On ne pouvait pas souhaiter pire blessure à ses ennemis. En particulier aux passionnés de la lame qui souffraient autant physiquement que mentalement de ne pas pouvoir pratiquer leur passion. Mais bon, Orion aurait une jolie femme pour prendre soin de lui. Circée. A moins qu'elle ne se comporte comme avec Leandre. Elle lui crierait dessus son imbécillité, essayerait de le convaincre d'oublier les armes et de faire un truc moins dangereux. Sauf que tous les métiers étaient dangereux. Il y avait juste cette réputation de danger qui collait aux armes. Le métier d'hoplite n'était pas plus dangereux que celui d'un chasseur qui pouvait se faire tuer par une proie. Celui de maitre d'armes n'était pas plus risqué que celui d'une sculpteur qui pouvait se blesser en taillant une pierre. Tous les métiers mettaient en jeu la vie des personnes. « Peut-être avais-je besoin qu’on m’achève… N’es-tu pas le meilleur en cette cité et le plus enclin à vouloir ma mort ? » Les paroles de l'homme étaient choquantes mais Leandre ne releva pas. Il connaissait l'amertume de son patient à son égard. Il n'avait pas encore compris que cela n'allait que dans un sens. L'hoplite ne voulait juste pas s'embêter avec un homme qui n'était pas capable de contrôler ses émotions. Prenant un morceau de tissu, il le trempa dans l'eau pour l'humidifier. « Pourquoi voudrais-je te tuer ? Ce serait me donner la mort par la même occasion. » En disant cela, il pensait inévitablement à Circée. Celle-ci pouvait être dangereuse quand elle était en colère. Il en avait eu la preuve quand il était rentré à Athènes. Elle n'était pas au courant qu'il rentrait, autrement, elle l'aurait attendu avec le couteau le plus aiguisé et pointu qu'elle aurait trouvé. Sous le coup de la colère, ce petit bout de femme était capable de faire mal. Il était heureux de lui avoir appris aucune technique de combat. L'allusion à Circée n'était peut-être pas claire pour l'esprit embrumé d'Orion mais au moins, le message était clair. Il n'était pas décidé à le tuer alors si l'athénien voulait mourir, il n'avait qu'à se porter le coup fatal lui-même. « Nous connaissons tout deux une femme à fort caractère qui n'accepterait pas que l'un de nous meurt. Alors je vais veiller à ne pas la froisser. » L'athénien découvrit sa blessure. Le spectacle n'était pas terrible. Même cauchemardesque. La blessure était béante. Le sang s'en échappait avec entrain. Depuis combien de temps était-il dans cet état ? Leandre l'obligea à redescendre son bras car chaque mouvement pouvait agrandir la blessure. Première étape, nettoyer la plaie pour mieux voir l'horreur. Il essora la tissu mouillé avant de l'appliquer délicatement sur la peau du maitre d'armes, commençant par nettoyer autour de l'ouverture pour arriver à la blessure. Immédiatement, la blancheur du chiffon laissa place au rouge du sang. Il recommença plusieurs fois jusqu'à être moyennement satisfait, sans jamais se soucier des grimaces d'Orion. Bizarrement, il appréhendait la suite des évènements. Il avait beau le taquiner, il craignait qu'un homme ne meurt devant lui. Même loin du champ de bataille, il ressentait cette peur ce soir. La voix du blessé le tira de son appréhension. « Ce n’est pas qu’une nuit à tes côtés ne m’enchante pas, mais j’aimerai autant regagner ma couche pour cette nuit. Est-ce possible ? » Quel naïf, ce Orion. Digne et courageux peut-être mais également naïf. Leandre n'était pas un faiseur de miracles. Ses connaissances lui venaient de ses nombreuses heures à observer les guérisseurs soigner leurs patients. Il était loin d'être un médecin aussi doué qu'eux. D'ailleurs, il n'en était pas un. Juste un hoplite. Alors si le maitre d'armes voulait retourner dans son lit ce soir, cela allait être difficile. « Puis-je te rappeler que je ne suis qu'un hoplite ?Mes connaisses en matière de blessures sont moindres comparées à celles d'un véritable guérisseur. » Si le jeune homme était venu ici en croyant qu'il repartirait dans une heure ou deux, il s'était fait de belles espérances. De toute manière, l'hoplite ne pourrait pas le garder éternellement. Il saurait arrêter le sang, panser la plaie et même lui redonner des forces mais il ne pourrait pas dire quelles plantes appliquer sur sa blessure. Tout cela, on ne leur apprenait pas dans l'armée. On leur enseignait à manier une arme, à monter à cheval pour les plus riches et à prendre soin de leur armures et à leurs armes. Le reste, on le savait ou on ne le savait pas. « Si tu souhaites réellement rentrer chez toi ce soir, je peux faire venir le meilleur de la Cité. » Il n'allait pas le lui avouer mais Leandre aurait été bien soulagé de l'entendre dire oui. Il n'était pas serein à l'idée qu'Orion meurt à cause de lui. Cependant, il imaginait déjà les réponses de l'homme. Il allait refuser et c'était l'hoplite qui allait devoir se débrouiller tout seul.
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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Sam 7 Mai - 8:40


LEANDRE & ORION ♣
Stupide. Sa venue était des plus stupides. Venir, blessé, auprès d’un hoplite revenait à visiter un forgeron alors qu’on était en quête de tissus orientaux. Les paroles d’Orion dépassaient amplement sa pensée qui d’ailleurs n’apportait plus grand-chose de raisonné dans l’état où il était. Sa blessure poursuivait sa violente musique, se répandant dans chaque partie de son corps. Son front suait à grosses gouttes et si toutefois le visage de Leandre n’apparaissait pas devant lui, peut-être aurait-il été incapable de dire où il se trouvait. Il ne perdait pas encore la tête et tant qu’il ne s’évanouissait pas sur cette couche rêche, il pouvait s’estimer heureux. Alors qu’il épiait les gestes de son hôte du coin de l’œil, il mourrait d’envie de prendre la bassine d’eau et de se la verser littéralement sur le visage dans l’espoir d’atténuer l’étau qui lui enserrait le crâne depuis qu’il avait quitté son adversaire. Calaïs. Il le retrouverait tôt ou tard et rien n’était moins sûr quant à l’issue de cette nouvelle entrevue. Maintes fois il s’était retenu de lui sauter à la gorge mais c’était comme si les tribunes autrefois pacifistes avaient contribué à ce duel improbable. A la réflexion de Leandre qui concernait son propre suicide, Orion afficha un rictus cynique. Allons bon, les codes de l’armée empêchaient-elles sûrement le meurtre quel qu’il soit. Ce fut néanmoins la seule explication plausible qu’il put trouver jusqu’à ce qu’il entende de nouvelles paroles des plus révélatrices. Redressant tout à coup la tête dans un geste d’attention, il laissa échapper un gémissement de douleur avant de reprendre sa place initiale. Son regard se mua plus soupçonneux. Parlait-il par là de Daphné, sa cadette ? Etait-il possible qu’ils se soient connus et même qu’ils entretiennent une relation amicale –la seule qu’Orion était en mesure d’imaginer sans que ses nerfs ne se mettent à bouillir ? Non nul doute que Daphné tenait bien plus à son fraternel qu’à un ami. Ca tombait sous le sens. Et son orgueil l’avait bien aidé. Ignorant la douleur lancinante qui venait de s’éveiller alors qu’on lui bougeait le bras, il finit par lâcher sans dissimuler sa curiosité : « De qui parlez-vous, Kyros ? » A peine eut-il achevé ses mots qu’il se lança dans une nouvelle complainte. C’était douloureux. A croire que la délicatesse de Leandre n’arrangeait rien. Peut-être même prenait-il du plaisir à entendre Orion geindre à chaque geste qui s’approchait trop de la plaie. Il en trouvait un certain sadisme, il pouvait le jurer sur la tête d’Arès ! Lui-même aurait éprouvé un malsain contentement à faire subir tout ça à quelqu’un qui, par le passé, avait osé le mépriser. Pourtant, il fit mine de ne pas comprendre et ajouta tout en le fixant : « Ca vous plait hein finalement de me porter secours. Je suis à la merci de mes supérieurs… »

Douces paroles amères… Orion se mua alors dans un silence inquiétant au fur et à mesure que Leandre remplissait sa tâche –et l’eau de sang par la même occasion. Il s’apaisait lentement ou peut-être était-ce la souffrance qui le plongeait dans une apathie inquiétante. Il n’allait pas s’endormir, sa fièvre était bien trop grande pour qu’il ait l’espoir de se reposer cette nuit. Loin de chez lui et de la prunelle de ses yeux. Le maitre d’armes l’imaginait alors étendue et sereine, happée par le monde des songes où rien ne pouvait l’atteindre. Peut-être la meilleure solution était encore de demeurer ici jusqu’à ce que Leandre l’estime apte à partir : il ne supporterait pas le regard courroucé de Daphné si toutefois elle venait à découvrir le pot aux roses. Il craignait davantage les foudres célèbres de Zeus que la colère de celle qui partageait son sang. Qui de mieux qu’un inconnu était mieux placé pour garder un secret dans le fond ? Dès le lendemain, qu’il soit capable de marcher ou non, Orion irait prier Panacée pour qu’elle fasse de sa guérison une épreuve qu’il surmonterait tel un vrai soldat. Par le passé, il n’avait jamais entendu Leandre se plaindre de la blessure qu’il avait récoltée de la guerre. Ne s’étaient-ils pas battus des mois auparavant, n’avait-il pas manié l’arme avec brio sans se soucier de la douleur qui devait le fendre en deux ? Valait-il vraiment les critiques qu’il lui avait adressées ? Tout était flou maintenant. Affichant une nouvelle grimace, le maitre d’armes finit par fermer les yeux. « Tu n’as pas idée de ce que coûte un bon guérisseur n’est-ce pas ? » Quand on gagnait sa vie grâce à l’armée, on n’avait certainement plus à se soucier de rien. Quand on formait cette armée en revanche, les drachmes se faisaient soudainement plus rares. Il avait beau obtenir le même respect que son père Icare, il ne survivait que difficilement depuis que ses parents avaient quitté la grande Athènes. Voilà peut-être la raison pour laquelle il s’était pointé chez lui à cette heure-là ? Pour ne pas avoir à ruiner la moitié de ces économies dans un guérisseur qui se contenterait d’appliquer quelques plantes, de réciter des prières avant de le renvoyer chez lui. Quitte à y mettre le prix, Orion voulait encore du divertissement. Leandre n’était pas perçu comme tel mais en frappant à sa porte de bois, il avait eu l’impression qu’ils avaient des choses à régler et que les rôles devaient enfin être inversés pour le bien des deux hommes.

« Si toutefois tu évoquais ma sœur, tu comprendrais que je n’ai finalement pas intérêt à me pointer dans cet état-là. » Il remettait sur le tapis, le sujet de la femme qu’ils avaient en commun. L’idée que se puisse être Daphné lui tiraillait les entrailles et piquait son cœur des épines de la jalousie. Leandre Kyros était loin du criminel recherché mais il demeurait un homme : avec des sentiments, des pulsions et surtout une certaine reconnaissance qui devait lui conférer toute l’attention qu’il souhaitait auprès des femmes. Alors que ce dernier eut le malheur de passer son chiffon mouillé près de la chair ouverte, Orion poussa un nouveau cri de surprise et d’indignation avant de fusiller son hôte du regard. La longue nuit ne faisait que commencer et il n’avait pas idée de ce qu’il allait traverser. Peut-être la douleur physique serait encore supportable.

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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Dim 15 Mai - 12:53

Serait-il raisonnable de virer cet homme blessé de sa demeure ? Même en étant à l'agonis, le sang coulant de son bras, les traits tirés par la douleur, Orion parvenait à l'énerver. Comment faisait-il pour être aussi agaçant tout en souffrant ? Les Dieux lui avaient probablement offert ce don hors-norme. Sauf qu'en dotant l'Athénien de cette faculté d'embêter tout le monde, ils n'avaient pas pensé à donner le don de la patience à Leandre. Celui-ci n'était pas certain de pouvoir supporter calmement ses remarques et ses sous-entendus. Le maitre d'armes semblait croire qu'il connaissait bien son guérisseur d'un soir alors que ce n'était pas du tout le cas. Accuser l'hoplite de vouloir le tuer ou profiter de sa faiblesse pour ressentir de la satisfaction étaient totalement exagérés. Il était bien au-dessus de cela. Ou bien, peut-être un peu. En tout cas, il était vrai qu'il ressentait un certain pouvoir d'avoir la vie d'Orion entre ses mains. Pour une fois que celui-ci baissait sa garde pour qu'on lui vienne en aide. Et en plus, pas dans n'importe quel état. N'avait-il pas le droit d'en profiter ? Il n'était pas sadique mais voir que même cet homme, qui quelques semaines plus tôt s'amusait de voir un hoplite blessé, pouvait lui aussi être touché était quelque chose d'appréciable. Au moins, le maitre d'armes comprenait la souffrance de Leandre. Il ne trouverait plus aussi drôle de jouer avec lui. Enfin, on pouvait toujours l'espérer. Si cela se trouvait, sa blessure le rendrait plus ronchon et casse-pied qu'avant. « De qui parlez-vous, Kyros ? » De qui parlait-il ? Mais enfin, n'était-ce pas si logique que cela ? A croire que ses relations étaient tellement variées qu'il ne savait pas de qui son médecin parlait. Orion avait peut-être quarante prétendante qui lui courraient après, qu'en savait-il ! Si tel était le cas, Leandre faisait bien de s'inquiéter. Cet homme était un amoureux des femmes. Il ne pouvait pas s'en passer. En tout cas, c'était ce qu'il laissait paraître. Fort de cette supposition, Leandre n'hésita pas à appuyer davantage sur la plaie quand il la nettoya. Il allait lui apprendre à jouer des sentiments de Circée. On ne faisait pas de mal à ses proches sans qu'il ne réagisse. « Ne jouez pas les imbéciles, Orion, vous savez très bien de qui je parle. » Il ne lâcherait pas son prénom. Hors de question de lui faciliter le travail. Puisqu'il avait autant de femmes dans sa vie, Orion allait apprendre à en aimer qu'une à la fois. Cet idiot avait pensé pouvoir se jouer de Circée sans avoir d'ennuis, il s'était fait de belles illusions. Le maitre aurait dû rester chez lui plutôt que de venir, ventre à terre, pour se faire soigner. Il aurait dû débourser tout son argent pour se trouver un guérisseur qui ne verrait que l'argent et pas les relations amoureuses. Maintenant, il allait devoir assumer son choix. Leandre ne le laisserait pas s'enfuir. Que les Dieux en soient témoins.

Abandonnant son patient, il changea l'eau devenue rouge de sang. Pourquoi s'embêtait-il à le sauver ? Cette question lui vint à l'esprit alors qu'il remplissait le récipient. Il ne trouvait pas la réponse. Venir en aide aux personnes était dans sa nature, il ne pouvait se l'expliquer. Que se soit quelqu'un qu'il n'appréciait pas spécialement ou un de ses proches, il l'aidait. Difficile de croire qu'il était hoplite. Parce qu'il ne voulait pas voir cet Athénien mourir et parce qu'il ne serait pas capable de lui fermer la porte au nez, il l'avait installé sur son lit, l'avait laissé tâcher sa couche avec son sang et lui apportait des soins. Parfois, il aimerait se baffer et se dire que non, il ne pouvait pas parce que cette personne ne lui avait montré que de dédain et méfiance. D'où il était, la voix faiblarde d'Orion pleine de reproches lui écorcha les oreilles. « Ca vous plait hein finalement de me porter secours. Je suis à la merci de mes supérieurs… » Il préférait encore ne pas répondre et feindre de n'avoir pas entendu. Que pouvait-on répondre à cela alors qu'on était entrain de se débrouiller pour le sauver ? Cet homme était complètement aveugle. Et il ne savait surtout pas ce qu'il faisait ici. Il réclamait des soins et deux minutes après, il accusait son sauveur de vouloir en profiter. N'était-ce pas un peu contradictoire ? On pouvait facilement mettre cette divergence sur le compte de la douleur, de la blessure et de la perte de sang. Sauf que ça serait une excuse facile. Revenant auprès d'Orion, Leandre put entendre un énième reproche. « Tu n’as pas idée de ce que coûte un bon guérisseur n’est-ce pas ? » Par Zeus ! Pouvait-on le faire taire ? Si il continuait ainsi, Leandre serait contraint de le jeter à la rue. De toute manière, rien ne l'obligeait à le soigner sinon sa conscience. Et pour le moment, sa conscience en avait marre de ses remarques. On aurait dît qu'il n'y avait pas de fond, qu'Orion en avait toujours plus et qu'il ne s'arrêterait que lorsqu'il aurait quitté, debout, cette maison. Les reproches étaient son seul moyen de défense. Il ne pouvait pas attaquer physiquement Leandre, autrement, il pouvait dire adieu aux soins mais il pouvait le chercher, le provoquer comme il le faisait toujours. Conscient que la présence du maitre d'armes dépendait de l'avancée de son travail, Leandre se remit à la tâche. Il était bien décidé à ignorer toutes les plaintes qu'Orion prononcerait dès à présent. D'ailleurs, si il avait connu un remède pour endormir le patient, il l'aurait utilisé. Alors qu'il en était venu à envisager de le bâillonner, Orion reprit la parole. « Si toutefois tu évoquais ma sœur, tu comprendrais que je n’ai finalement pas intérêt à me pointer dans cet état-là. » Qu'est-ce qu'il en avait à faire de sa sœur ? Ce n'était pas d'elle qu'il parlait précédemment. D'accord, Leandre l'appréciait mais là tout de suite, ce n'était pas pour la jeune femme qu'il s'inquiétait. Il est vrai qu'Orion avait vu juste. Elle ne serait pas heureuse du tout de voir son frère ainé débarquer avec du sang plein le bras. Il avait vu juste de se pointer chez un ennemi plutôt que chez lui. Le carnage aurait été plus grave avec la frêle Daphné qu'avec un adversaire. Quand les femmes Athéniennes étaient inquiètes ou en colères, elles pouvaient se transformer en vrais démons. Les étrangers avaient bien de la chance de ne pas connaître ce genre de choses. Poussant un soupir, Leandre plongea son regard dans le brun d'Orion. « Puis-je vous avouer ce que j'ai sur le cœur ? Vous me cassez les pieds avec vos jérémiades. Arrêtez de vous plaindre, arrêtez d'envoyer des piques ! Soyez fier de ce que vous êtes, par Zeus ! N'avez vous rien d'autre à faire que cela ? » Autant ne pas y aller par quatre chemins et être clair rapidement. Ainsi, pouvait-on espérer obtenir le calme dans cette maison !
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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Sam 11 Juin - 12:54


LEANDRE & ORION ♣
Nom de Zeus, il n’était pas un imbécile ! Où allait le mener ce jeu de devinettes ? Alors que Séléné était haute dans le ciel et avait plongé la plupart de ses adorateurs dans un sommeil réparateur, Orion se retrouvait allongé sur la couche d’un homme qu’il jalousait plus que n’importe qui sans pouvoir l’affronter du regard comme il l’aurait vraiment voulu. L’heure était-elle réellement aux énigmes ? Quelqu’un qui connaissait un tant soit peu le maitre d’armes savait que sa sœur était la seule femme qui comptait, sans aucune équivoque. Fallait-il qu’il le supplie de cracher le morceau pour qu’enfin un nom décent sorte de sa bouche ? Il avait cru déceler dans la voix de Leandre une pointe d’agacement et si toutefois sa propre chair ouverte n’était pas sous ses mains, il l’aurait secoué comme un prunier pour qu’il cesse de se montrer si réticent. Ils s’énervaient l’un l’autre, ils se parlaient sans vraiment dire quelque chose. Orion avait l’étrange impression qu’entre les deux hommes, tout se jouait dans les sous-entendus. Ils criaient leur franchise téméraire et pourtant, ils n’osaient se dire chacun ce qu’ils avaient sur le cœur. Il n’aurait pas pu se sentir plus mal à l’aise face à un soldat et ses non-dits. Quand Leandre s’éloigna pour changer l’eau devenue rougeâtre de la folie dont avait fait preuve l’homme quelques heures plus tôt, celui-ci en profita pour jeter un coup d’œil circulaire à la pièce. Sans exhiber fièrement la richesse qu’il avait acquise grâce à son grade dans l’armée athénienne, on remarquait bien qu’il ne manquait de rien pour vivre. La maison était meublée modestement mais il n’y avait pas à parier qu’elle abritait le meilleur des matériaux. Si toutefois un homme en quête de vengeance se décidait à mettre le feu à son logis, peut-être Leandre aurait la chance de voir son domicile se consumer moins rapidement que tous les autres toits qui faisaient les bas quartiers d’Athènes. Il pouvait être fier de ce qu’il avait fait de sa vie, Kasen son père n’y était certainement pas pour rien. Orion admirait ces discrets personnages de la cité qui défendaient corps et âme sa patrie et qui parvenaient encore à s’occuper de son foyer comme de la prunelle de ses yeux. Kasen avait réussi à tout concilier et le maitre d’armes osait croire que son fils était tout aussi admirable, enfin surmontée la frustration dont il l’accusait.

Leandre revint à lui, amenant avec lui la souffrance des soins qu’il lui prodiguait. La douleur était toujours la même mais cette fois-ci, Orion se refusa à laisser échapper la moindre complainte. Il serra les dents, se contentant parfois de répondre à son hôte. Non il n’évoquait pas Daphné. Son regard trahissait une relation bien plus inestimable à ses yeux : le frère surprotecteur aurait déjà dévoilé cette fréquentation si toutefois sa cadette l’avait un jour déjà rencontré. Qui était-ce donc ? Il n’en avait pas la moindre idée et pourtant la curiosité le rongeait de plus en plus. Si Orion n’était pas connu pour sa stabilité sentimentale, on ne pouvait néanmoins pas le considérer comme le pire des goujats. Il s’était toujours bien comporté avec la gente féminine à défaut de demeurer à leurs côtés. Soudain, Leandre explosa enfin et cracha sa rancune à son intention. Loin d’en être vexé –il en fallait plus dans ce cas puisqu’il ne faisait que dire une dure vérité-, Orion se surprit à sourire. Il passa sa main libre sur son front humide avant de dire, d’une voix amusée : « Et bien enfin vous vous lâchez. J’ose espérer que vous n’en donnez pas moins à vos ennemis. » L’abcès se perçait-il enfin ? Il pouvait bien signifier une amitié ou au moins une sympathie impossible entre les deux hommes, l’Athénien était satisfait. « Il semblerait que je sois assez stupide pour me pointer chez vous, on ne pourra faire pire jusqu’alors… » L’aube d’une entente entre des personnes ne venait-elle pas de la sincérité qu’on leur portait ?

Soudain, ses yeux bleus furent attirés vers un parchemin enroulé non loin de là. Il était posé sur une table nonchalamment mais le sceau fendu qu’il arborait ne manqua pas d’attirer l’attention d’Orion. Une lettre officielle de l’Assemblée d’Athènes. Cette dernière était chargée de beaucoup de fonctions au sein de la société dont faisait partie l’organisation de l’armée. Elle était une structure à part entière mais les dirigeants préféraient encore garder une main mise sur celle-ci : une potentielle rébellion des soldats et c’en était fini du prestige de la cité. Son esprit s’alluma d’une avidité dévorante. Que lui annonçait-on ? Leandre était un hoplite. On ne le contactait pas pour le convier à des tribunes ennuyeuses –Orion si. La plupart des messages adressés aux guerriers concernait la paix et les devoirs qui leur étaient attribués. Devait-il partir de nouveau sur le front ? Quel affrontement pouvait-il bien se préparer dans l’ombre ? Il n’en avait rien entendu et pourtant c’était lui le responsable nommé des futures recrues. Tout en redressant quelque peu le buste ce qui lui arracha une grimace de douleur, il ne quittait pas le morceau de papier des yeux. D’une voix lointaine mais hâtive, il interrogea Leandre : « Qu’est-ce qui se passe ? Y’a un problème ? » Il n’avait pas clairement énoncé le sujet mais il suffisait d’observer le visage brusquement inquiet de l’homme pour comprendre de quoi il parlait. La femme inconnue qu’ils avaient mentionnée lui était sortie de la tête pour l’instant, nul doute qu’ils y reviendraient tôt ou tard –Kyros semblait y tenir- mais la soudaine anxiété qui prenait la gorge d’Orion l’écartait de toute distraction possible. Sans même demander l’accord de l’intéressé, il se redressa avec lenteur pour ne pas sentir la plaie s’ouvrir un peu plus. Ne pouvant retenir un rictus affligé, il tendit la main jusqu’à ce qu’il atteigne le parchemin dont il s’empara avec ferveur. Il le déroula d’une main tant bien que mal avec l’intention de la lire mais la poigne ferme qui se resserra sur son poignet paraissait l’entendre d’une autre manière. Il leva les yeux vers Leandre en silence. Il se sentait concerné malgré lui, Arès lui-même ne réussirait à l’en empêcher. Sauf si l’hoplite décidait de s’attaquer à des faiblesses, qu’elles soient physiques ou plus spirituelles… « Vous ne cachez rien à Athènes, n'est-ce pas ? »

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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Sam 25 Juin - 12:48

Profiter de la faiblesse d'une personne n'a jamais été une habitude pour l'hoplite. Il est évident qu'il n'attendait pas que ses adversaires reprennent des forces pour les attaquer durant la guerre. Mais dans la vie réelle, celle où on ne tue pas des dizaines de personnes en une heure, celle où tuer des personnes de sang-froid est puni, dans la vie réelle, Leandre n'était pas ainsi. Oui, il était plutôt du genre à attendre que la personne devant lui soit plus fort pour l'attaquer de nouveau. Sauf ce soir. Orion était là, allongé dans son lit, le bras blessé, il souffrait. Que demander de plus ? Il faut comprendre l'hoplite, dans quelques jours, il partirait pour une nouvelle guerre, laissant derrière lui sa meilleure amie au fort caractère. Elle avait rencontré l'homme qui était blessé et qui n'avait rien d'un amour. Il était plutôt bourru et agaçant à en mourir. Leandre avait besoin de protéger Circée même en étant à distance. Il devait s'assurer que son amie serait en sécurité et qu'elle n'aurait pas le cœur brisé par une brute. Et peut-être même espérait-il qu'Orion protège et veille sur la jeune femme pendant son absence. Après tout, il était le mieux placé. Maitre d'armes et manieur d'épée depuis des années, il saurait défendre n'importe qui. Donc Leandre pouvait compter sur lui. A part si il comptait faire du mal à sa meilleure amie. Pour cela, il avait besoin de vérifier que les intentions de l'homme était pure. Quelle autre meilleure façon de le savoir qu'en profitant de cette situation ? C'était immorale de profiter de sa faiblesse. Pour une fois, les remords mit de côté, le fils de famille aisée allait profiter de sa supériorité pour arracher une promesse à cet homme blessé. Cependant, l'homme ne voyait absolument pas de quoi Leandre voulait parler. C'était désespérant. Évidemment, il n'avait pas donné de prénom parce qu'il voulait que le maitre d'armes comprenne tout seul de qui il parlait mais c'était plutôt mal parti. Autant oublier l'idée. Quoique, pouvait-il négliger le bien-être de sa meilleure amie par impatience devant le manque de raisonnement de l'athénien ? Une fois le récipient suffisamment remplit, Leandre retourna auprès du mourant. Il eut un léger coup d'œil au parchemin qui venait de changer son quotidien pour la énième fois. Fini les journées tranquilles à trainasser dans les rues de la Cité ou à aller s'entrainer au gymnase. Il allait retourner à la guerre. Ce ne serait plus un jeu, plus un entrainement. Il allait vraiment voir des gens mourir sous ses coups. Des adversaires tenteraient de le tuer dès qu'il poserait un pied sur le champ de bataille. Il aurait également des hommes à sa charge. Il ne rechignait jamais à aller combattre. Si il s'était enrôlé, c'était bien pour une raison. Blesser des personnes, il s'en fichait. Il le faisait au nom de la liberté et de la protection de son peuple. Ce n'était pas pour rien.

« Et bien enfin vous vous lâchez. J’ose espérer que vous n’en donnez pas moins à vos ennemis. » Pourquoi fallait-il toujours en revenir à la guerre ? Pourquoi remettait-il toujours en question son comportement sur le terrain ? Orion était agaçant à un point ! N'y avait-il que la guerre pour lui ? Oui, Leandre était hoplite mais il ne faisait pas que de penser à la guerre. Il ne se comportait pas de la même manière là-bas qu'ici. Et c'était bien pour une raison. Qu'Orion ne le résume qu'à son statut d'hoplite était énervant. Un soldat n'était pas que cela. « Il semblerait que je sois assez stupide pour me pointer chez vous, on ne pourra faire pire jusqu’alors… » Leandre le fusilla du regard. Il replongea le morceau de tissu dans l'eau avant de l'appliquer sans ménagement sur la plaie de son patient. Bien sûr qu'Orion avait été stupide de venir ici. Depuis quand est-ce que l'on choisissait la personne que l'on appréciait le moins pour ce qu'il était devenu afin de vous soigner ? Il fallait être bête pour faire un pareil choix. C'était comme aller chez un ennemi pour lui demander des soins alors qu'il rêve de vous tuer depuis des années. Préférant garder le silence, il se focalisa sur la plaie. Autant en finir le plus rapidement pour qu'Orion parte rejoindre sa sœur. Il en avait assez. Il ne vit que trop tard la main s'étirer jusqu'à la table. « Non, arrêtez ! » En voulant se lever, la bassine d'eau se renversa par terre et l'empêcha d'éloigner le papier. Nom de dieu ! Par réflexe, il eut le temps de serrer le poignet de son patient. Ainsi, Orion était, en plus d'être agaçant, sans gêne. Qu'elle que soit l'éducation et les valeurs que ses parents lui avaient inculqués, il était assez impoli pour s'occuper des affaires des autres. Qui plus est, se servir comme si il était chez lui. Comme un secret qu'un enfant voulait garder pour ne pas faire peur à ses parents, Leandre voulait se réserver le temps de réfléchir et de révéler la nouvelle à ses proches. Ce fouineur d'Orion n'allait rien arranger. Il aurait dû le laisser devant sa porte. Il aurait évité les questions de cette manière. L'hoplite planta un regard dur sur cet homme. Ce dernier était inquiet. Elle n'avait rien à voir avec sa blessure, elle concernait plutôt ce parchemin. Évidemment ! Le seau était reconnaissable entre tous. Tous les athéniens le connaissaient pour ses significations. La peur de perdre un fils. Celle de voir sa maison détruite à cause de la guerre. Celle de devoir quitter famille et amis pour combattre. Celle de mourir au combat. Tout le monde avait ses raisons de connaître et de craindre ce seau mais seuls les hoplites avaient vraiment le droit d'en avoir peur.

« Qu’est-ce qui se passe ? Y’a un problème ? » Leandre lui arracha le parchemin des mains mais trop tard, il avait déjà eu le temps de l'ouvrir et de découvrir le contenu. De toute manière, il n'avait pas besoin de le lire pour savoir de quoi il s'agissait. Orion était peut-être un imbécile, il était assez intelligent pour reconnaître le seau. C'était d'ailleurs cela qui l'avait poussé à prendre le parchemin. Leandre aurait dû le cacher quand il était arrivé. « Vous me faites regretter le mal que je me donne à vous sauver. » siffla-t-il entre ses dents. Voilà, au lieu que ça soit ses proches qui soient au courant, ça allait être cet homme ! Il aurait préféré que ça soit autrement. Ce n'était pas un inconnu qui avait le droit d'apprendre la nouvelle en premier. Cela aurait dû être sa famille. Et en plus, Leandre ne l'avait même pas voulu. Ce n'était pas comme si il avait souhaité annoncer cette nouvelle au maitre d'armes. Au contraire, il s'en serait plutôt passé. « Vous devriez vous occuper de vos affaires. Faire attention où vous laissez vos bras pour ne pas être blessé plutôt que de vous soucier de cela. » Il s'en alla ranger le parchemin là où personne ne le trouverait et surtout, là où Orion ne pourrait aller le chercher. Puis il revint au chevet de son patient. Il le pointa d'un doit menaçant. Hors de question qu'il continue à prendre soin de lui si il ne faisait pas un effort. Pas de raison à ce que Leandre soit le seul à essayer d'être gentil. « Vous devriez respecter l'intimité des autres au lieu de vous sentir chez vous. » A la prochaine provocation, il le virait de chez lui.
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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Lun 11 Juil - 12:55


LEANDRE & ORION ♣
L’armée d’Athènes avait toujours été considérée comme un monde à part. Si la dernière question d’Orion pouvait être motivée par une simple curiosité malsaine, les deux hommes savaient à quel part de vérité pouvait se cacher derrière ces mots. Les rangs militaires de la cité avaient toujours demeuré énigmatiques : bien sûr on savait qui était nommé et qui commandait les troupes –leurs annonces étaient perpétuellement de ce qu’il y avait de plus officiel il en allait du prestige athénien mais qui était réellement capable de dire ce qu’il s’y passait ? Des rumeurs couraient toujours sur eux. Bien souvent, la jalousie leur prêtait cupidité et homosexualité pour certains d’entre eux. On leur attribuait des tensions, des rivalités qui parfois n’avaient pas lieu d’être. Un soldat a été confronté aux ragots au moins une fois dans sa vie ou alors il n’avait pas été digne de son insigne. On déclarait des guerres, on priait pour les départs, on fêtait les arrivées victorieuses mais ce qu’il y avait entre les deux, personne ne le savait. Aucun soldat n’était assez fou pour conter les péripéties qui survenaient durant leur périple ; on se contentait de détails assez vagues. Nul doute que Léandre était passé par cette case de semi-mensonge quand sa famille inquiète réclamait des récits sordides. Pour préserver les esprits fragiles disait-on. Le fils d’Icare n’était pas dupe. Son père lui avait relaté quelques légendes ou histoires dont on ignore encore la véracité mais il était persuadé que l’armée athénienne signifiait l’entrée dans un univers au-delà du citoyen grec. Arès ne lui donnait pas sa chance, peut-être l’estimait-il inapte à garder tous les secrets. Peut-être l’évaluait-il trop faible ou trop fragile. Pendant longtemps et encore aujourd’hui, le maitre d’armes continuait de ruminer sa frustration. Il se taisait pour le bien de son entourage mais dès que Léandre apparaissait devant ses yeux avec la prestance du hoplite vainqueur, il ne pouvait s’empêcher de replonger dans ses ambitions les plus inavouables. Il voulait en faire partie et s’immiscer dans la vie militaire de son hôte procurait l’illusion de toucher son rêve du bout des doigts. Le temps d’une soirée, le temps qu’on soigne le blessée d’une guerre peu glorieuse et qu’il le renvoie chez lui aussi vite qu’il était arrivé.

Lorsque le fils de Kasen lui arracha le parchemin des mains avant de le mettre en lieu sûr là où Orion ne pourrait tendre la main pour s’en emparer, ce dernier soupira avant de reprendre sa place initiale. La douleur était devenu permanente et s’il ne s’en plaignait plus c’est parce qu’elle faisait partie intégrante de lui. Seule sa transpiration maladive trahissait encore la souffrance qu’il éprouvait à l’égard de sa blessure au bras mais il ne voulait y songer. D’autres affaires avaient pris le dessus sur son esprit. La réflexion désobligeante de l’homme provoqua une moue ronchonne. Levant son bras indemne pour dégourdir ses muscles, il lâcha d’une voix plutôt renfermée : « Cette égratignure vaut bien ce que j’ai infligé à son auteur. » Il retint un sourire fier et perfide. Une telle fanfaronnade ne lui ressemblait pas mais quand il s’agissait de Calaïs, Orion devenait le plus primaire des hommes. Quand bien même il eut tort d'agir ainsi, il était d'une immense mauvaise foi. Quand Léandre pointa son doigt accusateur vers lui, il eut un faible mouvement de recul. Pourquoi tant de défensive alors qu’ils savaient tous deux de quoi il en retournait ? Ce n’était qu’un appel au départ, elle ne signait pas son arrêt de mort pour autant. A vrai dire, Orion ne s’alarmait pas des chances de survie de l’hoplite. Malgré le ressentiment qu’il lui portait, il le considérait comme l’un des meilleurs d’Athènes. Il se gardait seulement bien de l’avouer ! Retrouvant une mine grave, il lui adressa : « Je ne souhaite pas empiéter sur votre vie privée, Léandre Kyros. Je désire juste savoir ce que l’armée nous réserve. Une convocation à les rejoindre n’a rien d’anodin, elle prépare une bataille. » Première nouvelle criante de perspicacité ! Apercevant l’expression pensive qui s’était affiché sur le visage de l’homme blond, l’enthousiasme et l’intérêt imprudent d’Orion connurent quelque faiblesse. Le laissant le soigner sans broncher, il finit par dire : « Je sais que cette annonce n’est pas des plus réjouissantes pour vous. Quitter votre famille et vos proches doit être un déchirement à chaque départ mais ils savent que votre retour sera bien prospère et très proche. » Posant sa main libre sur le poignet de Léandre, il croisa son regard. « Je n’en parlerai à personne si vous craignez mon indiscrétion. Je suppose que vous redoutez la réaction de certains… » Il tenta alors un sourire malicieux pour sous-entendre une quelconque présence féminine là-dessous. Délaissant tout contact avec lui, Orion en profita pour fermer les yeux.

Léandre avançait lentement dans sa besogne. Orion sentait fébrilement qu’on avait débarrassé sa plaie de tout sang coagulé qui ne manquerait pas d’infecter la meurtrissure. La blessure devenait nette mais il n’y avait aucune chance pour qu’on le laisse repartir dans cet état. Il ignorait s’il avait une once de connaissance en matière de guérison mais il croyait en son expérience : il n’y avait pas de guérisseur expérimenté sur le champ de bataille. On se débrouillait pour ramener son compagnon au camp avant de le soigner avec les moyens du bord. Si la plupart périssait, Orion avait foi en la petite poignée qui n’en ressortait que plus forte. Léandre n’était-il pas revenu lui-même blessé de la dernière guerre ? Jetant un coup d’œil sur l’abdomen habillé de l’intéressé, il ne remarqua rien. Se remémorant le bref affrontement qu’ils avaient eu lors d’une démonstration aux thermes pendant l’un des cours d’Orion, il posa alors la question ultime : « Et votre blessure ? Vous vous en êtes bien remis ? » Quelle erreur serait-ce si on envoyait un blessé sur le front. Revenir vivant était déjà un exploit, le renvoyer dans l’état deviendrait un meurtre. Autant le jeter dans les enfers d’Hadès sur le champ !

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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Jeu 21 Juil - 15:45

La curiosité, Leandre l'acceptait facilement de la part de proches. Ils connaissaient déjà beaucoup d'éléments de sa vie alors il permettait que l'on fouine, qu'on le questionne, qu'on le taquine. C'était tout à fait normal de son avis. Cependant, venant d'un homme qui le répugnait, Leandre ne voyait pas la normalité de la situation. Lui ne se serait pas permis pareil comportement, il aurait respecté l'intimité de la personne et aurait fait honneur à l'éducation que lui avait transmise ses parents. En aucune façon, il n'aurait osé prendre le parchemin comme si il s'agissait de sa propriété. A la rigueur, il aurait jeté un rapide coup d'œil dessus, mine de rien, mais pas le saisir ainsi et le lire sans se cacher. Orion n'avait donc aucun respect. Étrangement, ce constat ne surprenait pas l'hoplite. Ce n'était pas la première fois qu'il parlait au maitre d'armes. Celui-ci lui avait déjà montré de quoi il était capable. Vouloir humilier un hoplite dont il était jaloux devant ses élèves ne relevait pas du respect. Le regard haineux qu'il lui lançait régulièrement, non plus. Depuis le temps qu'il le croisait, Leandre savait à quoi s'en tenir. Il ne fallait pas attendre de la sympathie avec cet homme, pourtant c'était bien ce qu'il commençait à être maintenant qu'il se souciait de la sécurité de la Cité. Gentil, pouvait-il seulement l'être ? L'athénien avait comme un doute. Pourtant, Orion devait bien l'être avec sa sœur cadette. Elle semblait beaucoup l'apprécier. Un être aussi aimable et généreux que la jeune femme ne pouvait apprécier un homme aussi rustre et jaloux que son frère. Ce dernier devait donc être plus agréable à vivre en d'autre compagnie. Toute fois, le fils de Kasen n'était pas prêt à pardonner cet affront. Surtout concernant une chose aussi personnelle. L'envie de l'abandonner à son sort traversa son esprit mais n'y fit attention. Ne pas porter secours à une personne dans le besoin ne lui ressemblerait pas. Qu'il apprécie ou non son 'patient', il ne le laisserait pas tomber. C'était ce que l'on apprenait à l'armée et il se faisait un devoir de l'appliquer, même dans la vie quotidienne. Arborant une expression déterminée, il se remit à l'œuvre. Il ne se laisserait plus incommoder par cet homme. Certes, il ne stopperait pas ses soins mais cela ne l'obligeait pas pour autant à lui parler. A partir de maintenant, plus aucun son ne sortirait de sa bouche. « Je ne souhaite pas empiéter sur votre vie privée, Leandre Kyros. Je désire juste savoir ce que l’armée nous réserve. Une convocation à les rejoindre n’a rien d’anodin, elle prépare une bataille. » Que lui dire ? La vérité, un mensonge ? Ou bien l'ignorer comme il avait prévu de le faire. On oubliait trop souvent que les familles souffraient également, pendant ces guerres. De nombreuses maisonnées étaient déchirées après la mort d'un membre de la famille. Cependant avant la tristesse de la mort, il y avait la peur et le manque. Leandre n'avait jamais pu se mettre à la place d'une mère qui attendait avec impatience que son enfant revienne. Peut-être était-ce parce qu'il n'était pas cette mère qui guettait le jour où l'enfant-soldat reviendrait ou parce qu'il était dans la peau de cet enfant attendu. Il ne pouvait ce l'expliquer. Leandre était décidé et déterminé à ne plus parler jusqu'à ce qu'Orion reprenne. Alors, il ne put s'empêcher de réagir. « Vous le saurez bien assez tôt, Orion. Sachez que les troupes ne sont pas appelées seulement pour la guerre. Elles peuvent l'être de manière préventive. » Bien décidé à ne pas révéler l'objet de sa future mission, Leandre parla par énigme. Dès que les hoplites de la Cité partiront, les Athéniens sauront tous pourquoi. A moins que la raison ne soit découverte avant. En tout cas, ce ne serait pas lui qui le dirait à son 'ami'.

La plaie maintenant nettoyée, Leandre eut un moment de flottement. Ses rares connaissances en guérison ne lui permettaient pas de déterminer que faire par la suite. Placer un bandage, cela était évident. Cependant, il aurait été intelligent de placer un onguent ou une pommade afin de cicatrister la blessure. Orion avait sonné à la mauvaise porte. Jusque là, le hoplite s'était montré plutôt sûr de lui, sachant sans trop de difficulté nettoyer le sang. Son expression laissait paraitre son hésitation. Encore une fois, il eut envie de dire à son patient qu'il avait mal choisi son soigneur. Un médecin aurait pu facilement appliquer un onguent ou toute autre méthode de guérison qui faciliterait la cicatrisation. Ses connaissances étaient bien trop maigres. L'expérience des champs de bataille ne suffisait pas face à une blessure pareille. Aucun miracle ne serait fait ce soir. S'éloignant d'Orion pour son plus bonheur, Leandre partit à la recherche d'une bande de tissu. Tandis qu'il revenait, l'homme, qui quelques minutes plus tôt grimaçait de douleur, se remettait à parler, presque plus inquiet pour la guerre que pour sa blessure. « Je sais que cette annonce n’est pas des plus réjouissantes pour vous. Quitter votre famille et vos proches doit être un déchirement à chaque départ mais ils savent que votre retour sera bien prospère et très proche. » Qu'est-ce qu'il en savait ? Orion n'appartenait pas à une famille de soldats et il était encore moins un hoplite, comment pouvait-il avoir la prétention de dire qu'il en savait quelque chose. Tout ce qu'il voyait, c'était des familles en pleurs qui disaient au revoir à leurs proches militaires mais il ne ressentait pas le désarroi et la tristesse qui les caractérisaient. Il ne savait rien. Il ne connaissait pas non plus le pincement au cœur de l'hoplite qui quittait sa famille pour d'autre contrée. Leandre se retint de répliquer quoi que se soit. Pour une fois que le maitre d'armes essayait de se montrer compatissant, il n'allait pas le rembarrer, quoique l'envie ne lui en manquait pas. Jamais de sa vie, il n'avait rencontré de pareil personnage. Et pourtant, il en avait rencontrés. Il y avait bien Christos qui lui donnait du fil à retordre mais les autres se comportaient plutôt bien. Il n'avait pas à se plaindre. Et puis il y avait Orion, un maitre d'armes. Celui-ci était en dehors de l'armée mais il s'occupait de la formation des jeunes recrues qui faisaient leur service militaire. Ses compétences n'étaient pas des moindres. Son comportement était une autre affaire. Le capitaine était certain que si il était sous son commandement, Orion n'agirait plus ainsi. D'ailleurs, il n'aurait même pas besoin d'être jaloux puisqu'il aurait eu ce qu'il souhaitait.

« Et votre blessure ? Vous vous en êtes bien remis ? » Le dévisageant pendant quelques secondes, Leandre n'en crut pas ses oreilles. S'agissait-il du même homme qui l'avait menacé du bout de son glaive ou était-ce un jumeau plus gentil ? Peut-être la souffrance le rendait-il plus aimable. Ou alors la compassion puisque maintenant, Orion était dans le même état, réduit à tourner en rond sans pouvoir reprendre les armes. Il n'était pas prêt à ré-enseigner à ses élèves, à moins qu'il ne se serve de son autre bras. L'origine de sa gentillesse restait un mystère. C'est avec méfiance que le hoplite décrocha son plastron pour se retrouver torse nu. La plaie cicatrisée était toujours à la même place comme une empreinte qui lui resterait à vie. Parfois, elle se craquelait et saignait encore lorsque Leandre forçait. Cependant il espérait pouvoir défendre l'honneur de sa nation malgré ce dérangement. « Comme vous pouvez le constater, je pourrais m'en sortir et reprendre les armes le moment venu. » Lorsqu'il eut jugé que son patient avait assez regardé sa blessure, il remit son plastron et s'installa à ses côtés. Montrer ses mésaventures à un homme qui ne l'aimait pas n'était pas vraiment dans ses habitudes. En principe, il évitait pour ne pas essuyer de nouvelles remarques et critiques énervantes. S'emparant de la bande de tissu qu'il avait découpée, il l'enroula autour du bras blessé d'Orion avant de faire un nœud. Voilà la dernière chose qu'il pouvait faire pour Orion. Et le nourrir également pour qu'il recouvre des forces. Justement, il s'en alla chercher des fruits et du pain qu'il donna à l'homme. Il n'avait aucune idée de l'effet que ça aurait sur lui. Ce ne pouvait pas être dangereux, on en mangeait tous les jours. Au pire des cas, ils n'auraient aucune conséquence sur Orion. Une fois les denrées offertes, il repartit chercher une coupe d'eau afin de désaltérer l'homme. « Je vous serais gré de respecter votre parole. Je ne voudrais pas que mes proches apprennent le départ prochain d'hoplites. Vous connaissez Circée Calypso, n'est-ce pas ? Fille de Pâris. Elle, elle me tuerait si je ne le lui disais pas. » Encore une fois, il revenait à elle parce qu'elle était le sujet de ses menaces quelques minutes plus tôt. Il n'en avait pas fini. Encore moins maintenant que l'homme avait souillé sa couche et qu'il mangeait sa nourriture. Il tendit au maitre d'armes la coupe d'eau. Après un petit moment d'hésitation, Leandre se lança, le regard dur. « C'est d'elle dont je vous parlais. Je tiens à elle et je n'accepterais pas qu'un homme tel que vous lui fasse du mal durant mon absence. Je vous prierais donc de ne pas la faire souffrir. » Il planta ses yeux bleus dans ceux de l'alité. Le message était clair, maintenant. Il ne restait plus qu'à espérer qu'Orion obéisse.
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MessageSujet: Re: Jolie blessure ! • Orion   Ven 2 Sep - 9:57


LEANDRE & ORION ♣
Le font luisant, Orion poussa un soupir las. Bavasser ne servait à rien face à un hoplite impassible et concentré. La tâche était aussi ardue que de s’atteler à faire rire le plus grand des dramaturges. Il n’avait jamais autant débité de paroles dans un espace temps réduit que lorsqu’il était blessé. La fièvre peut-être ou bien perte de conscience et des réalités, signe d’une infection déclarée. Intérieurement, il se promettait de rendre la monnaie de sa pièce à ce sparte quand bien même il devait déclencher une vendetta pour le retrouver. Suite à cet échec cuisant sans doute s’était-il réfugié dans un trou à rat dans l’espoir qu’on l’y oublie. Mais le fils d’Icare n’oubliait jamais. Le futur soldat de renommée, l’incompétent qui fuirait les rangs, il les désignait d’un regard et dans ses années les plus avancées, il aurait la confirmation face au jugement qu’il leur portait. Sa mémoire était plus développée au grand damne de Daphné qui aurait voulu l’astreindre à des disciplines culturelles et plus intellectuelles. A quoi bon engorger un esprit déjà bien embrumé par les assauts de sa conscience. Conscience qui jugea bon de le faire redescendre sur terre lorsque Leandre découvrit à sa vue sa blessure fraichement cicatrisée. Au vu de la balafre qu’on lui avait assénée, il en garderait la marque pour le restant de ses jours… Un nouveau récit de guerre qu’il conserverait au chaud pour ses futurs petits-enfants mais qui rappelait ô combien il était vulnérable, comme tous les hommes. Sa déclaration lui somma finalement le silence. Le soldat tenait bien à appuyer qu’il était prêt pour le combat. Et il accueillit cette révélation avec un rictus narquois. Un hoplite serait à l’agonie, plusieurs membres en moins qu’il crierait encore à l’attaque. C’était bien là la dévotion des rangs athéniens. Moins barbares que les Perses, plus pieux que les dangereux Spartes. Il en était décidément envieux… Quand Leandre eut fini de bander son bras douloureux, il se sentit soudainement plus apaisé. Si sa situation était désespérée, il n’aurait pas manqué de lui dire. Il faudrait encore quelques tentatives avant d’éliminer définitivement le maitre d’armes autoritaire. Les mots eurent le plus grand mal à traverser sa gorge mais Orion ouvrit la bouche, de mauvaise foi : « Merci. » Petit mot, grandes pensées. Sans lui, il aurait certainement croupi dans les rues d’Athènes en attendant qu’on daigne le trouver alors qu’il avait déjà rejoint le royaume d’Hadès. Mais cette vérité ne franchirait jamais ses lèvres, pour le salut de son égo.

Orion demeura figé à l’approche de Leandre. Il prit conscience de l’étendue de son état quand la vision des mets qu’il déposa près de lui lui donna la nausée. Ses forces l’avaient quitté, l’initiative de son hôte était des plus généreuses en dépit du dégoût qu’elle provoquait sans qu’il ne le souhaite. Il s’efforça de s’en épargner la vue d’un air plutôt neutre pour ne pas froisser la douce susceptibilité de l’homme blond. En revanche celui-ci eut à peine approché la coupe d’eau de son visage qu’il l’agrippa des deux mains pour la porter à ses lèvres et se désaltérer goulument. Sa plaie lui lança mais il n’en eut cure. L’eau fraiche sur ses lèvres sèches paraissait comme une renaissance et s’il n’avait pas eu de compagnie, très probablement aurait-il poussé un soupir de soulagement. Néanmoins, Leandre évoqua un prénom qui réveilla d’autres blessures, bien plus profondes. Sous le choc du souvenir, il manqua de s’étouffer et cracha de l’eau un peu partout autour de lui. Ses yeux azur ne quittaient pas ceux de Leandre, craintif, qui semblaient le sonder comme un grand frère surprotecteur. Qu’est-ce qui pouvait bien lier l’hoplite lambda de l’armée et la fille du plus riche des citoyens ? Pas une relation sentimentale, il aurait sitôt fait de lui planter un coutelas dans la chair déjà entamée puis de tourner, l’air sadique pour lui faire payer. Essuyant sa bouche d’un revers de main, il garda cet air hagard, légèrement abruti : « Qui… Qui ne la connait pas ? » Tenta-t-il, mal à l’aise. Personne n’était dupe. Et alors qu’il feignait un visage impassible et peu touché par la mention, tout s’expliqua enfin. Les sous-entendus, les menaces plus ou moins implicites, les regards soupçonneux. Que racontait-on sur eux deux pour qu’il se méfie autant de l’attitude d’Orion. Si ce dernier n’était pas reconnu pour sa stabilité auprès de la gente féminine, ça ne faisait pas de lui un infidèle ingrat pour autant !

Avalant une nouvelle gorgée d’eau pour se donner du courage –dommage qu’il n’y eut pas plutôt un bon vin corsé dans cette coupe-, il expira sagement avant de lui répondre. « Je doute être la personne qu’elle côtoie le plus mais soyez-en sûr je ne lui parlerai pas de cette entrevue. » A vrai dire, il ne comptait même pas à ce que quelqu’un soit au courant qu’il avait frappé ici, blessé et faible, pour demander de l’aide à l’homme qu’il jalousait le plus au monde. Tout ceci resterait dans la pénombre de Séléné et sitôt Hélios haut dans le ciel, cet épisode s’évaporerait au profit d’un nouveau jour. Les paroles de Leandre se répercutaient dans son cerveau. Bien sûr que non il n’allait pas lui faire de mal. Pourquoi, par Zeus, en éprouvait-il seulement l’envie ? A l’instant, c’était elle la majeure responsable de ses absences, de ses doutes et tout ceci sans même qu’elle en ait le moindre savoir… Un homme gardait plus jalousement les blessures de son âme que celle de son enveloppe corporelle. Soudainement renfermé, il poursuivit, concentré sur Leandre : « Je n’ai l’intention de faire souffrir aucune femme ici-bas. Je doute que d’ici là nous nous revoyons –sa voix s’étrangla toute seule- et vous serez bien vite de retour. Elle sera aussi intacte et heureuse que lorsque vous l’aurez quittée, ignorante de vos intentions. » Essayait-il involontairement de faire pencher la balance en sous-entendant que le mensonge qu’il proférait à sa meilleure amie n’était pas des plus louables ? Ca n’avait rien d’étonnant. Daphné le savait bien : attaquez-vous à un sujet sensible auprès d’Orion qu’il se refermait comme une huitre, agressif et acariâtre. « Je veillerai sur elle. »

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