Là où personne ne les attendait
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 Là où personne ne les attendait

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MessageSujet: Là où personne ne les attendait   Ven 15 Avr - 9:00

    Il fait déjà assez sombre. Le soleil est en train de se coucher, baignant la campagne athénienne d’une lueur d’un rose foncé. Lentement les bruits s’apaisent. Le vent bruise doucement contre les feuilles des arbres. C’est un début de soirée encore chaud, propice à la détente et aux joies simples. Pas à réveiller les vieux souvenirs. On entend quelques bruits de pas, des pas rapides et vigoureux qui se pressent sur le sentier, rompant l’harmonie paisible du moment. Il y a quelque chose de hargneux dans la manière de marcher, comme une volonté de s’enfoncer dans la terre pour ne plus jamais avoir à rentrer à la Cité. La silhouette est grande, et plutôt fatiguée. Elle se tient la tête basse, comme si elle refusait de contempler la réalité en face. A croire que ses pieds la conduisent d’elle-même vers sa destination. A bien y regarder, on peut discerner clairement sa silhouette digne d’Apollon. C’est un très jeune homme au regard sombre.
    Drôle de journée pour un ancien propriétaire d’une demeure rurale, aujourd’hui simple artisan sans talent. Fouler ces terres où autrefois il pouvait s’amuser avec sa famille, et en particulier sa sœur Daphnê, ravive la blessure. Il a mûri trop vite, mais il est incapable d’accepter ce qui s’est passé, comme si sa volonté gardait l’espoir lointain que tout ne fût qu’un mauvais souvenir. Il a eu sa journée de libre, pour une fois ; il s’est promené avec sa prêtresse de sœur sans toutefois s’approcher du cimetière. Lorsqu’il est allé la ramener dans la Cité, l’impulsion folle de retourner dans la campagne l’a pris. C’est véritablement un acte inconséquent : les portes devaient fermer peu après qu’il ait décidé de sortir, et il devrait sans doute passer la nuit dehors. Quelle importance, au fond ? Il a envie de changer, de briser sa monotonie. Il se sent moins épuisé que les autres jours, et demain, il ne travaillera pas, n’en déplaise à Stefanos. Il sourit en pensant à la réaction de son ami quand il verrait qu’il n’est pas rentré. De la peur, ou une indifférence teintée d’un soupçon de compassion ? Des fois, il se demande si l’ami de son père tient réellement à lui, ou s’il se sent forcé de l’héberger, tout en essayant d’en tirer le plus de profit.
    Néoptolème entre désormais dans le territoire des morts.
    Il n’a pas besoin de se demander où il doit aller. Ce n’est pas la première fois qu’il vient rendre visite aux défunts. A ses défunts. Il tourne sur la fgauche et s’aventure parmi les stèles, sans leur jeter un seul coup d’œil. Très vite il arrive là où il veut être. Sous ces tertres sont enterrées les cendres de sa famille aimée. Les larmes se mettent à couler alors qu’il s’assoit face aux tombes. Toute sa vie est enfouie ici, sous une énorme couche de terre. Ô souvenirs d’un temps perdu et chéri ! Néoptolème se sent blessé au plus profond de son âme. Ses yeux perdent de leur froideur naturelle ; pour une fois, il n’est pas du tout sur la défensive. Il a l’air misérable.
    Il reste là des minutes et des minutes, ne pouvant faire autre chose que de sangloter en silence. Puis il se calme. Ses larmes se tarissent et sèchent. Le jeune homme reste un instant sans bouger, hagard, incertain. Il se sent complètement perdu face à ce que la vie lui réserve et face à la responsabilité qu’il porte vis-à-vis de sa sœur. Mais cela ne doit pas l’empêcher d’essayer d’avancer coûte que coûte. Néoptolème n’a rien d’un battant, et pourtant il résiste. Et sa volonté se raffermissant, il se lève. Il n’a pas la moindre envie de s’éloigner, pourtant quand il regarde droit devant lui, il aperçoit un peu plus loin une ombre humaine. Il commence à faire un peu trop sombre pour la reconnaître parfaitement, d’autant plus qu’elle est assez loin. Mais Néoptolème n’en a pas besoin pour savoir qui se tient là-bas. Son sang s’ébouillante alors qu’il se rend compte de qui il s’agit. Vraiment, la dernière personne qu’il a envie de voir.
    Il ne s’avance pas vers Dorian, espérant que celui-ci ne l’a pas remarqué. Mais peut-être le Romain a-t-il senti son regard posé sur lui, parce qu’il finit par se retourner. Néoptolème ne discerne pas son expression, mais il devine que lui non plus ne doit pas être particulièrement ravi de le voir. Ils s’observent en chiens de faïence. Puis l’artisan, n’y tenant plus, prend son courage à deux mains et s’approche de lui. Peu lui importe qu’on voit clairement qu’il vient de pleurer et qu’il n’est pas dans son état normal. Il oublie presque cet état de fait. Il se laisse aveugler par sa haine.
    C’est presque s’il hurle quand il arrive à sa hauteur. Du moins tonne-t-il d’une voix assez forte :

      « Je peux savoir ce que tu fiches ici à une heure pareille ? Tu n’es pas censé être dans la Cité à cette heure-là, comme n’importe quel esclave obéissant ? Les portes vont fermer si ce n’est pas déjà fait, au cas où tu n’auras pas remarqué. »

    Quiconque ne connaîtrait ni Néoptolème ni Dorian comprendrait aisément que les deux ne s’apprécient pas du tout. Le regard bleu de Néoptolème a repris son allure sauvage et glaciale, agrémentée d’une haine non feinte à l’égard de l’autre. Il se tient raidi, les poings serrés et les bras croisés, le toisant de toute sa hauteur. Il voudrait pouvoir lui sauter dessus et le frapper. La seule perspective que les portes soient déjà fermées et que lui et Dorian soient obligés de rester dehors ensemble le met hors de lui.


Dernière édition par Néoptolème Maxence le Dim 17 Avr - 21:38, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Là où personne ne les attendait   Dim 17 Avr - 18:57

    Les derniers rayons de soleil frappèrent la Cité. Dorian plissa les yeux et contempla l’Astre qui allait se coucher. Quelle chance ce Dieu avait-il de pouvoir ainsi profiter de la vie. Il mit une main en visière et continua à marcher, tout en observant l’énorme lumière s’éteindre derrière la vallée. Bientôt, le soleil laisserait sa place à la lune et les gentils petits athéniens regagneraient leur couche pour s’y étendre pour s’endormir paisiblement. Quelle bande de crétins. Peu à peu, le ressentiment qu’éprouvait le romain à l’égard de ces « étrangers » ce manifestait. Comment en était-il arrivé là ? Lui, serviable et adorable avec tout le monde ? Lui qui avait si souvent baissé la tête pour le bon plaisir des gens ? Lui qui s’efforçait de sourire même après une petite insulte ? Depuis peu, tout cela, il n’en était plus capable. Le poids des années avait-il suffit à lui ouvrir les yeux ? A moins que ce ne soit son arrivée à Athènes et la connaissance de ce milieu. Tout semblait si beau, si facile ici. Tout lui paraissait si clair. L’esclave aurait, lui aussi, voulu que tout lui soit facile. Mais, lorsqu’il posait ses yeux sur son maitre, il était partagé entre le dégout, l’envie et la compassion. Tous ces athéniens, même le citoyen moyen, avait de quoi se vanter. Cela le rendait malade.

    Sa main retomba lourdement contre son flan, faisant voler quelques éclats de poussière qui s’était agrippée à ce que l’on pouvait appeler de vêtements. Il s’humidifia les lèvres. Avait-il seulement bu aujourd’hui ? Il ne s’en rappelait même pas. Le romain fit un tour sur lui-même, regardant alentour ; la place du marché était presque vide. Et oui, toujours le même rituel : se lever, ranger, laver, nettoyer, aller chercher à manger, rentrer, ranger, laver, nettoyer… Les tâches semblaient tellement naturelles que désormais, il les faisait sans s’en rendre compte. Il s’était même réveillé une fois en pleine nuit, alors qu’il rêvait qu’il était en train de plier des draps. C’était tellement déroutant. Il passa une nouvelle fois sa langue sur ses lèvres et fronça les sourcils. Et si, ce soir, il ne rentrait pas ? Et si l’esclave désobéissait une fois dans sa vie ? Christos ne rentrerait certainement pas ou alors, trop bourré pour savoir ce qu’il se passe, il s’étalerait sur sa paillasse et s’endormirait comme une loque. Certainement ronflerait-il après. Un léger sourire éclaircit son visage. Que risquait-il après tout ? Des coups de bâtons ? Si seulement il avait pu éclater de rire, il l’aurait fait. Combien de fois avait-il reçu des coups, les mains croisées sur sa nuque, sans même ciller. Un jeu d’enfant après tant d’entrainements. Dorian serra les poings ; il était temps pour le romain de montrer aux petits athéniens ce qu’il valait. Que Christos brandisse son glaive, il n’en avait rien à faire. Il n’avait plus rien à perdre. Et ce, depuis longtemps.

    Lentement, doucement, tapit dans la nuit, il se glissa hors de la cité. Il frissonnait à l’idée de la sanction, mais ce petit arrière goût de liberté lui plaisait. Comme un enfant qui désobéissait à ses parents, il se mordit la lèvre et pouffa alors qu’il vit les portes du cimetière. Déranger les morts ? Certainement pas. La cruauté n’était pas son fort, surtout envers les défunts. Il se gratta la tempe. Peut-être que sur quelques stèles étaient gravées des prénoms familiers. Il avait entendu dire que des personnes de la famille de son jeune maitre étaient mortes… Trouver des réponses à des questions qu’il se posait depuis tellement longtemps... C’était faire d’une pierre deux coups.

    D’une pierre trois coups même. Dans la nuit, il n’était pas le seul à s’être faufiler à l’extérieur de la ville et cette silhouette lui rappelait un être qu’il aurait préféré éviter. Quoi que… Dorian s’avança, tâtonnant le sol de ses pieds nus. Un frisson d’horreur lui parcourut l’échine ; ce n’était pas que dans la terre qu’il était en train de s’enfoncer, il y avait aussi du compost humain. Il déglutit, sans s’arrêter une seule fois de marcher. Il ne quittait pas des yeux ce sale athénien. Chaque pas qu’il faisait l’éloigner de celui qu’il était. Mais pour une fois, Dorian s’en foutait royalement.

    Depuis son arrivée à Athènes, attaché comme un chien que l’on expose à un concours canin, il n’avait reçu qu’humiliation et coups. Ce personnage se mêlant aux ombres devant lui pourrait être sa rédemption. Oh, ce n’était pas réellement de la haine qu’il ressentait pour cet homme mais c’était tout comme. Surtout depuis leur « première rencontre ». Une humiliation de plus qui avait fait bouillir le romain au plus profond de lui et le fit exploser comme jamais. Était-il en train de devenir l’une de ces personnes qu’il détestait ? Probablement. Et c’était tellement bon. Il comprenait enfin pourquoi les gens autour de lui aimaient faire le mal : c’était excitant, enivrant, beaucoup plus qu’un baiser, une caresse, que l’amour. La haine semblait plus intéressante et éprouvante.

    Dorian le suivit. Il ne sentait plus désormais la chaire des autres sous ses pieds. C’était devenu un tas de boue seulement. De la boue humaine. Soudain, le jeune homme s’arrêta et l’esclave s’adossa contre un arbre, l’observant silencieusement. Était-il en train de chialer comme un gamin ? Les yeux bleus de Dorian se plissèrent sous le poids de ses sourcils. C’était n’importe quoi. Cet homme tout entier était du n’importe quoi. Il soupira et continua de l’observer. Évaluer une personne dans un moment pareil… Peut-être se recueillait-il sur la tombe de ses parents. Un instant, Dorian eut une pointe au cœur en songeant à ce qu’il était en train de faire ; suivre un homme au beau milieu de la nuit et attendre le bon moment pour lui cracher sa haine dessus. Il aurait voulu, lui aussi, comme tous ces foutus athéniens, se recueillir sur la tombe de sa famille. Lui aussi en aurait certainement pleuré. Il grinça des dents. Ce gars-là ne méritait pas sa pitié et sa compassion. Peu de personnes la mérité maintenant.

    Néoptolème Maxence se releva, humble. S’il avait été en face de lui à ce moment même, Dorian lui aurait certainement craché dessus. Ils se regardèrent un instant, en se toisant. Néoptolème ne savait certainement pas qui était celui qui le suivait, mais la façon dont Dorian sentait son regard sur lui… Cela voulait dire qu’il savait qui était dans l’ombre. Son cadet s’avança vers lui brusquement, lui hurlant des mots horribles… Du moins, plutôt équivalent avec ceux qu’il avait déjà entendu. L’esclave croisa les bras sur son torse avec un léger sourire sadique qui déforma son visage si souvent angélique :

    « - Je te retourne la question… Athénien. ».

    Le dernier mot lui brûla la langue. Il le cracha comme un serpent crache son venin. Il détacha soudainement son dos de l’arbre puis s’approcha lentement de son adversaire avant de lui sourire d’un air hypocrite :

    « - Tu sais à quel point je suis désobéissant, en particulier avec toi depuis que je me suis amusé à renverser une bonne partie des amphores que tu avais fait… Pauvre petit garçon qui a vu son travail bousillé par le vilain esclave que je suis. ».

    L’esclave en question haussa les épaules en faisait la moue. Oh, normalement, il aurait dû s’en mordre la langue de parler et agir ainsi. Cela ne lui ressemblait tellement pas… Mais il avait la force et le pouvoir de l’ainesse. Son index vint se planter dans la poitrine du jeune athénien alors qu’il le fixait avec rage :

    « - Peut-être que je pourrais devenir obéissant en contre partie de quelque chose… Car toi aussi, tu ne devrais pas être ici. Et tes petits yeux rouges de lapin ne m’attendriront pas Maxence. Je vais te pourrir la vie. Juste parce que… Tu es plus faible que moi. ».

    Ses Dieux devaient certainement avoir honte de lui. Où était passé l’aimable et aimant romain qui, même esclave, maltraité et bafoué avait su garder la tête haute fasse aux jugements ? Il avait réussit jusque là à être une personne bien, qui voulait le bien des autres et non les faire souffrir. A croire que celui en fasse de lui était la personne de trop qui l’avait humilié. Avec la force de son index, il le poussa légèrement pour lui faire bien comprendre qui avait le pouvoir désormais. Esclave ou non, c’était à lui de commander.
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MessageSujet: Re: Là où personne ne les attendait   Dim 17 Avr - 21:37

    Ce sourire, si cruel, si peu seyant, Néoptolème est l’un des rares à l’avoir vu. Il se sentirait presque flatté de le voir apparaître sur le visage de Dorian, qui a croisé ses bras. Néoptolème reste dans la même position. Visiblement, ses paroles n’ont pas plu à l’esclave. Tant mieux, pense-t-il en se réjouissant. Ce n’était pas censé lui faire plaisir. Il continue de fixer le Romain de ses yeux brillants de haine alors que celui-ci répond :

      « - Je te retourne la question… Athénien. »

    Lamentable. Répondre à une question par une autre question, c’est vraiment pitoyable. C’est ce qui s’appelle une esquive particulièrement peu habile. Enfin, Néoptolème n’a rien d’un aède ou d’un grand orateur, il faut dire. La rhétorique ne l’intéresse guère, sinon il se serait intéressé à la politique. Tiens, cela lui fait penser que lui est un citoyen, et que Dorian non. Voilà qui le comble de bonheur. Ses lèvres s’étirent à son tour en un sourire de joie malsaine. Il se sent la force d’affronter celui qu’il déteste plus que tout.

      « Je n’ai de comptes à rendre à personne. » : rétorque Néoptolème avec froideur.

    Bon, on peut toujours chipoter et admettre qu’au fond, la situation du jeune Athénien n’est pas aussi différente que celle de Dorian. Il n’a pas de comptes à rendre, mais il dépend économiquement de l’ami de son père, ce qui confère à Stefanos une sorte d’autorité implicite sur lui. En gros, s’il n’a pas le même statut que lui, il connaît quand même sa situation. Encore que sa fierté malmenée refuse de l’admettre. Qui souhaiterait, après tout, se trouver des points communs avec son ennemi ? Qui voudrait accepter d’être plus proche d’un être haï que de ses concitoyens ? Aucune personne sensée, du moins. Néoptolème habituellement se montre particulièrement conciliant avec les esclaves, voire même doux ; il est bien rare de le voir ouvertement méprisant envers l’un d’eux. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il se voit réellement comme eux. Ayant toujours été un homme libre, même misérable, il a gardé cette vision des choses. Il vaudra toujours plus qu’eux, à ses yeux. Et Dorian est certainement l’être qu’il classe le plus bas dans toute sa liste... après les brigands qui ont détruit sa vie. Dommage qu’il ne puisse pas l’écraser comme une mouche. En même temps, s’il concrétisait son rêve, cela lui resterait sur la conscience. Il aurait l’impression de ne pas valoir mieux que les bandits, après tout. Il abhorre la violence, sauf quand il s’agit de défendre sa sœur. Y céder face à Dorian, ce serait pour lui renier ses idéaux.

      « - Tu sais à quel point je suis désobéissant, ajoute Dorian, en particulier avec toi depuis que je me suis amusé à renverser une bonne partie des amphores que tu avais fait… Pauvre petit garçon qui a vu son travail bousillé par le vilain esclave que je suis. »

    Néoptolème a envie de rire… mais c’est plutôt nerveux. Rien que le souvenir de cet épisode lui donne envie de lui sauter à la gorge. Et la manière dont il le présente en plus… comme quoi, tout dépend du point de vue auquel on se place. Néoptolème sait bien que l’acte de Dorian n’était pas volontaire. Mais même, pouvait-il réellement lui en vouloir s’il était énervé ? Tout son travail perdu, cela a de quoi ennuyer plus d’un. Pour Néoptolème, il est évident que tout est de la faute de Dorian, qui n’a pas accepté une remontrance justifiée et qui l’a attaqué là où il ne fallait pas. Il a grandement baissé dans son estime quand il a critiqué sa sœur. Le cœur de l’Athénien se serre en se rappelant de cette scène. Et puis, il n’aime pas être traité de petit garçon. Il est un homme maintenant, même s’il est encore fragile sur le plan émotionnel.

      « - Peut-être que je pourrais devenir obéissant en contre partie de quelque chose… Car toi aussi, tu ne devrais pas être ici. Et tes petits yeux rouges de lapin ne m’attendriront pas Maxence. Je vais te pourrir la vie. Juste parce que… Tu es plus faible que moi. »

    Néoptolème le regarde avec des yeux ronds. Il est malade ou quoi ? Il croit vraiment que Néoptolème va le laisser faire son petit numéro sans réagir ? Il n’a pas le droit de le juger ainsi. Il ne sait rien de lui, rien de ce qui lui est arrivé. S’il croyait que c’était facile de voir sa famille massacrer sous ses yeux, sans pouvoir réagir… D’accord, il est peut-être plus faible que Dorian, même s’il refuse de l’avouer. Maintenant il ne mérite pas qu’on lui pourrisse la vie. D’ailleurs, il n’a pas l’intention de se laisser faire.

      « Oh, pitié, Dorian. Tu crois que des mots vont suffire ? Pourris-moi donc la vie si tu as de l’énergie à gaspiller, mais laisse-moi te dire une bonne chose… »

    Le regard de Néoptolème se teinte tout à coup d’amusement. Pauvre Dorian, va. Il ne comprend vraiment peu de choses. Sans doute a-t-il envie de se sentir normal pour une fois, en le haïssant. Il a choisi la mauvaise personne. A part s’il passe son temps à insulter sa sœur, Néoptolème doute qu’il puisse atteindre son objectif. Qu’il casse ses amphores. Cela l’énervera sur le coup, mais après, ce n’est pas comme si c’était vraiment important. Il est peut-être faible mais il a appris à encaisser. Il a tout perdu, alors perdre quelques amphores ou se voir ennuyé par un crétin en mal de désobéissance, ce n’est pas vraiment un drame. Il s’approche de Dorian, beaucoup plus détendu que quelques minutes avant, l’air profondément condescendant et très satisfait.
      « Tu es trop insignifiant pour pouvoir y arriver. Non, mais regarde-toi. Tu fais pitié à voir. Si tu n’avais pas mérité ma haine, j’aurais même éprouvé de la compassion pour toi. »

    De la compassion… Néoptolème en avait éprouvé, en plus, au début. Les premières fois qu’il avait vu Dorian, c’était ce sentiment qui dominait. Il n’aurait pas été jusqu’à l’aider, mais rien ne le motivait à lui tourner le dos ou à se moquer de lui. Mais depuis le jour fatidique, Néoptolème s’est persuadé que Dorian a ce qu’il mérite. Que sa tenue vestimentaire lamentable, par exemple, est le reflet de la valeur de son âme. Mais vraiment, en le contemplant ainsi, le jeune homme se demandait ce qu’il pourrait bien faire contre lui.

      « Mais puisque tu es si malin, dis-moi. Comment comptes-tu pourrir une existence qui ne vaut déjà plus la peine d’être vécue ? »

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MessageSujet: Re: Là où personne ne les attendait   Sam 14 Mai - 22:28

    Comment tout cela a-t-il pu arriver ? Normalement, Dorian aurait dû s’incliner, s’excuser, se flageller pour avoir osé parler ainsi à quelqu’un. Et non ; comme une fleur, il avait suivi quelqu’un au beau milieu de la nuit – ce quelqu’un s’avérant être un ennemi potentiel – et lui faisait une sorte de chantage. Cela ne lui ressemblait pas. Mais alors pas du tout. A force de rester clouer à Christos, de le coller comme son ombre, ce dernier lui aurait-il transmit son sadisme et son sarcasme ? A croire que oui. Dorian resta les bras croisés, illuminé de son sourire crispant et déconcertant. Néoptolème devait être l’une des rares personnes à le voir comme cela ; une espèce de taré avide de vengeance. Hmmm… La vengeance ? Peut-être. Ce serait bien. Et à en voir les yeux ronds de Néoptolème, il semblait aussi surpris qu’il en avait peur. Tant mieux. Qu’il en ait peur. Dorian ne reculera pas. Pas cette fois non, c’était trop important mais aussi trop amusant pour être négligé.

    Juger. Il avait été jugé toute sa vie. Sur son travail, sur ses vêtements, sur son rang social, sur son visage et son corps. On l’avait jugé sur tout et n’importe quoi. Pourquoi ne pourrait-il pas simplement juger lui aussi ? Avec ce garçon en face de lui, c’était tellement simple que cela l’agaçait presque. Il voulait s’amuser et la facilité semblait être son pire ennemi. Tout avait été si dur et difficile, il serait stupide de ne pas continuer sur cette voie là. Il pourrait très bien le faire tourner en bourrique, lui faire regretter tellement de choses à commencer par être né. En tout cas, tout cela serait beaucoup plus sympathique et drôle que de lui foutre un coup de poing dans la mâchoire. Et puis… En parlant de difficulté, rendre la vie difficile à un autre pouvait être bien marrant au final. Lui faire endurer ce que l’on a déjà enduré, mettre plus bas que terre pour plus d’impact émotionnel. Le sourire de Dorian continuait à arborer ce sourire qui ne voulait quitter son visage d’habitude si doux. La folie. Seule la folie pouvait expliquer tous ces gestes et toutes ces paroles désespérés, totalement cinglés.

    Quoi ? C’est tout ? C’est tout ce dont Néoptolème Maxence pouvait être capable ? Un léger regard lourd de sens et quelques paroles désobligeantes pour essayer de remettre Dorian à sa place ? C’était donc cela, sa force cachée ? Non, ce n’était que des conneries. S’il pensait pouvoir rabaisser l’esclave de cette manière, il se trompait lourdement. Oui, il était insignifiant et tout au long de sa vie on le lui avait hurlé, crié, murmuré, susurré, dans toutes les langues, par toutes les personnes possibles et imaginables. Un peu plus ne changerait rien et n’effacerait rien. Le romain cracha par terre. Il ne voulait pas de sa pitié et sa compassion. Qu’il la garde pour l’offrir à sa petite peste de sœur chérie. Non, il n’en voulait vraiment pas. Son poing commençait à le démanger. Il voulait lui faire ravaler tout cela en lui donnant une bonne leçon. Dorian n’avait jamais été doué pour ce qui était de la bagarre, il avait toujours pris des coups, ne savait toujours pas les encaisser ou même les esquiver, mais là c’était différent, il pourrait sûrement avoir l’avantage sur un être aussi faible, voire même plus faible que lui. Cela pourrait changer la donne. Dorian leva les yeux au ciel… C’était pitoyable, oui vraiment. Il avait trouvé plus pitoyable que lui. « Ma vie ne vaut pas la peine d’être vécue, alors, vas-y, fais-toi plaisir, brutalise-moi, meurtris-moi, je n’en ai strictement plus rien à faire ». Il passa sa langue sur ses lèvres et secoua la tête. Ce gamin était vraiment stupéfiant et remplit de conneries.

    Avec un sourire plus proche du mépris cette fois-ci, il plongea son regard noir dans ceux clairs de son adversaire. Des yeux noirs comme sa haine. Peut-être avait-il suivit l’athénien uniquement pour se défouler, l’emmerder et le cogner. Peut-être essayait-il de justifier ça avec quelques paroles, montant Néoptolème contre lui pour avoir une bonne raison de le frapper. Il ne se reconnaissait plus. Mais le Dorian d’hier avait disparu… A moins qu’il ne soit resté dans la Cité, à Athènes, loin du cimetière, loin de son corps et de l’artisan. Lentement, il s’avança vers sa nouvelle proie, sa toute première proie. Ici, loin de tout, il pourrait se faire plaisir et extirper pour la première fois depuis son arrivée dans la ville, pour la première fois de sa vie, cette colère qui lui rongeait les tripes. Son nez colla presque celui de son interlocuteur, sentant le souffle chaud de ce dernier dans la fraicheur de la nuit athénienne. Dorian avait trouvé un adversaire à sa taille et aucun d’eux ne reculeraient. Il serra la mâchoire puis la desserra pour lui cracher :

    « - Je suis plein d’imagination l’athénien. Je trouverais un truc qui te détruira, qui te pulvérisera, qui te fera tellement chialer que tu auras envie d’en mourir. Pauvre petite âme qui a souffert et qui n’a plus rien à perdre. Je pensais comme toi. Mais comme moi, tu apprendras que l’on a toujours quelque chose à perdre. »

    Dorian se mordit la lèvre avant de se pencher sur Néoptolème et de lui murmurer au creux de l’oreille :

    « - Ou quelqu’un… ».
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MessageSujet: Re: Là où personne ne les attendait   Dim 17 Juil - 11:21

Néoptolème pense sincèrement ce qu'il vient de dire, après tout. Il est au bord du suicide tous les jours, et tant pis s'il ne va pas aux Champs Élysées ; on dira de lui qu'il a été un jouet manipulé par le destin, et sa vie pourrait même être transposée à une tragédie, avec quelques nuances toutefois - on le rendrait noble et vaillant, et son désespoir n'en serait que plus horrible. Être comme un héros de tragédie ; voilà un sort dont personne ne veut. Mais, puisque la vie s'achève par la mort, est-ce vraiment si impossible ? Dommage que ce soit tombé sur lui, sur un être aussi doux et prévenant, loin d'être brutal ou méprisant. Sauf avec cet esclave nommé Dorian, bien sûr. D'ailleurs celui-ci s'est approché de lui, collant presque son visage contre le sien. Le contact ne fait pas peur à Néoptolème, même s'il le trouve désagréable. Après tout, personne n'aime toucher un ennemi, c'est naturel. Il sait que cette attitude est destinée à l'impressionner, à le faire reculer. Au contraire, Néoptolème, déterminé à ne jamais céder, ne recule pas, soutenant sans ciller le regard déplaisant du Romain, supportant l'abominable proximité sans frissonner. Ah, tu veux lui faire peur Dorian ? Essaie autre chose que la menace physique ; il la connaît trop bien pour la craindre encore.
    « - Je suis plein d’imagination l’athénien, rétorque Dorian. Je trouverais un truc qui te détruira, qui te pulvérisera, qui te fera tellement chialer que tu auras envie d’en mourir. Pauvre petite âme qui a souffert et qui n’a plus rien à perdre. Je pensais comme toi. Mais comme moi, tu apprendras que l’on a toujours quelque chose à perdre. »
Néoptolème a envie de rire tellement le programme lui paraît réjouissant. Le problème, c'est qu'il a déjà envie de mourir. Il ne lui reste qu'un fil qui le rattache à la vie. Il serait si facile à briser, au fond, et Néoptolème le sait parfaitement. Mais s'en fiche. Tant qu'il est là, il le protège comme il peut, après tout. Il n'a pas besoin d'apprendre qu'on a toujours quelque chose à perdre, il le sait déjà. Mais Dorian le croit-il assez bête pour l'admettre devant lui ? L'esclave s'approche de l'oreille de Néoptolème et murmure :
    « - Ou quelqu’un… ».
Inutile de dire que de l'entendre de façon aussi explicite glace le sang de Néoptolème. Il sait très bien de qui parle Dorian. Et même s'il pense que celui-ci est incapable de faire du mal à sa sœur... au fond, Néoptolème est un être méfiant, donc capable de penser à toutes les issues possibles, même les plus horribles. Il sait à quel point il est facile de perdre un être cher, ce n'est donc jamais une option qu'il écarte. Son cœur se met à battre plus vite, pris d'une angoisse irrationnelle. Ce n'est qu'une menace en l'air, se dit-il... mais il craint quand même pour Daphnê. Même si ce n'est pas Dorian, cela peut être n'importe qui d'autre. Néoptolème pâlit, mais n'explose pas. Seule son expérience de la souffrance, dans laquelle il s'enferme nuit et jour inlassablement, lui permet de conserver une figure calme et souriante, comme si cela ne l'avait pas touché. Maintenant, la balle est dans son camp. C'est à lui de réagir.
    « On ne peut pas nier que tu sais t'y prendre pour faire mal aux gens. Mais tu te trompes : tu manques cruellement d'imagination. C'est à peu près la première chose à laquelle tout le monde pense. »
Comme les brigands, qui n'avaient rien trouvé de mieux, pour le blesser, que de tuer sa famille sous ses yeux. Encore ignoraient-ils sa présence, mais toucher à la famille est l'un des moyens de faire plier le plus facile à envisager.
    « Et de toute façon, ajoute-t-il, cette fois avec un peu plus de conviction, je doute que tu sois capable de t'en prendre à elle. Je trouve déjà que tu ne vaux pas grand chose, mais si tu le faisais, je crains que cela ne témoignerait que de ta bêtise. »
Son regard se durcit.
    « Tu as déjà tué ou blesser quelqu'un ? Il te faudrait plus que cela. Tu n'as pas la détermination nécessaire, et d'ailleurs, c'est mieux ainsi. Autrement tu ne serais qu'un monstre. Dorian, ne cherche pas à paraître fort et capable de faire du mal, tu risquerais de nier tes propres valeurs, et je ne t'en mépriserais que plus. »
Néoptolème sait à quoi ressemble une personne animée de mauvaises intentions, après tout. Elle n'a pas le regard de Dorian, non, elle est bien pire. Même toute la haine du monde ne peut conduire à ce mépris total de la vie des autres.
    « Et, puisque tu mets le sujet sur le tapis... Même t'en prendre à Daphnê ne suffirait pas. Tu arrives après les autres. Le jour où elle meurt, je me tue, c'est déjà décidé depuis longtemps. Je ne ferai pas d'exceptions pour te contredire. Je ne te tuerais même pas si c'était de ta faute ; j'ai de l'honneur, figure-toi, et je refuse de devenir un assassin. Alors vas-y, si tu veux que je la perde, qu'est-ce que tu attends ? Tu as tout à y gagner, non ? Tu as envie de me vaincre, je le sais. Alors laisse ta haine éclater. Tu te perdras toi-même, mais le prix en vaut le coup, non ? »
Néoptolème a haussé la voix sur ses dernières paroles. Il ne peut plus se contrôler ; la colère l'a pris, et il serre les poings pour ne pas frapper l'esclave. Mais cela fait du bien d'être furieux.
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MessageSujet: Re: Là où personne ne les attendait   Dim 16 Oct - 1:31

    Ses talons nus retouchèrent le sol. Il avait été si proche de lui qu’il avait réussi à entendre les battements de son cœur. Des battements qui ne cessaient de s’accélérer. L’espace d’un instant, l’esclave crut que le cœur de son adversaire allait lâcher. Mais ce ne fut qu’une illusion de plus. Un vain espoir. Or, il avait obtenu satisfaction, ne serait-ce que pour quelques secondes ; voir Néoptolème se décomposer sous ses yeux, c’était jouissif. Son sourire s’élargit, déformant son visage d’habitude si doux. Il sentait son corps s’échauffer, frissonner de plaisir à l’idée de voir son ennemi mis plus bas que terre. Cette sensation que lui procurait la victoire… Il voulait la saisir, la garder pour lui, tout contre lui et pour toujours. Il aurait voulu être comme cela face aux autres athéniens, face à ceux qui le méprisaient et l’emmerdaient, face à Christos. Leurs prouver à tous que le gentil petit Dorian savait être cruel et tellement puissant. Qu’il pouvait tenir entre ses doigts la vie des autres, décider s’il pouvait la broyer ou pas. Ôter la vie était tellement simple… La guerre, les badauds prêts à tout pour quelques drachmes… C’était tellement simple oui… Menacer aussi c’était simple. Ô, Jupiter, regarde ce que tu as fait de lui… Le Dorian, le gentil et tout petit Dorian, vois comme son visage a changé, vois comme tu l’as brisé… Dorian ne pouvait rien contre le Destin et la Fatalité. Il le savait très bien. Et les Dieux lui hurlaient que Néoptolème n’avait pas sa place ici, qu’il était nuisible autant pour lui que pour les autres.

    Quelqu’un qui a lui-même souffert sait comment détruire les autres. C’en est dégueulasse tellement c’est naturel. Après avoir tant souffert, cela fait presque du bien de voir souffrir les autres et d’infliger soi-même cette souffrance. Dorian savait y faire, mais il ne l’avait jamais fait. Trop gentil. Trop con surtout. Maxence avait tout de même raison sur un point ; ce n’était pas très créatif de sa part de vouloir s’en prendre à la petite sœur fragile. Non, absolument pas créatif du tout. Seulement, pourquoi vouloir la tuer ? Après tout, Dorian avait subi la torture, physique et morale, alors pourquoi ne pas l’infliger à son tour ? Tuer était tellement simple… C’était la fin du souffle, des battements de cœur, des cris… Alors que la torture, c’était le début de la douleur, de la souffrance et des pleurs. Tout au long de sa vie, il avait vu les Hommes rire et jouir d’un tel pouvoir sur les autres. Face à Néoptolème, ce n’était plus lui qui recevait les coups, c’était lui qui les donnait.

    On aurait presque pu dire que Dorian était heureux. Heureux de vivre, pour une fois. Rien que pour assister à ce spectacle, à le faire vivre. Ô, Maxence qui pâlissait face à la menace, qui se décomposait peu à peu… Mais cet enfoiré restait calme. Tellement calme que cela énervait davantage Dorian. Il sentit ses articulations le brûler, ses doigts s’engourdissaient, son nez le picotait… Une scène se déroula dans sa tête ; ses poings se serrèrent dans un craquement et il l’envoya sous l’œil de l’athénien, l’obligeant à reculer et alors, il pourrait continuer à le frapper jusqu’à ce qu’il tombe, jusqu’à ce qu’il puisse le rouer de coups, jusqu’à ce qu’il se vide de son sang, jusqu’à le voir se transformer en un amas de chair et d’os sous ses yeux. Dorian déglutit. Heureusement, il avait apprit à se contrôler. Mais cette scène passait en boucle dans sa tête. Toutes ces envies sadiques et meurtrières qui ne cessaient de vagabonder dans son esprit…

    Il dût cligner plusieurs fois des yeux pour reprendre contenance et analyser chaque mot, chaque phrase de l’athénien. Dorian pencha la tête sur le côté en haussant un sourcil. Son sourire avait beau avoir disparu, ses yeux n’empêchaient pas de respirer la joie de vivre et l’envie de rire au nez de l’athénien. S’il savait. Par tous les Dieux, si seulement il savait qui il avait en face de lui. Un fou. Un homme brisé. Un homme prisonnier de son propre monde. Dorian se gratta la tête avant de passer une main sur sa nuque. Ses yeux fixèrent le sol un instant. Il commençait réellement à faire froid. La nuit était tombée. Du plus profond de son âme, il emmerdait Christos. Il emmerdait les athéniens. Il emmerdait sa condition de chien. La lumière des étoiles les éclairaient pour cette joute verbale qui finirait pas s’envenimer ;

    « - Ne me pousse pas à bout Néoptolème… Tu ne sais pas de quoi je suis capable. Tout le monde… Tout le monde voit Dorian comme un être faible et abusé… ».


    Il leva les yeux, croisant le regard torturé de son adversaire. Dans un autre monde, ils auraient pu être amis. Après tout, ils se ressemblaient tellement ; ils avaient perdu leur famille, ils avaient très peu d’amis, ils étaient l’esclave d’imbéciles qui ne méritaient même pas de les avoir sous leurs ordres et ils étaient détruits par la vie. Oui, dans une autre vie, ils auraient pu être les meilleurs amis du monde… A croire que leur similitude les poussait à se déchirer. Dorian continua ;

    « - Mais crois-moi ou non, Néoptolème, je suis las et tellement fatigué. Je pourrais arracher de mes mains le cœur des Hommes et les dévorer sans pitié. ».


    De nouveau, il se hissa sur la pointe des pieds, attrapant vivement le tissu qui couvrait le torse de Maxence et le souleva juste assez pour que leur nez se touche, juste assez pour que leur regard se croise ;

    « - Ne t’inquiète pas pour mon honneur, ne t’inquiète pas pour mes valeurs… De toute façon, tuer est trop simple. Je pourrais torturer ta chère et tendre petite sœur. Je pourrais faire ça devant toi, t’obliger à la regarder souffrir pour tes conneries. Et ensuite, je te ferais la même chose. Puis je te tuerais avant de la tuer elle. Comme ça, tu vivras tes derniers instants rongé par la culpabilité. Tu y rejoindras ton précieux Styx en pensant pour l’éternité à tes péchés. ».


    Dorian resserra sa poigne sur le tissu pour éviter de cogner. Cogner encore et encore le beau visage de son ennemi.

    A chaque fois qu’il prononçait son prénom, il avait l’impression de le régurgiter sur le sol.


Désolée de l'attente mon cher Néo é_è .. Et désolée de la médiocrité aussi... J'espère que tu me pardonneras >< ! Encore bon anniversaire ( en retard ) et bonne fin de week-end \o/ ! Heureusement pour toi, c'est bientôt les vacances 8D !
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MessageSujet: Re: Là où personne ne les attendait   Mer 15 Fév - 22:23

La colère règne sur Néoptolème. Le jeune homme, habituellement si calme, si amorphe, sent que la haine l'emplit de pulsions de vie. Ce désagréable visage arrogant, étranger, cet être inférieur qui l'enfonce dans les états primaires les plus bas, ce Dorian détestable : cela l'emplit de vie. Lui qui n'est être que pour la mort, vivant à peine dans l'ombre d'une sœur joyeuse, a l'impression, tout à coup, de reprendre une existence propre. Daphnê est indirectement concernée, mais il ne s'agit pas de Daphnê ici : tout se joue entre lui et Dorian. Quelque chose les unit tout deux, quelque chose qui les sort de ce qu'ils sont habituellement. En dehors de cimetière, Dorian est un esclave soumis, Néoptolème une ombre jetée dans le monde. Mais ici, ils sont là, pleinement vivants... pleinement humains. Oui, les statuts sociaux, les blessures du passé, tout cela ne fait qu'alimenter la haine : ils passent à travers, sont absorbés, et ne subsistent plus que deux consciences qui s'affrontent. Néoptolème sent sa respiration. Cet air qui entre dans ses poumons, en ressort vidé, qu'il en est amoureux. Amoureux de la vie, de ce qu'il a cru lui être arraché pour toujours. Un espoir lui reste : le miracle qu'il attend est peut-être possible. La mort qu'il a toujours appelé de ses vœux, et qui se refuse à lui, lui montre que l'on peut mener son existence autrement. Sur le coup, Néoptolème se sent infiniment mieux. Parfaitement prêt, même, à se battre contre Dorian, à le réduire à néant si nécessaire. Mais il n'ignore pas que, une fois la rencontre achevée, quand il se retrouvera seul, le contrecoup sera dur. Il risque de tomber dans un état pire encore, dont il ne pourra s'extirper qu'en présence de son ennemi juré. L'addiction à la vie, que tout humain connaît, risquait à la longue de devenir une addiction à sa haine de Dorian. A sa haine tout court : haine des brigands qui lui ont détruit son existence heureuse, haine de la cité qui laissait tant de désœuvrés, haine du lien qui le relie à une sœur adorée. L'être de tristesse est un être de haine. Difficile à définir, perdu pour lui-même, vivant pour les autres, il lui semble que cette fois, il peut exister par lui-même. Même les dieux ne peuvent rien pour lui ; où sont-ils, eux qui ont créé l'ordre des choses, pour permettre que tout cela arrive ? Néoptolème sait qu'il peut dériver. Et il dérivera, c'est une question de temps. A force de se laisser détruire, il se rend ouvert à toutes les émotions négatives qui assaillent l'homme. Un jour, hélas, il y succombera. Il ne reste plus qu'à souhaiter que ce jour-là, Dorian sera face à lui, et qu'il se prendra de plein fouet la réaction de l'Athénien quand il explosera.
Néoptolème, plus tard, deviendra un monstre.

    « - Ne me pousse pas à bout Néoptolème… Tu ne sais pas de quoi je suis capable. Tout le monde… Tout le monde voit Dorian comme un être faible et abusé… »

Néoptolème se retient de rétorquer que c'est parce qu'il l'est véritablement. Il voit bien, pourtant, que Dorian ne se comporte pas avec lui comme avec les autres. Peut-être n'a-t-il pas tort en disant que personne ne connaît la véritable nature de Dorian. S'il le pousse à bout, Néoptolème réveillera quelque chose de négatif. Mais il n'a pas peur. Inconsciemment, il sait que la haine est une lutte qui l'éveille au mal. Si Dorian se comporte mal, Néoptolème en fera de même. Lui qui est si innocent ne peut pas résister contre les forces obscures qui l'assaillent. Dans sa tristesse, il faut le comprendre, il se laisse manipuler par les brigands qui ont tué sa famille ; car, soyons honnêtes, Néoptolème se laisse guider par eux. Il vit pour eux, et pour sa Daphnê. La jeune fille est un être de soleil, insensible à la tristesse ; Néoptolème l'aime, mais au fond, détruit comme il est, il est si loin d'elle. A l'inverse, insensiblement, il suit le chemin que les meurtriers lui ont tracé. Le mal qu'ils ont fait se répercute en lui : chaque battement de son cœur, chaque pas qu'il fait, chaque pensée qui le traversent sont des signes qu'il vit en fonction de ce qu'ils ont fait. Néoptolème dépend entièrement de ces brigands. Il ne leur doit nulle reconnaissance, il les hait ; mais en haïssant Dorian, il fait écho à cette haine initiale, et la développe. Dorian ne voit pas qu'ils se provoquent mutuellement. Néoptolème fait ressortir le rebelle. Mais le Romain ne voit pas le crime en Néoptolème - ce criminel que petit à petit, à force de piques désobligeantes et d'humiliations, il réveille.
Les larmes de Néoptolème ont définitivement séchées, si elles étaient encore humides. Sa famille est là, dans un coin, physiquement présente - il peut donc l'enlever de son cœur, pour le laisser pleinement abhorrer Dorian. Daphnê même a presque disparu de sa conscience ; comme si elle était morte avec les autres, il lui semble qu'elle est là, enfouie sous la terre, ses doux yeux tournés vers lui. Ils le supportent tous - et lui tire enfin la force de ce qu'il n'a jamais pu accepter. Au fond, ils ont tant de similitudes, mais ils refusent de l'avouer. Cela implique que si l'un se relève, l'autre en fera de même. Si Dorian s'affirme, Néoptolème se défait à son tour des lourdes chaînes de son passé.

    « - Mais crois-moi ou non, Néoptolème, je suis las et tellement fatigué. Je pourrais arracher de mes mains le cœur des Hommes et les dévorer sans pitié. »

Et lui, alors, ne pourrait-il pas en faire de même ? Lassitude, fatigue : deux émotions qui l'ont toujours maintenu sous son emprise. Il a toujours été esclave d'elles : elles le maintiennent dans cet état léthargique, suicidaire, mais qui ne peut avoir cours quand Dorian est là. Cette horreur dont parle Dorian - cette dimension de monstruosité -, Néoptolème la comprend parfaitement. C'est ce qu'il ressent en lui. Au fond, lui aussi pourrait dévorer les autres. Il le fera, quand il sera arrivé au bout de sa tolérance et de sa faiblesse. Cette folie les guette tous les deux, et leur haine les y fait plonger ensemble. Se retrouveront-ils un jour pour autant ? Sauront-ils un jour être reconnaissants à l'autre de s'être mutuellement enlevé de tous ces poids, de ces conventions assommantes et du passé douloureux, pour devenir différents - monstrueux, mais libres ? Sans doute pas. Ils ne seront pas des partenaires qui commettent ensemble les crimes. Ils seraient plutôt du genre à liguer des camps contre eux, à diviser le monde autour d'eux ; à devenir les deux nouveaux pôles de cet univers clos, deux pôles s'affrontant car se ressemblant trop. C'est cela ; il déteste reconnaître qu'il ressent exactement la même chose que Dorian, car c'est reconnaître que son statut d'esclave, auquel Néoptolème attache tant d'importance pour les différencier, ne vaut pas. Il faudrait qu'il reconnaisse pour le coup que Dorian est un homme comme lui, et qu'ils sont tous deux des hommes comme les autres citoyens - même comme ceux de l'aristocratie, qui se dit pourtant supérieure. C'est encore trop demander à quelqu'un comme lui, encore trop attaché à son éducation citoyenne et au conflit initial qui a jailli entre lui et Dorian.
Dorian le saisit par la tunique. Néoptolème manque de rire : l'esclave est obligé de se hisser sur la pointe des pieds pour l'atteindre. C'est très menaçant pour lui. Même son expression ne lui fait pas peur, car il devine qu'il a la même sur son visage. Il ne prend même pas la peine de porter la main sur Dorian ; le jeune homme n'est rien pour lui, il ne peut rien lui faire. Même si leurs nez se touchent, et que leurs yeux se croisent, Néoptolème ne se sent pas impressionné.

    « - Ne t’inquiète pas pour mon honneur, ne t’inquiète pas pour mes valeurs… De toute façon, tuer est trop simple. Je pourrais torturer ta chère et tendre petite sœur. Je pourrais faire ça devant toi, t’obliger à la regarder souffrir pour tes conneries. Et ensuite, je te ferais la même chose. Puis je te tuerais avant de la tuer elle. Comme ça, tu vivras tes derniers instants rongé par la culpabilité. Tu y rejoindras ton précieux Styx en pensant pour l’éternité à tes péchés. »

La pensée de Daphnê, qui est toujours enfouie sous terre avec sa famille, le blesse à moitié. La voyant présentement comme morte, la menace perd un peu de son effet. Mais elle reste efficace : Néoptolème aime profondément sa sœur, et la simple idée qu'on puisse lui faire du mal le rend malade. En fait, dans tout ce qu'a dit Dorian, ce qui l'inquiète, c'est simplement ce qui la concerne elle. Il ne voit pas du tout l'esclave lui faire tout cela, et même, si cela devait arriver, le seul regret qu'il aurait, ce serait que ce soit Dorian qui l'achève. Et encore, pour ce que cela ferait... Il n'a déjà pas choisi les brigands, il les subit déjà assez durement. Alors, que ce soit Dorian qui le tue, c'est à la limite de la conséquence logique. Cela n'empêche pas qu'il n'aimerait pas que cela arrive, non, bien sûr, tant qu'à faire. Si Daphnê était torturée, et que Néoptolème ne pourrait rien y faire... à vrai dire, Dorian n'aurait pas le plaisir de le voir s'effondrer comme une loque. Néoptolème se retrancherait tout simplement de la vie, ferait sans doute preuve de ressources inexploitées. Cela reste à voir. Toujours est-il que la menace manque grandement de crédibilité à ses yeux. Dorian n'a pas le cran pour le faire, pense-t-il. Même si le poing se crispe sur sa tunique, se serrant de plus en plus, cela ne constitue pas une preuve.

    « Mes conneries ? Mes péchés ? répète-t-il. Là, tu te trompes. Je n'ai rien fait, sinon te haïr. Et toi, tu auras torturé et tué une innocente. » Il ne parle même pas de lui. Lui, on s'en fiche, cela ne serait pas grave si cela devait lui arriver. Mais l'Innocente, celle qui n'a rien fait, là, ce n'est pas tolérable. C'est là que Néoptolème n'est plus du tout d'accord avec Dorian. Là où il s'en éloigne : comment s'en prendre à des innocents, alors qu'il en connaît parfaitement les conséquences. « Mais bon, à ta guise, si tu as envie de finir coupable et de souffrir pour l'éternité, esclave, c'est ton choix. »

Il a bien dit esclave. C'est rare qu'il utilise ce terme avec autant de mépris dedans, alors que le mot en lui-même le laisse indifférent : ce mépris, c'est celui qu'il éprouve envers Dorian. Il aurait pu l'appeler par son prénom, oui, cela aurait été moins provocateur. Mais le terme est si fort, parce qu'il s'oppose de lui-même au choix que Dorian serait supposé prendre. Si Dorian fait le choix de céder à ses pulsions, alors aux yeux de Néoptolème, il serait encore plus esclave qu'en étant simplement un gentil petit serviteur bien obéissant. Cela peut paraître bizarre, mais faut-il rappeler qu'à cet instant précis, Néoptolème est dans un état second, où les conventions sociales habituelles n'ont plus prises ? Si on oublie le statut officiel d'esclave, reste alors les liens qui peuvent lier les individus dans leur choix. La chute de Dorian dans une situation aussi sanglante et grotesque n'est certes pas vraisemblable du point de vue du Romain, mais si l'on prend la situation en fonction du jeune Athénien, alors elle gagne une dimension logique particulièrement effroyable. Bien sûr, Néoptolème n'a pas pensé à tout cela. Il le vit, tout simplement, il baigne dans toutes ces idées sans s'en rendre compte. La volonté de blesser Dorian, juste avec les mots, lui permet d'avoir ces petits traits de génie, cette manière inédite de voir les choses - peut-être trop philosophique, trop céleste pour qu'il le pense vraiment, mais c'est sorti à présent, et il l'assume.

    « Tu crois vraiment qu'il n'y a que toi qui n'en peux plus ? Qu'il n'y a que toi qui serait capable de commettre des atrocités ? Non mais, arrête ton égoïsme Dorian. Moi aussi, j'en ai envie. Sauf que moi, je sais à quoi ça ressemble. Ce n'est jamais beau à voir, et tu déchanteras si jamais tu t'y mets. »

La voix de Néoptolème n'exprime que du dégoût et du dédain en disant cela. Mais pour une fois, cela ne s'attache pas à la personne physique de Dorian - du moins, pas entièrement. Il est indéniable qu'il déteste ce côté immonde, absurde, inhumain - ce vers quoi il tend pourtant, ce qui l'attire alors qu'il se sent détruit. Néoptolème méprise énormément les brigands. Il méprise Dorian. Il se méprise lui-même pour être si faible et pour se sentir à ce point guidé par ces forces obscures. Le passé n'est même plus là dans sa tête : les événements n'existent plus, il ne se souvient que des émotions. Ce sont les émotions qui font mal. Négatives, elles sont réveillées par la haine et le dégoût. Les yeux de Néoptolème brillent de ce mal, le bleu glace virant au noir dans l'obscurité grandissante.
Il pose sa main sur le bras de Dorian, et le force à le lâcher. Sa condition physique est relativement exemplaire, même s'il n'a absolument aucune conscience de son corps. Il correspond parfaitement aux critères de beauté grecs, un Apollon qui ne peut être qu'un kalos kagathos - ah les gens, s'ils savaient à quel point, pour Néoptolème, cela ne marche pas, à quel point il est intérieurement corrompu... Sa main contient toujours le poignet de Dorian, qu'il sert presque à l'en broyer. Il ne le lâche pas pour le moment, le toise avec une grande froideur.

    « Tu refuses mes conseils d'ami. Soit. Tu ne pourras pas m'en vouloir si je te fais du mal ensuite. Ce n'est pas faute d'avoir essayé d'être amical envers toi. »

Amical, c'est un bien grand mot. Mais au vu de leurs relations lamentables, le simple fait de vouloir donner un conseil, de penser aux valeurs de l'autre, est déjà un grand pas en avant. Néoptolème n'a jamais eu l'intention de calmer le jeu, il ne le niera pas. Mais peut-être de le désamorcer un peu, histoire de laisser Daphnê en dehors de cela. Oui, c'était déjà un grand effort de la part du jeune Athénien. Il ne peut faire taire sa haine, au fond, ce serait suicidaire puisqu'elle le fait vivre, presque autant que l'amour qu'il a pour sa sœur. A présent, il semble que c'est trop tard. Dorian et Néoptolème sont bien partis pour aller jusqu'au bout.
Néoptolème le fusille encore un peu du regard, puis lâche enfin son poignet. Son propre poing se crispe, ses ongles enfoncés dans la paume, pour l'empêcher de faire un acte inconsidéré. Dorian éveille tant de violence en lui, qui pourtant exècre cela.
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MessageSujet: Re: Là où personne ne les attendait   Lun 19 Mar - 23:59

    Les mains moites. La chaleur qui s'accrochait à son corps comme une amante. Le vent qui soufflait dans ses cheveux, contre sa peau humide. Le tissu de l'athénien absorbait plutôt bien la sueur qui se dégageait de ses mains. Mais jamais elle n'absorberait sa haine qui grandissait en même temps que la nuit. Sa mâchoire était crispée, ses dents serrées, son regard plus sévère que jamais. Cette situation était pitoyable. Dorian le savait. Il ne s'énervait jamais. Jamais. Il ne se laissait jamais submerger par ses émotions. Jamais. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi lui ? Pourquoi Néoptolème ? Sa salive avait du mal à descendre le long de sa gorge. Tout s'accélérait. Tout allait tellement vite. Dorian avait l'impression que la terre se mettait à trembler et à tournoyer autour de lui, le déstabilisant, l'obligeant presque à fléchir. Mais son regard ne se détachait pas de celui de l'athénien. Ce dernier semblait se tenir encore plus droit, le menton plus haut, les yeux baissés sur le misérable esclave. Il ne voyait pas la terre tourner. Il ne la sentait pas bouger comme Dorian. L'espace d'un instant, le visage du romain redevint aussi inoffensif qu'à son habitude ; il s'était rendu compte que Néoptolème était plus fort que lui sur ce terrain là. Il ne faiblirait jamais. Il ne se sentirait jamais chavirer, pas à cause de quelqu'un d'autre en tout cas. Le seul qui serait capable de détruire l'athénien, ce serait lui-même. Et personne d'autre. Dorian le détestait encore plus pour ça.

    Dorian l'empoigna plus fortement, comme pour se persuader que c'était lui-même qu'il empoignait. Après tout, ils se ressemblaient tellement... Tellement... La rage et la vengeance les aveuglaient. Et il n'y avait plus de place pour la douceur et l'amour dans leur monde. Non. Toute beauté s'en était allée. Il ne restait plus que la laideur de leur cœur, de leurs actes. Ils n'étaient plus rien que des monstres. Des monstres qui avaient le pouvoir de tuer ce soir.

    Oui, Néoptolème Maxence devait payer. Parce qu'il fallait bien que quelqu'un paye de toute façon. Il fallait bien trouver quelqu'un à blâmer dans cette histoire, dans l'histoire du petit Dorian Fabius. Son oncle et ses cousins étaient trop loin pour être blâmés. Beaucoup trop loin. Et les romains aussi, ils étaient loin. Ceux qui avaient toujours observés en silence. Ceux qui n'avaient même pas eus le courage d'observer du tout. Ceux qui avaient observés, ceux qui avaient souris, ceux qui avaient enviés l'oncle brutal. Et Dorian ne pouvait même pas blâmer l'athénien qui l'avait capturé et revendu. Il ne pouvait pas blâmer le reste des athéniens pour ne pas le remarquer. Il n'avait même pas la force de blâmer Christos Anthony. Cependant, lorsqu'il regardait Maxence, il se sentait le courage de rejeter la faute sur quelqu'un. Quelqu'un qui était tout aussi en peine que lui. Quelqu'un qui n'avait plus rien à quoi se raccrocher. Quelqu'un qui souffrait terriblement et qui attendait la mort comme une vieille amie. Il n'y avait que Maxence à blâmer. Que lui, et personne d'autre. S'il ne pouvait pas l'abattre, tant pis ; il pourrait toujours continuer à le rendre responsable de sa condition. Quand bien même Dorian savait que c'était injuste et dénué de sens, cela lui faisait un bien fou. Maxence et sa tête à claques.

    Frapper, insulter. Oh, s'il pouvait le faire, s'il pouvait faire plus...

    Ses narines frémirent. Ses sourcils se froncèrent progressivement et son visage redevenu agressif. Il se foutait complètement de la sœur de cet enfoiré. Il s'en moquait comme de ses premiers mots. Il s'en foutait parce que justement ; c'était SA sœur. Il ne l'avait qu'entraperçue, mais elle avait cet air de gamine prude et enjouée qui lui donnait envie de gerber. C'était presque marrant de voir le frère et la sœur côte à côté ; l'un blasé à mort de son triste sort et de sa vie, l'autre excitée à n'en plus pouvoir avec ce sourire débile aux lèvres. Ils faisaient une belle paire de petits cons. C'était répugnant. Ça le dégoutait. Il en était presque jaloux de cette fraternité. Il n'avait pas de sœurs, pas de frères et il était hors de question de considérer ses cousins comme des frères. Il était déjà très dur de se dire qu'ils étaient du même sang. Au plus, c'était des bourreaux.
    Dorian ne releva pas le petit "esclave " cynique du garçon. Ils n'en étaient plus à ça près. A quoi bon s'énerver pour ça à ce stade-là ? Continuant de se hisser sur la pointe des pieds, il rapprocha Néoptolème de son visage :

    " - Si tu savais tout ce que j'ai sur la conscience... Une mort de plus ou de moins, qu'est-ce que cela peut changer ? Qu'est-ce que cela peut changer pour tes Dieux ou pour les Miens ? Qu'est-ce que cela peut changer pour le reste de ta Cité, du monde ? Dis-le-moi, Néoptolème, hein ? Au point où j'en suis... La folie peut bien me rattraper désormais, avalant ma conscience avec avidité. ".


    Il n'était pas le seul à souffrir. Les Dieux le savaient. Tout le monde le savait. Tout le monde souffrait. De la petite fille mariée de force à treize ans, de la femme qui donnait la vie à l'homme qui labourait son champ ou qui perdait son enfant. Tout le monde souffrait. A des degrés différents. Tout le monde avait mal et parfois, il n'y avait pas de remède à ces maux. Qui peut guérir la douleur de la perte d'un être aimé ? Qui peut rendre l’innocence enlevée à un enfant ? Qui ? C'est comme ça que l'on considère un homme à bout de nerfs, un homme qui n'arrive plus à tenir debout, on lui dit qu'il est égoïste ? Si c'est la définition de sa condition, de son état d'esprit, de sa douleur et de sa peine, alors, il accepte cet épithète à bras ouverts. Dorian lui sourit tristement. Que pouvait-il lui offrir d'autre ? Le bras de Néoptolème l'obligea à le lâcher pour se dégager enfin de son emprise.

    Il resta là, planté, à observer l'athénien avec ce sourire détaché. Il était égoïste. Et il adorait la façon dont la main du garçon était en train de lui broyer le poignet. Il le ramenait à la réalité. A ce qui faisait mal, lui montrant qu'il était brisé, de l'intérieur et de l'extérieur. Il n'avait qu'à baisser les yeux pour voir que sa peau rougissait puis blanchissait à certains endroits. Son sang avait du mal à circuler. Ô Jupiter, que c'était bon. Que c'était bon d'avoir de nouveaux les pieds sur terre. Que c'était bon de ressentir la douleur causait par son adversaire. Que ce serait bon de lui infliger mille fois pire. Et d'un coup, plus rien. Le poignet était libéré de sa cage de chair. Il ne restait que les marques. Dorian fit la moue.

    " - Oh, parce que nous étions amis ? Tes petites remarques étaient amicales ? Pardonne-moi de ne pas l'avoir remarqué, mon cher... ".

    Par habitude, il se malaxa le poignet, appuyant par moment pour ressentir encore la douleur. Ô, la douleur. Elle lui offrirait matière à se venger.

    D'un revers de main, Dorian lui caressa la joue, presque tendrement, jusqu'à ce que ses ongles lui griffe la peau. Il ne recula pas. Planté comme un piquet dans la terre :

    " - Je n'ai que faire des tes conseils. Je me moque aussi de ce que tu peux ressentir, pauvre petit athénien anéanti par le poids de la vie. Si j'avais eu à manger aujourd'hui, je t'aurais vomi dessus tellement tu me débectes. ".


    Cette fois-ci, il recula. Que Néoptolème le frappe. Qu'ils se battent sous la Lune. Que leurs Dieux les protègent. Ils n'attendaient plus que ça. Il ne leurs restait que ça. Se battre. Pour se sentir en vie. Comme un animal, les yeux injectés de sang, il commença à tourner autour de sa proie. Peut-être que ce n'était pas si mal qu'il n'ait pas eu de quoi se nourrir aussi... Il pourrait peut-être dévorer Néoptolème. Il n'y aurait pas de traces. Pas de preuves. Et il aurait le ventre rempli pour plusieurs jours. Dorian se mit à hurler à plein poumons. Que tout Athènes l'entende, que tout Athènes sache :

    " - VIENS ! Viens Maxence... Viens... Je sens tes poings frémirent... Je les sens s'agiter, trembler, attendant le bon moment pour me frapper. Viens... Viens je t'attends... Je ne supporte plus de te voir... Je vais te défigurer. Je veux te voir ramper... Je veux avoir ton sang sur mes mains. Parce que tu sais quoi ? Ce soir, c'est tout ce qui importe ; que tu crèves."


    Il venait totalement de perdre les pédales. La seule chose qui l'animait, c'était le sang.
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MessageSujet: Re: Là où personne ne les attendait   Dim 22 Avr - 22:07

Il sert son poing si fort qu'il sent ses ongles s'enfoncer dans sa paume. La sensation de douleur, à la fois difficile et agréable, réveille en lui ce qu'il cache au plus profond. Il le sent. Néoptolème devine qu'il y a quelque chose qui remue en lui. Il aurait peur de savoir ce que c'est, s'il n'avait pas conscience que c'était aussi une part de lui-même. Mais quelle part est aussi mouvante, aussi souple ? Quelle part peut se révéler d'une telle violence, et engendrer une souffrance telle qu'il en a connu, le jour où les brigands ont détruit sa vie ? Cette part, c'est la part qui hait Dorian. Elle hait la cité, elle hait les autres, elle hait ses ennemis. Cette part sombre de lui-même, Néoptolème est presque prêt à la reconnaître à sa juste valeur. La colère ne l'aide guère à l'apaiser, au contraire. Face à ce minable petit esclave qui prétend lui pourrir la vie, le jeune Athénien ne ressent rien de positif. Il alimente son propre monstre. Il n'a qu'une envie, c'est de trouver le moyen d'écraser l'autre. Le néant lui paraît la solution, mais en cet instant, de simples excuses ou une soumission verbale aurait suffi à calmer Néoptolème. Mais il sait très bien que cela n'aura pas lieu, et il en est, au fond, ravi. Cela n'aurait fait que retarder le moment crucial. Il faut bien que le monstre sorte, un jour.

    « - Si tu savais tout ce que j'ai sur la conscience... Une mort de plus ou de moins, qu'est-ce que cela peut changer ? Qu'est-ce que cela peut changer pour tes Dieux ou pour les Miens ? Qu'est-ce que cela peut changer pour le reste de ta Cité, du monde ? Dis-le-moi, Néoptolème, hein ? Au point où j'en suis... La folie peut bien me rattraper désormais, avalant ma conscience avec avidité. »

Ça ne changerait rien pour eux. Ni pour les dieux, ni pour la cité, ni pour le monde. Mais ça changerait pour Dorian et pour Daphnê. Néoptolème a cette capacité à se mettre en dehors de tout ressenti, assez exceptionnelle, mais glaçante. Il sait, au fond, que ça ne changerait pas grand-chose. Il est déjà mort, ou presque. Même la mort de sa sœur ne serait pas si dramatique que cela, Néoptolème se contenterait d'aller là où il estime avoir sa place. C'est aussi simple que cela, pourquoi Dorian ne le comprend pas ? Il se ferait sans doute plus de mal à lui qu'à Néoptolème, car Néoptolème s'est déjà pourri la vie seul. Il s'est fait aidé par les circonstances, mais il faut le reconnaître, c'est Néoptolème qui s'est détruit lui-même. C'est lui qui s'est fermé à la beauté du monde et a, inconsciemment, ouvert son âme au Mal. C'est lui qui a permis à une bête féroce de s'implanter en lui, et de devenir le monstre qui un jour, devra sortir. La conscience de Dorian est peut-être entachée, mais Néoptolème n'en a presque pas. Mais ce qui rejoint les deux, qui leur fait un point commun de plus, c'est qu'ils ont conscience de la part de folie qui peut les attaquer. Néoptolème serait presque surpris de constater que la dernière phrase de Dorian, il aurait tout aussi bien pu la prononcer lui-même. Oui, c'est si facile de se laisser tenter par la folie. Vexé par la ressemblance, Néoptolème ne peut s'empêcher de répliquer :

    « Nous serons fous ensemble, alors. »

Dorian se masse le poignet. Néoptolème éprouve une joie sadique de voir qu'il lui a fait mal. Pendant quelques instants, il a imprimé sa marque sur la chair de l'esclave, le marquant comme son ennemi. Ses doigts ont blanchi sous l'effort, lui-même en souffre un peu, mais qu'est-ce que cela fait du bien. Néoptolème est heureux de voir qu'il peut atteindre Dorian, même pour quelque chose d'aussi bas, quelque chose de corporel. C'est toujours cela de pris. Il est heureux d'avoir pu sentir la douleur se répandre sous son action. Dorian ne paraît pas réellement en souffrir, mais Néoptolème sait que la chair ne manque pas. Sur la peau, il y a encore les traces de ses doigts. Néoptolème espère qu'il les gardera le plus longtemps possible. Dorian pourra y lire toute la haine de l'Athénien, gravé sur sa peau, et entretenir sa propre haine. C'est que le jeune homme veut.

    « - Oh, parce que nous étions amis ? Tes petites remarques étaient amicales ? Pardonne-moi de ne pas l'avoir remarqué, mon cher... »

Néoptolème sourit férocement à la remarque. Il se dit que l'on peut réellement les considérer comme amicales, par rapport à toutes les paroles empreintes de venin qu'il est près à lui lancer. Oui, Dorian, Néoptolème est beaucoup plus sympathique qu'il n'y paraît. A la base, après tout, il a bon fond. Il veut protéger ses intérêts, ceux de sa sœur, sa famille, et vivre en bonne intelligence avec le reste du monde. C'est le reste qui a permis une telle corruption en lui. Mais nul doute que s'il n'avait pas vécu tout cela, même face à la haine de Dorian, il aurait ri au nez. Il n'aurait pas pu s'empêcher de le traiter avec une amitié condescendante. Mais ce n'est pas le cas. Néoptolème est miséreux et rempli d'amertume. Enveloppe vide, il ne sait pas ressentir autre chose que des émotions négatives à l'égard d'un inconnu qui ne le respecte pas. Qu'il est facile de l'enflammer. Qu'il est facile de le faire céder aux feux de la colère...
Et la main de Dorian sur sa joue, à présent... ses ongles griffent sa peau. Néoptolème se fiche de l'apparence que cela lui donne. Il a si peu conscience de son corps, qu'importe que des marques soient visibles ? Ce ne serait que son martyr qui se rendrait visible aux yeux de tous. Non, ce qui lui pose problème, c'est l'irrespect de Dorian. A-t-il été jusqu'à mettre en péril son intégrité physique ? pas vraiment. Il a laissé sa marque, lui. Mais en contrepartie, il n'a pas envie que Dorian laisse la sienne sur lui, même s'il sait que ce serait pourtant juste.

    « - Je n'ai que faire des tes conseils. Je me moque aussi de ce que tu peux ressentir, pauvre petit athénien anéanti par le poids de la vie. Si j'avais eu à manger aujourd'hui, je t'aurais vomi dessus tellement tu me débectes. »

Dorian recule. Il fait bien. S'il avait conservé sa main sur le visage de Néoptolème, le jeune homme lui aurait cassé le poignet. Comme ça, sans avertissement, par simple esprit de vengeance. Son discours ne devrait pas le toucher, et effectivement, sorti de la bouche d'un autre, Néoptolème n'aurait pas réagi. Mais c'est Dorian qui prononce ces mots cruels. Et cela, Néoptolème ne peut le supporter. Le monstre en lui se sent agressé. C'est donc la guerre que Dorian veut ? il va l'avoir.
Dorian se met à hurler :

    « VIENS ! Viens Maxence... Viens... Je sens tes poings frémirent... Je les sens s'agiter, trembler, attendant le bon moment pour me frapper. Viens... Viens je t'attends... Je ne supporte plus de te voir... Je vais te défigurer. Je veux te voir ramper... Je veux avoir ton sang sur mes mains. Parce que tu sais quoi ? Ce soir, c'est tout ce qui importe ; que tu crèves. »

Le défi est si fort. Néoptolème le ressent lui aussi comme une priorité. Lui aussi, il a envie de sang. Que ce soit le sien, ou celui de Dorian, peu importe. Il faut que l'un d'entre eux. Néoptolème ne veut pas la mort de Dorian, contrairement à l'autre. Non, c'est peut-être pire. Il veut juste jouir de la violence pure qui montent en eux. La sensation de la haine, enfin matérialisée, la brûlure de chaque coup, les battements affolés d'un cœur qui abhorre. Néoptolème veut ressentir tout cela. Et il sait que ce qui le veut, en lui, c'est le monstre. Ce monstre dont il a si récemment pris conscience, et dont il sait que c'est lui. Il lui vouera sa vie alors, peu importe ; mais il est là, il demande à s'exprimer. Néoptolème est prêt à le contenter, dans ce cas. Et il sent que face à lui, Dorian est prêt. Avec un objectif différent, il est là pour servir ses intérêts. Dorian est devenu fou, ivre d'un sang qui ne se refuse même pas totalement à lui. Dorian peut l'avoir, il n'a qu'à le mériter. Néoptolème n'a pas l'intention de se défendre, au fond. Il veut juste frapper.

    « La ferme, Dorian. Tu veux du sang ? tu vas en avoir. Mais mérite-le d'abord. Sinon, c'est mon propre monstre qui te déchireras. »

Il ne sait même pas pourquoi il parle de cette chose intime à son pire ennemi. Il serait incapable de parler d'un monstre à sa sœur, celle en qui il fait le plus confiance. Alors pourquoi le révéler à son ennemi ? il ne sait plus. Le sang pulse dans ses tempes, il perd un peu la notion de ce qui l'entoure. Le monde... quel monde ? y en a-t-il encore un ? Existe-t-il vraiment quelque chose, en dehors de lui et de Dorian ? Néoptolème est perdu. Il a cédé à l'animalité. Ce qui compte, c'est le ressenti de l'instant. La tension qui monte. L'envie qui le prend. L'odeur du sang qui se fait déjà sentir. La vision de Dorian, la colère. Tout. Tout est là pour lui faire perdre la tête.
Ce n'est plus Néoptolème, c'est le monstre.
Et le monstre parle. Son langage est violent, impulsif. Les mots n'ont pas lieu d'être. Le corps suffit à lui seul. L'animal ne sait articuler des mots. Le corps sait tout faire. Une main se tend. Un poing serré, où coule déjà un peu de sang. Les ongles ont déjà ouvert la chair de Néoptolème. Le premier sang est pour Dorian, et il n'a eu besoin de faire aucun effort pour l'obtenir. Mais cela ne suffit pas. Le monstre vit. Il se réveille à peine. Le bras prend son envol. Lentement, délicatement. Il flotte dans les airs. Il vole en direction de sa cible. Les os s'écrase contre de la chair.
Le monstre a frappé.
Néoptolème se rend à peine compte qu'il a donné un coup de poing dans la poitrine de Dorian. Il n'a même pas visé, il s'est laissé emporté dans l'élan. Tout est allé si vite, pour lui, il n'a presque pas eu de contrôle là-dessus. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il l'a voulu. La violence du coup a été telle qu'elle arrache un peu le jeune homme de son état. Il a aimé ce qu'il a ressenti. Non de la puissance - il y a longtemps qu'il n'y prétend plus. Mais de la force, la force de se défendre. Le sourire, innocent, de Néoptolème est à cet instant si sincère. Il lui suffit de si peu pour être déjà satisfait. Mais cela, Dorian peut-il le comprendre ? Le monstre n'est pas encore maître de Néoptolème. Il le deviendra, un jour. Pour l'heure, avoir pu l'exprimer suffit déjà, et il est entré dans sa tanière, où il se repaît de la sensation délectable du coup donné. Néoptolème reprend les commandes. Pour le moment, c'est encore lui qui hait. Son cœur n'a pas encore été ravi par sa partie irrationnelle. Son peu de conscience règne encore. Et le monstre reconnaît qu'il est pour le moment toujours plus fort que lui.

    « Ça suffit comme ça, déclare-t-il avec satisfaction. Frappe-moi si tu veux, mais j'ai eu ce que je voulais. »

Il sait qu'il va faire naître l'incompréhension en Dorian. Lui se comprend parfaitement. La mort ne l'intéresse pas, parce qu'il est déjà dans cet univers. Que Dorian y échappe le plus longtemps possible, c'est ce qu'il veut. S'il ne peut l'anéantir, alors Dorian doit vivre. Il doit vivre, et laisser Néoptolème mourir à petit feu. Il n'a jamais voulu que ce soit Dorian qui lui donne le coup de grâce. Mais il a bien vu le monstre. Au fond, il lui fait peur, et il n'est pas sûr que ce soit sur cette voie qu'il doit s'engager. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a retenu le monstre, une fois qu'il lui a donné ce qu'il voulait. Ce serait déshonorant de se faire tuer par Dorian, mais pour ce qu'il lui reste d'honneur, cela vaut la peine. Car il rendrait Dorian criminel. Et ce crime qu'il commettrait, il s'attacherait à son âme, et Néoptolème lui aurait, au final, causé le plus grand tort. Fier de ce constant, il se montre à Dorian, prêt à ne pas se défendre pour perdre son pire ennemi.
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Là où personne ne les attendait

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