Quand la cabale s'installe... [Orion ]
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 Quand la cabale s'installe... [Orion ]

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MessageSujet: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Sam 16 Juil - 21:00

Hagarde, je marchais pour ne pas courir. Je serrais les dents pour ne pas hurler. Je n'avais gardé aucune trace de ma sérénité coutumière. J'étais simplement une jeune femme perdue, et j'aurais été bien en peine de guider un étranger dans les rues de ma propre Cité. Sans m'en apercevoir, mes pas m'avaient conduit jusqu'au quartier des commerces. Je savais que c'était une mauvaise idée. Je savais que les doyennes d'Athènes grinçaient les dents à mon passage, que les jeunes filles me considéraient avec un mélange de surprise et de suspicion. Que les hommes tournaient désormais à mon passage un regard tantôt respectueux, tantôt emplis d'un désir nettement équivoque, ou encore d'un encouragement muet. J'avais déchiré la ville de par la catastrophe qu'avait représenté les Panathénées. Et même après avoir suivi les conseils de la raison, après être demeurée en recluse entre ma propre demeure et le Parthénon, les regards étaient toujours aussi lourds, les reproches pesants et bien réels. J'étais livrée à moi-même, seule, plus seule que je ne l'avais jamais été. Si Athéna paraissait m'avoir abandonnée, il en était de même pour l'apparition divine que fut ce romain, tentateur. Avait-il été le déclencheur de tout cela ? Cette rencontre suffisait-elle à expliquer la luxure qui empestait ma toge alors qu'Hélios nous avait surpris, moi et la foule d'Athéniens, victime des encens empoisonnés. J'avais été la première horrifiée, tétanisée de demeurer sans souvenir de mes actes. La seule chose dont je me souvenais restait cette chaleur, cette lourdeur dans mes gestes et dans mon corps, tandis que l'atmosphère s'appesantissait. C'était tout. Et puis étaient arrivées la langueur, et enfin le scandale qui secouait toute la congrégation des Citoyens. J'étais terrifiée à l'idée de savoir qu'un traître avait semé ainsi le trouble, la discorde et la zizanie dans nos cœurs. Car si l'on me pointait du doigt, je savais que je n'étais pour rien dans cette mascarade.
Mon corps avait parlé pour moi. Qu'y pouvais-je ? Mon esprit avait été mis hors de combat comme celui de tous mes compatriotes, pourquoi était-ce sur moi que la pierre devait être jetée? Mon âme était prête à discuter, à répondre à tous ceux qui oseraient m'accuser sans la moindre preuve. Mais j'étais détruite par le chagrin, dévorée par le remords. Mes prières restaient sans réponses, et la déesse vierge n'écoutait guère plus mes suppliques. Quant à Aphrodite, ma chère Aphrodite, pourquoi m'avait-elle trahi ainsi ? Ne lui avais-je pas fourni toutes les preuves de mon dévouement, moi qui aurais surtout dû aduler plus que jamais Pallas-Athéna ?

Je rabattis encore un peu mon péplos contre mon visage. Je ne voulais pas que l'on me dévisage, bien que je fus reconnue par la majorité des passants. Je continuais d'errer sans but, sans force. Mes yeux embués résistaient, et jamais je ne ferais preuve de faiblesse devant la foule. Les larmes étaient réservées à mon intimité seule. Personne n'avait le droit de me jeter plus bas que terre. S'il fallait organiser un référendum pour mettre les choses à plat et surtout, pour lancer une enquête à l'encontre du traître, j'étais prête à m'y plonger de tout mon courage. Toutefois, écrasée par les gens qui me frôlaient ou au contraire s'écartaient de moi comme si j'étais atteinte de la peste, je m'effaçai en me glissant dans une ruelle, l'interstice des murs me suffisant comme abri. Je croisai les bras contre ma poitrine malgré le besoin pour moi de respirer, de me détendre. Je n'avais rien à me reprocher. Absolument rien... Alors pourquoi ce doute, persistant ? La puissance du nombre … l'incapacité pour moi de retourner les attaques qui me touchaient de plein fouet. L'une de mes prêtresses rivales aurait-elle pu fomenter un tel complot dans le but que j'en sois précisément accusée ? Je m'étais posée cette question des dizaines de fois sans réponse. Excédée mais surtout brisée, je finis par décider de sortir de la ruelle au bout de quelques minutes.

D'un pas décidé, je longeai le tournant du mut. Me prenant un concitoyen de plein fouet.
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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Dim 17 Juil - 19:22


DIANE & ORION ♣
« Merci Déréas. Que Zeus te garde et qu’Hermès te préserve toi et ton commerce. » Le marchand qui tenait dans sa main une bourse remplie de drachmes remercia son fidèle client d’un sourire franc suivi d’une tape amicale sur son épaule puis le laissa filer. Orion Attis repartit de son étal préféré, les mains pleines. En effet ledit Déréas venait de déposer dans ses grandes mains un tissu solide et immaculé qui était noué, abritant certainement des produits alimentaires. Vivant seul en compagnie de sa cadette Daphné, il s’était bien retrouvé forcé d’approvisionner lui-même le foyer en vivres et biens pour qu’ils puissent vivre dans la décence que leurs parents leur avaient accordée toute leur enfance. Le salaire d’Orion était plutôt bon pour quelqu’un de sa caste mais il veillait bien à ne pas le dilapider dans des choses superficielles. Ainsi à sa ceinture, un havresac de cuir pendait et se balançait au rythme de ses pas. A l’intérieur, on pouvait sentir l’arôme fort des céréales qui composaient le principal repas des Athéniens, de l’orge cette fois. A cette époque de l’année, elles étaient fort cher en raison des récoltes qui n’allaient plus tarder, les réserves s’épuisaient à vue d’œil. Dans sa main droite, Orion avait soigneusement emballé différents fruits et légumes, certains secs et d’autres plus frais. Bien qu’il eut dépensé la moitié du budget en raisins, il n’avait pu résister plus longtemps à son pêché mignon et une fois rentré, Daphné saurait qu’il n’y aurait aucune trace de ces petits fruits dionysiens. D’un pas décidé et plutôt pressé, Orion traçait son chemin à travers le grand marché qui s’était installé sur la grande place de l’Agora. La journée était déjà bien entamée mais le maitre d’armes n’avait pas à craindre le retard. Il n’entrainait pas les garçons d’Athènes ce jour-ci, il en avait profité pour aller flâner du côté du peuple, se ressourcer parmi cette cité toujours vivante et agitée. Etre au cœur de l’Agora revenait à être au cœur du quotidien. Les rumeurs prenaient leurs sources ici, les nouvelles bonnes ou mauvaises se répandaient en ces lieux en ce moment même alors que chacun ravitaillait leurs familles. Tout le monde parlait sans cesse. Souvent on distinguait un groupuscule de bonnes femmes qui s’étaient isolées pour mieux bavasser sur les passants qui osaient passer près d’elle. Nul doute qu’on apprenait de tout ici et depuis quelques semaines, les murmures indiscrets qui parvenaient jusqu’aux oreilles d’Orion étaient on ne peut plus désagréables…

Alors qu’il marchait l’air distrait jusqu’aux étals aux viandes et poissons, facilement reconnaissable par les odeurs qui s’en échappaient, Orion grimaçait. Nul doute que les évènements passés gardaient des traces dans les esprits de ces concitoyens. Lui-même n’en revenait toujours pas. Les dernières Panathénées avaient si bien commencés et avaient fini dans un tel chaos. Nulle mémoire était capable de se remémorer les agissements de tous et chacun fallait-il voir là un signe comme quoi mieux valait ne se rappeler de rien. Beaucoup d’habitants avaient spéculé sur les raisons de cette folie général et passagère : les devins impliquaient les Dieux dans cette mascarade, les plus craintifs craignaient qu’on ne voit là l’aube d’un complot, les membres de l’Assemblée s’efforçaient de garder leur calme en évoquant une bien belle soirée un peu décadente. L’euphémisme était là. Quoiqu’il en soit, la plupart des accusations se retournaient vers un endroit, une personne en particulier et il semblait qu’à chaque coin de rue, on redoutait qu’elle ne fasse son apparition comme si la peste pouvait frapper à n’importe quel moment. Lassé d’une telle méfiance, Orion redoubla de rapidité pour atteindre son but. Tant pis si le moment de répit tournait court, l’atmosphère était si lourde qu’elle réussissait à l’en étouffer lui-même. C’est alors qu’au détour d’une rue étroite, il percuta de plein fouet une inconnue. Sous le choc, il laissa tomber son paquet qui s’ouvrit par terre, laissant rouler quelques pommes plus loin. « Vous ne pouvez pas faire attention, vous gâchez les fruits de Déméter présentement ! » Poussant un juron qu’il valait mieux ne pas nommer, l’homme se baissa à terre pour récupérer ce qui n’avait pas touché le sol que des centaines de personnes foulaient chaque jour. D’une main tremblante d’agacement, il refit lui-même le nœud à plusieurs reprises pour être certain que plus rien ne lui échapperait. Chaque vivre était précieuse ici d’autant plus quand on n’avait pas les moyens d’aller en chercher toutes les journées qu’Hélios graciait de sa lumière. Passant une main dans ses cheveux pour écarter les mèches qui tombaient devant ses yeux bleus, il releva la tête pour enfin affronter du regard la personne qu’il avait bousculée.

La jeune femme avait abattu son péplos sur sa tête dans l’espoir qu’on ne remarque pas son visage. Le péplos était tissé dans le lin le plus précieux, des fibres brillaient un peu à la lumière, sans doute des fils d’or qu’on avait cousu ça et là. Cependant, quelques boucles d’une blondeur irréelle dépassaient de sa capuche de fortune pour faire refléter le soleil. Passablement ébloui par une telle chevelure –peu de personnes savait combien Orion pouvait être fasciné par cette représentation de la féminité, il finit par se concentre un peu plus pour distinguer le visage de l’inconnue. A vrai dire, être à genoux au sol lui permit de voir mieux que quiconque. Dérouté de la révélation qu’il venait de faire, il se redressa lentement avant d’incliner lentement sa tête en guise de salutation : « Chère Diane Aphrodite, je ne vous avais pas reconnue. » Sa voix était anormalement basse comme s’il savait pertinemment que la mention de ce nom provoquerait de l’émoi autour de lui. Car oui, c’était elle qui était la responsable d’autant d’agitation à Athènes. Grande organisatrice des dernières célébrations, elle s’était trouvée conspiratrice d’une intoxication à l’illusion et aux hallucinations. Serrant son paquet d’une poigne ferme, il posa sa main libre sur le bras de Diane pour l’écarter un peu de la foule qui s’engouffrait dans la rue. Elle semblait déstabilisée. Etait-ce le contrecoup du choc ? Non, Orion se doutait bien que sa mine attristée cachait une peine bien plus profonde. Une grande prêtresse ne se laissait pas aller ainsi à la résignation avec autant de facilité. Délaissant tout contact pour ne pas la gêner davantage, il poursuivit sur un ton inquiet: « J’espère que je ne vous ai pas blessée. »

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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Dim 17 Juil - 21:36

J'avais mal. J'eus encore plus mal, la douleur physique s'ajoutant à la douleur morale. Aussitôt, ramenant mes bras contre ma poitrine, je me sentis reculer, baissant les yeux pour ne pas soutenir le regard de l'homme qui avait croisé si durement mon chemin. Je ne voulais pas le voir, ne voulais pas affronter son regard qui serait doublement accusateur sur ma personne. Je frissonnai désagréablement en m'apercevant qu'il avait laissé tomber des mets à terre. Et n'aurait été ma condition de Grandre Prêtresse, je me serais jetée à terre pour l'aider à ramasser les fruits qui roulaient au sol par ma faute. Jamais encore on ne m'avait apostrophé de la sorte, et je m'en sentis atterrée. La poitrine oppressée, je peinais à respirer et resserrai la prise de ma main contre mon buste. Mes doigts tremblaient alors que ma crainte augmentait. Si l'on était dès lors capable de m'injurier en pleine rue et de me brutaliser, à quand viendraient les coups ? La honte définitive, puis l'ostracisme ?

« Je suis désolée... »

Ce furent les seuls mots qui parvinrent à franchir la barrière de mes lèvres. Tendue, crispée, mes dents meurtrissaient déjà l'intérieur de ma bouche alors que je ne souhaitais plus qu'une chose:que cet inconnu me laisse à ma misère et s'éloigne sans plus enfoncer encore un peu plus le poignard qui me saignait depuis des jours, déjà. Je reculai à peine lorsqu'à genoux, il acheva de récupérer ses biens. Mais mon regard finit malgré moi par croiser le sien. Je ne sus pas à quoi m'attendre. Remarquai la façon dont il me dévisageait. Finirait-il par me couvrir lui aussi d'un œil luisant d'envie ? Une envie charnelle, sans la moindre tentative de dissimuler ces pulsions propres aux hommes ? Un immense dégoût pour moi-même m'envahit et, pendant un instant, j'eus envie de disparaître. Disparaître de cette rue, de la Cité, de la Grèce tout entière. M'évanouir pour rejoindre Artémis quelque part, la seule à ne m'avoir jamais trahie selon moi. Je me sentais salie, souillée. Indigne de ma position. Et, pendant un terrible instant, je crus que j'allais fondre en larmes. Ce qui ne saurait tarder. Mais pour cela, je préférais être seule. Conserver un semblant de dignité était tout ce que la plèbe daignait me laisser.

« S'il vous plaît... »

Un murmure, quasi-inaudible. Je ne suis même pas sûre qu'il l'ait entendu. Qu'importait. Je voulais demeurer seule avec mon chagrin, avec le blasphème que je paraissais transporter à chacun de mes pas. Mes suivantes avaient eu raison de m'avertir : sortir dans les rues d'Athènes était une pure folie. Jamais je n'aurais dû quitter l'abri des colonnes de marbre ou de la fraîcheur de mes jardins. Mais il avait fallu que je me montre, que je m'expose aux foudres. Stupidement. Bornée. Je ne le regardais plus lorsque sa voix s'éleva de nouveau, contrastant de façon extraordinaire avec ses précédentes paroles. J'accueillis avec surprise sa révérence. Ces révérences qui faisaient peut-être partie d'un ancien temps. Peut-être. Si jamais je n'étais lavée de ce soupçon. La mention de mon nom m'affola néanmoins, et je jetai des coups d'oeils inquiets sur notre gauche, là où continuait de circuler les passants. Je ne voulais plus que l'on m'aperçoive. Plus que l'on cherche sur chacun de mes traits une vérité que je ne détenais pas. J'étais innocente. Simplement innocente.
Je crus que mes jambes allaient m'abandonner elles aussi au moment où il toucha mon bras pour m'éloigner, me protéger à nouveau dans le renfoncement de cette ruelle sécurisante. M'adossant contre la pierre, les prunelles embuées, je n'écartai qu'à peine davantage les voiles de mon péplos avant de relever les yeux vers celui qui m'avait reconnue.


« Orion... »

Je restai bouche bée un instant. Il m'avait aperçu lors des Panathénées, avait eu l'occasion de me rencontrer, d'échanger quelques mots. Je cherchai son âme derrière ses iris. Désemparée. Nue, vulnérable. Un pauvre sourire finissant par étirer mes lèvres.

« Blessée... je le suis déjà. Vous auriez pu creuser cette blessure. Mais vous ne l'avez pas fait, je vous assure. »

Dans un état de nerfs peu comparable, les larmes montant trop vite pour que je ne parvienne à les contrôler, je continuais pourtant de le soutenir, de lui faire face.

« Vous pourriez me faire du mal ici même qu'aucun Athénien ne lèverait un doigt pour vous en empêcher. Et si vous même êtes friand de ces rumeurs qui courent sur moi, sachez que vous auriez droit à la plus grande des impunités. »

Non. Mes statuts s'étaient envolés, enfuis. Dissous. J'effleurai du bout des doigts le paquet qu'il transportait .

« Je vous dédommagerai pour ceci... »
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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Mar 19 Juil - 11:16


DIANE & ORION ♣
Orion gardait un œil attentif sur la jeune femme. Bien qu’il ne l’ait aperçue la plupart du temps que lors des grands évènements lorsqu’elle était dans son plus bel appareil pour représenter son rôle, il semblait qu’aujourd’hui elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Ou était passée la prêtresse qui accordait un sourire gracieux à chaque passant, qui leur souhaitait la faveur des Dieux quand ceux-ci paraissaient moins graciés ? Alors que sa tâche imputait à faire le lien entre la population et Athéna la somptueuse, n’aurait-elle pas désiré se ranger du côté de l’Olympe cette fois-ci, uniquement pour ne pas avoir à subir les regards condescendants ? Fort heureusement, elle se présentait bien abritée sous son péplos de lin. Elle avait du prévoir la réaction venimeuse des habitants fragilisés par le dernier festin. Les Athéniens avaient toujours été de la sorte : ils ne pliaient jamais face au danger ou à la rivalité mais ils ripostaient avec une telle fougue que la cible se trouvait bien vite seule au monde. Le maitre d’armes lui jeta un regard désolé. Qu’elle se rassure : valait-il mieux qu’elle soit ignorée de ses anciens fidèles qu’on ne lui jette la pierre comme n’importe quelle étrangère qui aurait commis le blasphème utile. Les prêtresses qui l’accompagnaient au temple la soutenaient toujours du moins il l’espérait. Derrière les apparences, les langues se déliaient toujours et Diane était impuissante contre les idéaux fermes et assumés de ces âmes. En ce qui concernait Orion lui-même, il ne pouvait pas cacher sa consternation. Il avait été présent comme la plupart des fervents adorateurs des Dieux. Il avait vécu les mêmes actes déséquilibrés, il s’était nourri des mêmes vivres, avait bu le même vin. Il s’était délecté de cet encens envoûtant et certainement que son attitude en avait pâti quelle que soit la manière dont on l’avait empoisonné. Tout accusait tellement Diane Aphrodite qu’il était encore plongé dans le doute. Elle apparaissait la coupable parfaite : il la savait intelligente et habile. Oh sans aucun doute qu’elle aurait été capable d’une telle mascarade mais encore aurait-il fallu qu’elle y trouve un quelconque intérêt ? Celui de voir les valeurs qu’elle prêchait être bafouées sans aucun scrupule, celui de voir des âmes troublées agir avec leurs pulsions et non plus avec les facultés dont les divinités leur avaient dotés à leur naissance ? C’était totalement irréel.

Resserrant son bagage contre lui compte tenu de l’insouciance des citoyens qui balançaient quelques coups à leur passage, Orion écouta silencieusement Diane déballer son mal-être dans la retenue qu’il lui connaissait. Peut-être avait-elle besoin d’être écoutée ? Son visage reflétait une telle tristesse qu’il parvenait difficilement à croire qu’elle jouait la comédie. Si les femmes étaient les premières maitresses dans l’art de duper les hommes, on ne pouvait tromper la vérité bien longtemps. Et si cette rencontre incongrue avec la grande Prêtresse était l’occasion de démêler le vrai du faux enfin ? Loin des ragots et des opinions faussés, le maitre d’armes souhaitait se faire lui-même son propre avis. Il aurait la franchise de la déclarer coupable, il aurait les mots pour représenter la population ou bien la discréditer si toutefois il se rangeait de son côté. Orion n’était pas assez puissant et reconnu pour renverser la situation mais tout du moins, il aurait le mérite de détenir la clé de la vérité tout comme les divinités là-haut la possédaient. Ne pouvaient-ils donc pas envoyer un signe ? Haussant les épaules, Orion se garda tout de même de garder une distance entre Diane et lui. Quand bien même elle était devenue une moins que rien dans l’esprit de certains, il n’oubliait pas qu’un fossé culturel et social les séparait. Il lui devait encore le respect. Tentant un sourire pour l’apaiser, il glissa ses doigts basanés et abimés dans ses cheveux bruns : « Vous m’avez donc démasqué. Je ne puis résister aux séances des médisances. » D’un mouvement de tête, il désigna le groupe de femmes à l’écart qui continuait de piailler sur les autres, des sourires satisfaits fixés sur leurs visages maquillés. Diane désigna alors les vivres qu’il avait réussi à sauver dans l’intention de l’indemniser pour les pertes. Sans le vouloir, Orion tiqua dans une légère grimace agacée. Il détestait ce qui s’apparentait à de la pitié, quand bien même elle démontrait peut-être simplement de la sympathie à son égard. Sur un ton qu’il voulut éloigné et désinvolte, il la remercia : « Votre action est louable mais ne vous en inquiétez pas. Ce n’est que l’affaire de quelques pommes… » Quelques pommes qui avaient fini dans la bouche de gamins errants ou de mendiants qui les croquaient à pleine bouche, si tant est que les dents qu’il leur restait le permettait. Ca n’était pas perdu au fond.

Recouvrant ses esprits, Orion comprit que Diane n’avait pas sa place ici. Elle ne s’y sentait pas à l’aise et il s’interrogeait encore sur l’inconscience qui l’avait pris quand elle avait décidé de se rendre là où toute la population se concentrait. Il n’y avait nul trace de courses dans ses mains, elle n’était escortée d’aucune de ses apprenties prêtresses. Elle était seule. Il fallait l’en sortir de là. Tant pis pour les viandes et poissons, ils attendront qu’il ait fini de lui tenir compagnie. Lui offrant son bras, Orion lui fit alors une proposition : « Permettez-moi de vous recevoir dans mon modeste foyer puisque j’ai fini mes achats. Ne restons pas là. » Il secoua légèrement le paquet qu’il tenait en main. « J’ai acheté quelques dattes, des figues et raisins qui, accompagnés d’un bon hydromel que ma sœur réussit à merveille, sauront vous redonner le sourire. » A vrai dire, à ces dernières paroles, c’était surtout la gourmandise d’Orion qui était excitée. A Athènes, on recevait toujours chez soi, même si la richesse et la tenue de la demeure laissaient à désirer. Par chance, Daphné ressentait le besoin de vivre dans un endroit propice aux invitations. Son ambition à toute épreuve lui avait conféré le savoir-vivre et le savoir-faire au grand plaisir d’Orion qui se complaisait dans un foyer douillet pour quelqu’un de son rang. Elle ne pouvait pas refuser car, pour être franc, il était en train de la sortie d’une promenade cauchemardesque. Ca ne pourrait être pire.

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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Jeu 21 Juil - 10:37

Je ne voulais pas de la pitié d'Orion. J'avais beau être effondrée, la dignité que chaque membre de ma famille semblait se transmettre de génération en génération ne m'avait pas épargnée. Je m'en voulais terriblement de cet accès de faiblesse devant lui. Je devais me reprendre, lui montrer que je ne craignais rien, ni la foule des Athéniens ni la colère des dieux. J'étais pure, innocente. Et s'ils s'agissait d'épreuves envoyées par nos souverains, j'étais prête à m'y soumettre... Tâchant de reléguer la rancoeur au plus profond de moi-même. Je relevai alors le menton en soutenant son regard, me redressant imperceptiblement en entrelaçant mes doigts contre mon abdomen, me forçant à respirer pour chasser la boule de chagrin et d'incompréhension qui m'étouffait depuis plusieurs jours. Le jeune homme face à moi me serait probablement d'un grand secours. Ce n'était pas auprès d'une femme me considérant comme rivale et me méprisant que je pourrais évacuer ce trouble et me donner une chance de m'expliquer. Non, c'était auprès d'un Athénien. Nous avions beau nous connaître très peu, j'étais rassuré rien que de le savoir à mes côtés. Il me semblait éclairé, plus prompt à la réflexion qu'au jugement inconsidéré. Il n'avait pas été impoli à mon égard, mais au contraire me ménageait, malgré cette rencontre de prime abord brutale. Je lui offris un sourire. Triste, mais un sourire tout de même. Mon regard suivit le sien jusqu'à un groupe de mégères, trop occupées à conter aux unes et aux autres les frasques les plus secrètes de nos concitoyens.

« Je vois mal comment vous auriez pu y échapper. »

Je tentais de demeurer aussi objective que possible, mais souvent des crises démentielles de paranoïa venaient troubler mon sommeil. Je vivais avec la peur au ventre, la terreur de savoir que tous ne parlaient que de cette affaire extraordinaire, ce scandale qui n'aurait jamais dû arriver. Il refusa que je le paye pour un quelconque dédommagement, et je me rangeais alors du côté de sa volonté, inclinant légèrement la tête.

« Très bien... »

Heureuse de disposer d'un laps de temps pour recouvrer mes esprits mais tout aussi gênée face à lui qui m'était à la fois familier et inconnu, je baissai les yeux vers le sol. Je brûlais de lui demander ce que lui pensait de tout ça. Mais il était peut-être encore trop tôt. Néanmoins il s'apprêterait à partir, et me laisserait là avec cette question en suspens, obsessionnelle dans ma tête. Ne pas être au fait de l'opinion de centaines d'inconnus, je l'avais accepté, évidemment. Mais si même ceux qui me connaissaient de près ou de loin se mettaient à douter de moi, ce serait une nouvelle lame qu'on enfoncerait en moi, impitoyablement. Alors que nous étions dans la rue des commerces, je me mis à penser à Néoptolème, ce garçon que j'avais rencontré dans l'une des boutiques qui s'étalaient tout au long de l'avenue. Et lui, que pensait-il de tout cela ? Me croyait-il innocente ou était-il revenu à ses premières appréhensions, alors que je l'avais senti méfiant les premiers temps de notre rencontre ?
Orion interrompit le cours de mes pensées, me faisant sursauter alors que j'aperçus son bras. Curieuse, je lui offris un regard interrogateur avant qu'il ne m'explique ses intentions. Je m'empourprai. Il était rare que je reçoive des invitations de la sorte, ou du moins pas de la plèbe. Certes, j'étais parfois reçue chez des dignitaires de passage, ou au sein des plus riches familles d'Athènes, mais jamais encore d'un simple citoyen. Et, par-dessus tout, je ne devais pas accepter ainsi qu'un homme me guide de cette façon. Je ne réfléchis qu'une poignée de secondes
.

« C'est avec plaisir que j'accepte. »

L'hospitalité, règle d'or chez les Athéniens. Je n'avais pas pensé à refuser, bien que déstabilisée par sa proposition. Néanmoins, mes doigts frôlèrent son bras pour le faire s'abaisser.

« Je marcherai à vos côtés. Ne vous compromettez pas davantage aux yeux de la Cité. »

Cela voulait-il dire qu'il n'était pas dans le camp de ceux qui me considéraient déjà comme condamnée à errer dans les limbes ? Qu'il était prêt à s'afficher en ma compagnie, quand j'étais devenue aussi désirable et inquiétante que la peste qui hantait parfois nos rues ? Un autre sourire, plus franc cette fois, orna mes lèvres.

« Merci de votre invitation. »

Une phrase simple, banale. Mais j'étais réellement touchée. C'était comme s'il s'agissait d'un cauchemar dont il venait de dissiper les voiles. Comme si les Panathénées avaient été ce qu'elles auraient dû être avant tout : une offrande majestueuse à Pallas-Athéna. Comme si rien n'était venu troubler le rassemblement du peuple tout entier. Sublime illusion que mon esprit pratique me força à écarter.
Résignée mais me sentant nettement mieux, je fus la première sortir de la ruelle qui nous abritait, rajustant à peine mon péplos en observant de part et d'autres les devantures, et surtout les gens qui s'y retrouvaient. A la fois méfiante, attentive, tendue et dans un monde que je fréquentais si souvent.


« Orion Attis... soit vous êtes d'un courage exceptionnel, soit Apollon vous a frappé de folie. »

Je tournai la tête pour chercher son regard. Ma voix s'était raffermie de même que mes pas. J'avais retrouvé un but, un point d'ancrage sur lequel me raccrocher.

« Ne craignez-vous pas les foudres qui pourraient s'abattre sur vous ? »
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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Ven 22 Juil - 21:06


DIANE & ORION ♣
Son invitation en aurait surpris plus d’un à vrai dire. Si toutefois il avait encore l’espoir de trouver sa cadette demeurée sagement au foyer familial à son arrivée, sans doute se serait-elle trouvée la première surprise de recevoir quelqu’un. Bien que la famille d’Icare ne fût pas la dernière en reste quand il s’agissait de recevoir modestes amies ou connaissances, l’hospitalité d’Orion avait mainte fois été questionnée : primant sur la méfiance, il avait toujours répugné à recevoir présence chez lui. Les ennemis étaient assez fourbes selon lui pour aller explorer le terrain intime de son rival avant de pouvoir porter le premier coup bien placé, sans scrupule. Il avait toujours accueilli les invités de sa famille avec la plus froide des réserves, se contentant de salutations primaires avant de disparaitre. Daphné lui avait souvent reproché de même faire fuir involontairement quelques-unes de ses anciennes amies qui ne venaient plus, refroidies par la prétention d’Orion qui frôlait parfois l’impolitesse. Aujourd’hui, il tentait de faire des efforts. Quand il lui conterait la visite de la grande prêtresse Diane Aphrodite chez lui-même, la sœur ne manquerait pas de rire aux éclats et d’user de stratagèmes pour le faire cracher le morceau avant de saisir avec effroi la véracité de ses propos. Il n’accueillait jamais personne et voilà qu’il conviait en sa demeure la personnalité la plus controversée de ces dernières semaines et ce pour le futur à venir. Au contraire de son ainé, Daphné voyait du bon en chacun des hommes, peut-être même le pire des voleurs si tant est qu’elle était capable de lui trouver une excuse valable. Il n’en avait pas parlé avec elle, préférant taire les possibles frasques dont il avait été l’auteur sans s’en souvenir mais il doutait qu’elle fasse partie de ces fidèles qui avaient trouvé le premier prétexte pour retourner leur veste et jeter l’opprobre sur la prêtresse. L’évidence était là. Orion avait beau être le plus exemplaire des Athéniens, qui se pliait aux ordres et aux lois, auquel on n’attribuait aucun crime aucun écart au prix même de son égo masculin qui s’en retrouvait mutilé, il ne faisait jamais rien comme tout le monde. Quand on aurait jeté les fruits gâtés et les viandes avariées sur la jeune femme aux cheveux d’ange et au nom divin que lui la graciait poliment de se joindre à lui.

Quand Diane accepta son invitation, il la gratifia d’un sourire modeste. Si son esprit valsait et balançait entre plusieurs façons de la considérer maintenant, son cœur lui en était gonflé d’une certaine fierté de la recevoir. Elle n’était pas n’importe qui, quand bien même ses récents actes la condamnaient à tout jamais. Elle demeurait le lien entre Athènes et l’Olympe et plus particulièrement la grande Athéna qui était le fondement même de toute cette civilisation vaniteuse. Orion lui offrit son bras mais elle le repoussa avec appréhension. Il n’insista pas. Il ne tenait pas à la déstabiliser davantage et à la faire craindre chacun de ses pas qui la mènerait jusqu’à son foyer. Qu’elle aurait voulu devenir invisible elle n’aurait pas fait mieux ! Cette dernière s’appliqua bien à dissimuler une nouvelle fois son visage qui respirait autrefois la sagesse et qui ne trahissait que la honte désormais. Elle n’était pas reconnaissable, sauf si toutefois on reconnaissait son allure gracieuse et les quelques mèches de blé qui dépassaient de son voile. Mais ce second détail, seul un fin appréciateur des atouts féminins tels qu’Orion était capable de le saisir. Ici on ne voyait pas plus loin que le bout de son nez et on était facilement aveuglé. Personne n’était dupe sur ce point. Diane s’était engagée la première et le maitre d’armes lui emboita le pas, d’un pas lent et déterminé. Tôt ou tard, il mènerait la marche sauf si elle avait aussi le pouvoir divin de savoir où il créchait. Juste derrière elle, il ne pouvait s’empêcher de scruter son environnement comme à la recherche d’un incident, comme un garde du corps. Elle n’avait rien à craindre cette fois-ci, du moins il l’espérait. Orion revint enfin à sa hauteur, s’apercevant qu’elle le cherchait du regard. Quand il marchait, le fer de son glaive favori qu’on avait eu enfin l’obligeance de lui restituer tintait à intervalles réguliers le long de la jambière. Doux son à ses oreilles mais qui avertissait quelconque âme folle de s’attaquer à lui. Capturez le plus expert des voleurs qu’il tremblerait comme le plus couards des enfants au simple son du fer qui se dégainait. La question de sa compagne lui arracha un faible sourire ironique. Il clamait souvent ne pas craindre grand-chose : les Dieux sans aucun équivoque, le danger quand celui-ci menaçait ses proches… Il devait avouer qu’il n’aimait pas beaucoup quand une chèvre se décidait à mâchonner les pans de la jupe de son armure en cuir –et Dieu sait que ça arrivait souvent sitôt qu’il s’aventurait dans les campagnes. Mais craindre les autres, sans aucun doute qu’il y survivrait. « Il faudrait être doté d’une bravoure herculéenne pour oser se promener à vos côtés sans aucun doute. Peut-être regorgez-vous encore de ces sortilèges absurdes dont on vous accuse ? » Mais elle ne parlait pas d’elle sinon de l’opinion publique. Sur un ton plus sérieux, ne voulant pas la vexer, il reprit : « Je n’ai cure de leurs avis. J’entraine leurs futurs soldats, j’apprends à ne pas craindre. Ils savent que leur ressentiment glisserait comme l’eau sur le plus poli des aciers. » Non, sitôt qu’Orion assumait ses prises de position, on ne s’en prendrait pas à lui et il comptait bien démêler le vrai du faux ce jour même.

Il prit enfin le commandement de la marche, la dirigeant dans le quartier nord au cœur duquel se trouvait la maison d’Orion. Diane serait certainement surprise qu’on puisse vivre dans un endroit aussi sommaire et modeste mais il n’avait rien de mieux à lui offrir. Le salaire de maitre d’armes était plus riche en compliments qu’en drachmes. Mais alors qu’ils atteignaient enfin sans aucun incident le lieu tant attendu, une voix perfide retentit : « Comment oses-tu la mener jusqu’ici ? Tu veux qu’elle ne réduise à néant nos familles aussi ? » Venue de nulle part, une figue semblait avoir pris la voie de l’air et s’écrasa lamentablement sur le bras nu d’Orion, visiblement victime d’une mauvaise visée. A nouveau, un fruit fondit en leur direction et atterrit cette fois-ci sur le péplos de Diane. Sans doute l’œuvre d’un fou dont les actes durant les Panathénées lui avaient porté quelque préjudice qu’il payait aujourd’hui. D’une main douce mais ferme, Orion poussa Diane à l’intérieur, ouvrant de l’autre main la porte de bois qu’il avait réussi à se faire faire fabriquer. Quand elle fut à l’abri, le maitre d’armes rejoignit à grandes enjambées le responsable avant de le toiser de toute sa hauteur, le pointant du doigt. « Si tu ne peux blâmer Dionysos pour avoir offert la luxure à ta voisine et la honte à ton épouse sous les effets de son propre vin, ne blâme pas la prêtresse de prier pour ton salut chaque jour. Agenouille-toi devant Pallas-Athéna ce soir et comble ta femme, c’est là ton seul devoir aujourd’hui. » L’interlocuteur, soudainement rubescent de la rumeur véridique dont celui-ci était à raison le sujet principal, s’enfuit rapidement sans demander son reste. Quelques habitants s’étaient réunis pour assister la scène mais Orion les chassa d’un geste brusque du coude tandis qu’il frayait son chemin jusqu’à chez lui. Faisant irruption, encore sous l’effet de l’adrénaline, il lâcha sur un ton lassé : « Les donneurs de leçons sont souvent les premiers à ne pas les appliquer… » Se rendant compte du bazar qui régnait dans sa maisonnée, l’homme s’empara des quelques affaires féminines qui trônaient sur une couche avant de disparaitre pour les déposer près des biens de Daphné. « Prenez place je vous en prie. »

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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Sam 20 Aoû - 15:32

Je comprenais lentement que la meilleure façon de me protéger des temps à venir était de trouver le juste équilibre. Un équilibre parfait entre la fierté et la dignité, et un repli en moi-même surtout destiné à ne pas offrir de failles visibles à mes adversaires. Néanmoins, la situation ne pourrait rester indéfiniment bloquée. Quelqu'un, un jour quelque part, devrait parler. Exprimer à haute voix ce qui tourmentait la cité dans ses fondements, dans ses rues les plus sombres. Que quelqu'un mette des mots sur ce malaise. Et surtout, que les rumeurs mettant en cause ma culpabilité se voient stoppés par un miracle, une déclaration. C'était ce que je ruminais en silence en suivant Orion de près. Au moins cette réfléxion avait-elle l'avantage de me faire oublier les passants qui nous frôlaient. Je ne les voyais plus, de même que je n'entendais plus leurs voix déchirer l'atmosphère. Certaines trop graves, d'autres trop aiguës, trop criardes. Il me fallut un long moment pour reposer mon attention sur mon compagnon, m'apercevant des regards qu'il lançait autour de nous. Alors que je m'étais au contraire enfermée dans une bulle de calme et de paix, totalement ailleurs, lui n'en était que plus attentif. Un sourire triste se percha sur mes lèvres, teinté d'une affection qu'il ne pourrait jamais voir. J'étais sensible à cette marque, et il avait été correct avec moi dès lors qu'il m'avait reconnue. Je n'oublierai jamais son soutien de citoyen en ce moment troublé de mon existence. Il m'offrait une soupape bienvenue, une porte de sortie pour quelques heures. Moi qui n'étais pas réellement habituée au cliquetis des armes me familiarisais petit à petit avec celui provenant du glaive qu'il portait aux côtés. Cela avait un côté sécurisant que je ne pouvais qu'apprécier. Je n'aurais pu être davantage en sécurité que près d'Orion en cet instant.
Son propre sourire, en revanche, m'intrigua. Je ne le pressai pas pour me livrer le fond de sa pensée, préférant le laisser à sa guise prendre le temps de me répondre. Et la réponse, quand celle-ci parvint, me fit hausser les sourcils de surprise. Je méditai ses mots, discernant une ironie qui ne m'était pas là non plus coutumière avant de reprendre sur le même ton.


“ Je n'ai aucun sortilège en ma disposition, non. Et si je pouvais prouver à la Cité toute entière que je ne suis pas une ensorceleuse je n'hésiterais pas. Par n'importe quel moyen. Je ne pourrais vous défendre en cas de problème autrement que par le simple usage de la parole. Et encore ... au vu de ma réputation nouvelle je doute qu'elle puisse vous être d'un grand secours.”

Saisissant cette fois la vraie opinion d'Orion, je lui offris un sourire plus confiant, plus naturel bien que discret.

“ C'est vrai que vous-même jouissez d'une influence considérable. Vous êtes reconnu dans tous les milieux. Même dans le sein clérical, j'avais déjà entendu parler de vos prouesses et des citoyens que vous changez en hoplites de grand talent. Nous avons de la chance de vous avoir.”

Je ne le charmais pas le moins du monde, n'en ayant pas besoin. J'estimais seulement nécessaire de lui déclarer ma pensée à son sujet, ce dont je n'avais jamais eu l'occasion avant cette rencontre au contexte si particulier. Aucunement soucieuse du chemin qu'il nous faisait prendre, je conservai une distance à peine respectueuse des convenances, me demandant secrètement en pénétrant dans le quartier nord laquelle des bâtisses était la sienne. Si le logement serait probablement modeste, j'étais très loin de m'en formaliser. J'avais appris depuis des années à ne pas juger un Athénien sur sa fortune, mais plutôt sur ce que son corps, son coeur et son esprit semblaient renfermer. Heureuse de nous sentir quasiment parvenus à destination, je relâchais doucement ma méfiance lorsqu'une voix retentit, puissante et d'autant plus répercutée par les murs des maisons alentours. Ce n'était pas étonnant ... il aurait été impensable d'arriver chez mon protecteur temporaire sans le moindre incident. Orion fut le premier à recevoir la déferlante, suivi de moi-même, me faisant échapper un cri de surprise que je ne pus réfréner. Fort heureusement, mon vis-à-vis ne se laissa pas impressionner et je me sentis poussée par lui, suivant son impulsion sans avoir le temps de réfléchir ni de réagir. Je me précipitai à l'intérieur de sa demeure, me réfugiant dans un coin de la pièce, tremblant encore du contre-coup de cette attaque, une première. Je n'avais jamais vu ni entendu parler d'une agression pareille à l'encontre directe d'une femme de mon rang. Sans discerner le maître d'armes, je l'entendis sans peine répliquer. Les mots m'auraient moi-même manqué, et j'admirai secrètement son sang-froid. De même, je ne pouvais qu'être sensible une fois de plus : il assumait bel et bien le fait de m'accueillir dans son monde qui n'était pas le mien en dépit de l'opprobre jeté sur ma personne. En me redressant, je retirai rapidement mon péplos pour éviter de souiller ma chevelure, le posant dans un coin, à l'abri. Je ne portais plus que ma longue tunique immaculée, ramenant contre mon épaule ma longue tresse blonde.
Le temps qu'il revienne, j'avais déjà commencé à laisser mon regard errer sur sa propriété. Rassurante. Chaleureuse. Un vrai foyer, dans lequel il ne vivait apparemment pas seul. Une femme, sans doute. Le parfum qui émanait de la maisonnée semblait également le confirmer. Je sursautai lorsqu'il revint soudainement, détournant les yeux le temps qu'il remette un peu d'ordre avant de m'asseoir sous sa proposition sur le bord d'un siège, avec précaution.


“ Veuillez m'excuser... je ne voulais pas vous mettre dans l'embarras devant vos voisins.”

Et pourtant je ne regrettais pas d'être venue, me sentant parfaitement à l'aise. Je frottai mon bras pour effacer l'image désagréable de la scène qui venait de se passer.

“ Sachez que si, un jour, je suis en mesure de vous rendre le moindre service faites-le moi savoir. Je suis votre débitrice.”

Je fis une pause avant d'inspirer, reprenant une respiration plus tranquille.

“ Votre demeure est très agréable.”
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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Dim 4 Sep - 0:43


DIANE & ORION ♣
Ses prouesses… Bien grand mot. Malgré lui, Orion ne pouvait dissimuler un fin sourire modeste qui n’en trahissait pas moins son orgueil satisfait. Il n’accomplissait là aucun exploit, aucun miracle. Chaque jour il se contentait de révéler le talent de tous les éphèbes qui l’entouraient, à grand renfort de voix autoritaire et provocante parfois même de quelques ordres bien sentis. Les reproches n’en étaient pas vraiment, bien plus destinés à faire progresser qu’à critiquer. Les démonstrations n’existaient pas pour qu’il se vante de sa force ou de sa technique mais bel et bien pour leur apprendre comment se battre à leur tour. Icare lui avait maintes fois répété qu’on s’attachait vite à cet endroit poussiéreux et à ce terrain cabossé. Orion en avait d’abord ri puis à présent, s’en retrouvait aussi dévoué qu’à son propre foyer. Ce n’était que des adolescents, parfois des citoyens de son propre âge voire plus vieux mais il ne pouvait contenir cet élan de paternité qui souhaitait protéger chacun d’entre eux. Il voulait les voir se parfaire dans les rangs de l’armée tout en désirant les garder derrière les remparts protecteurs du gymnase, à combattre avec des armes en bois. Les compliments de Diane touchaient Orion. Tous les deux à la manière, ils s’étaient consacrés à la grande cité, ils avaient mis toute leur personne dans l’entretien du prestige d’Athènes. Ce n’était pas de la chance, simplement une grande docilité citoyenne. Sans doute l’homme lui aurait-il retourné le compliment si toutefois il ne craignait pas de la blesser. Maintenant que la réputation de Diane en tant que traitresse et dangereuse conspiratrice s’était répandue comme une trainée de poudre dans les moindres ruelles, il n’y avait plus grand espoir pour qu’on la considère encore comme l’envoyée chanceuse d’Athéna. Elle subissait les quolibets, les attaques et si Orion ressentait le besoin de l’en préserver, ce n’était que pour se forger sa propre opinion. Comme tout le monde, il avait subi cette soirée mystique. Plus raisonnable, il ne jetait pas la pierre mais sans aucun doute qu’il attendait des réponses qu’elle lui fournirait. Du moins il l’espérait.

Le chemin du retour jusqu’à chez lui n’avait pas été de tout repos. Orion exécrait ses attitudes méprisantes qui semblaient avoir déjà oublié tout ce que la grande Prêtresse avait fait pour eux, en leur faveur, sans rien attendre en retour que leurs sourires soulagés. Ne priait-elle pas pour eux ? Ne leur transmettait-elle pas les messages de paix comme les avertissements ? Sans doute Diane avait un jour fait le vœu d’être la véritable représentante d’Aphrodite, d’autant plus ces derniers temps, afin de leur charmer et d’effacer toute trace de soupçon. Retrouvant la chaleur de son doux foyer, Orion remit un peu d’ordre, pestant intérieurement sur la pagaille qu’une jeune femme en fleur comme Daphné était capable de mettre à elle seule. Alors que son invitée s’excusait de l’incident, le maitre d’armes haussa les épaules, entreprenant d’essuyer son bras souillé de restes de fruits à l’aide d’un peu d’eau : « Peu importe. C’est Daphné qui regrettera l’éloquence de l’épouse quand son mari lui aura interdit de nous voir. » Pour en atténuer la gravité, il lui adressa un sourire complice avant de disparaitre de son regard pour lui offrir de quoi goûter. Parmi les vivres qu’il avait achetés, il disposa de quelques dattes, figues et pommes dans un grand plat en terre cuite. Par chance, sa sœur avait même réussi à dégoter quelques pêches qu’il ajouta. De l’autre côté, Diane se sentait redevable. Sans qu’elle ne puisse le remarquer, il souriait franchement. Comment une femme aussi honnête pouvait-elle être responsable d’un tel chaos ? « Vous ne me devez rien. Aurait-il tenu une pastèque dans la main que je n’aurai pu vous sauver. » Un peu d’humour. Souvent maladroit de la part d’Orion mais bourré de bonnes intentions. Tenant d’une main le grand plat et une cruche ainsi que deux coupes dans l’autre, il revint à elle d’un air concentré. Faire tout tomber devant elle revenait à perdre toute crédibilité…

Orion prit place à ses côtés sur la grande banquette qu’elle occupait, déjà plus à son aise. Pourtant, il n’avait pas quitté son plastron abimé et quelque peu sale pour une tenue plus civile, plus appropriée. Sous son bras, il portait encore une cicatrice violacée, vestige de la joute haineuse qu’il avait partagée avec le sparte Calais. « Excusez-moi de mon accoutrement. Les mauvaises habitudes. » Dans la pièce qui servait de pièce à vivre et de salle à manger, les enfants d’Icare n’avaient eu assez pour s’offrir beaucoup de mobilier. Il avait posé la collation devant eux, sur une petite table basse qu’il avait faite de ses propres mains. « C’est gentil. Je dois dire qu’une présence féminine y est pour beaucoup. Elle était d’autant plus accueillante lorsque ma mère y habitait encore. Mais vous êtes ici chez vous. » N’allez pas croire que l’homme faisait un excès de politesse parce qu’il recevait une telle personnalité. A vrai dire, il n’avait jamais eu le sens de l’hospitalité comme sa cadette, davantage méfiant. Et pourtant, peut-être vaguement charmé par l’aura énigmatique de Diane, il se sentait obligé de vaquer à son confort. Tandis qu’il parlait, il lui servait de l’hydromel. Très sucré, peut-être trop mais Orion n’y résistait pas. Il lui tendit par la suite. Sans plus attendre il se servit à son tour puis s’empara d’une pêche qu’il croqua à pleines dents, n’oubliant pas de faire couler un peu de son suc un peu partout. La bienséance ne durait jamais chez un ours mal léché comme lui. Reportant son regard bleu allumé par la gourmandise vers Diane, il n’hésita pas à mettre les pieds dans le plat. « Alors dites-moi. Depuis cet… épisode, vous affrontez tant de haine ? » Il n’osait parler de sa propre expérience, encore moins de son réveil des plus incongrus en compagnie d’une prêtresse qui ne portait pas Diane tant dans son cœur malgré leur fréquentation quotidienne. « Les athéniens vous en veulent ? »

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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Dim 18 Sep - 9:05

Un léger sourire amusé ornait mes lèvres. Je regardai cet homme, ce fier maître d'arme occupé à ranger avec frénésie les quelques affaires qui traînaient ça et là. Je faillis l'en dissuader mais me retins. Certes, je ne m'embarrassais pas de ce genre de détail, bien plus sensible à son hospitalité en elle-même, mais il était avant tout chez lui, et je n'avais aucun commandement à lui donner en ce qui concernait l'organisation de la maisonnée. Son sourire à lui me fit du bien, me confortant dans ma position : ici, j'étais convaincue que je ne risquais rien, que je pourrais savourer une trêve méritée sans pour autant me calfeutrer entre mes murs. Il faisait frais comparé à la chaleur étouffante du dehors. Si j'avais fermé les yeux, je me serais crue revenue dans un temple. Et le calme du quartier ambiant n'aurais pu m'empêcher d'y méditer à mon aise. Mais j'attendis patiemment qu'Orion revienne muni des fruits qu'il m'avait promis. Sa réponse, aussi foudroyante qu'hilarante m'obligea à pincer mes lèvres, aidées de ma main retournée. Oui, je m'empêchais de rire pour ne pas succomber à cette irrésistible vision. Je m'en sortis plutôt bien, ne laissant échapper qu'un bruissement étouffé. Je pus me calmer, inspirant un grand coup mais couvant d'un œil neuf le jeune homme assis désormais près de moi. Décidément, que voilà un homme plein de surprise. Je me demandais en silence pourquoi n'ôtait-il pas toutes les protections qui étaient siennes et qui surtout, devaient terriblement lui poser. Oh certes l'aisance est conférée par l'habitude, mais tout de même. Je me sentais bien légère tout d'un coup uniquement vêtue de ma tunique. Observatrice, mes yeux ne laissèrent pas échapper la cicatrice que j'entraperçus sous le bras d'Orion. Mais je n'aurais pas l'indélicatesse de lui demander sa provenance, cela va sans dire. N'ayant pas coutume de contempler des soldats d'aussi près, j'en oubliais de me servir, et lorsqu'il reprit la parole, je sursautai en rougissant subitement, comme si je venais de me faire surprendre en faute. Mes doigts vinrent frôler son bras.

«  Je vous en prie, vous êtes chez vous. Ce sont vos murs, et surtout c'est à moi de me plier à vos us, non l'inverse. »

L'odeur féminine qui planait dans les airs et soulignait la présence de cette jeune sœur apparemment expansive fit naître un brin de tendresse dans mon cœur. N'ayant jamais connu les joies de la fraternité, je pouvais comprendre l'attachement qu'il semblait ressentir à l'égard de la dénommée Daphnê.

«  Je ne doute pas que votre sœur soit une personne charmante, de même que l'était votre propre mère. Vous avez reçu une éducation exemplaire. »

Je l'observai sagement me verser un verre d'hydromel, tendant deux doigts au bout d'un moment pour lui signaler que ma coupe était suffisamment bien remplie à mon goût. En règle générale, j'évitais les consommations de ce genre, mais pour ne pas vexer mon hôte et surtout, pour lui faire honneur, je m'accorderai une exception. De toute façon, au point où en était la situation, je doutais de pouvoir l'aggraver. Je trempai mes lèvres dans le liquide terriblement sucré et enivrant, me contentant d'une infime gorgée. Ce faisant, j'aperçus la gloutonnerie de mon compagnon, et une fois de plus dû réprimer les prémices de l'hilarité. Là encore, je n'aurais pas l'audace de le taquiner d'aucune façon. Mes yeux aussi clairs que les siens vinrent les soutenir tandis que je vins saisir une pomme, la faisant délicatement rouler entre mes doigts. Si sa question me coupa l'appétit sur le champ, je n'en reposai pas le fruit pour autant.

«  Il me semble que c'est ce que vous avez pu constater, en effet. »

J'avais beau m'être raidi, ma voix était toujours aussi douce. Je m'apprêtais à recevoir un monceau de questions que j'estimais moi-même légitimes.

«  Je n'aurais jamais cru qu'un jour les rues d'Athènes puissent m'être aussi hostiles. Et pourtant je n'ai rien fait qui puisse mériter une telle aversion. Jamais. »

Mes yeux tombèrent sur la pomme. Je n'y avais toujours pas touché, mais continuait de jouer avec sa surface.

«  Mais le peuple est traître... Il est prompt à se méfier aussi bien qu'il est prompt à vénérer et à respecter. »

On l'avait bien mise en garde sur ce caractère un tantinet capricieux de la population athénienne. Et probablement l'aurait-elle compris si sa faute avait réellement été effective.

«  C'est une monstrueuse machination, et j'ai bien l'intention de savoir qui en est à l'origine. Je ne laisserais pas ma réputation rester bafouée jusqu'à la fin de mes jours. »

Une boule dans ma gorge m'obligea à faire une pause tandis que je fermai les yeux pour inspirer, appelant à moi le calme de Déméter.

«  S'il y a bien une chose pour laquelle je prie chaque jour, c'est cela. Je déteste l'injustice, et c'est la plus grande qui m'ait jamais été donnée de voir. Et j'en suis la victime, cette fois. Vous n'imaginez pas à quel point vous vous sentez l'envie d'en hurler. Hurler que vous n'y êtes pour rien, vriller du regard tous ceux qui crachent à vos pieds après s'y être prosternés. Je ne comprends pas... Je n'ai jamais cédé à la tentation, en dépit de son existence. »

Je repris mon souffle, portant enfin la pomme à ma bouche pour y mordre à peine.
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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Sam 19 Nov - 11:33


DIANE & ORION ♣
Diane Aphrodite demeurait toujours d'une discrétion et d'une délicatesse terriblement divines. En dépit de l'aversion que beaucoup lui portait aujourd'hui, elle ne perdait en rien de l'éducation virginale et pieuse que les prêtresse du Parthénon lui avaient inculquée. Elle le complimentait sur la tenue de son foyer, sur mère et sœur sans même qu'elle ne se soit entretenue avec elles plus de quelques minutes lors des événements de rigueur. Orion s'en sentait enorgueilli malgré lui, même s'il n'était pour rien dans l'atmosphère qui régnait dans cette maison. C'était le labeur des femmes de tenir la maisonnée et d'en faire un havre de paix. Daphné avait maintes et maintes fois rechigné, tentant tant bien que mal de le convaincre ne serait-ce qu'une fois de s'astreindre aux tâches domestiques mais là résidait la personnalité d'Orion : politesse et respect dissimulait toujours ses petits défauts machistes et égocentriques qu'il ne retenait plus quand il s'agissait de sa cadette. Continuant de croquer avec avidité la pêche dont il s'était saisie quelques minutes plus tôt, il écoutait sagement les paroles de Diane. Parfois un faible sourire se dessinait sur son visage délicat mais éteint. Nul doute que ses manières maladroites y étaient pour quelque chose mais l'heure n'était pas à la susceptibilité mais aux explications. Elle trempait à peine ses lèvres dans l'hydromel qui lui avait servi. Réel réticence face à ce met extrêmement sucré – n'était-ce pas pourtant l'adage des femmes cette saveur doucereuse – ou appétit coupé par tous les événements qui la troublaient il l'ignorait. Et le maître d'armes ne se risqua pas à poser la question. Il préférait plutôt mettre les pieds dans le plat et demander tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Diane se défendit de toute culpabilité et c'est sur un ton navré qu'il acquiesça d'un mouvement de tête : « Je n'en doute pas. Ils se vengent de la honte qui les habite. » Il fallait le dire : elle était la coupable toute trouvé à ce mystère qui planait encore sur tout Athènes. Elle était la brebis égarée qu'on isolait du troupeau d'un coup de bâton, tout ça parce qu'elle avait eu le malheur de se trouver là où elle n'aurait pas du être. Personne n'était en mesure d'expliquer ce qui s'était passé cette nuit-là, pourtant tout le monde en gardait les séquelles psychiques. Il n'y avait pas eu de blessés ou quelques égratignures, aucun mort, aucune disparition n'était à déplorer aujourd'hui. Ce n'était que l'instinct de survie des athéniens, l'échappatoire dont ils avaient besoin. Orion ne pouvait pas les blâmer pour cela, il ressentait le même besoin de s'acharner sur les responsables. « Il n'est pas traître. Il se sent bafoué. Pouvez-vous seulement énumérer ce que vous avez fait ou dit durant une seule petite heure de cette soirée ? Elle devait se dévouer aux festivités de la grande Athéna et voilà que nous en avons tout oublié jusqu'à notre propre comportement. A croire que l'air ne nous avait piégé dans un rêve éveillé. Ils ne vous détestent pas vous, Diane, ils redoutent la force invisible qui les a trahit ce jour-là. Et j'en fais partie. Je ne compte pas laisser cette sournoiserie impunie. »

La détresse de la grande prêtresse se lisait à présent sur son visage. En présence de son hôte, elle se contrôlait du mieux qu'elle pouvait pour ne laisser rien paraître mais les efforts étaient vains sur son regard désappointé. Il était à présent limpide qu'une telle femme ne pouvait pas dissimuler autant de vices. Après tous les incidents que les Panathénées avaient causé, elle ne pouvait rester impassible face à la peine qu'elle avait causé si toutefois elle était bel et bien l'instigatrice de cette mascarade. « Ce sentiment d'injustice tout Athènes la digère mal. » Sa voix était plus tremblante comme si à son tour Orion faisait face à une nervosité grandissante. Il mourait d'envie d'étrangler les criminels, et même si des noms lui venaient en tête, il se savait trop aveuglé par la colère pour être totalement lucide quant à cette histoire. Il posa alors une main rassurante sur le poignet de la belle. « Prenez votre mal en patience. Bientôt, le voile sera levé. Les Dieux ne laissent pas les crimes impunis et Athéna elle-même châtiera de sa fureur les saboteurs de ce qui devait être félicité et célébrations. Et sinon je m'en chargerai de moi-même. J'irai jusqu'à l'Assemblée pour réclamer procès. » Ces derniers mots furent comme promesses alors qu'Orion s'était levé d'un bond d'un air quasiment militaire. Glissant sa main légèrement poisseuse de suc fruité dans ses cheveux longs, il finit par retrouver un sourire quelque peu énigmatique. Reculant de quelques pas, il lança à l'intention de Diane : « Moi-même j'ai été victime de la tentation. Je vais vous révéler le seul indice que j'ai gardé de ma soirée hallucinatoire. Depuis, je l'ai jalousement caché en attendant d'assommer le responsable avec. » Sans en dire plus, l'homme s’éclipsa à nouveau pour se diriger vers ce qui semblait être sa chambre. Il sortit un objet de sous sa couche puis revint à Diane avant de le poser juste à côté d'elle, laissant aller sa surprise. Ne pouvant retenir un faible rire, il expliqua : « J'ai trouvé cette lyre en me réveillant le lendemain sur les marches du Parthénon. Il lui manque quelques cordes comme vous voyez. Un piètre musicien a du s'y essayer tout au long de la nuit et je n'ose imaginer l'état de sa voix par la suite. Quelle ne fut pas ma surprise en ouvrant les yeux et en sentant le mal de gorge qui me prit. » Légèrement penaud à l'idée de s'être pris pour un musicien poète durant cette nuit, il se frotta la nuque. Cette révélation était destinée à détendre l'atmosphère tendue, voire d'en rire. Bien sûr, il était hors de question qu'Orion n'ajoute qu'il s'était réveillé aux côtés d'une prêtresse de Diane, qu'elle ne portait pas dans son cœur qui plus est. Ce détail resterait de l'ordre du secret et ce, à tout jamais.

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MessageSujet: Re: Quand la cabale s'installe... [Orion ]   Ven 25 Nov - 14:30

J’étais réellement sensible au sens remarquable de l’hospitalité qui était celui d’Orion Attis en cet instant, bien que je ne pouvais guère le lui exprimer aussi sincèrement que je le souhaiterais. C’était presque avec pudeur que je goûtais à son hydromel, veillant toutefois à me modérer pour ne guère me sentir étourdie pour le reste de la journée : la chaleur qui régnait ne m’aiderait pas davantage. Toutefois, après les précédents instants qui avaient fini de me convaincre que le chemin vers une soi-disant rédemption serait long, cette demeure, aussi simple soit-elle, était devenue un havre de paix à mes yeux, qui valait toutes les résidences divines. Je penchai doucement la tête vers lui lorsqu’il me répondit avec calme et conviction. Comme si je décelais chez le maître d’armes l’assurance qu’il me manquait encore vis-à-vis de la populace déchaînée en son for intérieur. La honte qui les habitait… Mais cette honte ne m’avait-elle pas appartenue en tout premier lieu ? J’avais été jugée comme responsable des Panathénées. En ce sens, tout le poids de cette formidable mascarade m’était retombé sur les épaules.

« La vengeance … Ainsi ils auraient oublié Athéna en faveur de Némésis, c’est ce que vous pensez ? »

Je redoutais cela. La rancœur est longue à se tarir. Et je doutais de l’utilité de cette dernière à mon égard, tandis qu’un coupable continuait d’errer dans les rues d’Athènes. A moins que ce ne fut un étranger dont le but était de corrompre notre image, notre faste et notre fierté ? La piste n’était pas à écarter… Orion poursuivit, et me fit baisser les prunelles. Un sourire sans joie ornait mes lèvres.

« Bafoué… Chaque jour, chaque heure depuis ce jour maudit mon nom est bafoué. J’ai consacré ma vie à cette Cité. J’y suis attachée plus que tout au monde et je serais capable de tout sacrifier pour elle. J’ai souhaité soulager les âmes des athéniens. J’ai manifesté une dévotion que j’estime généreuse envers les dieux. Et regardez-moi aujourd’hui. »

Mon regard dans le sien. Evident. Triste ironie à l’égard de moi-même.

« Que voyez-vous lorsque vous posez les yeux sur moi à présent ? Des dizaines de questions hantent leur esprit. Et si le simple doute permet d’effacer des années de service… qui croyez-vous être le plus bafoué dans l’histoire ? Le peuple ? Ou moi… ? »

Ma voix n’était même pas accusatrice. Le reproche ne s’y lisait pas. Seulement une amertume solitaire, qui sonnait comme une bien tragique vérité.

« Je sais que j’ai perdu connaissance … J’ai dû rêver violemment car à mon réveil j’étais en sueur et … et désorientée. Mes prêtresses m’avaient conduites jusqu’à mes appartements. Au début j’ai pensé que mon malaise était dû à la chaleur ou à la fatigue. Ce n’est qu’après que je me suis rendu compte de ce qu’il s’était passé. De la panique je suis passée à la terreur. Puis au dépit. »

Je lâchai un petit rire, presque nerveux. Mais discret néanmoins.

« Il me détestent. Ils me pointent du doigt en me traitant d’infâme et d’impie. Bientôt, certains exigeront qu’il y ait procès. Qui sait … Peut-être me feront-ils l’honneur de me porter une coupe de cigüe ? »

Je me relevai sans gestes brusques, m’écartant légèrement de la table sans pour autant lui tourner le dos.

« Et pourtant je suis toujours là, devant vous. Croyez-vous donc que les dieux m’auraient laissé une porte de sortie aussi évidente si j’avais commis l’audace de les trahir à ce point ? Si j’avais commis un crime aussi abominable ? »

Croisant les bras contre ma poitrine, je le jaugeai longuement du regard :

« Vous avez raison. Quelqu’un doit enquêter sur toute cette histoire. Les servantes, les suivantes et les prêtresses n’ont jamais été ni inquiétées ni interrogées. Ce n’est pas normal. Nous devons savoir qui avait accès aux encens ou non. Je suis la première victime de cette injustice et j’exigerai réparation. Il n’est pas question que cette situation perdure, Orion. Je ne le tolérerai pas. Je ne suis pas en faute et n’ai rien à me reprocher. Je ne fuirai pas une vérité que je suis la première à vouloir connaître. »

Néanmoins je m’interrompis, alarmée par le ton de sa voix. Plus faible, plus … incertaine. Je me rapprochai à nouveau de lui, mes yeux parlant pour moi : il m’était hors de question de le toucher ou ne serait-ce que de l’effleurer.

« Orion… ? »

Je sursautai : ce fut lui qui me toucha. Et si je ne retirai pas ma main, je manquai d’en rougir. Je mettais un point d’honneur depuis ma rencontre avec Antonin à ne laisser demeurer aucune ambigüité possible avec les hommes, aussi aimables fussent-ils. Toutefois je savais bien que je ne risquais rien en la compagnie du jeune homme. J’hochai la tête avec un léger sourire lorsqu’il m’assura que cette histoire serait terminée sous peu, et que le coupable serait châtié comme il le mériterait. En cet instant, je plaçais toute ma confiance en lui, et je souhaitais le croire sur parole. Il se releva si vite que je manquai d’en reculer, surprise. Curieuse lorsqu’il m’annonça avoir fait partie des victimes comme les autres, j’attendis qu’il daigne me révéler ce fameux indice dont il m’entretenait. Joignant mes mains contre mon abdomen, je patientai sagement après avoir acquiescé. Quand il revint, je baissai les prunelles sur l’objet qu’il venait de déposer près de moi. Une lyre… Mes prunelles virevoltèrent de lui à l’instrument, tandis que du bout des doigts j’effleurai l’armature, solide et délicate. Je compris ce qu’il sous-entendait. Il n’aurait même pas été question de rire ou même de sourire.

« Je comprends … »

Mes traits se détendirent, peut-être pour le détendre lui.

« Il faut croire qu’Apollon a marché à vos côtés cette nuit-là. »

Dommage que l’instrument soit brisé. Il était beau, magnifiquement taillé.

« Si vous le souhaitez… je pourrais confier cette lyre à nos meilleurs artisans pour vous l’offrir. C’est la moindre des choses compte tenu de votre comportement à mon égard. Et surtout… j’aimerais que vous preniez en charge cette enquête concernant les Panathénées. Je ne fais plus confiance à personne ces derniers temps. »
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Quand la cabale s'installe... [Orion ]

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