" Si seulement tu pouvais te souvenir de moi..."
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 " Si seulement tu pouvais te souvenir de moi..."

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MessageSujet: " Si seulement tu pouvais te souvenir de moi..."   Sam 23 Juil - 3:07

In this world you tried
Not leaving me alone behind
There's no other way
I prayed to the gods: let him stay
The memories ease the pain inside
Now I know why
/



    N’oublie pas d’où tu viens. Cette phrase lui trottait dans la tête depuis son départ de Rome. N’oublie pas d’où tu viens. En même temps, comment l’oublier ? Il avait passé ses vingt dernières années dans ce petit village situé près de la grande Rome à souffrir le martyr. Des années d’esclavagisme – qui se perpétuait ici, à Athènes, malgré tout – traité comme un chien voire pire, à servir ce qui lui avait été donné comme famille. Pourtant, une pointe de nostalgie l’envahit. Où étaient parties ces années, son enfance ? Quelques détails l’assaillaient parfois, lui donnant une migraine insoutenable. Il n’avait pas eu d’enfance. Il n’avait jamais de frère, de sœur, de père ni de mère. Mais, il avait eu des amis. Il y avait eu des enfants plus ou moins de son âge qui avaient prit le risque de le défendre, comme Cassandre Pryus le fit plusieurs fois, ou des petits commerçants qui, l’ayant prit en pitié, lui offrirent de quoi se nourrir. L’esclave se mordit la lèvre inférieure alors que son regard continuait à se perdre dans la vague. Le quartier est ne cessait de lui rappeler qui il était ; un pauvre immigré devenu esclave. Tout ce temps passé ici, il en avait presque oublié pourquoi il était parti pour la belle Athènes. Et certains souvenirs, autant ceux douloureux que ceux qui l’emplissaient de joie, n’arrangeaient rien pour le remettre dans le droit chemin. Assit sur une pierre qui lui faisait office de siège, il savourait le moment précieux que lui apportait et instant de repos. Il avait réussi, après quelques suppliques, à s’esquiver de la maison de son maitre pour se balader dans le quartier qui lui était désormais si familier.

    A travers les ruelles et allées du quartier bien peuplé, il avait apprit à connaitre certaines personnes qui l’accueillaient avec la plus grande des joies. Il avait aussi fait la connaissance de certaines personnes qu’il préférait éviter. Mais ce quartier lui réservait toujours de magnifiques surprises, notamment le jour où il rencontra son amie perdue depuis si longtemps. Et aujourd’hui, sa plus belle surprise fut qu’il put penser et se reposer comme il le voulait. Ses yeux roulèrent en arrière pour observer le ciel. Bouche bée, Dorian n’avait jamais remarqué à quel point le ciel à Athènes était si bleu. Il cligna plusieurs fois des yeux avant de fixer de nouveau une dalle sur le sol. Les gens allaient et venaient, chahutant, rigolant ou hurlant dans diverses langues et variées, ce qui lui arracha un faible sourire. Sa langue natale lui manquait souvent ces temps-ci, trop souvent. Lui qui avait apprit en si peu de temps la langue, les coutumes locales et tout ce qu’il s’y faisait en Grèce ou dans la grande capitale. Il lui manquait sa part de romain, la part de ce qu’il était. Dorian s’appuya contre la pierre et se leva, faisant craquer quelques unes de ses articulations avant de se mettre à marcher. Il ajusta ses vêtements, beaucoup trop amples pour lui mais surtout très salis par le temps et le travail, tout en avançant. Il tapota doucement une petite fente qu’il avait crée dans sa tunique pour y glisser quelques pièces ou objets dont il aurait besoin. Les drachmes cliquetèrent au contact des unes et des autres. Il s’imaginait les poches pleines d’argent ; seulement, le jeune homme savait pertinemment que son butin n’était doté que de trois petites pièces. Il avait envie, plus que tout, d’entrer dans n’importe quelle boutique ou taverne pour pouvoir faire comme tout le monde : dépenser son argent pour ses petits besoins. Mais, mieux valait les garder vu ce que Christos faisait de ses drachmes.

    Dorian continua tout de même à tapoter les pièces avec une irrésistible envie de courir les dépenser. S’il en avait marre d’être pauvre, il continuait tout de même à rester l’esclave d’un autre. Le genre d’homme à se plaindre de sa condition sans réellement y changer quoi que ce soit.

    Pas à pas, bousculant quelques personnes au passage, il se retrouva près d’un stand qui vendait du pain blanc. Dorian passa sa langue sur ses lèvres, humant l’odeur du pain chaud qui sortait à peine du four. Il s’avança d’un pas hésitant. Quitte à dépenser de l’argent, autant que ce soit pour lui. Quand est-ce, la dernière fois, où Christos avait fait quelque chose de bien pour lui ? Le romain fronça les sourcils puis serra les poings. Il avait envie de son pain chaud qui lui tiendrait au ventre au moins jusqu’à demain soir. Puis, ses pas se bloquèrent. Paralysé, il n’arrivait plus à faire le moindre mouvement. Ses yeux s’arrêtèrent sur une jeune femme aux cheveux châtains clairs qui, le sourire aux lèvres, semblait elle aussi se promener dans le quartier essentiellement réservé aux émigrés.

    Ses cheveux-là, ses yeux, ce sourire, Dorian les connaissait très bien. Pourtant, il n’arrivait pas à y mettre un nom. Des souvenirs encore flous se heurtèrent dans sa mémoire alors qu’il tentait de recoller les morceaux. Une main frêle, lui offrant de quoi manger avec le plus ravissant des sourires. Son cœur se serra. Il fallait toujours que ce soit les femmes – les plus belles femmes – qui aient pitié de lui et de sa condition misérable. Non loin de Rome, il l’avait déjà rencontré étant enfant. Cette époque-là était déjà loin, très loin. Trop loin. Il finit par s’avancer. Ses membres tremblaient légèrement. Parcouru par la curiosité mais aussi par cette horrible envie d’étreindre ce visage familier et depuis si longtemps oublié, il posa une main sur l’épaule de la jeune femme. Après ce geste, le noir total. Il déglutit, la fixant comme si elle sortait tout droit des mythologies grecques. Par Jupiter, ce qu’il était stupide et naïf. Surtout stupide. « Bonjour, je suis le petit garçon à qui tu donnais de quoi manger quand il venait à l’étalage de ton père avec mon oncle. Mais bien sur, je ne me souviens même pas de ton prénom. Je ne me souviens même pas que tu me l’aies dit un jour. ». Dorian déglutit une nouvelle fois avant de réussir à articuler un faible « bonjour ». Voyant que sa main était toujours sur l’épaule de la jeune femme, il l’enleva brutalement pour la laisser reposer contre son propre flanc. Malgré sa timidité maladive et son envie de s’enfuir aussi vite qu’il le pouvait, l’esclave ne baissa pas les yeux, soutenant ce regard inquisiteur. Il répéta son « bonjour » avant de continuer :

    « - Je… Ça va vous paraitre étrange… Je sais que c’est totalement… Idiot mais… On se connait. ».

    Cela ne sonnait pas comme une question mais plutôt une affirmation. Il cherchait dans ce regard qu’il supportait tant bien que mal une faible et toute petite étincelle qui montrerait que, elle aussi, elle se rappelait. Il recula un peu, lui laissant de l’espace et pour ne pas l’effrayer, puis il ajouta :

    « - Près de Rome, dans un petit village. Il y a si longtemps, je sais mais… Dîtes-moi que vous vous rappelez… ».

    Car il avait l’air d’un idiot qui s’accrochait à un souvenir révolu.
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