Les liens du Nord ; YRIAN
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 Les liens du Nord ; YRIAN

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MessageSujet: Les liens du Nord ; YRIAN   Dim 25 Sep - 18:02



LES LIENS DU NORD

If you reject the food, ignore the customs, fear the religion
and avoid the people, you might better stay home. .


Freya ne portait pas l’agora dans son cœur.

Comment aurait-elle pu, de toute façon ? C’était ici, lors d’un jour de marché qu’elle avait causé indirectement la mort de son frère. C’était ici que le sort lui avait pris la seule personne à encore compter un tant soit peu, celui qui l’avait élevé en dépit de la misère dans laquelle ils avaient été lâché. Qu’avait-elle fait pour le remercier ? Elle avait désobéit et aujourd’hui, il était mort, mort à cause d’elle. C’était son immaturité, cette force puérile qui l’animait parfois qui avait couté la vie à Bran et ce lieu, comme beaucoup de choses dans les parages, lui rappelait la puissance de sa culpabilité et de sa douleur.

Plantée au milieu de la grande place d’Athènes, elle se sentait soudain minuscule et très loin de chez elle. Elle serra les mains autours du tissu de sa robe, en relevant un peu l’ourlet et un hoquet passa ses lèvres alors qu’elle cherchait à trouver le courage de bouger. Elle ne pouvait pas rester ici, ainsi postée au milieu du passage. On la bousculerait, une nouvelle rixe éclaterait et elle aurait envie de hurler de rage et de douleur. Partout, l’agitation lui faisait peur, elle commençait à haïr la ville. La campagne lui manquait, le village perdu dans les fjords où elle avait grandi lui manquait… Elle se retourna, sentant la foule s’avancer sur elle. Ce n’était pas le cas, ils l’ignoraient tous, elle n’était personne. A peine plus jolie que la moyenne, même si sa peau pâle et ses longues mèches blondes la rendaient différentes. Non, on ne la voyait pas, elle était juste entrain de céder à la panique. Partout autour d’elle se trouvaient les gens, dizaines de fourmis actives et efficaces, précises. Des femmes parlant fort pour vendre leurs épices en couvrant les voix des hommes qui eux se chamaillaient sur d’autres sujets, le tout enveloppé dans des rires d’enfants, des bruits d’animaux. C’était la vie à l’état pure, le symbole même d’une communauté mais pour la jeune Freya, c’était un spectacle des plus effrayants. Une minuscule voix, logée dans son crâne et dont l’écho insupportable résonnait en frappant les parois internes de sa tête se faisait entendre, soufflant de façon régulière et sournoise que là, dans la foule, le responsable était là et que maintenant que cet homme avait tué l’ainé vindicatif, il n’aurait guère de mal à s’emparer d’elle, à l’avoir. Elle était faible, vulnérable et seule, une fille de rien dans une ville déroutante de par son activité.

Par Odin, pourquoi ne l’avait-elle pas écouté quand il lui avait ordonné de se tenir tranquille ? Pourquoi n’avait-elle pas non plus déjà quitté les lieux ?

Se forçant au calme, elle inspira profondément, fermant les yeux et cherchant à ignorer tous les bruits qui s’élevaient autours d’elle, essaim affolé. Elle devait bouger, il le fallait, elle allait avoir l’impression d’étouffer autrement. Depuis la mort de Bran, la foule lui semblait si oppressante que c’en était à peine tolérable. Elle ouvrit les yeux et détourna le regard, ignorant les gens, cherchant un point fixe et calme d’apparence, un endroit où aller, une idée à laquelle s’accrocher. C’était le seul moyen valable pour qu’elle arrive à traverser cette place. Alors que ses iris perçantes scannaient les lieux, elle réalisa qu’elle n’avait toujours pas bougé. Elle n’était d’ailleurs pas la seule à s’en rendre compte car bientôt, une voix l’interpella : « Tu n’as pas ailleurs pour rester planter comme une potiche ? » . Si elle n’en comprit pas le sens, elle n’eut cependant pas besoin de se retourner ou de réfléchir pour en saisir le ton. Froid, cassant, agacé, quelqu’un voulait qu’elle bouge. Faisant un pas de côté, elle fit ensuite volte-face, dardant sur celui qui venait de l’alpaguer un regard tout aussi froid que son ton, aussi glacé que les terres dont elle venait… « Tu gênes, bouge donc de là ! » A nouveau, le même ton, mais une autre voix. Elle ne comprenait pas ce qu’on lui disait mais cherchait à bouger quand même, sachant très bien pourquoi on la blâmait. « Ne vois-tu pas qu’tu es au milieu ? » . Troisième. Et puis une quatrième, une cinquième et bientôt, elle ne sut où donner de la tête, se sentant nauséeuse et désemparée. Ce qu’elle pouvait haïr se sentir comme un animal apeuré… Elle se retourna une dernière fois, trouvant finalement refuge près d’un étal et affichant un petit rictus, elle commença à bafouiller dans sa langue. Elle était désolée, même si elle n’aimait pas s’incliner et ramper face aux Athéniens. Elle était trop prise de court pour parvenir à garder sa dignité à cet instant précis. Alors qu’un homme d’un certain âge la disputait à nouveau sans qu’elle ne sache ce qu’il disait exactement, elle baissa les yeux et chercha à s’excuser une fois de plus, n’ayant pas le moindre souvenir des mots d’ici pour le faire et se contentant donc des siens.

« Mais quelle idiote, à baragouiner comme ça, ne peux-tu pas parler normalement ? » Dans le doute, elle hocha la tête, mal à l’aise et meurtrie depuis des jours, perdue comme une enfant dans une foule austère et bruyante.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Les liens du Nord ; YRIAN   Dim 23 Oct - 16:45

« Je t'assure, l'ami, la marchandise est de qualité. Tu n'en trouveras pas meilleure dans tout l'attique, foi de Tzéris. »
Le marchand athénien n'était pas vraiment le genre de personne accueillante. Physiquement, il était déjà repoussant : bien que de taille moyenne, sa silhouette bossue mettait en avant un ventre particulièrement proéminent. Sa tunique, peu usée, était parsemée de tâches de graisse. Son visage était petit, mais un peu boursouflé. Les yeux semblaient se cacher derrière une masse de graisse pendant de son front. Leur couleur, un bleu un peu délâvé, faisait paraître l'homme calculateur, en contradiction avec l'image de gros bonhomme endormi qu'il renvoyait. Ses cheveux n'avaient pas vu l'ombre d'un peigne depuis un certain temps, pourtant, le marchand réussissait à les mettre en ordre. En voyant cet homme, un seul mot venait à l'esprit d'Yrian : gras. Cet homme était gras, empli de gras, recouvert de gras, vivant dans le gras. Il ne lui inspirait pas du tout confiance.
Alors que dire de ses manières désinvoltes, de sa façon de s'imposer au client comme la seule issue possible de ce bas monde, quitte à faire oublier que la mort était le seul véritable bout du chemin, et que lui, Tzéris, était le prophète auquel il fallait acheter quelque chose. Bien sûr, il ne le disait pas expressément, mais Yrian avait l'impression que le marchand lui affirmait qu'il n'y avait pas de salut en dehors de ses produits. Et sentant qu'il laissait s'échapper un étranger peu influencé par les croyances athéniennes, il lui servait l'argument de la qualité. Pathétique.
« Tu es difficile ?, reprit le marchand, mais tu n'entends rien au commerce, n'est-ce pas ? Vous les barbares êtes tous ainsi : vos honneurs sont vos plus grandes qualités, mais vous ne connaissez rien à la civilité. Ne le prends pas mal, l'ami, mais il faut savoir faire confiance à un Athénien lorsqu'il te dit qu'un produit athénien vaut plus qu'un produit thébain... Tu me comprends, l'ami ?
- Ridicule ! répondit Yrian. Ne va donc pas croire que je ne sache rien à rien ! Et moi je te dis que ce talisman, je le trouverai bien moins cher à Thèbes qu'ici, et de meilleure qualité qui plus est. Ne me prends pas pour un imbécile, je sais reconnaître les marques du temps, et ton médaillon souffre d'usure. Ma patience a des limites, aussi préfèré-je me retirer. Bonne journée, marchand. »

Quelques mètres plus loin, Yrian retrouva son calme. Il était bien rare qu'il entre en conflit avec un Athénien : depuis le temps qu'il était là, il avait appris à les connaître et à les respecter. Leurs coutumes lui semblaient parfois étranges, mais il les acceptait, conscient qu'il n'était pas en droit de critiquer une cité hospitalière. Somme toute, son statut de métèque lui convenait, et les rares amis qu'il s'était fait parmi le peuple lui suffisait à se sentir intégrer. Il vivait en marge dans un quartier périphérique de la ville proprement dite, mais parcourait régulièrement la cité, si ce n'est dans les quartiers les plus riches où il se rendait très peu. Il était décidé à y passer la fin de ses jours, bien tranquille dans un monde où il n'avait de compte à rendre à personne. Voilà la vraie vie, en quelque sorte, la liberté.
Un ralentissement de la circulation piétonne toutefois lui fit revenir la tête sur les épaules. La foule s'était faite plus dense et resserrée. Il approchait du cœur de l'agora, là où les gens se pressaient plus volontiers, loin des odeurs écœurantes de nourriture qu'il commençait à sentir en s'approchant de l'étal des restaurateurs. Qu'avait-il prévu pour le dîner, à ce propos ? Il n'était invité nul part et ne recevrait aucun hôte chez lui. Toutefois, cela ne le dispensait pas de se nourrir. Avançant toujours à travers la foule, il parcourut des yeux les différents étalages devant les marchands plus charismatiques que cet imbécile de Tzéris. Il se décida finalement pour un minuscule morceau de viande qu'il paya bien cher, incapable de négocier avec un boucher à l'air aussi jeune et innocent que celui qui l'avait servi. Ce dernier devait avoir à peine terminé son éphébie. Mais son visage, juvénile, était celui d'un ange - arnaqueur, soit dit en passant. Quelque peu contrarié, Yrian rebroussa chemin vers le cœur de l'agora.

Il n'adressa aucun regard aux marchands autour de lui, se contentant d'éviter avec une certaine habilité la foule des maîtres richement vêtus et des esclaves lourdement chargés. Une légère odeur d'épice lui parvint d'un endroit qu'il ne parvenait à situer. Quelques chars bloquaient des portions de route, tentant vainement d'atteindre le coin des maraîchers. Une petite fille courait, rapide comme un peu oiseau, derrière on ne savait quelle proie amusante. Rien d'inhabituel donc ce matin-là. Et pourtant, Yrian sentait un espace de tension dans un espace précis de l'agora, celui justement parmi lequel il devait passer pour en sortir. Levant les yeux, Yrian aperçut tout d'abord une jeune femme blonde immobilisée au beau milieu d'un lieu de passage. De là où il se trouvait, il ne parvenait à voir quelles étaient les raisons de son arrêt ? Une peur ? L'impression de s'être perdue dans l'agora ? Ou quelque chose d'autre encore ? N'ayant trouvé de réponse, Yrian détourna le regard.

« ...Tu gênes, bouge donc de là !
- Ne vois-tu pas qu’tu es au milieu ?
»
Yrian ne prêta pas grande attention à ces éclats de voix. Ils étaient monnaie courante dans un lieu public : chacun voulait avancer, avoir la meilleure offre possible, s'imposer, comme s'il était le centre du monde. Comment donc s'étonner de telles injonctions ? Yrian continua à traverser la foule qui resserrait doucement autour de la jeune femme. Et les cris continuaient, plus forts, plus nombreux. Yrian ne pouvait plus ne plus remarquer qu'il était pris en plein dans un amas de personnes qui n'arrivaient pas à passer. Lui aussi commença à pester, contre les Athéniens qui ne voulaient pas avancer :
« Mais bougez donc de là ! »
Rien à faire, la foule semblait s'être trouvé une bonne raison de stationner ici. Le sang d'Yrian ne fit qu'un tour lorsqu'il entendit quelques mots d'excuses en scandinave. Sa langue maternelle. Il l'utilisait assez peu depuis qu'il était à Athènes, ayant peu l'occasion de fréquenter d'autres métèques. Mais elle lui paraissait toujours aussi chaleureuse, porteuse d'une douce promesse de repos et de sécurité. Son terrain secret, sa langue. La jeune femme qui l'avait employé était la blonde qui était immobile dans la rue quelques instants plus tôt. C'était des plus logiques. Elle se tenait à présent contre un étal, visiblement mal à l'aise. Elle semblait comprendre la situation, mais être incapable de répliquer. Ainsi, tous ces Athéniens s'énervaient contre une scandinave qui paraissait plus perdue qu'autre chose ? Ne comprenaient-ils pas à quel point il pouvait être difficile de se sentir étranger, et que ce n'était pas ainsi qu'ils allaient l'aider ? Encore que... ils n'avaient aucune volonté manifeste de l'aider. Cette effusion de xénophobie atteignit son paroxysme lorsqu'un Athénien se crut dans le bon droit de dire :
« Mais quelle idiote, à baragouiner comme ça, ne peux-tu pas parler normalement ? »
Comment osait-il ? Yrian connaissait la fierté athénienne, et tout le sens qu'il fallait donner au nom de barbabre. Mais cette fois-ci, c'en était trop. S'en prendre à une jeune femme sans défense sous prétexte de ses origines était en dehors des règles de bienséance qui semblaient basiques au jeune homme. Il s'avança vers le fauteur de trouble, un athénien d'âge moyen et de carrure moyenne, l'archétype moyen d'un Athénien moyen, en quelque sorte. Il posa sa main sur l'épaule, obligeant l'homme à se retourner, gêné par l'intervention du métèque.
« Foutue fierté athénienne. Nous, les Scandinaves, on ne baragouine pas : on parle, tout comme vous. Et cette jeune femme, tu vois, elle parle aussi. »
L'homme, furieux, voulut s'attaquer à Yrian mais ce dernier, prévoyant une telle réaction, s'était déjà éloigné vers la jeune inconnue qu'il regarda droit dans les yeux. Il y voyait tout son mal-être, toute sa souffrance à cet instant. Mais il voyait en elle une part de ce caractère scandinave, qui lui permettait de faire face, alors que n'importe quelle Athénienne aurait déjà tourné les talons. Le regard dura une fraction de seconde, mais il suffit à Yrian pour comprendre qu'il ne pouvait pas laisser les Athéniens s'en prendre à elle. Il se retourna vers eux et dit d'une voix plus forte encore, pour se faire entendre de tous :
« Elle s'est excusée, figurez-vous ! Mais elle ne parle pas le grec, elle ne vous comprend pas ! Allez-vous lui en vouloir pour cela ? Elle était désolée de s'être arrêtée au bout milieu du passage, mais essayez de comprendre : elle devait s'être perdue, elle ne comprend peut-être pas le fonctionnement de l'agora, allez savoir ! Soyez civilisés, messieurs les Athéniens. Faites honneur à votre peuple, vous qu'on dit si tolérant avec les étrangers. »
Puis, se retournant vers la jeune femme, il lui dit d'un ton plus doux :
« Que faites-vous là, jeune dame ? »

[J'espère que ce que j'ai raconté sur le moment où leur regard se croisent ne te dérange pas. ^^]
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