[T] Comptes à rendre. [Dorian] - Page 2
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 [T] Comptes à rendre. [Dorian]

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MessageSujet: Re: [T] Comptes à rendre. [Dorian]   Mer 3 Nov - 3:15

    Se remettre en route le cœur lourd. Ou peut-être le cœur léger. Oui, il devait certainement avoir le cœur plus léger dès lors qu’il avait avoué ce qu’il ressentait après avoir fait sa première victime – qu’il espérait sincèrement être la dernière - . A peine eut-il fait deux pas qu’il sentit la pression d’une poigne se refermer sur son poignet. Instinctivement, il se retourna brusquement et leva les yeux vers Christos. Sans comprendre pourquoi, son maitre venait de l’obliger à reprendre ses sous. Qu’il y avait-il à comprendre dans cet acte ? Comme un animal, comme un chien, il abaissa la tête sans le quitter des yeux. S’il avait était l’un de ces canins, il aurait sûrement laissé ses oreilles glisser en arrière et serait parti la queue entre les jambes en jappant. Il attrapa avec beaucoup de mal l’argent. Les mains tremblantes, encore à cause de ses pleurnicheries, mais aussi de cette voix autoritaire qui lui donnait envie de rester droit sans bouger, sans même respirer jusqu’à ce qu’on lui en donne l’ordre. La pression s’était relâchée sur son bras et il prit une grande inspiration. Christos l’avait serré assez fort pour lui faire comprendre que la paye donnée était comme un ordre, un ordre qu’il se devait de respecter et auquel il devait obéir. Il regarda son maitre passer devant lui ; pour une fois, il ne l’avait pas bousculé pour lui sommer d’avancer. Tête baissée, essuyant ses joues par réflexe pour voir s’il restait des larmes, il se mit à avancer, suivant fidèlement les pas du jeune maitre.

    Après un long soupir, l’esclave leva la tête, plus attentif que jamais aux paroles du gymnète. Préserver sa vie. Ce mot revenait souvent. Combien de fois aurait-il dû la préserver, sa vie ? Combien de fois avait-il laissé couler, sans jamais rien faire ? Pourquoi a-t-il fallu que ce jour-ci, cette action là soit la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? Il aurait pu aussi le repousser sans le tuer, juste, le repousser. Préserver sa vie en préservant celle de l’ennemi. Cela aurait pu être possible. Il n’y pensait que maintenant. En tout cas, lui, il avait détesté tuer un homme, que ce soit un innocent ou pas. La bouille déconfite, il continua d’avancer tête relevée pour imprimer dans son esprit les mots qui pourraient l’aider à surmonter ce malaise. Mais les mots ne se firent pas entendre. Ils exprimaient juste un sentiment de plus, aussi incompréhensible que les précédents. Bien sur que la vie était difficile. On disait souvent que la vie pouvait nous mettre des claques tellement fortes qu’il était plus dur de se relever que de tomber. Or, ce n’était pas des gifles qu’il avait reçu, mais bien des coups de poing. Des coups qui l’envoyaient six pieds sous terre et l’obligeaient à rester enterré jusqu’à la prochaine attaque, l’enfonçant plus bas encore. Il était tellement las de tout ça qu’il n’osait même plus tenter de se relever. Il préférait continuer d’encaisser jusqu’à atteindre le centre de la Terre.

    Pour la première fois depuis qu’il était aux ordres de Christos, Dorian le regarda d’un air blasé. Cette petite imitation l’aurait certainement fait sourire, voire rire, si la situation n’était pas aussi dramatique.

    *Je parle vraiment comme ça en vrai ?*.

    Dorian fronça les sourcils en levant les yeux au ciel. Il ne cessait de ressasser sa voix à l’intérieur de son crâne pour savoir si sa voix sonnée aussi aigue que l’avait sous-entendu Christos. Il cligna plusieurs fois des yeux avant de revenir à la réalité. Il haussa les épaules. C’est vrai qu’il aurait pu tuer l’athénien. Mais cela lui aurait apporté quoi si ce n’est le même sentiment qu’il ressentait à cet instant ? De toute façon, même si l’esclave aurait levé la main sur le maitre, ce dernier aurait pu, d’un revers de main, le remballer. En même temps, vu le physique du romain, cela ne paraissait pas compliqué. Après tout, Dorian n’avait jamais songé à éliminer celui qui l’avait acheté comme un animal. D’un part parce qu’il était beaucoup mieux traité que d’autres et d’une autre car il vivait mieux que lorsqu’il vivait encore à Rome. Certes, il n’irait pas jusqu’à remercier Christos, se rouler à ses pieds et lui baiser les mains, mais il était certain que si le maitre lui demander d’agir ainsi, il en serait capable. Non ; il le ferait, c’est certain. Rien que de s’imaginer à plat ventre, vantant les qualités de Christos, ou même d’un autre, lui donnait la nausée. Il l’avait trop fait pour son oncle. Il ne s’en remettrait pas de le faire pour une tierce personne.

    La demeure pointait déjà le bout de son nez. Déjà… Ou plutôt ; enfin. Il était temps. Athènes lui avait paru immense. Traverser les ruelles, blessé, longer les murs comme le criminel qu’il était devenu, se ridiculiser publiquement… La matinée avait été tellement longue, tellement éprouvante ! La petite maison semblait être la récompense de durs efforts. Il ne voyait que ça ; une récompense. Il espérait juste pouvoir se jeter sur ce qui lui servait de couche et fermer les yeux, ne serait-ce que pour reposer son corps et son esprit. Il ne penserait plus à tout ça. De toute manière, Christos l’exigeait. Rêvait-il ou lorsque l’athénien tourna la tête, le romain crut voir ses pommettes s’empourprer ? Christos ? Rougir pour n’importe quelles raisons ? Impossible. Dorian secoua la tête, soupirant.

    Tête baissée, il continuait d’avancer, comptant chaque dalle traversée. Le sol avait beau être d’une chaleur à lui brûler la plante des pieds, ses orteils étaient gelés. Tout son corps était gelé. Alors qu’il passait une main sur sa nuque qui dégoulinait de sueur, Dorian eut juste le temps de se rendre compte que le gymnète s’était arrêté pour faire de même. Un peu plus et il lui rentrait dedans. Lui et sa maladresse… Il se décala de quelques centimètres et pencha la tête sur le côté pour voir ce qui aurait pu pousser son maitre à s’arrêter si brusquement alors qu’ils n’étaient qu’à quelques pas de la bâtisse. Plus que quelques dalles… Plus que quelques unes et le cauchemar était terminé, Christos avance, il n’en reste plus que… Que…

    « - Co… Comment ? ».

    Dorian écarquilla les yeux. ‘ Tu me dégoutes ‘. ‘ Je ne peux pas te laisser comme ça ‘. A quoi jouait-il ? A quoi jouait-il bon sang ?! L’humilier, le protéger, le mettre à terre, l’aider à se relever, le faire reculer ou lui dire d’avancer. C’était tellement contradictoire, tout était tellement contradictoire. Dorian aurait voulu l’attraper par l’exomide, le surélever – du moins, le plus possible avec la force qu’il possédait – et le secouer comme un simple bout de bois en lui hurlant dessus. Presque la réaction de Christos lui donnait envie de se remettre à vomir et chialer. Finalement, Christos s’amusait avec lui. Il s’amusait comme avec ces femmes auxquelles il regardait les jolies courbes se dessiner sous les péplos, il s’amusait comme avec les hoplites qu’il tuait en temps de guerre. Il s’amusait avec lui comme le jouet qu’il était. Il ne savait même plus si ses paroles étaient sincères ou juste ironique, lui insufflant une once d’espoir vis-à-vis de la vie. Ses lèvres tremblaient. Il aurait voulu l’attraper d’une main et plaquer l’autre contre cette bouche qui le répugnait. Il était désolé… Désolé ? Quelle valeur avait ce mot ? Après tout, prononcé tellement de fois, il était désormais dénué de sens. Si ces mots étaient sensés l’aider, cela ne faisait qu’enfoncer le couteau dans la plaie. Dorian recula. Ce regard d’habitude si méprisant se faisait tellement désolé, tellement compréhensif et sincère. Ce n’était pas vrai. Ces mots. C’était encore une ruse. Tout était faux. Il ne fallait pas s’y faire. Il disait juste ça parce qu’il savait pertinemment que Dorian ferait le contraire. Il préfèrerait se dénoncer plutôt que de faire accuser quelqu’un à sa place. Il voulait pouvoir se regarder dans une glace sans se haïr. Il ne pourrait jamais.

    Lui crever les yeux pour que cette couleur noisette ne le supplie plus et lui arracher la langue pour que cette voix ne se fasse plus entendre. Plus que quelques pas. Ils étaient enfin devant la porte. S’il aurait pu, il l’aurait plaqué contre la porte, coinçant son coude contre l’œsophage du maitre et l’obliger à revenir sur ses mots. Hargneux, il était devenu hargneux. Un rien lui donner envie de tout briser. A moins que cela ne soit que l’accumulation d’un tout. Il ne voyait pas que cette option là. Il n’avait même pas écouté la dernière phrase de Christos. Juste les sons étaient parvenus à ses oreilles. Le sens lui avait échappé. Il se contenta d’acquiescer d’un signe de tête sans soulever ce regard qui le rendait encore plus pitoyable qu’il ne l’était déjà. Mais il devait savoir. Il ferma les yeux avant de les rouvrir brutalement et s’avança assez prêt pour sentir le souffle chaud de Christos contre sa peau. L’homme faisait bien une tête et demi de plus que lui, mais cela ne l’empêcha pas de le regarder avec insistance. Comment en une matinée, il était passé du « je ne peux pas te regarder, tu m’intimides tellement que j’en ai peur de pleurer » à du « oui je te regarde et je soutiens ton regard, alors sois sincère » ? Dorian déglutit. Il avait presque envie de se hisser sur la pointe des pieds pour paraitre moins pathétique. Mais l’idée même d’y penser le rabaisser à une taille encore plus inférieure que celle qu’il possédait déjà. Non, sa voix n’était pas du tout aiguë, elle était rauque, grave, tellement grave que son propre corps en tremblait :

    « - A quoi cela vous sert de me protéger ? Et si on vous tuait à ma place, cela n’aurait aucun sens, non ? ».

    L’esclave n’était pas courageux et n’avait pas prit soudainement conscience de son audace, l’assurance n’avait en rien à voir là-dedans. Il voulait juste savoir pourquoi il se battait, pourquoi il avait tant envie de se relever. Plaquant sa main contre la porte en bois, empêchant ainsi Christos de passer, il fronça les sourcils. Sa petite cicatrice se fit plus saillante et son regard plus dur que jamais. Ses yeux avaient virés au gris foncés, son nez s’était légèrement plissé. Les dents serrées, il n’était pas prêt de lâcher le morceau :

    « - J’ai besoin de savoir pourquoi. Pourquoi tant de gentillesse maintenant. Pourquoi… ».

    Malgré l’assurance dont il faisait preuve, il tremblait. Il tremblait comme une feuille, suait comme un animal apeuré et avait envie de pleurer – même si cela devenait une habitude -. Dorian déglutit difficilement, sentant la salive passer le long de sa gorge, le brûlant presque :

    « - Pourquoi me dire que je vous dégoute pour ensuite me dire que vous êtes "désolé" et que "vous ne pouvez pas me laisser comme ça" ? ».

    Ses derniers se perdirent dans un léger hoquet. Il ne s’était jamais autant retenu de pleurer. Même les coups de reins de son oncle semblaient plus doux que la réponse qu’il appréhendait.
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MessageSujet: Re: [T] Comptes à rendre. [Dorian]   Sam 20 Nov - 18:16

    Surpris par le geste inattendu de Dorian, Christos recula d’un pas. Il le darda d’un regard à la fois interrogateur et agacé, tout en sachant que l’esclave avait le droit d’exiger une explication. Il avait agi de manière étrange, presque schizophrène, depuis cette… embuscade. Seulement, il n’avait pas envie d’en parler. Il avait prié pour rentrer chez lui en un seul morceau, et ce n’était pas la main frêle d’un larbin qui allait l’empêcher de s’allonger. Son visage se durcit légèrement. L’athénien fut pris d’une soudaine pulsion : frapper le romain, encore. Pour qu’il se taise, et qu’il cesse de poser des questions. Ne s’estimait-il pas heureux de rentrer presque sain et sauf ? N’était-il pas heureux d’avoir gagné un semblant de sa sympathie ? N’avait-il pas envie de dormir, lui aussi ? De nettoyer ses plaies, d’enlever le sang qui avait séché sur ses mains ? De manger, peut-être ? Il préférait comprendre ce que Christos était incapable de lui expliquer. Il avait grandi avec ses secrets, il comptait bien les emporter dans la tombe. De toute façon, rien ne changerait. Il leva les yeux au ciel en soupirant toute sa mauvaise foi. Puis un rire nerveux le secoua, et il posa un regard arrogant sur Dorian. Voilà ce que tu t’attires, pensa-t-il, le retour de ton maître tel que tu l’as toujours connu. Le grec était capable de passer d’un visage à l’autre en un claquement de doigt, il n’avait pas à se justifier sur ses sautes d’humeur régulières. La tête haute, il fixa tour à tour la porte de la bâtisse et la figure de Dorian. Son air déterminé l’étonna un peu, mais il n’en tint pas rigueur. « Et moi, je t’en pose des questions ? » Cracha-t-il.

    Une veine violacée gonflait au niveau de sa tempe. Maintenant si proche de la maison, il pouvait s’attarder quelques brèves secondes. Il saisit le romain par la matière grossière qui l’habillait et le plaqua contre la porte, la mâchoire contractée. Il enfonçait volontairement ses phalanges au creux de son cou, en le défiant de soutenir son regard, ou de se défendre. « Tu crois que c’est de la gentillesse ? Murmura-t-il, les dents serrées. Tu veux que je te rappelle ton prix ? Je te protège, parce que je suis ton maître, ce n’est pas de la gentillesse. Le jour où je serais ‘gentil’ avec toi, je te permets de m’assommer ! Et oui, tu me dégoûtes, et oui, je suis désolé, et oui, je ne peux pas te laisser comme ça. Le dégoût que j’ai pour ta naïveté et ta faiblesse ne partira jamais. Je suis vraiment désolé pour ce qui t’arrive, c’est vrai aussi. (Il relâcha sa pression.) Tuer quelqu’un par accident… c’est… c’est dur. Je veux juste que tu oublies ce qui s’est passé. Ca nous aidera, tous les deux. » Il marqua une pause et baissa la tête. « Je m’en fous si je dois mourir. Pour toi, pour un autre, qu’importe. Je n’ai pas peur de la mort. » Siffla Christos avec orgueil. Son poing se dirigea vers la tête de Dorian, avant de dévier, au dernier instant, contre la porte. « Ne me pose plus de questions, imbécile. Je n’y répondrais pas. Est-ce que je t’ai déjà demandé pourquoi toi, tu pleurnichais pour un oui ou pour un non ? » Le gymnète dégagea rapidement le romain de son chemin et poussa brutalement la porte.

    Ses paroles avaient dépassé sa pensée, sans qu’il ne le regrette pour autant. Ils vivaient peut-être sous le même toit, partageaient la même nourriture, la même eau, mais ils étaient étrangers. L’athénien ne savait rien de son esclave, et inversement. Pourtant, s’il prenait la peine de lui accorder un temps soit peu d’attention, s’il essayait de vivre avec lui en oubliant leurs rapports maître/esclave, il remarquerait qu’ils n’étaient pas si différents – même si Dorian était l’antithèse de Christos sur bien des points. Le grec, curieux de nature, aurait pu manifester de l’intérêt à celui qui le servait mais… non. Il n’en avait cure. D'ailleurs, il ne creusait pas souvent ses relations avec les autres, alors ce n'était pas un larbin qui allait changer la donne. Ses questions l'avaient mis très mal à l'aise, il se sentait lâche de ne pas pouvoir y répondre. Il ne vivait pas avec le poids du passé, il était dans le déni et n'avait de cesse de le repousser dans les abysses de sa mémoire. Et puis, soyons sérieux : se confier, lui ? La belle affaire. Il n'avait rien à dire et ne dirait rien. Son père lui avait reproché un jour d'être un égoïste notoire, aussi profond qu'une « flaque d'eau pendant la sécheresse ». Aujourd'hui, ses mots battaient avec le sang contre les temps de Christos, qui pensa que, pour une fois, Pallas n'avait pas dit quelque chose de complètement stupide. Vivre avec cette façon d'être égratignait de jour en jour sa réputation, mais il ne s'attachait pas, et pouvait partir quand bon lui semblait, sans craindre de souffrir ou faire souffrir. Cependant, lui qui clamait haut et fort son indépendance avait tout de même acheté un esclave sans moyen et sans rien à lui offrir en échange, sinon une protection discutable. Il fuyait une solitude insupportable et un déni de son infériorité par rapport à bien d'autres athéniens. Il avait ce besoin convulsif d'avoir le pouvoir, et, il fallait aussi le préciser, le grec était plus paresseux que la normale. La guerre, oui, mais les tâches quotidiennes... certainement pas.

    Rageant toujours, il se rua dans la minuscule pièce faisant office de cuisine et sa colère se décupla. Les courses, nom de Zeus. Il prit conscience de l'absurdité de cette matinée. Qu'avait-il gagné au jeu ? Le doute de son esclave et une poignée de drachmes dont il ne se servirait pas. Il ricana, avant de donner un coup de pied contre une petite table. Il y prit ensuite appui, en inspirant de grandes bouffées d'oxygène censées le calmer. D’accord, il était un peu déphasé. Un peu. Mais par tous les dieux, par tous leurs enfants, par toutes les divinités, qu’avait-il bu cette nuit pour vivre une pareille journée ? S’était-il cogné pour changer de comportement vis-à-vis de Dorian ? L’avait-on frappé pour le remettre dans le droit chemin ? À moins qu’il ne devenait réellement un brin sympathique avec son larbin. Là, c’était bien plus grave.

    (Désolée de l'attente et du petit post, je me remets dans le bain.. ^^'')
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MessageSujet: Re: [T] Comptes à rendre. [Dorian]   Mer 24 Nov - 22:04

    Le souffle de l’esclave se coupa, comme si son cœur, ses poumons, tout son corps l’empêchait de respirer. Il était incapable d’émettre le moindre son ou même de bouger d’un centimètre. Ses yeux écarquillés fixaient Christos. Il ne comprenait plus rien du tout. Le temps s’était arrêté l’espace d’un instant. C’était le monde à l’envers. Les Dieux ne devaient certainement pas être satisfaits du comportement de Dorian pour lui infliger pareille punition. L’attention que lui avait portée son maitre se transforma vite en dédain lorsque ce dernier leva les yeux au ciel et lâcha sa phrase. Peut-être lui imposait-on le silence. Il ne devrait plus jamais rien dire. Ne plus poser de questions, ne plus se renseigner, ne plus vouloir savoir. Juste, faire son travail. Faire ce pourquoi il avait été acheté comme un animal ; travailler. La pseudo-assurance de Dorian s’envola comme elle était apparue. Son bras qui empêchait son maitre de passer retomba lourdement contre sa hanche alors qu’il baissait les yeux.

    Le jeune esclave déglutit avant de se reculer de quelques pas. Il n’aurait pas dû faire ça. S’attirer les foudres d’un maitre qui était déjà en colère ? Il était vraiment aussi stupide qu’on le disait. Se courber davantage comme pour prouver sa soumission et sa fidélité, s’excuser en lui baisant les pieds… A quoi cela servirait-il désormais ? A continuer d’emmerder l’athénien. Il plissa les yeux en réalisant peu à peu ce que son geste entrainerait ; punition sur punition, peut-être d’autres coups, la petite sieste qu’il comptait s’accorder en rentrant lui passerait sous le nez et le travail qui augmenterait, doublerait voire triplerait. Un léger soupire s’échappa de ses lèvres tandis qu’il ouvrit la bouche pour s’excuser de nouveau. Seulement, Christos ne lui en laissa pas vraiment le temps ; cette main lourde qui s’était abattue sur sa joue, cette main qui s’était mis en travers du chemin de son ennemi alors qu’on en voulait à sa vie, joua encore une fois le rôle qui lui avait été si gentiment assigné. Une main, une poigne forte, robuste et dure, celle de l’homme qui connaissait le combat. Celle de l’homme qui savait quoi faire de ses poings. Ne pesant pas vraiment lourd et sa taille étant plutôt petite comparée à d’autres de son âge, Dorian fut maitrisé comme si de rien n’était. Comme s’il n’était rien d’autre qu’un sac que l’on pouvait trimballer d’un coin à un autre. Son dos heurta brutalement la porte en bois. Il ne put retenir un gémissement de douleur. Tout comme ses côtes plus tôt, le jeune romain entendit les coutures qui tenaient encore les parties de son haut se déchirer davantage. Il n’avait déjà pas un sous pour s’acheter à manger, comment pouvait-il penser à s’habiller ?

    Lentement mais sûrement, il sentait les ongles de son maitre s’engouffrer dans sa peau. Serrer les dents et ne plus flancher, telle resterait sa devise. Tête baissée, les yeux rivés sur la tunique de son maitre, il était hors de question de se permettre de croiser ce regard une fois de plus. Comme le gymnète le disait si bien ; il n’y avait rien d’autre qu’un rapport maitre/esclave entre eux. Strictement rien d’autre. Si Dorian regardait les gens en face, s’autorisait une certaine familiarité, ce n’était qu’avec ses amis, ces personnes qui méritaient sa sympathie. Mais bordel, comment Christos pouvait-il lui faire éprouver des sentiments si contradictoires ? Un coup il pouvait le détester comme le pire des abrutis qui le maltraitait puis le moment d’après comme le frère qu’il n’avait jamais eu. Il le sentait. Il le savait. Ce regard brun là… Tous deux avaient souffert et cela se ressentait, autant dans leurs comportements que sur leur visage. Dorian ne pouvait le nier. Parfois, il lui aurait suffit de sourire et de tendre la main à ce maitre pour occulter leur rang social, y faire abstraction, oublier pour mieux recommencer. Mais Dorian savait aussi que cet homme possédait tellement d’orgueil qu’il pouvait le voir dépasser du haut de sa tête.

    Les mots ne voulaient plus rien dire tant ils avaient été répété un milliard de fois. Dorian se mordit la lèvre inférieure. « Tu me dégoutes mais je te protège parce que tu es cher ! ». Combien de fois lui avait-il dit ce genre de phrases alors qu’il était complètement ivre ? Dorian osa relever les yeux, le regardant d’un air de chien battu. Il était naïf, il était faible. Oui. Il voulait combattre ces défauts qui le mettaient plus bas que terre. Mais c’était toujours plus fort que lui. Si on lui enlevait sa naïveté d’enfant, que lui resterait-il ? Serait-il réellement capable d’affronter le réel qui le frapper en plein visage ? Faible… Faible. Il se demandait souvent si sa faiblesse n’était pas de la folie déguiser. Se soumettre, se faire tabasser jusqu’à en cracher ses entrailles puis se relever pour mieux encaisser les coups ; oui, une sorte de folie masochiste.

    La pression sur son cou et le tissu se desserra tandis qu’il laissa ses yeux fixer un point au sol. Oublier. Encore et encore. Il ne demandait que ça ; oublier. Oublier jusqu’à son existence pour vivre comme un légume à marcher à travers les ruelles d’Athènes et exécuter des ordres qu’il n’aurait même pas à réfléchir. Soudain, il sursauta, le point de Christos s’abattant comme une menace contre la porte près de son visage. Secoué, l’esclave releva le menton et contempla Christos les yeux écarquillés. Sans songer un instant de plus à ce qui aurait pu se passer si ce poing se serait abattu contre son nez, il acquiesça vivement d’un signe de tête. Ses cheveux suivirent le mouvement de sa tête puis vinrent se replaquer contre son front, ses tempes et sa nuque. La question ne se poserait même plus ; il ne s’immiscerait plus dans la vie de Christos, personnellement. Poussé comme un objet embarrassant, l’esclave sortit du périmètre de la porte pour que le maitre puisse passer.

    Suivant comme une ombre l’athénien, le romain s’engouffra dans la petite maison, restant bien loin de celui qu’il servait sans pour autant lui accorder un regard. Les bras le long du corps, il attendait de nouveaux ordres. Un coup dans la table qui la fit déplacer. Dorian tressaillit ; il ne pouvait s’empêcher de penser aux objets que son maitre heurter. C’aurait pu être lui. Du coin de l’œil, il l’observa s’appuyer contre la table. Le ventre de l’esclave gargouilla. Il ferma les yeux en inspirant profondément : de l’argent gaspillé pour revenir les mains vides. C’était un comble. Finalement, Dorian s’avança vers une sorte de plan de travail et se baissa pour prendre les deux, trois fruits qui restaient. Il les tendit instinctivement à Christos avant d’enfin les poser sur la petite table :

    « - Il reste ça. Avant la fin de l’après-midi, j’irais chercher de quoi manger pour le soir… ».

    Rien qu’à l’idée de remettre les pieds dans le quartier marchand, de retrouver les marchands du matin, de croiser peut-être les gymnètes le rendaient malade. Mais c’était ça son travail ; se rendre malade pour un autre. Dorian renifla en passant un revers de main sous son nez. Il fit une légère courbette avant de se diriger vers le petit sceau d’eau qui se trouvait dans ce qui était son « petit coin ». L’esclave s’accroupit au dessus du petit sceau et plongea ses mains dans l’eau tiède avant de se rincer le visage. Soigner ses blessures maintenant ne semblait pas correct. Si jamais Christos le rappelait, il devrait être aux aguets, répondre présent dans la seconde qui suivrait. L’esclave renifla une nouvelle fois avant de passer une main sous le tissu qui couvrait son torse. Ses côtes le brûlaient. Mais il avait vécu pire. Se massant légèrement le ventre, en plissant les yeux, comme pour faire passer la douleur, Dorian ne pensa plus à autre chose qu’à retirer ses vêtements, se passer un peu d’eau sur le corps et se recoucher.


C'est moi qui m'excuse, c'est vraiment pas terrible =S ! Ta réponse était niquel >< !
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