Il faut savoir garder les pieds sur terre.
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 Il faut savoir garder les pieds sur terre.

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MessageSujet: Il faut savoir garder les pieds sur terre.   Dim 20 Mar - 18:24




    La descente de la colline avait été rapide. Rapide mais légère. Alors qu’il était monté le cœur lourd, il se sentait apaisé. Non pas que la compagnie de la jeune rouquine lui ait ôté ce poids sur la conscience, mais il ne pouvait le nier ; elle l’y avait aidé. Ils ne se tenaient pas la main. Ils ne riaient pas non plus, ne se souriaient pas. Mais ils marchaient côte à côte. Il n’y avait pas une mauvaise ambiance, juste ce petit quelque chose qui faisait que l’un savait que l’autre était là. L’esclave et l’apatride n’étaient pas non plus amis, mais désormais, un lien qu’ils ignoraient les unissait.
    Une légère brise chaude venait leurs caresser le visage, comme pour les aider à descendre le peu de mètres qui les séparait de la cité. Dorian avançait, le menton relevait. Cette fois-ci, il apprendrait à affronter le monde. Affronter le monde ou du moins Athènes et ses habitants scrupuleux. Au moins, il marchait la tête haute. Cela faisait trop longtemps qu’il restait l’échine courbée. Tellement longtemps qu’il en avait mal au dos de rester droit. Quelle ironie… Il avait toujours eu de la bonne volonté, comme on aimait le dire, mais jamais cette volonté de fer puissante qui lui permettait d’avancer avec convictions. Dorian tourna légèrement la tête pour observer la jeune femme du coin de l’œil. Même s’il ne l’appréciait pas vraiment, il était heureux de pouvoir l’accompagner jusqu’à chez son employeur. De toute façon, il ne pouvait que la reprendre. Malgré ses frasques incessantes, elle était douée et tous les habitants d’Athènes se bousculaient pour obtenir un tissu aussi soyeux après lavage. Le romain sourit. Même lui, s’il en avait eu la possibilité, il aurait demandé à ce que ce soit Thaïs Gaia, celle sur qui les rumeurs ne cessaient d’être colporter, lui lave son linge. Mais le peu d’argent dont il disposait ne lui permettait pas de se conduire comme un Prince ou un riche marchand. Un large sourire apparut sur son visage. Même si l’idée de laisser la jeune Thaïs rôder autour de son maitre lui faisait froid dans le dos, peut-être que s’il se trouvait clément avec elle, il pourrait obtenir d’elle quelques petits avantages comme celui d’avoir un linge propre et en bonne état.

    Avancer vers la ville, l’esprit libre et le cœur léger. Depuis combien d’années rêvait-il de cela ? Même les regards des autres, étrangement, ne lui faisait rien. Les athéniens observaient avec mépris les deux jeunes gens qui traversaient les rues l’un auprès de l’autre. Beaucoup s’y attendait, d’autres s’en foutaient, mais tout le monde savait qu’à Athènes, les bruits courts bien vite. Après tout, ne valait-il mieux pas raconter des bobards sur les autres plutôt que d’en entendre sur nous-mêmes ? Le système athéniens avait bien comprit cela. Dorian aussi. Son sourire disparut bien vite alors qu’il regardait alentour. Il n’était pas fait pour ce monde-ci. Raconter des histoires improbables sur les autres n’était pas du tout son genre. Il déglutit et s’approcha de Thaïs puis se pencha vers elle :

    « - Thaïs… Je t’amène jusqu’à ton employeur et je m’en vais. Je n’ai pas envie de m’attirer la foudre des autres… Si tu vois ce que je veux dire… ».

    Dorian se racla la gorge avant de continuer à avancer, se reculant peu à peu de la jeune femme. Il n’osa même pas la regarder. Qu’il avait honte… Partir la tête haute pour se retrouver écraser par les regards. Décidément, il ne changera jamais. C’était trop beau pour être vrai. Toujours de belles paroles pour au final se résigner et se défiler comme un lâche. Il avait l’habitude. Le romain croisa les bras sur son torse, encerclant de ce fait son corps. Et voilà que désormais, en moins d’une minute, il sentit que son visage commençait à blêmir. Ses membres s’ankylosaient, sa tête commençait à tourner. Tout ça pour rien ? Se sentir mal pour si peu de choses, c’était un comble. Et puis, qu’est-ce qu’il en savait que c’était eux que les gens regardaient ? Sa paranoïa finirait par le tuer.

    Gonfler ses poumons à bloque et continuer à marcher. Ils arrivaient presque à destination. On pouvait déjà voir les femmes et leurs bambins, les soldats se pressaient vers la laverie. Et toutes ces petites lavandières, certaines plus jeunes que Dorian, voire Thaïs, qui s’activaient pour fournir un travail remarquable. Il est vrai que la laverie tenait une certaine réputation. L’esclave plissa les yeux. Le soleil arrivait à son zénith. Il commençait à faire chaud, très chaud. Des gouttes de sueur perlaient sur le front du romain et glissaient le long de ses tempes. Même si Rome avait pour habitude elle aussi d’avoir des saisons plutôt chaudes, ça ne lui empêchait pas de donner un peu de répit à ses habitants. A croire que le Dieu du Soleil qui régnait sur Athènes semblait moins clément.

    Les deux jeunes gens s’approchèrent de la laverie. Une fois arrêtés, Dorian fit une légère courbette envers Thaïs :

    « - Il est temps pour moi de rentrer. Si Christos me voit ici, je ne donne pas cher de ma peau. ».

    L’esclave releva la tête et croisa le regard bleu vert de l’apatride. Elle lui arracha un sourire. Un sourire complice, un sourire sur lequel elle pourrait compter :

    « - Merci Thaïs Gaia. Merci mille fois pour ce que tu as accompli aujourd’hui. Je t’en serais reconnaissant, ne t’en fais pas. ».


    Parfois, il suffisait de quelques mots pour que quelqu’un se sente mieux. Quelques mots qu’il fallait bien trouver. Elle avait su les trouver et les utiliser à son avantage. Elle était douée. Du haut de ses dix-sept-ans, elle faisait partie des femmes d’Athènes avec qui il valait mieux être ami. Mais cette amitié-là, il était prêt à l’accepter.
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MessageSujet: Re: Il faut savoir garder les pieds sur terre.   Mer 24 Aoû - 3:00

    Elle aurait voulue parler, dire à Dorian à quel point encore elle était désolée de son comportement sur la colline. Elle avait toujours était ainsi, irréfléchi, irresponsable, elle se demandait même parfois si elle n’était pas irrécupérable. Quel genre de personne détestable pouvait-elle bien être pour s’attaquer à Dorian par pure jalousie ? Comment voulait elle être considérer comme une adulte si elle n’arrivait pas à se comporter comme tel ?

    Elle lança un regard en biais à Dorian, prête à se lancer dans une tirade de repentance, mais lorsqu’elle vit son air calme, elle se ravisa. Pour la première fois qu’elle voyait l’esclave avec cette expression de profonde sérénité, comme s’il avait fait la paix avec lui-même. Elle tenta de l’observer plus attentivement sans qu’il remarque son regard sur lui. Sa posture semblait plus sûr et son pas plus assuré. Cela changeait complètement sa carrure et l’impression qu’il pouvait donner aux étrangers qu’ils commençaient à croiser alors qu’ils entraient en ville.

    Il souriait, et cela rendit Thaïs étonnement triste. Il était vraiment beaucoup plus beau lorsqu’il souriait. Pas un sourire triste ou un sourire forcé, un sourire simple et réel. Cela devait être tellement rare qu’elle essaya de garder en mémoire la fossette qui se creusait sur sa joue légèrement rougie par le soleil.

    Elle décida finalement que le silence était agréable et sourit à son tour

    Ils étaient presque arrivés à la place du marché à présent et une étrange sensation la prit par surprise. Elle était… triste ?

    « — Thaïs… Je t’amène jusqu’à ton employeur et je m’en vais. Je n’ai pas envie de m’attirer la foudre des autres… Si tu vois ce que je veux dire… »

    La compagnie de Dorian n’était certes pas la plus intéressante, il était extrêmes taciturne et réservé. « Mais c’est de la compagnie tout de même. »

    La solitude de la pesée pas vraiment la plupart du temps. Elle s’y était habituée, et si parfois elle ressentait une certaine mélancolie elle essayait de se dire que les choses auraient pu être pires. Mais lorsque Dorian lui dit qu’il devait s’en aller, elle eut envie de lui attraper la main pour lui dire de rester.
    Elle n’en fit rien et acquiesça doucement.

    « Bien sur Dorian, je comprends. »

    Elle comprenait plus que bien. Le regard des autres était pensant pour lui aussi. Il ne voulait pas être vu ici.

    « Et pas avec toi. », pensa elle s’en pouvoir vraiment s’en empêcher honnêtement, elle ne pouvait pas lui en vouloir.

    Elle était Thaïs Gaia, personne ne voulait vraiment être vu avec elle en public, et elle venait de gâcher ce qui était certainement ses seuls instants de repos depuis plusieurs semaines par-dessus le marché.
    Elle ne savait pas exactement ce qu’elle attendait de Dorian, pas grand-chose certainement, mais elle décide de profiter de la compagnie qu’il lui accordait, au moins jusqu’à ce qu’il s’en aille.
    Non, vraiment, elle comprenait.

    Elle hocha la tête lorsqu’ils s’arrêtèrent et qu’il lui dit qu’il devait s’en aller, regardant autour d’elle à la recherche de quelque chose pour s’occuper l’esprit assez longtemps pour ne pas faire de bêtises. La fontaine était à quelques pas et s’approcha de la source rafraichissante plongeant ses doigts dans l’eau. Sous la chaleur écrasante, cette petite oasis était plus que bienvenue. Elle mit sa main en coupe et bu un peu d’eau, se rafraichissant le cou et le visage, elle devait être écarlate, mais Thaïs doutait que la chaleur soit la cause de sa rougeur.

    « Tu ne veux pas boire un peu d’eau avant de partir ? » Elle ne savait pas quoi dire de plus.

    Elle ne voulait pas le supplier de rester avec elle, elle ne pouvait pas exiger de lui qu’il apaise sa solitude quelques instants encore, pas après ce qu’elle venait de faire, jamais.
    Il lui sourit, et Thaïs ne put empêcher de lui sourire en retour.

    « — Merci Thaïs Gaia. Merci mille fois pour ce que tu as accompli aujourd’hui. Je t’en serais reconnaissante, ne t’en fais pas. »

    Son cœur manqua un battement, il la remercier vraiment ? Elle baissa les yeux et contempla le bout de sa sandale. Elle ne méritait vraiment pas ces remerciements, pas après ce qu’elle avait fait, pas après ce qu’elle avait pu penser. Dorian était certainement trop bon pour son propre bien. Les gens comme lui étaient si rares qu’il fallait les chérir, et même si Thaïs était plus jeune, même si Thaïs faisait quelques bons 20 centimètres que le Romain, et même si thaïs était certainement la moins mature des gens de son âge, elle se promit de protéger Dorian du monde extérieur, de le protéger des gens comme elle.

    Elle se hissa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur son front, sans oser totalement toucher sa peau.

    « Tu n’as pas à me remercier Dorian. C’est à moi de te remercier et de te faire des excuses, je ne sais même pas comment t’exprimer à quel point je suis désolée de t’avoir causer du tord, de t’avoir empêché de te détendre, je… »

    Elle écarquilla légèrement les yeux et sourit largement. Oh elle savait exactement comment se faire pardonner. Il y avait bien un endroit à Athènes ou Dorian pourrait se détendre totalement.

    « Tu pourrais passer à la maison close ? Tu ne dois pas avoir beaucoup d’occasions de te laisser aller. Laisse-moi faire ça pour toi. Ne t’inquiète pas pour l’argent, je me débrouillerais pour qu’on s’occupe bien de toi, fais moi confiance. », ajouta elle avec un clin d'oeil.
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MessageSujet: Re: Il faut savoir garder les pieds sur terre.   Sam 8 Oct - 14:10

    L’esprit ailleurs, Christos lézardait paresseusement non loin du port, adossé contre le tronc d’un vieil arbre alourdi par ses branchages. Il écoutait distraitement ses amis qui narraient les dernières rumeurs entendues au marché, tout en se passant à tour de rôle une amphore de vin rouge, pour ne pas déroger à leurs habitudes. Que ce soit le matin, l’après-midi ou le soir, l’athénien et ses compagnons ne trompaient pas leur réputation de bons vivants bien que cette décadence assumée leur attirait bien souvent des regards hautains ou des murmures assassins. « J’ai entendu dire que le Romain était au courant de tes petites affaires, Christos. Tu te souviens de sa femme ? » Le Romain était un surnom péjoratif qu’ils octroyaient à un riche armateur, dont le véritable nom était Faustus, et avec qui le gymnète partageait les mêmes goûts en matière de femmes. Ce dernier ne s’était pas en effet inquiété des conséquences de son jeu de séduction avec l’épouse de Faustus. « Ah bon ? Le jeune homme se redressa à peine, indifférent à cette nouvelle de mauvais augure. Cet incapable n’osera jamais me défier. Il est trop lent, trop stupide et la richesse ne lui octroie pas mes privilèges de citoyen. » Même si Christos enviait secrètement l’argent que le métèque possédait, il ne l’avouerait jamais à voix haute. L’athénien aurait aimé être un homme de valeur, dans la ville, devant qui l’on baisserait le regard et que l’on jalouserait, mais comment y prétendre avec son maigre héritage et son existence dépravée ? L’adultère, à Athènes, avait un prix. Le mari humilié avait le droit de tuer l’amant afin de sauver l’honneur de sa maison, sans quoi il serait dépossédé de sa réputation. Cela étant, l’armateur n’était pas grec, sa femme non plus. Un crime contre un citoyen lui coûterait davantage que le déshonneur. « J’ai une course à faire. » Le gymnète se releva difficilement, étourdi par la chaleur, les yeux plissés. « Tu n’as pas un esclave ? » S’étonna l’un de ses amis, en rebouchant l’amphore. « Cet idiot était introuvable, quand je suis rentré tout à l'heure. » Christos accompagna ses paroles d’un haussement d’épaules désinvolte, bien qu’intérieurement, il était irrité de ne pas être fichu de mettre la main sur cet incapable de Dorian…

    Le soldat était censé passer chez l’armurier, pas mécontent d’avoir assez de drachmes en poche pour acheter un nouveau glaive. Revenir vers la ville s’avéra être plus fatigant qu’à l’aller, la chaleur d’Athènes rougissant sa peau déjà mate à force d’être exposée aux rayons d’Hélios. Dans les rues surpeuplées de la ville, son attention fut soudainement attirée par un couple, à quelques mètres de lui, qui lui rappelait vaguement quelque chose. Il écourta la distance qui les séparait en accélérant l’allure, avant de reconnaître son esclave, tête baissée et dos voûté, comme il avait coutume de se tenir, aux cotés d’une jeune fille à la chevelure flamboyante. Ainsi, Dorian occupait son temps libre avec une femme. Ce couple mal assorti piqua Christos de curiosité. Au diable le marché, il s’y rendrait plus tard, quand la foule se sera estompée. Il était bien décidé à ramener son esclave à la maison et le suivit jusqu’à la laverie, les sourcils froncés. Ce n’est qu’au moment où la jeune fille se retourna que le sang de l’athénien ne fit qu’un tour : Dorian fréquentait-il Thaïs Gaïa ? Écumant de colère, il les observa à la dérobée, les ongles enfoncés contre la paume de sa main. C’était assez étrange que le jeune homme réagisse si vivement à cette vision, il avait vu Thaïs entourée d’autres hommes et cela le laissait indifférent. Mais avec Dorian, ce n’était pas comparable. Il était son esclave, un être faible, inférieur, pas charismatique pour un drachme… Que faisaient-ils ensemble, par tous les dieux ? Était-ce la première fois ? Le cœur de Christos manqua un battement lorsque les lèvres de Thaïs effleurèrent le front du romain.

    « De nouvelles amitiés se forgent, on dirait. » S’exclama-t-il d’une voix forte, en arrivant par derrière. Il jeta un regard glacial à son esclave, le gratifiant de tout le dégoût qu’il pouvait avoir pour lui à cet instant présent. « Il n’en vaut pas la peine, Thaïs. Cracha-t-il avec mépris, sans quitter Dorian des yeux. Personne ne s’intéresse à un romain miteux et agoraphobe. » Ses mains le démangeaient. Mais il n’allait tout de même pas le battre en public et de surcroît, devant la jolie rousse. Il perdrait les faveurs de cette dernière et son esclave, dont la peau s’étirait difficilement sur son squelette – un coup en trop pourrait bien avoir raison de son corps décharné. Restait à savoir ce qu’il allait faire. Restait à savoir comment il retiendrait sa colère. « J’espère que tu as vraiment une bonne raison d’être ici. » Ses mâchoires se contractèrent.
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MessageSujet: Re: Il faut savoir garder les pieds sur terre.   Dim 9 Oct - 15:21

    Un baiser. Un rapide baiser déposé sur son front. Il avait à peine sentit les lèvres humides de la jeune femme effleurer sa peau. A part ceux de sa tante bien-aimée, il n’avait jamais été embrassé par une femme. Du moins, aucune femme n’avait voulu déposer ses lèvres sur sa peau meurtrie. Et ce simple geste le remplit de joie. Ses joues se teintèrent de rouge lorsque les talons de Thaïs touchèrent de nouveau le sol. Il déglutit, penaud, et tritura ses doigts sans savoir réellement quoi faire à part baisser les yeux, confus. Peut-être aussi que tout cela allait bien trop vite pour lui ; il y avait moins de quelques heures, ils se hurlaient dessus, prêts à bondir l’un sur l’autre et s’entretuer pour tout un tas de malentendus. Et maintenant, ils s’entendaient à merveille, s’embrassaient et étaient prêts à crier leur nouvelle amitié sur tous les toits. Dorian n’était pas habitué à ça. Il n’était pas habitué aux attentions, aux baisers et à ces merveilleux sourires. Mais les yeux pétillants de malice de la jolie Thaïs Gaia lui murmuraient que quelque chose de nouveau commençait, quelque chose de bon. Depuis les paroles de la rouquine, il était prêt à avancer et à accepter que le monde pouvait être meilleur. Son regard azuré recroisa celui de Thaïs mais il finit bien vite par retourner observer le sol lorsque cette dernière proposa à Dorian une façon pour lui de se « détendre ». Il ne fallut pas plus de quelques secondes au jeune esclave pour ne plus savoir où se mettre. Une petite souris ou alors une mouche, mais quelque chose de petit, très petit, pour pouvoir se cacher loin des autres. Tout d’un coup, il crut que le monde entier avait posé ses yeux sur lui. Il se sentit nu et totalement désarmé. Mais pire encore ; il se sentit stupide.

    Tous les hommes d’Athènes, qu’ils soient athéniens, romains, scandinaves, spartiates ou quoi que ce soit d’autre, du moment qu’ils avaient de quoi payer, ils avaient eu l’occasion de faire un tour à la maison close. Les jeunes garçons y étaient même envoyés par leurs propres parents parfois. Pour avoir une certaine éducation ou quelque chose qui s’y en rapprochait. Dorian ne se considérait pas réellement comme un homme. Un insecte ou pire que ça, mais pas réellement comme un homme. Les hommes n’étaient pas traités comme de la vermine par leurs paires. Mais Thaïs, elle, le considérait comme un homme, un vrai, qui avait des besoins. Il n’y avait jamais réellement songé mais… Oui, il avait des besoins qu’il n’avait jamais su comment les satisfaire. Et ça l’effrayait de ne pas savoir comment s’y prendre avec les autres, avec son propre corps. Il aurait voulu se cacher de Thaïs Gaia car il se sentait stupide de ne pas savoir comment réagir à cette proposition. Ses mains, par réflexe, vinrent se poser sur son visage et le secoua doucement, rougissant comme un enfant. Il ne savait réellement pas quoi faire, ni quoi dire, surtout lorsque celle-ci lui fit un clin d’œil. Sûrement aurait-il perdu connaissance s’il n’y avait pas tout ce monde auprès d’eux. Il se mit à balbutier :

    « - Je… Thaïs… C’est… Trop… Je… Non… Oui… Euh… Je ne sais pas… Quoi dire… ».

    Toujours caché derrière ses mains, il écarta quelques doigts, laissant apparaitre son œil pour observer la jeune femme qui souriait. Était-elle en train de se moquer de lui ou… Non, il ne devait plus être paranoïaque et penser que tout le monde lui voulait du mal. Lentement, ses mains se retirèrent de son visage et retombèrent contre son corps amaigrit. La tête rentrait dans les épaules, il finit par sourire et acquiescer d’un mouvement de tête. Ce serait bien plus facile que de parler et de continuer à bégayer comme un gamin.

    Ses doigts vinrent remettre en place une mèche de cheveux de Thaïs derrière son oreille. Si seulement il n’y avait pas tout ce monde, si seulement ils n’étaient que tous les deux, il l’aurait enlacée, son corps rachitique aurait tout fait pour la remercier et lui montrer que désormais, ils étaient amis. Mais sa timidité et sa peur du regard des autres continuaient de le ronger de l’intérieur. Il n’était pas prêt pour ça. Pas encore. Une énième fois, il murmura :

    « - Merci Thais, merci… ».

    Sur son petit nuage, il en avait presque oublié sa condition. Presque. La voix de la raison le ramena à la réalité. La voix de la raison ou plutôt celle de son maitre. Dorian tressaillit. Ses yeux s’écarquillèrent. Quel imbécile ; à s’amuser, il avait occulté ses tâches. Doucement, il pivota sur lui-même et regarda un moment Christos, stupéfait de le voir ici. Puis, comme à son habitude, il finit par baisser la tête, embarrassé. Les regards haineux que Christos lui jetait depuis quelques temps le rendaient malade. Il n’avait pas mérité ça… Il n’avait pas mérité ce traitement… Longtemps, il avait cru que Christos était différent de son oncle, de ces athéniens fortunés qui se moquaient de lui… Mais il avait apprit à connaitre ce maitre qui n’était rien d’autre qu’un bourreau de plus.

    Que pouvait-il lui répondre après tout ? Que pouvait-il dire face à Thaïs ? Face à un maitre qui se moquait complètement de ses excuses ? Dorian se mit à trembler. Il savait ce qui l’attendait lorsque Thaïs partirait, lorsqu’ils rentreraient. Si seulement un coup pouvait l’abattre pour de bon, qu’il n’ait plus jamais à endurer tout ça. Il inspira profondément et jeta un regard derrière lui, vers Thaïs. Non. Elle était la raison pour laquelle il voulait se battre pour vivre. Puis, il n’y avait pas qu’elle, il y avait toutes ces personnes qui, dans cette ville, lui avait tendu la main. Il ne pouvait pas se laisser crever si facilement. Dorian leva légèrement le regard vers Christos puis s’humidifia les lèvres :

    « - Je… Je suis vraiment désolé. Je sais que… Je n’aurais pas dû mais… ».

    Quelle excuse bidon pouvait-il trouver ? Je voulais me reposer ? J’avais une dispute à gérer ? J’avais une nouvelle amitié à maitriser ? Je n’avais tout simplement pas envie de rentrer pour subir tes coups ? Il voulait être fort, le petit esclave… Mais la seule chose qu’il réussit à faire, ce fut de trembler de plus belle. Christos avait raison ; il était miteux. Et il n’était même plus capable d’affronter le regard de son maitre ou de sa nouvelle amie.

    C’était à son tour de vouloir la présence de Thaïs. Il ne voulait pas qu’elle s’en aille. Il voulait qu’elle reste avec lui parce qu’il avait peur. Il voulait sentir la petite main frêle de la jeune fille se glisser dans la sienne, il voulait juste qu’elle dépose de nouveau un baiser sur son front, il voulait juste tellement de chose… Mais l’amour que portait Thaïs Gaia pour Christos était sûrement beaucoup plus fort que cette amitié naissante. Dorian bégaya de nouveau des excuses, tête baissée. Que pouvait-il faire d’autre après tout ?

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