The roman mistake. [ PV Christos ]
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 The roman mistake. [ PV Christos ]

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MessageSujet: The roman mistake. [ PV Christos ]   Dim 29 Jan - 21:36

    La journée qu’il avait passé avec Thaïs s’estompait peu à peu, emportant les sourires qu’il lui avait offerts. Dorian ne s’était jamais senti aussi bien que lorsqu’il avait fait le chemin de la colline jusqu’à la laverie où travaillait la jeune femme. Après la pluie était venu le beau temps. Ils s’étaient violemment disputés, en venant presque aux mains, voulant même s’entretuer. Puis ils avaient parlé. Juste assez pour comprendre Ô combien l’un et l’autre souffraient. Une souffrance que seule l’amitié qu’ils pourraient partager les aiderait à la surmonter. Mais Dorian était un esclave. Même si Thaïs était l’apatride, la pauvre fillette qui n’avait rien à faire à Athènes, la rouquine dont personne ne voulait. Elle était quand même athénienne. Du moins, c’est ce que tout le monde pensait un minimum. C’était l’une des leurs. Et lui, lui, l’esclave romain qui n’avait même pas les moyens de s’acheter de quoi manger, il n’était rien. Il n’avait pas le droit de lui parler, de lui adresser la parole, de la toucher, de rester ne serait-ce qu’à côté d’elle. S’il en avait eu le cran, il aurait attrapé Thaïs par les épaules en hurlant sur la place du quartier des commerces qu’il était esclave romain, mais qu’il était l’ami d’une athénienne. Une jeune athénienne devenue forte. Qui avait grandie. Mais la seule chose qu’il avait réussi à faire, c’était de plier devant Christos. Comme il l’avait toujours fait depuis que l’athénien l’avait acheté. Il avait plié et baissé la tête comme un enfant que l’on venait de gronder. Non, pire ; comme un animal qui baissait les oreilles après une énorme bêtise. Son seul crime ? Avoir parlé avec la femme qui n’avait d’yeux que pour son maitre.

    Dès le moment où Christos apprit que la rouquine en pinçait pour lui, il avait tout fait pour se jouer d’elle, s’amuser et la voir tourner en bourrique. A l’époque, Dorian s’en foutait. Il en avait presque marre que Thaïs tourne autour de son maitre comme un vautour. Mais désormais, cela lui faisait de la peine. De voir que Christos parlait bien à Thaïs, lui faisant presque des promesses qu’il ne tiendrait jamais, cela lui déchirait le cœur. Le pire dans tout cela ? C’est que la jeune lavandière buvait ses paroles comme s’il était le messie. Le gymnète n’était qu’un beau parleur et c’était connu. Pourquoi… Pourquoi Thaïs ne regardait que lui ? Pourquoi Dorian ne se rebellait pas et continuer de le craindre alors qu’il était aussi misérable que lui.

    Ils étaient partis. Ils avaient quitté la laverie, ainsi que Thaïs, pour rentrer chez eux. Pour rentrer chez Christos. Dorian ? Il n’avait pas de chez lui. Depuis bien trop longtemps. Christos marchait devant lui, comme à son habitude. Il avait l’air furieux. Il n’avait rien dit de spécial devant la jeune femme. Il n’avait pas agit sous le coup de l’impulsion. Il ne s’était rien passé. Il avait juste… Juste élevé la voix. Rien de plus. Dorian en avait frissonné. L’esclave savait ce que cela signifiait : il prendrait cher une fois rentré. Depuis quelques temps, Christos avait la main un peu trop la main leste envers Dorian. Ce dernier ne comprenait pas pourquoi. Il était toujours serviable, s’exécutait, même si on ne pouvait le nier, qu’il était très maladroit. Cela lui rappelait son enfance, près de Rome. Tout ce qu’il avait justement essayé de fuir en venant ici. Le Destin l’avait bien trop vite rattrapé. La tête baissée, regardant ses pieds nus, il avançait derrière son maitre. Il n’avait nullement envie de rentrer. Il ne voulait pas affronter, seul, ce que Christos lui ferait. Il ne voulait pas être puni pour le simple fait d’exister. D’exister et de ne plus être seul. Dorian voulait des amis, des personnes qui pouvaient lui tendre la main, sans rien demander. Il crut un long moment que Christos l’aurait fait. Mais Christos n’était pas son ami ; il était l’homme qui l’avait acheté.

    Dorian s’arrêta de marcher. Tête baissée, murmurant presque, il balbutia :

    « - Je suis désolé. Je suis sincèrement désolé, maitre. Je vous promets de ne plus m’en aller sans votre autorisation… Seulement… ».

    Dorian encercla son corps frêle, hésitant à demander à Christos s’il pouvait revoir Thaïs. Le romain savait que la petite fille aux tâches de rousseur serait capable de lui rendre son sourire :

    « - J’aimerais vraiment pouvoir la revoir… Je vous en prie… J’en ai… J’en ai besoin… ».

    Son corps fut parcouru de frissons et de tremblements tant la peur l’envahissait. Oui, la journée paisible et agréable qu’il avait passé venait d’être éclipsée par la peur elle-même. Par Jupiter, qu’il lui laisse seulement le droit d’avoir des amis, lui qui n’avait plus le droit d’être libre.

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MessageSujet: Re: The roman mistake. [ PV Christos ]   Lun 30 Jan - 18:36

    Pas Thaïs. Elle était intouchable. Si elle n’appartenait à personne, Christos était prêt à la faire sienne. Il s’amusait devant la belle en clamant quelques belles paroles, quelques vers appris à droite à gauche, quelques morceaux philosophiques entendus à l’ombre d’un arbre où des penseurs interrogeaient leurs riches élèves sur le bien et le mal. Thaïs était bien plus que cette beauté anonyme aux cheveux de feu : elle lui permettait d’être supérieur à ce qu’il était. Elle était naïve, influençable, charmée par ses mots dénués de sens. Il avait dix ans de plus, dix ans d’expérience, dix ans de maturité, et rien ne le gonflait plus d’orgueil que ses joues s’empourprant timidement lorsqu’il daignait s’adresser à elle. Et Dorian. Encore lui. Qu’avait-il pu dire à cette pauvre fille ignorante ? Christos connaissait si mal son romain d’esclave qu’il doutait de sa loyauté derrière son dos, et il était convaincu que son malheureux esclave racontait des insanités sur son compte. La paranoïa avait atteint son paroxysme. Il l’avait empêché de rester avec l’orpheline, il l’avait forcé à revenir près de lui : son maître. Le seul qui pouvait décider de son sort. Sans mot dire, par la force de son regard polaire et pernicieux, l’athénien avait contraint son larbin à le suivre jusqu’à la misérable bâtisse qu’ils habitaient, blessé dans sa fierté. Thaïs s’était-elle laissée charmer par cet empoté de romain ? Lui avait-il confié quelques secrets ? Le doute et la colère l’envahissaient à chaque nouveau pas le rapprochant de son quartier. Christos était peut-être pauvre et détestable, il possédait tout de même une prestance arrogante, glaciale, qui le rendait aussi pathétique qu’effrayant. Les mauvaises langues se déliaient toujours dans son dos, jamais devant. Une fois la porte claquée, l’athénien s’adossa contre un mur, les bras croisés sur son torse. Il écouta à peine les suppliques de Dorian. Jusqu’à ses derniers mots. « J’en ai besoin. » Son regard alors indifférent se braqua sur le visage encrassé de son esclave. Son cœur manqua un battement. Il crut mal entendre. Il déglutit.

    Ses poings le démangent.
    « Mais… commença-t-il par murmurer, à la fois abasourdi et cinglant, en se détachant du mur, a-t-elle besoin de toi, elle ? Si moi, je n’ai pas besoin de toi, alors qui d’autre le peut ? » Cracha-t-il au visage de l’autre, une ire violente transperçant ses paroles acerbes. Il était jaloux. Oui, jaloux. Si Thaïs s’était laissée approcher de Dorian, même sans penser à davantage, cela signifiait qu’il était… intéressant, d’une certaine manière. Qu’il avait quelque chose. Et il ne pouvait le tolérer. Christos se moquait de l’autorisation. Le romain pouvait sortir si ça lui chantait, mais il ne devait pas s’aventurer sur des terres qui ne lui appartenaient pas. Et Thaïs ne lui appartenait pas. « Elle mérite mieux que toi. » Et elle mérite mieux que lui-même. Il le sait, il ne veut pas se l’avouer : il n’a rien à lui offrir sinon sa prétention, ses mensonges et son égoïsme. Mais Christos faisait fi de ses défauts. Pour le moment, il était torturé par cette jalousie intérieure, cette rage bouillonnante, cette incompréhension qui l’agaçait : Dorian avait posé les yeux là où il aurait mieux fait de les garder baisser, et il lui ferait payer cette insolence. Il lui ferait payer chaque mot échangé avec la belle. Il lui ferait payer chaque pas parcouru à ses cotés, chaque œillade échangée, chaque rire partagé, chaque sourire volé. Saisi d’une pulsion, il se voit tout à coup défigurer le visage de son bon à rien. Alors il tourne les talons pour ne plus avoir à croiser les yeux myosotis de Dorian, une main grattant distraitement son menton. Il ne voulait pas le frapper, pas maintenant. Pas si gratuitement. Pas à cause d’une fillette qui l’érigeait en dieu. Et pourtant. Christos revint sur ses pas et plaqua le romain contre un mur effrité, ses doigts se resserrant contre la gorge de l’innocent. « Pourquoi elle ? » Siffla-t-il entre ses dents, désorienté, hors de lui. Il crevait d’envie de lui faire avaler ses dents, de lui enfoncer ses globes oculaires si profondément qu’il ne pourrait jamais plus la regarder.

    Pourquoi Thaïs ? Était-il assez vicieux pour le détruire par derrière ? Ou… ou était-il juste victime d’une coïncidence ? Peu importe, l’athénien allait lui faire comprendre deux ou trois choses. Dorian était un faible. Et la seule façon d’éduquer les faibles était de leur faire peur, de leur tirer des larmes honteuses et d’arrêter au bout de leur centième supplique larmoyante. Après cet « entretien », il n’oserait plus jamais reparler à Thaïs ou à qui que ce soit, du reste. Il baisserait les yeux comme le mouton qu’il est et se terrerait dans son silence.
    À moins qu’il ne décide du contraire.
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MessageSujet: Re: The roman mistake. [ PV Christos ]   Lun 30 Jan - 21:21

    Dorian leva les yeux vers Christos qui le regardait, les bras croisés contre son torse. L’esclave déglutit. Son maitre n’avait pas l’air énervé ; il avait des envies de meurtre. Il pouvait facilement le lire dans ses yeux. Il se mit à trembler davantage. Il voyait le moment où Christos se jetterait sur lui pour le rouer de coups. Le romain ne savait pas combien de temps encore son corps supporterait ces blessures. Il avait souvent prié pour qu’un coup de poing finisse par l’achever. Il en avait même rêvé. Mais là… Là, il ne pouvait plus abandonner. Ce n’était plus possible. La simple idée même de mourir en esclave, en misérable, en couard, ce n’était pas possible. Non. Pas après cette journée. Mais se ressaisir était tout aussi difficile. Il ne pouvait empêcher son corps de trembler alors que son esprit restait fort. Cela n’empêcha pas Dorian de laisser échapper un hoquet lorsque Christos l’acheva d’une simple phrase.

    Le romain baissa les yeux, triturant le bout de tissu qui ornait son corps. Pourquoi les mots étaient-ils toujours plus tranchant qu’une lame ? Dorian aurait largement préféré que Christos le batte, l’envoie valser à l’autre bout de la pièce, l’insulte, plutôt que d’entendre ça. Son ventre se serra. Il se sentit vaciller. Il crut l’espace d’un moment qu’il allait vomir aux pieds de son maitre. Il était important pour Thaïs… Il l’était… Elle lui avait bien fait comprendre que… Qu’elle lui était redevable… Qu’elle voulait passer du temps avec lui… Qu’elle… Ils étaient devenus amis. Le principe même de l’amitié, c’est d’avoir besoin l’un de l’autre. C’était ça, non ? C’était ça ? Dorian posa une main hésitant sur le mur le plus proche pour s’y tenir. Il n’avait jamais voulu se sentir important, jusqu’à ce jour. Il le savait, il le sentait dans ses tripes qu’il était important pour la rouquine. Son cœur se serra à son tour, il avait vraiment du mal à respirer. Christos était un enfoiré ; il savait mieux manier sa langue que le glaive.

    Si Christos n’avait pas besoin de lui, pourquoi le gardait-il ? Dorian osa relever les yeux, toisant presque son maitre, retroussant le bout de son nez, fronçant les sourcils. S’il en avait seulement eu la force… La force et le courage… De pouvoir le mettre à terre. De lui montrer ce que c’était que de se sentir faible et démunie de tout. Doriant déglutit, le souffle court, sans baisser les yeux. C’était certain ; Thaïs méritait tellement mieux. Elle méritait mieux que l’esclave ou le maitre. Elle méritait d’avoir la plus belle des maisons, avec la plus belle des cours, le plus beau des hommes avec la plus belle des fortunes. Elle méritait tellement mieux. Ne serait-ce que pour obtenir son sourire. Ses yeux pétillaient de malice et d’enthousiasme lorsqu’elle souriait. Et ses cheveux flamboyants… Par tous les Dieux, oui, elle méritait mieux. Mais Dorian était convaincu qu’il méritait son amitié, qu’il méritait par-dessus tout de pouvoir marcher à ses côtés. Il le méritait et il le voulait plus que tout.

    Les mains de Christos se refermèrent finalement autour de son cou. Ce fut rapide et douloureux. Ses doigts osseux, lui encerclant les cervicales tellement fort qu’il crut que sa tête allait se détacher de son corps. Son dos et le haut de son crâne heurtèrent le mur auquel il s’était retenu pour ne pas tomber. Bien moins grand que son maitre, Dorian dut se hisser sur la pointe des pieds pour ne pas les avoir dans le vide. Il ne put que grimacer, plissant les yeux sous la douleur. Il eut du mal à articuler :

    « - Chri… Christ… Christos je… ».*

    Dorian posa ses mains tremblantes sur celles de Christos, le regardant droit dans les yeux, les dents serrées. Pourquoi elle ? Parce qu’elle tournait autour de Christos et que cela n’avait pas plu du tout à Dorian, parce qu’elle avait un sacré tempérament de petite fille égoïste, naïve et candide, parce qu’elle avait su se dresser contre un homme malgré sa condition de femme, parce qu’elle n’avait peur de rien sauf du faire de ne pas être aimée. Parce que dans le fond, elle était comme Dorian, comme tous les êtres humains qui grouillaient dans Athènes ; elle voulait l’Amour des autres. Elle voulait qu’au moins une fois dans sa vie, on lui caresse la joue et qu’elle se sente importante. C’est tout ce que tout le monde désirait. C’est tout ce que ces deux là désiraient. Ses ongles s’enfoncèrent dans les mains de Christos alors qu’il ne baissait pas les yeux :

    « - Pourquoi elle ?... Et pour… Pourquoi moi alors ? ».

    Ses yeux se plissèrent de rage, de honte, de peur, de chagrin. Il n’avait qu’une envie : secouer Christos et lui hurler qu’il souffrait, qu’il souffrait depuis trop longtemps et que le gymnète faisait tout pour l’achever depuis des mois. Pourquoi lui ? Pourquoi le romain fragile parmi les autres plus robustes et peut-être moins couteux ? Sa voix si souvent enrouée, si souvent éteinte, finit par s’élever dans la maisonnette malgré le peu d’air qui passait dans sa trachée :

    « - POURQUOI MOI FINALEMENT ?! POURQUOI MOI ?! ».


    Un énième hoquet vint l’empêcher de continuer sur sa lancée. Malgré ses yeux remplis de larmes, il ne lâcherait pas. Il ne lâcherait plus. Plus jamais. Ses ongles salis par la poussière, ne cessant leur course dans la peau de Christos.
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MessageSujet: Re: The roman mistake. [ PV Christos ]   Sam 11 Fév - 17:07

    Le regard de Christos glissa sur son poignet, griffé par les ongles du romain. Il l’entendait déjà pleurnicher de malheureuses excuses, il le voyait déjà ramper à ses pieds… mais Dorian agrippa sa main avec les forces qu’il puisait sans doute de son désespoir. L’athénien relâcha légèrement la pression de ses doigts sur la gorge de son esclave. Troublé. Le cri du romain sembla se répercuter dans la misérable bâtisse, dans sa tête. Pourquoi lui ? Pourquoi l’avait choisi au marché, le jour où il décida de s’offrir un esclave ? Il était pauvre, méprisé et souvent absent, s’exposant chaque jour au risque de mourir lorsqu’il était plongé au cœur d’une bataille où les fers ruisselant de sang des glaives s’entrecroisaient. Il aurait pu prendre une femme, une magnifique créature au teint halé, qui se serait soumise à tous ses désirs. Il aurait pu ramener un étranger robuste, en bonne santé, analphabète et prêt à remplir ses devoirs. Mais non. Sur le marché des esclaves, parmi les femmes, les hommes, les enfants, son regard sombre s’était posé sur le visage marqué d’un romain pâle aux yeux myosotis, frêle, perdu. Certains étaient moins chers que lui. Et pourtant, Christos décida de jeter son dévolu sur cet étranger laconique. Il s’était vu à travers lui, d’une certaine manière. À l’époque où il s’engagea dans l’armée, nombreux furent les quolibets quant à sa taille moyenne et sa carrure d’adolescent. Il était de ceux qui étaient placés en première ligne, ceux qui ne résisteraient pas à l’opposant. Dorian représentait ce que Christos avait profondément haï en lui : sa faiblesse. Une faiblesse qu’il était parvenu à éradiquer en survivant aux cotés des plus forts. Ce romain lui était inférieur. Et temps qu’il avait quelqu’un à rabaisser, à humilier, comme son propre père le faisait avec lui, il se sentait important.
    Alors pourquoi toi ? Parce que tu es ce que je déteste. Tu es la soumission. Le vulnérable. Parce que j’ai besoin de toi. J’ai besoin d’être au-dessus, de valoir quelque chose. J’ai besoin que quelqu’un vive pour moi. Et tu ne pourras jamais comprendre pourquoi.

    « Demande à tes dieux. » Marmonna-t-il. Il grimaça : les ongles de Dorian s’enfonçaient si profondément dans sa peau qu’il fut forcé de le lâcher, en découvrant du sang perler. Non. Il ne pouvait pas perdre le contrôle ainsi.
    Sous le coup d’une colère jalouse, il abandonna ses piques cyniques et abattit son poing contre la mâchoire de l’autre, presque heureux d’entendre un craquement écœurant. La rage le laissait suffoquant. Je décide de ta vie. Je l’ai achetée, elle est mienne. Il n’avait pas le droit de lui répondre, il n’avait pas le droit de se dresser contre lui. Il ne pouvait pas être avec Thaïs. Même en tant que simple ami. Thaïs était le pendant féminin de ce qu’il avait trouvé en Dorian : l’infériorité. Il avait un peu d’estime pour elle. Un peu. Le reste du temps, il préférait se pavaner devant elle en déversant un flot de belles paroles vides de sens, entendues chez je ne sais quel poète ambulant ou philosophe dont il espionnait les cours. Elle était belle et jeune. Il avait déjà pensé plusieurs fois à ce que pourrait donner son avenir à ses cotés. Seulement, il n’avait pas prévu que Dorian se mêle ainsi de ses affaires, aussi inconsciemment soit-il.

    Les jointures endolories, il se massa le poing sans quitter son larbin des yeux. « Je ne sais pas ce que tu éprouves pour elle. » Et il s’en foutait. « Mais n’essaye pas de la protéger de moi. » Raconte-lui des horreurs sur mon compte, révèle-lui qui je suis, apprends-lui à me haïr… je gagnerais quand même. Nous ne jouons pas dans la même cour. Christos voulait continuer à frapper. Pour mille et une raisons. Pour Thaïs, pour lui, pour les autres. Les dieux ne lui avaient pas donné sa chance, il se savait destiné à rejoindre Hadès tôt ou tard, alors un coup de plus ou de moins… quelle importance ? Aucune divinité ne lui en tiendrait rigueur. Pour l’heure, il désirait juste enfoncer Dorian plus bas que terre. La poussière ne lui suffisait plus. Il le fixait avec mépris et dégoût, comme on observe un insecte destiné à être écrasé. Mais cette fois-ci, l’athénien ne s’était pas préparé à la rébellion du serviteur. Il avait cogné le premier, comme à son habitude, tout en craignant que ce poing ne lui soit rendu. Il avait la nette impression qu’aujourd’hui, Dorian avait décidé de ne pas se laisser faire. Sans en connaître les raisons exactes. Il était aveuglé par son égoïsme, incapable de se rendre compte de la misère dans laquelle le romain pataugeait. Celui-ci se battait pour sortir la tête de l’eau, et son maître ne cessait de l’attirer vers les profondeurs, avec le secret désir d’assister à sa noyade. Christos s’était relevé devant ceux qui avaient décidé de le voir crever, pourquoi Dorian ne suivrait-il pas cette logique aussi ? Son cœur battait contre son torse. De la sueur perlait de son front. Cela ne pouvait pas arriver.
    Il ne pouvait pas perdre. Pas contre lui. Le grec avait frappé son esclave un nombre incalculable de fois. Mais il n’était pas préparé à l’affronter. Ou il ne le voulait pas.
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MessageSujet: Re: The roman mistake. [ PV Christos ]   Mer 15 Fév - 19:48

    Dorian fixait son maitre. Il ne le lâchait pas du regard. Les Dieux savaient combien c'était dur de soutenir ce regard. Les Dieux le savaient... Ce regard qui le méprisait. Il le sentait ; si Christos en avait la possibilité, il lui aurait craché dessus. Tout ce dédain qui se dégageait d'un seul regard. Parfois, les yeux de Christos, ses yeux aussi noir que les ténèbres, étaient bien pire que les coups qu'il lui donnait. Ô, bien pire. Mais ce regard, il le soutint. De toute ses forces. Il n'abandonnerait plus jamais. Même si cela lui retournait l'estomac. Les larmes continuaient de ruisselaient le long de ses joues rosies par la colère, la honte et la tristesse. Malgré cela, il lui renvoyait son regard, lui faisant bien comprendre que lui aussi, il le méprisait. Si Dorian avait eu plus de courage, il lui aurait crié qu'il le détestait. Bien sur, il était un esclave. Il en avait toujours été un et il en serait toujours un. C'était sûrement ce que les Dieux avaient prévu pour lui... Mais il ne le supportait plus, pas de la part de Christos. Et si en plus de sa liberté, on lui ôtait le droit de voir ceux qu'il appréciait, il n'avait qu'à se jeter sur le glaive de Christos pour en finir une bonne fois pour toute.

    Le romain déglutit, essayant tant bien que mal d'arrêter de hoqueter comme un enfant démunit. Doucement, il sentit la pression des doigts de son maitre se relâcher, son cou enfin libérer. Il toussa plusieurs fois, sa gorge endolorie par ses cris, ses pleurs et la force de l'athénien. Il se massa doucement la nuque, se collant davantage au mur, sans le quitter des yeux ; il sentait déjà les bleus apparaitre autour de son cou, comme un collier que l'on passait à un esclave pour lui ôter sa liberté. Son cou était bouillant. Il avait toujours l'impression que les doigts continuaient à l’oppresser et l'empêchaient de respirer.

    " - Mes Dieux m'accorderont la rédemption... Je ne suis pas sûr que les vôtres vous l'accordent...".


    Il l'avait balbutié, le murmurant doucement du bout de ses lèvres gercées. Si seulement il arrivait à reprendre son souffle... Et son poing qui s'abattit contre sa joue, le faisant fléchir. Il posa un genou à terre, écarquillant les yeux, le souffle coupé. Il restait collé au mur pour ne pas glisser et s'affaler sur le sol. Il ne donnerait plus le plaisir à qui que ce soit de se retrouver à terre. Plus jamais. Ses jambes tremblaient pourtant, ne voulant se redresser. Il respira fortement, bruyamment. L'oxygène lui manquait tellement... Il ferma un long moment les yeux pour reprendre contenance. Aucun bruit n'était sortit de sa bouche, pas même un râle, une plainte, rien. Juste, le bruit de sa mâchoire qui s'était déboitée puis remboitée sous le coup. Il remua la mâchoire pour la faire craquer et mieux la remettre en place. Il avait l'habitude. Combien de fois lui avait-on déboité des membres qu'il avait remboité seul ? Une larme coula sur l'une de ses joues en même temps qu'une goutte de sang au bord de ses lèvres. Il entendait le souffle saccadé de Christos. Il ne put s'empêcher de sourire. Dorian, sourire d'une telle manière ? Cela ne lui ressemblait absolument pas. Il avait l'impression de se retrouver, lors de cette nuit dans le cimetière, face à Néoptolème. Ce n'était pas Dorian, ce n'était plus lui. C'était un homme qui n'avait plus rien à perdre qui avait prit sa place, un homme qui ne craignait plus rien du tout.

    D'un revers de main, il s'essuya la bouche et leva les yeux pour regarder Christos, tout en lui offrant ce sourire détestable. Alors comme ça, ça lui avait vraiment fait du mal que Dorian s'approche de sa proie ? Il n'attendait rien de Thaïs, ni de belles paroles, ni son corps. Il aurait pu. Sur cette colline, là-haut, sous le regard de tous les Dieux, il aurait pu rester sur elle, l'empêchant de se débattre, de se relever. Il n'aurait eu qu'à relever son drapé, lui écarter les cuisses et lui retirer ce que Christos désirait lui voler. Il aurait pu. Il en avait eu l'occasion. Il aurait même pu la tuer. La violer puis la tuer. Il en avait eu l'occasion. Mais il ne voulait pas ressembler à tous ces hommes, il ne voulait pas devenir comme son oncle, comme Christos. Il ne voulait rien de Thaïs sauf son sourire. Ce sourire amicale, ce petit rire qui avait illuminé sa journée. Il voulait marcher avec elle, que ce soit en parlant ou dans un silence de mort, il voulait que leurs épaules se touchent lorsqu'ils étaient côte à côte, il voulait voir apparaitre ses petites fossettes lorsqu'elle éclatait de rire, il voulait qu'elle continue à lui offrir ce visage doux et candide, de gamine crédule et naïve. Il ne voulait que ça, qu'elle lui montre l'innocence des choses, lui qui l'avait perdu il y a bien longtemps.

    Dorian éclata de rire. Un rire contenu depuis bien longtemps :

    " - La protéger ? De vous ? Vous êtes vraiment... Sérieux ? ".


    Il se redressa, rassemblant toutes ses forces, puis se hissa sur ses deux jambes, toujours contre le mur, les yeux rivés sur ceux de Christos. Il se frotta le nez, essayant de calmer son hystérie :

    " - Non... Non... Je vis... Je vis dans un cauchemar... Ce n'est pas possible...".


    Ses mains se posèrent sur son visage, le rire laissant place à la fureur. Il se frappa la tête de ses poings et attrapa Christos par le haut de sa tunique, le secouant vivement :

    " - VOUS VOUS MOQUEZ DE MOI ?! C’ÉTAIT VOUS ! VOUS ET VOUS SEUL QUE JE VOULAIS PROTÉGER ! JE PENSAIS QUE C’ÉTAIT ELLE QUI AVAIT DE MAUVAISES INTENTIONS A VOTRE ÉGARD ! ET VOUS ! ET VOUS, VOUS ME SORTEZ DES IDIOTIES PAREILLES ?! ".


    Sa mâchoire se crispa dans un craquement qui, d'habitude l'aurait fait hurler de douleur.C'était donc ça : Christos se foutait de lui. Complètement. Avec une certaine rapidité, il inversa les rôles, plaquant Christos contre le mur, le surélevant à peine. Sa tête baissée, les yeux relevés, juste assez pour que l'athénien voit Ô combien son regard avait changé :

    " - Je l'avais fait pour vous... Mais j'ai découvert qu'elle était bien plus importante que vous, que n'importe qui dans cette cité... Elle mérite tellement mieux... Tellement mieux. J'ai cru un long moment que vous aussi, vous méritiez mieux que tout ce qui vous arrive... Mais en fait, les Dieux, VOS Dieux ont eu raison d'abattre leur foudre sur vous... Christos Anthony.".


    Dorian le secoua une nouvelle fois pour le coller contre le mur avec une force qu'il ne soupçonnait pas. Puis, il vint s'aplatir contre lui, essayant de l'étouffer de tout son poids :

    " - Je suis né esclave. Je mourrais esclave. Je suis à vous. Je le sais mieux que quiconque. Mais Thaïs... Je ne la laisserais pas tomber entre vos griffes. ".




[ HS : Désolée de ma réponse, plus de la forme que du contenu... Vu que j'ai plus Word alors que j'ai l'habitude de taper dessus, là, je me suis contentée du bloc notes... Du coup... 'fin voilà, désolée >> ].
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MessageSujet: Re: The roman mistake. [ PV Christos ]   Mar 21 Fév - 14:20

    Rédemption. Christos accueillit cette parole avec tout le mépris que cette notion lui inspirait, les yeux levés au ciel. Si Dorian souhaitait croire en ces foutaises divines, grand bien lui fasse ! L’athénien ne se laissait pas amadouer par l’obsession du pardon, il y était même relativement indifférant, sans doute parce qu’il côtoyait la mort comme une vieille amie, chaque fois que son glaive arrachait la vie d’un ennemi du bout de sa lame tranchante. Avec le temps, il ne craignait plus Hadès et son royaume, par orgueil, prétention et lassitude. Christos n’était pas très croyant, à moins que ce ne soit juste sa foi qui faiblissait de jour en jour, lorsqu’il prenait conscience de sa misère, de son pathétisme. De tout ce qu’il s’était promis d’éviter, alors qu’il était adolescent. Des chimères. Il n’était qu’un ersatz de son paternel, mais il était trop fier pour reconnaître sa condition de crève-la-faim. Les battements de son cœur reprirent un rythme normal et, tandis qu’il s’apprêtait à tourner les talons, lassé par la vermine qui lui servait de larbin, quelque chose attira ses yeux noirs. Il bougea à peine, les sourcils froncés. Sa bouche s’entrouvrit légèrement mais ses poings se resserrèrent immédiatement. Ses jointures craquèrent.
    Était-ce l’ombre d’un sourire qui flottait sur le visage crasseux de Dorian ?
    Qu’avait-il, le malheureux ? L’athénien, abasourdi par cette grimace incongrue, ne put que rester immobile. Paralysé. En temps normal, il aurait puni cette insolence en lui enfonçant son pied dans les cotes, mais là était le problème : le romain n’avait jamais osé le défier. Toutes les humiliations qu’il avait vécues étaient dues aux humeurs changeantes du grec, pas de son comportement qui, même si Christos peinait à le reconnaître, était irréprochable. Son esclave n’avait jamais rien volé à qui que ce soit, ne s’était jamais battu, n’avait jamais essayé de lever la voix, de se faire entendre… il s’accoutumait de sa vie avec une résignation qui forçait l’admiration comme la pitié. Ce sourire était mauvais. Et il ne supportait pas ce regard. Ce regard qui le dépossédait de son rôle de maître.

    Mais le pire finit par atteindre son paroxysme lorsque le romain éclata de rire. Que Zeus le foudroie sur place. « Vous êtes vraiment… sérieux ? » Entendit-il. Christos avait cru l’être, en effet. Mais à en juger par la réaction de son esclave, il s’était lourdement trompé. La jalousie qui l’avait étreint en voyant le romain avec la belle orpheline l’aveuglait complètement. Il fixa Dorian se relever sans bouger… sans comprendre. Ce sourire. Ce rire. Et ces cris maintenant. Il reprit violemment contact avec la réalité lorsque les mains de Dorian agrippèrent le haut du tissu rapiécé qui drapait son torse. Le retournement de situation était aussi brutal qu’inattendu : le dominé devenait dominateur et le bourreau se muait en victime. À moins qu’il n’y en ait aucun. Qu’ils étaient égaux, là, aujourd’hui. Cachés des œillades malveillantes et des langues trop déliées, ne se disputant pas la même chose, guidés par une violence latente. Christos referma ses doigts osseux sur les épaules de Dorian afin de l’arrêter. En vain. Son esclave, qu’il croyait si faible, se servait de l’énergie du désespoir pour lui hurler la vérité. « Q-quoi ? » murmura-t-il, avant de ressentir une douleur passagère au dos lorsque le romain l’écrasa contre le mur sur lequel il l’avait lui-même plaqué, quelques minutes auparavant. Le protéger ? D’elle ? C’était la première fois que Christos ne trouvait pas ses mots face à sa victime. C’était la première fois qu’il se sentait dépassé. Il suffoquait. J'ai cru un long moment que vous aussi, vous méritiez mieux que tout ce qui vous arrive.
    Ces paroles eurent le même effet que la lame d’un poignard chauffée à vif plongée dans sa chair.

    La naïveté quasi enfantine du romain le perdra. Il ne pouvait mériter mieux : il était né ainsi. Il était illettré, il ne savait rien faire sinon boire et se battre, comme tous les vauriens le font s’ils veulent un peu d’argent honnête. C’en était trop. L’athénien lâcha les épaules de son esclave et, malgré l’air qui lui manquait, décrocha un poing dans les cotes de l’esclave avant de le clouer au sol, en usant de toute la force dont il disposait. Comme s’il combattait un égal. Il emprisonna la mandibule de Dorian dans sa main et garda un poing en l’air, fermement serré, prêt à s’abattre sur son crâne. « Tu penses que tu peux me juger ? » Son souffle saccadé trahissait la perte de contrôle. Il ne maîtrisait rien. Il cognait, parce que les mots ne lui suffisaient plus. « Si la foudre s’était abattue sur moi, alors je serais à ta place, misérable. Je serais esclave. Mais les dieux m’ont préservé de ce sort de faible. » Ses phalanges se relâchèrent mais sa mâchoire restait crispée pour retenir les hurlements qui lui nouaient la gorge. Sa voix, d’habitude si assurée, était tremblante de colère et ses mots, alors cinglants, s’entrechoquaient les uns contre les autres, furieux, incontrôlés. Son cœur tambourinait contre son torse. « P-pourquoi vouloir me protéger ? » murmura-t-il finalement, sans tenir compte des dernières paroles de l’esclave. Il aurait tout le temps de revenir à Thaïs, et il savait d’avance que malgré ses efforts, Dorian ne parviendrait jamais à la retenir loin de lui – du moins, le croyait-il. Il avait quelque chose que le romain ne possédait plus. La liberté. Et avec cela, il ne pouvait être jugé sur ses actes.
    Mais la gamine s’éloignait de ses pensées maintenant. Il se concentrait sur le visage légèrement tuméfié de Dorian, des gouttes de sueur perlant sur son front. Il méritait la foudre, mais pas la protection de l’homme qu’il rabaissait chaque jour. Il n’avait même pas le droit de l’envisager. Alors pourquoi…
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MessageSujet: Re: The roman mistake. [ PV Christos ]   Sam 3 Mar - 16:33

    Cette proximité. Son corps contre le sien. Ce n’était jamais arrivé. Il sentait le souffle chaud de Christos contre son visage, il pouvait parfaitement voir la couleur de ses yeux, ces petits points dorés près de la pupille qui relevé le brun naturel de ses yeux. Dorian pouvait aussi sentir la poitrine de Christos se soulever frénétiquement, sentir son cœur battre à une vitesse impressionnante. Il pouvait voir chaque goutte de sueur qui glissait le long de ses tempes, de sa nuque, il pouvait presque sentir l’humidité de son corps fasse à l’incompréhension de la situation. Son maitre n’avait pas peur de lui, le petit esclave, il semblait juste éberlué, totalement dépossédé de son contrôle habituel. Ça valait toutes les peurs du monde de le voir réagir comme ça. Quelques secondes. Quelques simples petites secondes ont valu à Dorian d’avoir le dessus. Il aurait voulu sourire et éclater une nouvelle fois de rire, mes ses lèvres, sa mâchoire restait crispée dans un mélange de colère trop longtemps contenue et de mélancolie démesurée. Il tenait toujours Christos au creux de ses mains. Il voulait que cet homme, celui qui le maltraitait depuis des mois, voie à quel point sa vie n’était que misère. Il aurait voulu continuer à lui hurler dessus, à lui raconter ce qu’il avait vécu depuis sa naissance à Rome, tout les malheurs qu’il avait dû supporter et encaisser sans jamais ciller mais le visage étonné de son maitre se changea aussitôt en ce qu’il avait toujours connu : un visage haineux. C’était au tour de Dorian d’arborer un faciès complètement abasourdi. Le coup de poing qui venait de s’abattre dans ses côtes l’envoya à terre en un rien de temps.

    Il retomba sur les fesses tellement violemment qu’il ne put retenir un cri étouffé. Ses côtes le brûlaient et il ne put que se recroqueviller sur lui-même, encerclant son corps frêle de ses bras fatigués. La main bouillonnante de rage lui empoigna le visage alors que l’autre s’élevait, le poing serré, prête à s’abattre sur lui comme la foudre des Dieux.

    Leurs deux souffles, aussi rapides et saccadés, se mêlaient l’un à l’autre. Ils se jaugèrent, les yeux perdus dans ceux de l’un ou de l’autre. Cela ne rimait à rien, sa petite rébellion. Il serait à tout jamais un esclave. Il était même persuadé que, passé dans l’autre monde, il resterait un esclave à servir les Hommes. Il ne pourrait jamais gagner fasse à son maitre et à toute la colère qui restait emprisonnée dans son corps. Peut-être était-ce la seule chose qui les liait tous les deux ; la colère. Ils en avaient après le monde entier. C’était la faute des autres après tout, jamais la leur. Ils n’avaient jamais demandé à ce que le mal s’abatte sur eux. Dorian n’avait jamais demandé que sa mère meure en couche, que son père soit assassiné, que son oncle le violente, que ses cousins fassent de même, que sa tante – la seule personne qui ait voulu le protéger de la difficulté de la vie – soit en train de mourir, qu’il soit devenu esclave, qu’il ait perdu à tout jamais sa liberté, qu’il n’ait même pas le droit d’avoir des amis. Il n’avait rien demandé. Si ça ne tenait qu’à lui, il aurait préféré ne jamais naitre. Ses yeux bleus continuèrent à soutenir le regard de Christos. Il s’était calmé. Le calme et la sérénité. Ça lui avait fait tellement de bien de sortir ne serait-ce qu’un tout petit peu ce qu’il avait sur le cœur. Si jamais son maitre décidé de lui ôter la vie maintenant, il pourrait presque mourir heureux. Presque.

    Les Dieux avaient sûrement préservé Christos Anthony de l’esclavage, mais ils ne l’avaient pas préservé de la dureté de la vie. Le romain n’avait jamais su ce qu’il s’était passé dans la vie de l’athénien pour qu’il en souffre autant. Il ne savait pratiquement rien de lui en fait, à part qu’il aimait boire, charmer les jeunes femmes avec de beaux poèmes et de belles paroles – d’ailleurs, l’esclave s’était souvent demandé comment son maitre était-il capable de formuler d’aussi belles phrases, ne l’ayant jamais vu lire ou écrire ou même dialoguer avec des amis de cette façon… - ou encore se battre aux thermes et festoyer à pas d’heures. En y pensant, Christos ne devait rien savoir de lui non plus. C’était mieux ainsi à vrai dire, même si Dorian brûlait d’envie de lui dévoiler ce qui le rongeait de l’intérieur. Tous deux souffraient sincèrement, sans que l’autre ne sache pourquoi.

    Dorian ne voulait pas faire un pas vers lui. Il ne voulait pas lui tendre les bras et lui sourire de manière amicale en lui disant que tout irait mieux. Il ne le voulait pas car personne ne voulait faire ça pour lui. C’était égoïste, il le savait. Tellement égoïste et prétentieux. Mais tout ce qu’il désirait, c’était que quelqu’un lui prête un peu d’attention, un peu de réconfort. Ce qu’il n’aurait jamais. Et certainement pas de la part de l’homme qui brandissait son poing au-dessus de son visage. Lentement, néanmoins, les doigts de son maitre se relâchèrent. Le silence de nouveau, puis un murmure. Des mots pratiquement inaudibles :

    « - Qu-quoi ? ».

    Il lui fallut presque une minute pour rassembler ses idées, mettre de l’ordre dans sa tête et ses pensées pour parvenir à comprendre ce que Christos avait murmuré. Décidément, cette journée était pleine de rebondissement ; tout d’abord Thaïs, qui s’avérait être bien plus qu’une gamine sotte et ignorante, naïve ou imprudente et désormais lui, le maitre, le gymnète, l’athénien libre, l’archétype même de l’homme fort qui se demandait pourquoi. Pourquoi ? Dorian pinça les lèvres. Son ventre se contracta. Son regard resta planté dans celui de Christos. Les gouttes de sueurs continuaient à glisser sur son visage, l’une d’elles vint même lui brouiller la vue. A moins que ce ne soit des larmes. Des larmes encore et encore qui roulaient sur ses joues. Son corps fut prit de légères convulsions et il hoqueta. Ce n’était pas possible. Pas maintenant. Pas après tous ses efforts pour paraitre fort et plus robuste qu’il n’en avait l’air. Les doigts crispés de son maitre sur sa mâchoire l’empêchait de baisser la tête, pourtant, il aurait tout donné pour pouvoir se cacher et empêcher celui qui le possédait de le voir encore plus faible.

    Ses larmes. Son signe de faiblesse. Il serra les dents. Il voyait tout flou autour de lui et le gymnète lui apparaissait encore plus redoutable que jamais. Le petit romain était secoué de spasmes et malgré ses larmes, il se devait de rebondir pour ne plus faiblir :

    « - Je… je suis né pour servir. Servir et… Et protéger. Vous êtes quand même mon maitre… C’était mon rôle… Mon rôle à moi… J’ai… ».

    Dorian toussa, hoqueta de plus belle et ferma les yeux pour essayer de se calmer. Mais la tentative semblait vaine. Il continua tout de même, sa voix si rauque devenant peu à peu un petit cri strident :

    « - J’ai cru que… Que… Que vous pourriez… Que vous pourriez me protéger aussi que… Vous n’étiez pas comme tous ces autres… Tous ces hommes qui… Qui… Voulaient me torturer mais je… ».

    Je pensais que vous pourriez me donner une seconde chance, je pensais que vous sauriez m’aider à vaincre mes démons, je pensais qu’au moins je pourrais connaitre les joies de l’amitié, je pensais que les coups seraient remplaçaient par les caresses, je pensais que la vie pourrai être plus agréable, je pensais... Mais je me retrouve seul, tellement seul et cette solitude est pesante, horrible, elle me donne envie de hurler, de m’arracher la peau, de ne plus être pour pouvoir enfin aller mieux.

    Noyé dans ses propres larmes, il n’avait plus envie de se battre. Si son maitre l’abattait maintenant, ça ne lui ferait plus ni chaud, ni froid.
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MessageSujet: Re: The roman mistake. [ PV Christos ]   Mer 18 Avr - 17:56

    Spoiler:
     

    Et le masque s’effrite. Son poing retombe sur le sol, soulevant une légère volute de poussière autour de ses phalanges rougies. Nourri de sa rage, tourmenté par ses erreurs, rongé par la culpabilité, le maître se relève, tremblant de tous ses membres, se plaque contre un mur mais ses jambes se dérobent. Le poids du regret. Le contrecoup d’une haine fabriquée, injustifiée.
    Christos décida de s’asseoir par terre, là où avait toujours été sa véritable place, et passa une main glacée contre son visage dégoulinant de sueur. Les paroles de l’esclave l’avaient amputé de sa verve. Protéger ou être protégé, aller de l’avant ou s’enfoncer, détruire ou reconstruire. Il voulait être ce tortionnaire. Il aimait être le bourreau. Dominer l’excitait. Mais… mais pas ainsi. L’athénien fonctionnait d’une manière simple, qui n’échappait à personne dans la cité : il était gorgé par la violence. Elle suintait par tous les pores de sa peau, elle brillait au creux de ses prunelles noires, elle guidait ses gestes brusques et ses paroles acerbes. Le mal latent du meurtrier, la colère du fils renié, la détresse du jumeau abandonné. « Je n’ai jamais cru à la seconde chance. » Se contenta-t-il de murmurer, la voix cassée. « Jamais. » Et il s’interrogea. Sur l’histoire que traînait le romain, sur ce qui avait forgé cette naïveté enfantine, cette faiblesse et paradoxalement, cette étrange force de caractère. Le fier soldat aux mains ensanglantées s’estompait. Christos déclara forfait à ses névroses. Il pourrait frapper Dorian à s’en briser les poings, lui écraser son visage, massacrer son corps affaibli… qu’y gagnerait-il. Sinon la honte et le reflet de ce qu’il avait détruit quelques années auparavant, sa propre sœur. Un jumeau sans son autre était à moitié vide, à moitié vivant. Une âme morcelée, un cœur brisé.

    Dorian n’était pas comme les autres. Il était le souffre-douleur, le serviteur… et ce qu’il avait perdu. Un semblant d’humanité. Chaque coup porté contre lui n’était qu’une punition sur sa propre personne. Christos renversa la tête en arrière pour trouver l’appui du mur aux fines parois. Pantin désarticulé. Les yeux grands ouverts sur un plafond de fortune, il paraissait prier ou… ou il s’était juste absenté, un bref instant. Réfléchir. Penser. Prendre une décision. Faire un choix. Se relever, partir, se saouler. Bouger. Il ne résoudrait rien en fuyant. La lâcheté le poussait à quitter les lieux. N’avait-il pas mieux à faire que s’interroger sur le sens de sa vie ratée, face à un moins que rien ? Il assumait son existence pénible et ennuyeuse, il assumait sa misère, il n’avait cure de son estomac tiraillé par la faim ou du regard méprisant des autres, il s’était résolu à vivre ainsi. « Sèche tes larmes. » L’ordre est sec. Christos se remit sur ses pieds en lorgnant la petite porte d’entrée, pressé de mettre un terme à cette « confrontation ». Ou peu importe le mot qui définit ce qui se passait.
    Finalement non. Il attrapa un morceau de tissu posé sur une table, les restes d’une vieille toge usée sans doute, et le balança à la figure de Dorian. Il détestait les pleurs. Plus encore lorsque les sillons lacrymaux étaient visibles sur la peau rugueuse et crasseuse d’un homme. « Et arrête de bégayer, » marmonna-t-il en pinçant l’arête du nez. Qui était-il, celui qui se plaignait de son passé où le bruit du fouet claquait encore dans sa tête ? Par Athéna. Christos s’humecta les lèvres, la gorge asséchée par les cris et la soif. « Comment était ton maître précédent ? » Finit-il par demander, le regard dans la vague. L’athénien ignora l’origine de cette curiosité soudaine. Cherchait-il les louanges ? Attendait-il que le romain lui avoue qu’il était le seul à l’avoir plus ou moins bien traité ? Espérait-il secrètement être quelqu’un de mieux ? Cette naïve lui arracha un ricanement à peine audible, qu’il ne destinait qu’à sa bêtise d’imaginer des chimères. Mon pauvre, tu n’es qu’un des tortionnaires qui entraveront son chemin. Et quand tu ne pourras plus le nourrir ni le loger, tu le vendras au plus offrant, qui sortira le fouet avant même que tu aies le dos tourné. Parce que c’est ce que tu mérites. De perdre la seule personne qui te soit encore loyale. Dorian était, au fond, sa famille de fortune. Il savait qu’il ne sombrerait jamais dans la solitude en sentant la présence de cet incapable dans la petite bâtisse.

    Oh oui. Zeus savait ô combien Christos Anthony cherchait à éviter la pesante solitude du meurtrier. Serait-il capable de dormir sur ses deux oreilles le soir, en gémissant le nom de sa très chère sœur, lorsque la réconfortante lumière du jour cédait à la noirceur des ténèbres nocturnes ? Le grec était un lâche. Lâche pour faire ses courses, lâche pour rendre service, lâche pour assumer sa culpabilité. Il n’avait jamais reconnu sa faute, alors il dispersait cette rage insupportable sur les autres, à commencer par ce larbin faiblard, comme consolation. Dorian lui était indispensable. Et cette immonde vérité lui explosait au visage.
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MessageSujet: Re: The roman mistake. [ PV Christos ]   Mar 1 Mai - 1:03

    Il avait eu tord. Tellement tord de croire. De croire que les Hommes pouvaient être meilleurs. Que les Hommes pouvaient changer. Le fou ! Il y avait cru, tellement cru... Mais il ne reste que les Dieux. Cruels et miséricordieux pour les rappeler à l'ordre. Le fou qui pouvait croire que lui, simple homme, pouvait ramener les siens à la raison avec pour seul moyen sa voix ? Ou ses larmes... Non, il ne lui restait désormais que ses piètres croyances et ses piètres Dieux. Les Hommes étaient perdus. Christos Anthony était perdu. Tout comme lui-même était perdu. Oh, il avait eu la naïveté de croire que lui aussi pouvait être sauvé, que son âme ne finirait pas dévorer par les ténèbres. C'était trop tard. Et les larmes qui coulaient le long de ses joues ne faisaient que le prouver. La tête baissée, les yeux fermés, les larmes s'écoulaient rapidement sur son visage pour s'écraser sur le sol. C'était pitoyable. Il ne lui restait décidément plus que ses yeux pour pleurer. Et son maitre... Son maitre qui savait se redresser et se tenir droit. Pourtant, Christos Anthony avait besoin d'un appui, quelque chose à quoi se retenir pour ne pas tomber. Ses jambes devaient sûrement trembler car il finit par s'effondrer contre le mur. Dorian ne releva pas la tête. Il ne le méritait pas. Ce n'était pas dans sa condition que de lever les yeux. Fixer le sol et non le Ciel, telle était sa destinée. Tel était le dessein que les Dieux lui avaient réservaient. Christos, malgré le manque d'argent et d'influence, bénéficiait d'un statut qui lui permettait de garder la tête haute. Et il se dérobait. Si seulement Dorian avait eu la force de se relever, de se hisser pour pouvoir le retenir et le garder debout... Si seulement il pouvait lui montrer ce qu'il valait... Lorsque Christos l'avait acheté, Dorian avait entraperçu une once d'espoir. Quelque chose qui montrait que l'humanité n'était pas en perdition. Aujourd'hui, il savait que tout était finit. Pourtant, il s'évertuait à vouloir le soutenir. Parce qu'il n'y avait pas eu que les sourires de Thaïs qui avaient su lui réchauffer le cœur... Il y avait ceux de Christos. Ces rares fois où il avait effleuré la joie du bout des doigts. Et parce qu'il avait été le seul homme capable de lui rendre la vie plus agréable. Puis les murmures... Bien plus grisants, bien plus touchants que les hurlements. Dorian porta une main à ses yeux, essayant de les essuyer. Oh, et les larmes qui ne cesseraient jamais...

    Dorian y avait cru. Il y a tellement longtemps. Mais ce temps-là était révolu. Un sourire s'afficha sur son visage malgré lui. Qu'il était stupide... Par Jupiter, qu'il était tellement stupide. Après tout, il tendait le bâton pour se faire battre. Toutes ces années à y croire. Toutes ces années à souffrir. Toutes ces années à mourir lentement... Il ne savait même pas pourquoi les Dieux l'épargnait, lui, l'esclave, l'apatride, l'orphelin. Les Dieux ne pourraient rien tirer de lui, si ce n'est gagner un esclave dans l'autre monde. Bien sur, Dorian aurait pu se laisser mourir... Mais après tout, c'est ce qu'il faisait depuis des années. Il ne vivait pas. Il survivait. Parce qu'il y avait les autres. Toujours ces autres à le pousser, à continuer. Sa tante. Il réprima un hoquet en pensant à elle. A l'heure qu'il était, elle devait être morte. Son oncle aurait certainement tout fait pour l'achever pour éviter qu'elle soit un poids pour le reste de la famille et il rebondirait en disant qu'il avait fait ça pour le bien de ses fils, pour son bien à elle, pour éviter qu'elle ne souffre. Lorsque Thaïs avait laissé de côté la colère et qu'elle lui avait sourit, ses petits yeux bleus se plissant doucement, il avait cru voir celle qui l'avait élevé. C'était sûrement aussi pour cette raison qu'il ne voulait pas la voir s'en aller, elle aussi. La petite rouquine avec son visage parsemé de tâches de rousseur. Parce qu'elle était la joie et la douceur dans cette Cité. Oui, c'était pour ça qu'il se battait. Pour continuer à voir le sourire de ceux qui l'aidaient à survivre en ce monde. Et la réalité le frappa en plein visage ; Christos Anthony faisait aussi parti de ces gens-là. Et puis, c'était son devoir ? Dorian renifla bruyamment, ne pouvant réprimer un énième hoquêtement. Et l'ordre que Christos émit le fit sursauter, l'obligeant à s'exécuter. Les larmes devaient cesser. Elles le devaient... Sinon c'était le chagrin et non les coups qui finiraient par le tuer. Finalement, il releva la tête lorsque le tissu l'effleura. Ses yeux écarquillés regardèrent Christos. Sa bouche était grande ouverte. Une fine pellicule de sueur et de poussière recouvraient son visage, seuls les sillages de ses larmes laissaient apparaitre la véritable couleur de sa peau. Tour à tour, il posa ses yeux sur le bout de chiffon et sur Christos. Et ses mots, toujours aussi durs... Il manqua de se remettre à pleurer mais se reprit. Il déglutit bruyamment avant de passer le chiffon sur ses yeux puis son visage. Une nouvelle fois, il renifla. Un enfant. Il n'était rien d'autre qu'un petit garçon privé de son innocence et de son imagination. Ses songes s'étaient envolés il y a bien longtemps, laissant les cauchemars le torturer, nuit après nuit. Pauvre petit garçon qui avait grandit trop vite. Et s'il n'avait pas été esclave, qu'aurait-il été ? Un guerrier ? Sûrement pas. Un marchand peut-être ? Et s'il avait été l'un de ces marchands d'esclaves ? S'il avait été de ceux qui lui avaient pourri la vie ? Il n'y avait jamais réfléchit. Il n'y avait jamais réfléchit car les rêves d'enfant étaient bien loin de lui désormais. Ses cousins, enfants, rêvaient de glaives à manier, de boucliers à tenir et de guerres à mener. Lui, il rêvait juste d'être capable d'encaisser les prochains coups. Il rêvait de la caresse d'une mère sur sa joue. Il rêvait d'un père qui aurait pu lui délivrer les nombreux secrets pour devenir un homme. Il rêvait de l'ami qui saurait lui tendre la main plutôt que de lui enfoncer la tête dans la boue. Il rêvait de douceur et de chaleur, pas du sang qui pourrait lui gicler au visage. Il rêvait que les Dieux exaucent ses prières et lui apportent un peu de tendresse. Mais tout ce qu'il avait eu, c'était le froid et la solitude. Dorian replia ses jambes contre lui, s'asseyant convenablement sur le sol. Etait-il prêt à parler ? Etait-il prêt à se confier ? Etait-il seulement prêt à affronter l'humiliation une fois de plus ? Son cœur le supporterait-il seulement ?

    De toute façon, il était plus bas que terre. Ce ne pourrait jamais être pire. Le romain leva la tête, ses yeux ne regardaient que son maitre. Et les mots restèrent coincés dans sa gorge. Ils s'agglutinaient et ne voulaient pas sortir. Ses lèvres entrouvertes, il restait muet face à l'homme qui le dominait. Il n'avait jamais été maitre des mots. Il n'avait jamais été un intellectuel. Mais il avait besoin... Il avait besoin de les faire sortir, peu importe la manière dont il les dirait. Il avait besoin de le cracher, de les vomir. Il sentait ses tripes se tordre alors que ses yeux s'embuaient de nouveau. Mais il ne pleurerait pas. L'esclave en avait finit avec les larmes.

    " - C'était mon oncle... ".

    Sa voix était faible et basse. Il baissa la tête. Si Christos venait à croiser son regard, ses mots se perdraient de nouveau dans sa gorge.

    " - Mes parents sont morts à ma naissance ; ma mère en couche et mon père tué par un quelconque voleur. ".


    Un léger rire s'échappa de ses lèvres alors qu'il continua :

    " - Quelle ironie : il allait juste chercher de l'aide pour ma mère. Pour moi. Et il n'avait pas de pièces sur lui. Juste... ".

    Un long soupir.

    " - Il m'a recueillit car personne ne voulait de moi. J'étais porteur de malheur. J'ai été durant plusieurs années une bouche de plus à nourrir. Et puis, j'ai grandit. J'étais assez fort pour aider. Pour servir. ".


    Dorian s'humecta les lèvres. Oui, il avait grandit. Il était devenu assez fort pour aider son oncle et ses cousins dans leurs sales besognes. Il avait joué le rôle de l'esclave car c'était tout ce qu'il méritait, lui, l'enfant de la malchance. Mais l'enfant n'endossait pas assez bien son rôle. Les coups de fouet ne suffisait pas. Ce n'était pas assez. Son corps ne l'avait pas assez payé. Il avait dû vendre son corps et son âme à cet oncle bienfaiteur pour continuer à avoir un toit sous lequel dormir. Il devait aussi remercier Christos pour cela. Certes, l'esclave n'avait pas échappé aux coups et aux insultes, mais il n'avait jamais eu à se mettre à nu face à son maitre.

    " - Je ne connais pas très bien vos coutumes... Je dois l'avouer. Pourtant, j'ai eu l'occasion d'apprendre, d'entendre des autres. Surtout d'autres esclaves... Je sais ce qu'on leurs fait aux esclaves, dans cette Cité... Et ce qu'on m'a fait...".

    Ses yeux fixèrent le sol poussiéreux, les mots coulaient à flot, eux qui étaient restés si longtemps emprisonnés à l'intérieur.

    " - Vous avez été bon, Christos. Vous avez été bon et généreux. Bien plus que quiconque aurait pu l'être avec moi...".

    Dans ses mains, il serra le petit bout de tissu mouillé. Il remerciait sincèrement Christos de ne pas l'avoir humilié davantage. Lorsqu'il le voyait rentrer complètement saoule, vanter ses capacités de bellâtre, Dorian savait de quoi son maitre était capable. Plusieurs fois, il avait eu peur. Plusieurs fois, il n'en avait pas dormi. Mais lorsque Christos le regardait avec tout ce dégout, il savait que jamais il n'aurait osé le toucher. Dorian le remerciait sincèrement pour tout le dégout qu'il lui inspirait.


HRP : Pas de soucis, en ce moment j'ai du mal niveau rp... Rion te le dira, je suis sur un forum avec lui et je réponds à 2 à l'heure...
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