[T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion
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 [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion

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MessageSujet: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Dim 29 Aoû - 9:07

    A Athènes, dans une maison de riches athéniens, un homme cauchemardait dans son sommeil. Il dormait depuis plusieurs heures déjà et semblait ne pas vouloir se réveiller. Cet homme s'appelait Leandre. Un capitaine d'armée au repos afin guérir d'une douloureuse blessure. Il revivait des scènes de bataille comme à chaque fois qu'il rentrait de campagne militaire. Alors que le soleil se levait tout doucement dans le ciel, le jeune homme sommeillait encore. La scène de son dernier combat se rejouait dans son esprit. Il ressentait la douleur comme si elle était réelle alors qu'elle n'avait plus lien d'être puisque le glaive qui l'avait blessé n'était plus enfoncé dans son abdomen. Se réveillant enfin, il se redressa subitement dans son lit. Il porta instinctivement sa main au ventre. Quel était son problème ? Pourquoi fallait-il toujours que les batailles le hantent jusque dans son sommeil ? Leandre n'osa pas sortir immédiatement de son lit. Il resta plutôt assis dans son lit, attendant que son cœur cesse de s'affoler. Cette dernière blessure l'avait particulièrement frappé. Jamais il n'avait été blessé aussi gravement. A plusieurs reprises, il avait été blessé, des entailles par-ci par-là mais jamais cela avait été aussi important. Voilà pourquoi il était là, avec ses démons. Le simple bout de tissu qui obstruait partiellement le trou lui servant de carré laissant voir les rayons du soleil. Il récupéra le glaive qui n'était jamais bien loin de lui et ce, même pendant la nuit. L'arme avait quelque chose de rassurante. Elle lui avait plusieurs fois sauvé la vie. Il la posa à côté de ses habits, le temps d'enfiler sa cuirasse. Cela faisait deux jours qu'il était revenu et il tournait déjà comme un lion en cage. C'était toujours difficile pour lui de revenir à un quotidien plus simple, moins dangereux et moins mouvementé. Il avait souvent du mal à s'y faire. Aujourd'hui, que ferait-il ? Il ne pouvait même pas s'entrainer à l'escrime. Sa blessure l'en empêchait et si il ne souhaitait pas l'aggraver, il devait rester tranquille. Cela dit, passer la journée à se promener dans l'agora ne l'attirait pas tellement. Peut-être pourrait-il aider sa mère ou trouver une quelconque occupation en ville. Une fois habillé, Leandre se rendit dans la cuisine. Il habitait encore chez ses parents. Il ne voyait pas l'intérêt d'acheter une maison alors qu'il n'y passait que quelques mois de sa vie. Tant que ses géniteurs habiteraient à Athènes et qu'il serait célibataire, il ne chercherait pas de maison. C'était sa mère qui était satisfaite de cette décision. Cela lui permettait de garder son fils à l'œil. Surtout lorsqu'il revenait blessé, comme cette fois-ci.

    Une fois dans la cuisine, il prit le premier repas de la journée. Toujours traditionnellement fait de pain d'orge que l'on trempait dans du vin. Leandre l'accompagna de quelques olives. Une fois repu, il sortit de la maison familiale. Dehors, le soleil tapait déjà fort. Les athéniens avaient déjà envahi les rues. Cette foule compacte était ce qui se rapprochait le plus à la foule d'un combat. Il s'y sentait à l'aise. Il n'éprouvait aucun mal à se frayer un chemin entre deux personnes, ayant l'habitude durant les batailles. A sa ceinture pendait une bourse remplie de quelques drachmes qui lui seraient utiles si il souhaitait acheter quelque chose. Leandre n'était pas quelqu'un de très dépensier. Si il achetait quelque chose, c'était pour faire plaisir à quelqu'un ou pour son propre besoin. Il ne s'encombrait pas d'objet inutile. La matinée passa sans qu'il ne le voit vraiment. Il se promena dans l'agora, se retenant de se diriger vers l'acropole. Là-bas se trouvait les thermes, là où il allait s'entrainer à chaque fois qu'il revenait de mission. En y allant, il savait que la tentation de manier le glaive serait trop forte. Il y avait passé tant d'heures, à travailler sous les ordres d'un maitre d'armes qui ne laissait aucune faute passer. C'était grâce à des hommes comme ceux-là que l'armée grecque gagnait des batailles. Si ils entrainaient des soldats, c'était pour offrir les plus vaillants et les plus forts aux ennemis. Leandre termina par obliquer dans une rue. Faire un tour au gymnase des thermes était un rituel. Qu'il soit blessé ou non. Après tout, il n'était pas forcé de s'entrainer. En y allant, il avait complétement oublié la jalousie de l'actuel maitre d'armes. Enfin, il entra dans le palestre. Des hommes s'entrainaient avant d'aller se relaxer dans les bains. Du regard, le jeune hoplite embrassa la scène. Il avait tant de fois travaillé ici même. Il s'était toujours senti à l'aise dans ce lieu. La dernière fois qu'il y était venu, il avait eu à faire à un jeune maitre d'armes. Ils avaient le même âge, la même passion pour les armes, la même force guerrière et pourtant, une émotion les avait écarté d'une belle relation.

    Leandre croisa le regard foncé de l'homme en question. Que devait-il faire ? Il n'avait jamais été confronté à un homme jaloux. Il connaissait les souverains assoiffés de grandeur et de puissance. Mais pas les hommes jaloux à cause d'un travail. Maintenant que le maitre d'armes l'avait vu, il ne pouvait plus reculer. Leandre était comme sur le territoire de l'homme. Cette grande cour était le terrain d'Orion. Si il y entrait, il devait assumer. Ne tenant pas à avoir un seul contact avec lui, il se contenta de lui adresser un signe de tête. Même quand il ne savait pas comment réagir, il accordait le respect. Il se mit à longer le mur de la cour, étudiant le travail des hommes. Certains maniaient l'épée, d'autres apprenaient à utiliser une lance, d'autres étaient entrain de pratiquer divers exercices afin de développer leurs muscles. Il se revit quelques années plus tôt, à travailler aussi assidument que les débutants pour entrer dans l'armée grecque. Il était aujourd'hui hoplite et fier de ce qu'il était. Sans s'en rendre compte, son tour l'amena près d'Orion qui surveillait deux athéniens. Leandre s'arrêta et hésita quelques secondes. Enfin, il se décida à parler

    « Vous faites un excellent travail avec ces hommes. »

    Son père lui avait un jour dit que la meilleure solution de régler la jalousie, était de complimenter le jaloux. Leandre pensait que c'était, en effet, la meilleure manière. De plus, il était sincère. Ces hommes ne sauraient pas manier aussi bien une lance ou une épée si Orion n'avait pas été là. Bien que jeune dans son métier, il se débrouillait très bien. Leandre ne pouvait qu'admirer son travail.
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Dim 29 Aoû - 14:01

Dès le lever d’Hélios, Orion avait ouvert les yeux. N’avait-on idée de vivre dans une cité où la journée commençait tôt. Lui ça ne le gênait pas. Accompagner les Dieux dans leur vie paisible était un vrai privilège. Il faisait partie des levés-tôt. A vrai dire, dans cette modeste demeure bien souvent vide, il s’ennuyait. Daphné passait la plupart de son temps dans les rues d’Athènes sans que son frère ne puisse la surveiller du coin de l’œil. Il avait du travail maintenant, il devait difficilement subvenir à ses besoins et à ceux de sa cadette qui commençaient à se faire de plus en plus chers. Les femmes. Orion se demandait parfois si finir vieux garçon ne serait pas la meilleure des solutions. Quand il aurait trouvé sa sœur à marier à un bon parti quitte à ce qu’il ait quelques années de plus qu’elle, il serait seul et livré à lui-même. Mais si l’autorité ça le connaissait, il n’était pas encore prêt à supporter la responsabilité d’une famille. Il avait déjà bien assez avec ses élèves. Ils étaient comme les Athéniens qui trainaient dans la rue : ils couraient partout sans savoir où ça les mènerait. Jusqu’à ce qu’ils rencontrent un obstacle ce qui, dans ce cas précis, serait un glaive sans scrupule. Orion avait parfois du mal à croire qu’on envoyait des gamins encore mous du poignet à la guerre. Lui qui restait planté là aurait fait plus d’exploits que plusieurs dizaines de certains de ses guerriers. Heureusement que les hoplites étaient là. Alors que l’homme revêtait le plastron qu’il arborait presque tout le temps et qu’il rangeait le petit glaive à sa ceinture, l’évènement d’il y a quelques jours le frappa. Ils étaient rentrés. Rentrés de mission, on l’ignorait. En ce moment, l’armée faisait bien des secrets. Alors qu’Athènes connaissait une apogée apparente, Orion avait du mal à savoir qui ils pourraient bien avoir à vaincre. Il avait beau être proche de l’Assemblée et des guerriers eux-mêmes, ils gardaient le silence. Même envers leur maitre d’armes dévoué. Alors qu’il jetait un coup d’œil au soleil pour voir si le retard ne l’avait pas gagné, un juron s’échappa de sa bouche « Par Zeus. » Alors qu’il demandait pardon intérieurement au Tout-Puissant qu’il venait d’offenser, il se sauva jusqu’au gymnase qui lui servait de repère. La journée promettait d’être forte en émotions.

Plusieurs heures qu’il était là. Orion avait vu entrer les élèves un par un : des novices, des plus entrainés. Quelques hoplites rentrés de bataille étaient venus le saluer puis étaient repartis à leur entrainement : ils n’avaient presque plus besoin de lui et Orion ne savait pas s’il devait s’en réjouir ou non. Étouffait-il dans ce travail réputé, apprécié, indispensable mais si frustrant ? Il fallait le croire. L’Athénien surveillait deux jeunes hommes qui s’entrainaient au corps à corps. Parfois il se permettait quelques réflexions plus ou moins désobligeantes avant de leur montrer l’exemple. Il les impressionnait et il aimait ce sentiment. On avait du respect pour lui c’est pourquoi il osait leur parler mal : ils n’en tiendraient compte, ça leur éviterait de se faire étriper sur le champ de bataille. Si Orion remarqua du coin de l’œil un hoplite entrer, vu la façon dont il s’était revêtu, il n’y prêta pas attention. Quelle marque d’orgueil ! Apollon n’aurait pas mieux fait s’il voulait briller au monde. Tout le monde connaissait les hoplites, nul besoin de se faire remarquer. Oui il était frappé par la jalousie et quand bien même ? Lui n’avait pas la chance de pouvoir s’engager dans l’armée, on avait besoin de lui ici. Les hommes demandaient ses conseils, sa sœur réclamait sa présence. Malgré lui, il ne pourrait se résoudre à quitter Athènes même pour s’épanouir à faire la réputation militaire de sa cité bien-aimée. Il avait trop à faire. Il délaissa quelques secondes les deux Athéniens pour aller voir un jeune homme qui avait manqué de planter un de ses camarades avec une de ses flèches. Le visage fermé, le ton posé mais ferme, il lui expliqua la véritable façon de tenir un arc. Orion tira alors et sa flèche suivit parfaitement la trajectoire jusqu’à se planter au milieu du mannequin qui servait de cible. Il était fier. Aussi habile au corps à corps qu’à distance. Après une tape sur l’épaule de son élève qui n’avait qu’une ou deux années de moins que lui, il revint vers les deux Athéniens qui semblaient sur le point d’achever leur combat sur une victoire de l’un d’eux. Alors qu’il passait sa main dans ses cheveux pour les dégager de devant ses yeux bleus, quelqu’un l’aborda.

Le fameux guerrier qui était entré plus tôt. Orion ne se souvenait plus de son nom mais il avait déjà eu l’honneur de le voir à de nombreuses reprises ici. Le fils de Kasen. Il lui ressemblait assez à cet hoplite reconnu. Pour être franc, il n’avait aucune envie de savoir son nom, il faisait partie de ces arrogants qui avaient eu la chance d’entrer dans l’armée. Sans un regard pour lui, Orion se contenta de répondre : « J’espère que vous faites un aussi bon travail sur le terrain. » Si cette phrase pouvait sonner comme un conseil, venant d’Orion c’était plutôt une remise en question. Il ne doutait pas de leur efficacité mais il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il pourrait faire mieux à leurs côtés. Il savait qu’il apparaissait comme un jaloux à bon nombre d’Athéniens mais il n’en avait que faire. Quand on est digne d’Arès, on ne se préoccupe nullement des autres. On agit. « Votre tenue n'a nulle valeur dans cet endroit. Pourquoi venir ainsi vêtu ? »
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Dim 29 Aoû - 21:04

    Contrairement à Orion, Leandre se souvenait de son prénom. Il se rappelait même de celui de son père. Orion Attis, fils d'Icare. Il avait enregistré cette information, pensant que ça lui serait utile plus tard. En tant que soldat, il avait besoin de s'entrainer et parfois, de parfaire son entrainement. Connaître tous les maitres d'armes étaient une obligation. Il se tourna vers les combattants. Chacun avait sa spécialité. Leandre se plongea dans ses souvenirs. Lorsqu'il avait une quinzaine d'année, il avait commencé à s'entrainer afin d'être prêt pour l'éphébie. Il voulait être musclé afin que l'apprentissage ne soit pas trop dur. Et puis il avait continué ensuite afin de devenir un bon soldat fort et puissant. Il s'était fait un devoir de devenir un bon hoplite. Quelques années plus tôt, il était à la place de ces personnes. Il ne comptait plus les heures passées ici. Cet endroit avait quelque chose de magique pour Leandre. Il y avait passé tellement de temps qu'il le considérait comme un de ses endroits préférés. Si il y avait eu un lit, il aurait pu le considérer comme sa deuxième maison. Il ne représentait pas que l'entrainement, il était aussi ses premiers moments où il s'était senti quelqu'un. Comme si il quittait la peau du jeune adolescent pour entrer dans celle de l'adulte capable de se défendre. Il se préparait à devenir soldat, un métier qui l'avait fait rêver. Aujourd'hui, il avait exaucé un rêve. Il était même en plein dedans. Ce qui n'était pas le cas de l'homme debout à ses côtés. Il avait décidé de ne lui accorder aucun regard lorsque Leandre était venu lui parler. Celui-ci n'y prêta guère attention. Orion comprendrait bien que la jalousie n'avait pas lieu d'être. Même si il n'était pas sur les champs de bataille, il aidait l'armée grecque en formant des soldats. C'était un métier remarquable. Il était toujours plus agréable et moins dangereux d'avoir des hommes expérimentés plutôt que des hommes qui savaient tout juste tenir une arme. Si il n'avait pas été lui-même hoplite, Leandre se serait lancé dans cette carrière. Lui, ce qu'il voulait c'était aider la Grèce, aider l'armée à éloigner les ennemis. Quel que soit les moyens. Il avait pu entrer dans l'armée, il l'avait fait. Mais il n'aurait pas hésité à choisir une autre voie si cela avait permis à l'armée de décrocher des victoires.

    Lorsqu'enfin, Orion daigna lui adresser la parole, se fut pour faire un commentaire sur le travail de l'armée sur le terrain. Puisque l'ennemi n'était toujours pas aux portes de la cité, on pouvait penser qu'ils faisaient un excellent travail. En tout cas, cela était l'avis d'un capitaine de l'armée. Peut-être que l'avis d'autres soldats divergeaient de la sienne. Leandre se voulait optimiste. Ils avaient une réputation d'armée coriace et difficile à battre, ce qui effrayait déjà les armées adverses et qui était une rumeur fondée. Les grecs défendaient leur territoire à la perfection. Il croisa les bras sur son torse et étudia les deux hommes qui se battaient en corps-à-corps devant eux. Leur technique était bonne mais ils avaient encore quelques petits détails à corriger. Des détails qui se corrigeraient d'eux mêmes. Alors qu'avant, il était incapable de remarquer les défauts d'une technique, Leandre était aujourd'hui capable de remarquer chaque détail à corriger. Ne voulant pas vexer le maitre d'armes ou le attiser son agacement, il garda le silence, continuant à étudier ces deux hommes. Il aurait peut-être la chance de les compter parmi ses hommes dans quelques mois. Il leva un sourcil interrogateur en écoutant la phrase de Orion. Que croyait-il ? Qu'il venait étaler son pouvoir ici afin de se sentir bien ? Qu'il poussait la prétentieux et l'égocentrisme jusqu'à sortir avec son armure sur le dos ? Orion avait encore beaucoup à apprendre sur lui. D'ailleurs, que connaissait-il de lui ? Rien, absolument rien et il se permettait de le juger.

    « Pour la même raison que vous. Pour être protégé des coups. »

    Leandre conservait son calme. Il n'était pas du genre à s'énerver à la première provocation. Cet homme était simplement aveuglé par sa jalousie. Plus il en apprenait sur lui et plus l'hoplite comprenait pourquoi il était jaloux. Le problème était leur métier respectif. L'un était devenu hoplite, soldat de l'armée grecque, il pouvait défendre le territoire. Mais Orion était forcé de rester ici, à entrainer de futurs soldats. Cela devait être frustrant. Leandre n'avait jamais connu cela. Il ne parvenait donc pas à se mettre à sa place mais il pouvait deviner. Il est certain que lui n'aurait pas réagi de cette façon. Il l'aurait plutôt aidé à devenir un encore meilleur soldat. Tant que cette jalousie ne les forçait pas à en venir aux mains ou aux armes, il ne pouvait pas dire qu'elle était néfaste. Certes, il aurait préféré que leur relation soit meilleure mais on ne choisit pas ses amis, n'est-ce pas ? Si le maitre d'armes voulait le critiquer, qu'il le critique. Au moins, cela se faisait devant lui et non dans son dos. Il se tourna vers son interlocuteur, les bras toujours croisés.

    « Est-ce qu'un jour, vous arrêterez d'être ainsi ? »

    Ils n'en étaient qu'à la deuxième rencontre mais Leandre voulait déjà être certain que cette situation ne durerait pas une éternité. Il n'avait pas pour habitude d'être le sujet de jalousie. Cette relation le gênait. Il avait appris à faire avec la jalousie de certaines personnes envieuses de son argent. Cependant, il n'avait jamais imaginé que son métier provoquerait une telle réaction. Alors si Orion devait être jaloux sans lui, il espérait que ça ne soit pas pour l'éternité.
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Lun 30 Aoû - 9:14

Les quelques mots prononcés par Orion était d’une désinvolture agaçante. De toute évidence, il ne pouvait contenir sa rage. Un comble pour un professeur d’être jaloux de ses apprentis alors qu’au fond, il n’avait rien à leur envier. Sauf peut-être justement l’uniforme que portait Leandre. L’Athénien n’avait pas le délire de persécution mais toute la cité était au courant qu’il rêvait à l’armée et à sa reconnaissance. Ce n’était un secret pour personne. Si quelqu’un n’aimait pas Daphné, il était facile de trouver quelque chose à reprocher à son frère. Orion s’en fichait. Les mauvaises langues étaient récurrentes à Athènes, tôt ou tard elles finiraient par se taire quand il aurait atteint son but. Et puis tous ne seraient rien sans lui. Quel maître d’armes pourrait supporter les erreurs fréquentes de ses élèves, tantôt attentifs, tantôt totalement distraits ? Les problèmes que connaissait la cité se répercutaient sur les guerriers qui avaient de plus en plus de mal à se concentrer sur leurs exercices. Orion remarquait au fil des jours qu’ils devenaient tous de moins en moins efficaces. Il osait espérer que le retour de l’armée triomphante aurait une bonne influence sur les futurs hoplites. Alors que Leandre répondait à son accusation, Orion n’écouta guère. Il s’élança vers les deux jeunes hommes qui semblaient faiblir face à face. Il s’interposa entre eux avant de planter son regard bleu perçant vers l’un d’entre eux. « Je ne te donne pas quelques secondes avant que le glaive ennemi ne te transperce. Achille est mort pour une faiblesse du talon, profite donc du tien et bouge-toi. Reste toujours en mouvement. » Tout en continuant ses explications d’une voix assurée, il s’était mis à bouger sur place, ne donnant pas le temps à son adversaire de pouvoir préparer ses coups. « Lors de l’affrontement, tout le monde est dans le feu de l’action. Ne te laisse pas intimider. » Le visage d’Orion se ferma soudainement dans une concentration déconcertante. Et pourtant, tous les gestes qu’il effectua par la suite étaient d’un naturel semblable. Il frappait avec ardeur, se déplaçait avec fermeté mais agilité. Les entrainements épuisants de son père avaient portés ses fruits : son fils était aussi fort que lui en combat si ce n’était même plus. Il avait la jeunesse et la fougue. Peut-être trop de fougue pour devenir hoplite. Orion prenait tout trop à cœur, peut-être était-ce là la faiblesse qui le rendait inapte à la guerre. Il ne supporterait certainement pas de perdre un compatriote, ou même une bataille. C’était tout ou rien.

Après qu’il eut pointé la lame de son glaive sur le cœur du jeune homme qu’il défiait, il baissa l’arme avant de la rendre à son propriétaire. Il souriait comme si le duel éphémère l’avait gorgé d’énergie et de bonheur. Orion reculait alors de quelques pas jusqu’à rejoindre Leandre. Il n’avait eu aucun scrupule à le délaisser un instant, après tout il faisait son métier. Leandre comprendrait qu’on ne joue pas avec ce qui serait plus tard la défense de la cité. Calme, il détailla son compagnon du regard. Se protéger des coups ? Avait-il l’intention de s’entrainer avec des garçons qui lui étaient d’un niveau nettement inférieur ? Bien que ça puisse être intéressant pour leur montrer que le danger d’être en face de plus fort que soi était toujours présent, il redoutait leur réaction. Quand on entrait dans l’armée Athénienne, on devenait à part. On s’entrainait à part des autres, on parlait en retrait, ils restaient entre eux. Certains avaient le culot de se définir comme l’élite oubliant qu’ils étaient tous passés par le gymnase d’Orion ou de son père. La promotion entraine souvent l’orgueil et l’homme regrettait parfois qu’Arès ne leur donne pas de leçon. Leandre n’était peut-être de ceux-là mais Orion préférait prévenir que guérir. En l’occurrence, cette situation ne lui plaisait guère à lui aussi. Sa question le prouva bientôt. L’Athénien n’aimait pas être en compétition avec ses frères d’armes, ça ne l’amusait pas de ressentir autant de haine envers des gens à qui il devrait peut-être la vie plus tard. Daphné lui avait répété on ne sait combien de fois de se modérer, de ne pas en vouloir à des personnes qui n’y étaient pour rien. Il fallait peut-être qu’il se mette à suivre ses précieux conseils. Tentant de rester poli comme on le lui avait appris, il tourna sa tête vers le Grec, tout en cherchant ses mots. « Ne croyez pas que ça me plait d’être ainsi. Vous avez certainement entendu par vos compagnons qu’être professeur m’exècre. C’est totalement faux. J’ai aspiré à d’autres horizons, on m’a confié celui de poursuivre le travail de mon père. J’y prends beaucoup de plaisir. Seulement… J’attends plus. » Il jeta un regard lointain vers tous les élèves avant de poursuivre. « Je n’ai rien contre vous. Arès n’entend toujours pas mes prières, ça m’agace. »

Ces justifications étaient bancales mais Leandre comprendrait aisément qu’il n’aimait parler de ce qui faisait de sa vie un dilemme : le respect des traditions et des valeurs familiales ou la voix du cœur et de la folie. C’est pourquoi Orion ne s’attarda pas sur le sujet bien qu’il avait conscience que Leandre n’en resterait pas là. Il posa alors une question qui brûlait toutes les lèvres des citoyens. « D’où revenez-vous ? »
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Lun 30 Aoû - 16:06

    La manière dont il parlait à ses élèves était remarquable. A la fois autoritaire et franc, il ne faisait aucun commentaire désagréable. Juste la vérité. C'était des personnes comme cela qui attiraient facilement le respect de Leandre. Il connaissait parfaitement son métier et le faisait à merveille. Alors pourquoi vouloir quitter Athènes pour combattre aux côtés de l'armée ? Si tous les hommes capables de se battre quittaient la cité, plus personne n'apprendrait à combattre et la Grèce serait perdue. Lorsqu'il partait se battre dans tous les coins du pays, l'hoplite le faisait autant pour tous les grecs que pour le maitre d'armes qui lui avait enseigné tout son savoir, une manière de respecter son travail et de lui rendre hommage car sans cet homme, il ne serait pas là où il était. Certes, son père lui avait enseigné les bases du combat mais c'était son maitre d'armes qui lui avait tout appris. Quand il en avait le temps, Leandre lui rendait visite. Il voulait lui montrer qu'il pouvait être fier de ce qu'il avait accompli dans sa vie. Bientôt, Orion recevrait la visite de soldats formés par lui-même et qui viendraient lui montrer que son travail est bien plus important et valorisant qu'il ne semblait le croire. Il n'y avait pas besoin d'être au milieu de l'armée pour contribuer à la victoire, Leandre en était certain. On pouvait influencer le cours des choses indirectement. Orion le faisait. Il menait sa propre bataille afin de faire gagner la Grèce. Mais il ne s'en rendait pas compte. Sa jalousie en témoignait. Le hoplite regarda son interlocuteur donner une leçon aux deux hommes. Avec des mouvements rapides, précis et calculés, il fut capable de touché son adversaire. Ce combat était impressionnant. Imaginez des milliers du même genre sur un champ de bataille. Ces élèves n'auraient pas le temps de s'ébahir en plein milieu d'une guerre. Chaque seconde d'inattention était comptée. Leandre en était la preuve vivante. Une seconde déconcentré et il finissait embroché par un glaive. Ce genre de leçon laissait des traces. Il n'oublierait pas ce jour et serait dorénavant plus concentré. Chaque blessure apportait son lot de leçons. Il fallait toutes les retenir sous peine de se faire avoir plusieurs fois jusqu'à la mort. Le maitre d'armes revint auprès de lui, toujours accompagné par cette indifférence qui trahissait sa jalousie. Il laissa échapper une question qui le taraudait déjà depuis leur dernière rencontre. Pourquoi lui en vouloir ? Et pendant combien de temps ? Orion lui répondit sincèrement, en tout cas Leandre l'espérait.

    « Ne vous êtes-vous jamais dit que se serait des hommes comme vous qui protégeraient la cité lorsque l'armée faiblira ? »

    Il tourna son regard clair vers l'homme. Il le pensait réellement. L'armée grecque ne serait pas invincible durant l'éternité. Même avec la protection des dieux, ils ne pouvaient pas assurer que l'armée saurait protéger le territoire grec jusqu'au bout. Leandre était bien placé pour le savoir. Alors lorsque l'armée perdrait, se serait des hommes courageux comme Orion qui iront protéger la cité et les villages alentours. Qui sait ? Le maitre d'armes serait peut-être à leur tête. Parce qu'il n'y avait pas que l'armée qui était capable de défendre le peuple. Il y avait également toutes ces personnes qui maniaient l'arme. Ces personnes auront un rôle important lorsque les soldats céderont. Leandre réalisait l'importance de ces gens. Ils étaient un peu l'arrière-garde que l'on laissait dans les villes afin de protéger les habitants. Ils n'avaient jamais connu la guerre mais avaient déjà tenu des armes dans leurs mains. Ils étaient tout à fait apte à défendre leur villes. L'agacement d'Orion était compréhensible. Il attendait beaucoup et ne recevait rien. Cependant, chaque athénien, chaque grec avait un destin bien précis, une destinée qui prenait du temps à être accomplie. Chaque homme naissait avec une histoire déjà écrite. Il fallait que Orion soit patient. Son tour viendrait bientôt et enfin, il saurait ce qu'on attend de lui.

    « Les dieux ont un projet pour chacun de nous. Il vous suffit d'attendre pour connaître le vôtre. »

    Leandre était très croyant et ne remettait jamais en doute la parole divine. Lorsqu'il ne comprenait pas un phénomène, il trouvait une réponse qui lui semblait plausible. Si on leur faisait vivre tout cela, c'était pour éprouver leur fidélité. Orion devait tenir le coup, rester dans son rôle de maitre d'armes afin de prouver à Arès et à Athéna qu'il était capable de leur obéir et d'attendre le moment venu pour accomplir sa destinée. Autrement, ils pourraient bien lui en vouloir. Le maitre d'armes questionna alors Leandre de l'endroit d'où il revenait. Ce dernier aurait préféré de ne pas avoir à lui répondre. Certes, il n'était pas forcé de lui dire qu'il était blessé mais à quoi bon lui mentir ? Orion réaliserait bientôt qu'il était le seul rentré à la maison. Lui dire qu'il avait été blessé serait une victoire pour ce maitre d'armes jaloux. Peut-être n'était-ce pas un tort de dire la vérité, finalement.

    « Je reviens des côtes grecques où l'on repousse actuellement les perses. Je suis le seul rentré, les autres sont encore sur place. »

    C'était un coup dur pour Leandre. Il avait été forcé d'abandonner sa troupe pour guérir. L'activité du champ de bataille lui manquait terriblement. Et le fait de ne pouvoir s'entrainer pour s'occuper n'aidait en rien. Il était parfois attiré par l'idée de jouer à l'enfant et de contredire les ordres en prenant une arme. Mais il savait qu'en faisant cela, il pouvait aggraver sa blessure et donc retarder son retour. Il n'avait pas pris la peine de préciser qu'il était blessé, Orion le comprendrait facilement. En attendant une quelconque moquerie de l'homme, Leandre se concentra sur un athénien qui s'exerçait à l'escrime.
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Mar 31 Aoû - 8:47

Lorsque l’armée faiblira… Peut-être oui un jour l’armée athénienne perdra de sa vigueur mais cet évènement signerait alors l’arrêt de mort de son apogée. Athènes avait prouvé au fil des siècles qu’elle faisait partie des cités les plus influentes au monde. Elle dominait de par tous les domaines : le commerce, l’armée, la politique, la civilisation. Les découvertes principales étaient faites par des chercheurs grecs. Personne ne pouvait remettre en doute son pouvoir sur l’époque actuelle. Et pourtant, elle luttait chaque jour contre la menace. Les Romains n’appréciaient visiblement pas d’être à l’ombre d’Athènes et les raisons étaient tout à fait valables. Les Perses quant à eux semblaient en quête de territoires plus occidentaux. Mais pour l’heure, il était inconcevable qu’Athènes tombe dans les mains d’un autre empire mal intentionné. L’armée ne faiblirait pas. Là était tout le paradoxe : Orion serait toujours prêt à entrainer et à former les futurs hoplites et guerriers qui repousseront ces barbares assoiffés. Si la frustration l’habitait chaque jour qu’Hélios lui accordait, il avait le sens du sacrifice : quitte à rester cloitré dans sa cité qu’il aimait tant, autant rester utile et lui permettre de conserver sa place de première. La moindre erreur serait fatale. « Nos Dieux ont l’air bien plus préoccupés par d’autres projets plus sombres que l’avenir de leur serviteurs, il semblerait. » En effet, certains habitants dont Orion se sentait délaissés par leurs divinités. Il y a peu plusieurs oracles avaient crié au danger, lequel des tout-puissants avait-il bien pu les effrayer ? Les prêtresses donnaient à Athéna une humeur qu’on pouvait craindre. L’Athénien ignorait la raison de tous ces doutes mais ils n’allaient pas en s’arrangeant. Les citoyens en pâtissaient à vue d’œil. Bientôt l’armée aurait certainement à faire face à plus gros et plus puissant que des barbares bronzés armés jusqu’aux dents.

Lorsqu’Orion posa sa question indiscrète mais tellement juste de la part d’un maitre d’armes qui voyaient ses élèves partir un par un au combat, il sentit la tension s’élever entre Leandre et lui-même. Il s’attendait à une réponse brève et vague comme on lui avait donné jusqu’ici. Il n’était pas dans les habitudes de parler des projets militaires à Athènes. Les taupes parmi les étrangers étaient de plus en plus présentes et chacun des mots qu’on prononçait ne tombait jamais dans l’oreille d’un sourd. Causer la perte militaire sous prétexte d’un commérage un peu trop fort serait vraiment un comble. Ainsi donc, Leandre était le seul rentré. Le seul hoplite du moins. Certains guerriers avaient eux aussi regagné leurs maisonnées souvent par blessure ou simplement parce qu’ils étaient assez forts pour permettre de laisser quelques-uns –souvent les plus faibles- rentrer chez eux. Orion n’eut pas de mal à ressentir la pointe de tristesse dans la voix de son compagnon. La raison de son retour ne devait pas être glorieuse, peut-être honteuse pour lui. Il ne perdit pas une seconde. « Et pourquoi êtes-vous donc ici loin de vos compagnons d’armes qui ont besoin de vous ? » Alors qu’il parlait, le jeune homme venait de repasser sa main dans ses cheveux pour dégager son visage bronzé. A le regarder, on avait parfois l’impression de voir un homme qui trainait toute la journée dans la poussière. Ce n’était pas faux. Il restait presque tout le temps ici et les foulées de ses élèves donnaient une atmosphère étouffante à l’endroit. Fort heureusement, les thermes avoisinaient le gymnase. Orion n’était nullement dérangé par l’impression que pouvaient donner les entrainements ici : des hommes tous en sueur qui donnaient toutes leurs forces dans des combats fictifs en attendant la réelle bataille. Un concentré de testostérone. Les femmes étaient très rares ici. Premièrement, elles avaient rarement le droit d’entrer dans ce lieu typiquement masculin. Qu’est-ce qu’une femme ferait-elle avec un arc ou un glaive à la main ? Pas grand-chose. Orion avait déjà tenté d’enseigner l’archerie à Daphné mais il semblerait que les armes n’étaient pas faites pour aller dans des mains fines, douces et fragiles. Une exclamation de douleur détourna l’attention du professeur de Leandre. La lame argentée d’un glaive peu affuté venait de blesser superficiellement un garçon d’une quinzaine d’années. L’auteur, tourmenté de son geste, restait penaud. Sans même bouger de sa place, Orion leur lança : « C’est le métier qui rentre. Ne te laisse pas dégoûter à la moindre goutte de sang, tu risques d’en voir là-bas. » Il leur sourit alors pour les rassurer mais une autre interrogation venait de traverser l’esprit de l’Athénien. Son regard bleu dans celui de Leandre, il demanda alors, d’une voix incertaine : « Avons-nous eu des pertes ? »

La crainte de voir ses hommes tomber était toujours la douleur la plus intense, encore plus lancinante qu’une blessure. Si la jalousie serrait le cœur d’Orion, il se réconfortait en se disant que l’homme en face de lui avait probablement sauvé plusieurs vies. Il fallait qu’il se rende à l’évidence et qu’il calme ses ardeurs : il n’avait rien à reprocher à Leandre. C’était dur à avaler d’avoir en face de soi quelqu’un de son âge mais qui avait tellement plus de grades que soi-même. Mais Leandre n’y pouvait rien. Il était tout simplement meilleur qu’Orion et plus utile sur le front que dans la cité. Qu’Arès lui pardonne sa méprise mais il ne parviendrait jamais à s’y faire complètement. Pouvez-vous réellement clouer un guerrier au sol ?
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Mar 31 Aoû - 20:47

    Ce maitre d'armes remettait en question les dieux. C'était un affront pour les divinités qui veillaient sur eux. Comment Orion pouvait faire cela ? Lui qui se plaignait de ne pas avoir reçu ce qu'il demandait. Il était logique qu'on ne lui accorde pas ce qu'il voulait puisqu'il n'avait plus la foi. Leandre pouvait comprendre que faire confiance à des divinités qu'on ne voyait pas était dur. C'était là que résidait la chose. Si il ne croyait plus en ces dieux, alors pourquoi eux voudraient exaucer ses prières ? C'était un cercle vicieux dont on ne pouvait sortir. La seule chose que l'on pouvait faire, c'était croire et ne pas se poser de question, ce que faisait Leandre. Parfois, lorsque les pertes de son camp étaient considérables, il se demandait pourquoi les dieux ne faisaient rien. Si ils existaient, pourquoi laissaient-ils de pauvres innocents se faire massacrer ? Et pourquoi lui ne mourrait pas ? Il avait besoin de réponses mais finissait toujours pas s'apaiser. Demander à une personne de croire à une chose qu'il ne voyait est difficile. La plupart des humains croient en ce qu'ils voient. Ce qui est logique. Sauf qu'on ne pouvait voir les dieux. On avait seulement les grandes statues du temple et celles que l'on avait chez soi. Sans être certains que ces visages étaient bien ceux des divinités. Rien ne nous prouvait qu'elles avaient des visages de parfaits inconnus qu'un sculpteur avait croisé dans la rue. Évidemment les prêtresses vous diront que c'est une personne qui avait entendu la voix d'un des dieux qui lui avait dit de dessiner ainsi le visage de Zeus, Héra, Poséidon et autres. Alors oui, il était difficile de faire confiance en des personnalités que l'on ne connaissait pas. Mais il était essentiel de croire en eux car on en avait besoin. Sans personne a qui s'accrocher, sans l'espoir que les choses s'arrangeraient, des personnes seraient mortes de désespoir. Les croyances étaient importantes pour l'équilibre. Quand tout allait mal, il était bon d'avoir une personne vers qui se tourner. C'était à cela que servait les dieux. Ils étaient là pour les soulager, pour les rassurer. Si on arrêtait de croire en eux, c'était l'espoir que l'on perdait. Bien qu'il désapprouve le jugement d'Orion, Leandre ne fit aucun commentaire. L'homme lui en voulait déjà tellement que critiquer sa manière de voir les choses n'arrangerait rien. Il se contenta plutôt de répondre à ses questions.

    « Un soldat perse est parvenu à m'atteindre. Il a laissé une blessure derrière lui. »

    Cela sonnait comme une défaite pour Leandre. Il n'avait jamais été blessé aussi gravement. Lorsqu'il avait eu ses quelques blessures de guerre, on lui avait autorisé à rester et continuer les combats. Cette fois-ci, on ne lui avait pas laissé le choix. Il avait été envoyé à Athènes pour quelques semaines de repos. Quitter l'armée pour une blessure était une raison qui lui restait en travers de la gorge. Il ne s'était jamais imaginé devoir abandonner sa troupe. Il n'était pas immortel, loin de là, cependant, il pensait naïvement que ses entailles resteraient superficielles. Il s'était bien trompé. Leandre avait dû mal à s'y faire. En particulier lorsqu'il connaissait la taille de l'ennemi. Sans lui, sa troupe irait tout droit sur l'ennemi. Lui qui avait l'habitude de les protéger un minimum en les retirant du combat quand il paraissait impossible d'en sortir indemne. Que deviendrait son armée ? Leandre ne vivait pratiquement que pour la guerre. Il passait bien trop de temps sur les champs de bataille pour penser à avoir une femme, des enfants et une belle maison. Peut-être qu'un jour, il oublierait la guerre pour l'amour mais ce moment n'était pas encore arrivé. Il pouvait sembler bien prétentieux de croire que ses soldats ne s'en sortiraient pas sans lui. Mais il le croyait vraiment. Il avait certainement l'une des seules troupes qui avait vu le moins de perte. A l'idée que leur capitaine prenait le moins de risques possibles et qu'il veillait à la sécurité de tous, les hommes étaient bien plus motivés. Ils avaient confiances.

    Leandre regarda Orion repartir en direction d'élèves. Un d'eux venait d'être blessé par son camarade. Une grimace déforma la bouche du hoplite. A cet instant, il pouvait comprendre mieux que quiconque ce que cela faisait. Il avait vécu la même chose quelques jours plus tôt et d'autres soldats subissaient la même douleur à ce moment même. Instinctivement, il posa sa main sur son abdomen, à l'emplacement même où on lui avait planté un glaive. Même si les blessures physiques guérissaient vite, les psychologiques étaient plus dures à guérir. Comme brûlé à vif, Leandre retira sa main rapidement. Ce n'était pas lui qui était blessé. Il ne l'était plus. Il était à Athènes, loin de tout danger. Orion termina son travail de professeur et retourna vers le hoplite. Ce dernier ne savait que répondre. Il n'avait pas eu le temps de s'informer des pertes humaines. A vrai dire, lorsqu'il avait quitté la bataille, il s'était évanoui à peine couché. La douleur était trop intense. Une fois réveillé, on lui avait appris qu'il partait pour Athènes.

    « De ma troupe, très peu. Pour ce qui est des autres, je ne peux vous dire. »

    Il n'était pas en état de demander, bien trop occupé à vouloir enfiler son armure contre les réprimandes de ses supérieurs. Il avait fallu que quelqu'un vienne pour lui faire enlever son armure et le garder dans son lit. Blessure ou pas, douleur ou non, il avait souhaité retourner auprès de ses hommes. Sa place était auprès d'eux et non alité. Aujourd'hui, il se retrouvait à des lieues de là, à parler avec un homme qu'il ne connaissait pratiquement pas et qui le jalousait. Elle était bien loin son armée...
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Mer 1 Sep - 18:19

Orion avait conscience que ses propos pouvaient choquer chaque Athénien qui pourrait l’entendre. Et pourtant, dans ses oreilles à lui, rien ne sonnait comme un blasphème. Il ne remettait pas en question les Dieux ni leur suprématie sur leur grande cité. Athènes leur devait toute leur domination, toutes leurs avancées. Si des temples étaient érigés et régulièrement entretenus comme les richesses de la ville, c’était bien pour une cause. Ils avaient le droit de vie et de mort sur tous les citoyens qui sortaient de leur maison. Ils pouvaient causer le malheur comme le bonheur, l’abondance comme la richesse. Mais comme dans toute chose, il y en a toujours pour être insatisfaits. Orion était de ceux-là. Il priait chaque jour et sa foi était sans limite mais toutes ces offrandes, toutes ces paroles pouvaient-elle réellement avoir une influence sur ce que le Destin lui avait réservé ? Si toutefois Arès avait décidé de ne pas faire de lui le militaire dont il rêvait tant, est-ce passer plus de temps au temple, devant sa représentation de marbre suffirait-elle à prouver son engagement ? Il en doutait. Il devait simplement s’en remettre à eux, en espérant qu’ils lui accordent leurs faveurs. En fin de compte, ils n’étaient tous que des pantins avec lesquels ils s’amusaient, donnant parfois quelques privilèges. Ce n’était que le petit jeu de la vie et quand certains de nous rejoindront le territoire d’Hadès, d’autres apparaitront sur la terre pour devenir à leur tour esclaves du désir des divinités. Orion ne souhaitait pas se révolter : il voulait simplement que la donne change une unique fois. Il attendait toujours qu’on frappe durement à sa porte et voir apparaitre au seuil un de ces hoplites reconnus et commandants des armées. Il attendait toujours qu’on lui donne l’ordre, même en pleine nuit, de prendre les armes et de les suivre. Quitter sa sœur en pleine nuit, alors qu’elle était plongée dans le pays des songes n’en serait que moins douloureux. Daphné était la seule personne qui avait le pouvoir de briser tous ses rêves sans même qu’il n’éprouve aucun regret. Finalement, il n’y avait pas que les dieux qui avaient une influence sur la vie d’Orion. Maitrisait-il seulement quelque chose ?

La réponse de Leandre lui donna la confirmation que lui non plus ne contrôlait rien. Son regard se fit plus doux, presque compatissant. Visiblement, son camarade supportait mal d’avoir du rentrer au bercail alors que ses semblables continuaient de combattre sans relâche l’ennemi. A ce moment-là, personne ne pouvait mieux le comprendre que le fils d’Icare. La honte aurait été immense s’il devait quitter son travail à cause d’une simple blessure. Leandre ne devait pas en être à la première mais celle-ci devait être assez profonde être relativement grave pour qu’on puisse le renvoyer ainsi. Il pouvait néanmoins remercier Hygie, déesse de la santé de l’avoir épargné. Si les connaissances grecques sur la médecine commençaient à faire des émois, ils n’en étaient qu’au commencement. Rares étaient les guerriers qui survivaient à une blessure grave. Malgré lui, Orion laissa sa curiosité prendre le dessus. « Montrez-moi donc ça. » Il ne pouvait se vanter de savoir soigner les gens mais il avait déjà bien assez vus des novices se couper accidentellement, parfois même seuls. Sa blessure de guerre la dégoutait autant qu’elle le fascinait. C’était une preuve de l’engagement de Leandre et de son efficacité. Les gens blessés ne sont-ils pas les plus ardus ? Il était conscient que tout cela avait une tournure malsaine mais l’Athénien voyait ça sous un autre œil, lui qui était coincé ici. La jalousie d’Orion n’était pas éteinte pour autant, elle n’en était qu’effacée par un sentiment plus grand : l’interêt. Avec Leandre, il en apprendrait plus sur la véritable vie des guerriers, autre que celle qu’on dépeint sur les vases, celle faite de victoires et d’invincibilité. Il était aux premiers rangs quand il s’agissait de voir la réalité de la guerre. La question à propos de leurs propres troupes n’avaient pas manqué de sortir de sa bouche. L’hoplite lui répondit alors comme il le souhaitait. Très peu… Encore une fois, Athènes demeurait les plus forts. Avec un faible sourire, Orion leva les yeux au ciel : « Qu’Arès continue de nous donner sa force alors. » C’était une maigre compensation que de voir les autres s’en sortir sans lui-même s’il faisait partie de ceux qui donnaient de l’expérience à tous ces Grecs dévoués.

Alors que deux lames non loin des deux hommes venaient de fendre l’air, se rencontrant en plusieurs étincelles, Orion ne releva même pas. Il était bien trop habitué à ce bruit, aux réactions des armes quand elles s’entrechoquaient. Ce vacarme était son quotidien et il paraissait parfois même plus l’entendre. Si Leandre l’avait dérangé au début, il avait néanmoins le désir de poursuivre cet entretien. Mais il ne pouvait pas continuer sans un élément essentiel. Sans même éprouver la moindre gêne quant à ce qu’il allait demander, Orion se lança alors : « Pardonnez-moi mais rappelez-moi votre prénom. » Si jamais il devait sympathiser avec cet homme qu’il enviait tant, autant connaitre son nom. Celui de son père n’était pas suffisant pour pouvoir dénommer l’homme qui l’intriguait et le rendait furieux à la fois. Orion ne pouvait pas faire l’impasse comme ça mais comme dans toute guerre, il faut toujours une trêve. Celle-ci commençait donc tout juste, restait à savoir combien de temps parviendrait-il à dissimuler ses mauvais sentiments.

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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Jeu 2 Sep - 19:04

    Leandre hésita quelques secondes. Que cherchait Orion en voulant voir cette blessure ? A le faire rire discrètement ou à constater les dégâts ? Il sonda son regard, incertain de ce qu'il devait faire. Qu'est-ce qu'il risquait après tout. Ce n'était qu'une blessure en cours de cicatrisation. Si le maitre d'armes souhaitait en rire, qu'il le fasse. Il s'en fichait finalement. Il n'avait pas de temps à consacrer aux moqueurs. Il détacha les courroies de son plastron et souleva le fin vêtement en-dessous, dévoilant un bandage rudimentaire fait d'un bout de tissu qu'il avait noué sur le côté. Il était suffisamment serré pour compresser la plaie. Leandre défit le nœud afin de montrer la blessure. Elle était d'une dizaine de centimètres et profonde. L'entaille n'avait pas encore commencé à cicatriser. L'intérieur était visible laissant aux deux hommes le soin de regarder ce qu'il pouvait bien y avoir dedans. La personne qui l'avait soigné l'avait mis en garde. Elle n'avait pas vu beaucoup de gens s'en sortir. Il devait donc faire très attention si il voulait vivre. Sa mère priait tous les jours la déesse de la guérison afin que son fils soit soigné convenablement et ne meurt pas. La dévotion qu'il voyait chez sa mère lui serrait le cœur. Il la regardait souvent prier cette déesse. Il réalisait dans ces moments-là qu'elle l'aimait vraiment. L'amour d'une mère pour son enfant était ce qu'il y avait de plus beau sur terre. Comme lorsqu'il était enfant, il restait assis à quelques mètres d'elle en la regardant prier. A l'époque, il ne comprenait pas pourquoi elle prenait le temps de prier tous les dieux et comment elle pouvait avoir autant d'imagination pour toutes ces prières. Avec le temps, il avait trouvé la réponse : elle souhaitait le meilleur pour son fils. Elle voulait le protéger des dangers et elle demandait un monde meilleur pour son fils. En revenant à Athènes blessé, Leandre avait compris que sa mère se sentait responsable. Il avait bien essayé de la rassurer et de lui dire qu'elle n'était en rien responsable. Rien ne marcha. Il avait fini par abandonner pour la regarder prier. Il n'était pas assez fort pour combattre la volonté d'une mère. Lorsque le maitre d'armes eut examiné la ''beauté'' de sa blessure, Leandre remit le bandage et son plastron. Il n'avait peut-être aucune gêne à se déshabiller en public, il ne tenait pas à rester dans cette tenue.

    Le jeune hoplite hocha la tête en écoutant la prière d'Orion. Même si il doutait, le maitre d'armes continuait à leur faire confiance. Et il avait raison. Sans Arès et Athéna pour leur donner leur force, l'armée grecque aurait déjà perdue. C'était cette pensée qui motivait les troupes. Les dieux veillaient sur eux et les protégeaient. Sans cette idée, ils auraient abandonné les armes depuis belle lurette. Leandre était même le premier à affirmer que savoir des divinités derrière son dos l'aidait à avancer dans la bataille. Il se sentait plus confiant mais pas pour autant immortel. Il savait que les dieux les surveillaient afin de s'assurer que tout aille bien. Il fut sortis de ses pensées par Orion qui le questionnait.

    « Leandre, fils de Kasen. Et vous, si mes souvenirs sont bons, être Orion fils d'Icare. »

    Il ne voulait pas enfoncer son interlocuteur en montrant qu'il connaissait mieux que lui la personne en face de lui. Ou peut-être si un peu mais son premier but était de s'assurer de son identité. Il était toujours gênant d'appeler une personne par le prénom d'une autre. Leandre reposa son regard sur l'homme qu'il fixait depuis tout à l'heure. Celui qui s'entrainait à l'épée. Il en avait vu des soldats blessés se battre malgré la douleur. Il savait les repérer. D'ailleurs, c'était ceux qui étaient attaqués les premiers lors d'une bataille. Ce qui était assez lâche de la part des soldats adverses. Mais d'un autre côté, ils fonctionnaient comme les animaux. Ceux-ci tuaient les proies les plus faibles car elles étaient plus faciles à approcher. L'homme qui s'exerçait au glaive boitait. Légèrement mais il boitait. Les yeux d'expert de l'hoplite ne le trompait pas. Cet homme ferait mieux de se reposer plutôt que travailler. Si Orion ne l'avait déjà pas vu, c'était probablement parce qu'il était trop occupé par ses autres élèves. Il fronça les sourcils en voyant l'homme manquer de trébucher. Il avait probablement une blessure à la cuisse qu'il cachait grâce à sa tenue, à moins quelle soit au mollet. Leandre se tourna vers le professeur. Celui-ci regardait vers d'autres élèves. Le prendrait-il bien si le soldat qu'il jalousait se mêlait, en plus, de son travail ? Il n'attendit pas de trouver la réponse. L'élève était en difficulté et aggravait sa blessure en continuant de s'exercer.

    « Vous avez un homme de blessé. »

    Lorsqu'il eut l'attention du professeur, il désigna discrètement l'élève d'un mouvement de tête. En réalité, le professeur était comme le capitaine. Il avait des hommes sous ses ordres et il devait être tenu au courant quand l'un d'eux était blessé. C'était comme si on lui disait qu'il allait partir en guerre avec une centaine de jeunes hommes frais et entrainés et qu'il se retrouvait avec une centaine d'hommes de soixante-dix qui n'arrivaient plus à tenir leur arme. Lorsque l'on partait, il fallait connaître l'état de chaque homme. La situation était la même pour un professeur. Celui-ci se devait de connaître la santé de chacun afin d'adapter l'entrainement à la personne ou de la retirer. Leandre attendit que l'homme réagisse, curieux de voir sa réaction. Une réaction qui pourrait lui montrer quel genre de capitaine il serait dans l'armée.
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Ven 3 Sep - 6:55

Orion n’aurait jamais cru qu’il demanderait à Leandre de se dévoiler à lui. Après tout, que lui devait-il ? Pas grand-chose. C’était principalement son père qui s’était occupé de sa formation militaire, lui ne l’avait eu que quelques instants, la veille du fameux départ. Le départ d’Icare vers des contrées plus calmes avait déçu beaucoup de monde. C’était toujours douloureux pour une cité de perdre l’un de ses meilleurs éléments. Icare non plus n’avait jamais eu la chance de rejoindre l’armée, mais à regarder ses yeux brillants lorsqu’il entrainait ces jeunes guerriers, il était évident que la passion de l’enseignement l’habitait depuis toujours. S’il avait transmis cette passion à son fils, Orion voulait quand même voir plus loin. Athènes s’agrandissait et s’améliorait de jour en jour, les esprits suivaient et les ambitions se faisaient également plus grandes. On appelait ça le rouage de l’avancée. Les citoyens étaient prisonniers sans même s’en rendre compte d’une civilisation qui n’avait cesse de changer. Lorsque Leandre retira enfin le fin bandage rudimentaire qui dissimulait et protégeait par la même occasion, Orion ne put s’empêcher de laisser paraitre une grimace. Il s’approcha de lui sans le toucher pour autant : il ne voulait pas lui faire l’affront de mettre le doigt sur une blessure de guerre qui heurtait son esprit tout autant que son corps. Malgré lui, son cœur se serra. Combien de personnes n’avaient pas eu la chance de Leandre et avaient fini par périr d’un mauvais coup mal placé ? Il suffisait d’un moment d’inattention pour que tout se termine aussi rapidement que ça avait commencé. La gravité de l’entaille de son compagnon d’armes envahit l’Athénien d’un flot de compassion. Visiblement, il devait souffrir à chaque mouvement qu’il exécutait et pourtant il était là, au gymnase prêt à s’entrainer de nouveau dans l’optique d’un nouveau rappel sur le front. Bien sûr, Orion n’accepterait pas qu’il prenne le risque d’aggraver son état, rien que pour le plaisir de manier l’épée le temps de quelques heures.

Finalement, Leandre finit par se rhabiller. Orion lui adressa alors un faible sourire rassurant. Il n’avait eu nullement l’intention de se moquer : on ne se moquait pas de la mort. Hadès frappait au hasard, comme bon lui semblait du moment que les âmes venaient à lui. L’homme n’acceptait pas de devoir céder la vie de ses concitoyens aussi facilement. Peut-être était-ce pour ça qu’il était fasciné par la nouvelle médecine à laquelle on s’attelait depuis des années. Mais jusqu’alors, la meilleure guérison que chacun ait connue était toujours passée par la prière. Les Dieux accordaient eux-mêmes le mérite de rester en vie ou non. Ils étaient les maitres du jeu. Ceux qui finalement avaient le dernier mot sur tout, aussi futés les Athéniens soient-ils. Orion sortit finalement de sa torpeur lorsque Leandre se présenta, comme à sa demande. Il hocha la tête en guise de réponse. « C’est exact. Je suppose que vous avez eu vent de mon père bien plus que de moi. » Visiblement, il le connaissait mieux qu’Orion. Icare, son père, avait certainement eu déjà affaire à lui et il n’était pas faux de penser qu’il avait peut-être parlé du seul fils qu’il avait et à quel point il était fier de lui. Presque du même âge, à en juger la carrure de l’hoplite, les deux hommes s’étaient peut-être même déjà croisés en ces lieux sans même s’en rendre compte. Le monde était petit. Leurs regards s’étaient certainement rencontrés sans même qu’ils ne daignent y prêter attention : à l’âge où on apprend, les armes sont bien plus intéressantes à observer. Orion n’avait jamais été un enfant qui aimait s’attaquer à plus fort que lui. Il aimait toujours les défis mais il préférait souvent prendre en joute ses amis qui eux, n’avaient rien à voir avec le combat. Combien de fois Corban avait-il abandonné ce duel qui n’était ni équitable ni amusant ? Plus petit, l’Athénien sortait difficilement de ses rêveries de guerriers et l’éducation n’avait pas été sa priorité. Alors qu’il allait questionner de nouveau Leandre, celui-ci se permit une remarque qui détourna alors toute l’attention d’Orion. Un homme blessé ? Parmi ses hommes ? Comment avait-il pu passer à côté ? Soudainement silencieux et concentré, il toisa du regard le jeune homme qu’il venait de désigner de la tête. Il boitait légèrement et semblait tituber dès qu’il s’appuyait sur une jambe qui semblait vraiment blessée mais bien dissimulée aux yeux de tous. Il allait finir par se tuer. Sans réfléchir, Orion se permit une nouvelle fois d’abandonner Leandre pour aller rejoindre l’intéressé. Non sans le prendre à part –les confrontations publiques n’étaient rien d’autre que gênantes pour ceux qui subissaient la colère d’Orion, son visage se ferma dans un sérieux alors qu’il lui chuchota : « Penses-tu que t’entrainer avec une patte folle améliorera tes talents ? » Le silence du jeune homme démontrait bien que ce n’était pas un nouveau caprice du maitre d’armes mais bien un intérêt pour la santé de ses élèves. Sans gêne, il se baissa afin de remonter l’espèce de jupe de cuir qui permettait aux futurs guerriers d’être libre de tout mouvement. Comme l’avait prédit Leandre, le fils d’Icare découvrit alors un fin garrot destiné à cacher une blessure qui sanguinolait encore à travers le tissu. Orion ne put s’empêcher de soupirer. « Ca ne sert à rien que tu poursuives dans cet état. Combien de fois ai-je dit qu’un héros n’est pas un héros sans une condition physique parfaite. A vouloir jouer les hommes forts, tu finiras aussi utile qu’un vieillard sur le point de côtoyer les âmes des morts » Il se redressa de toute sa hauteur puis tapota l’épaule du garçon dépité. « Rentre chez toi. Prie les Dieux pour qu’ils améliorent ton état. Reviens plus tard. Et je ne manquerai pas de vérifier cette blessure à ton retour ! »

Les ordres d’un professeur d’armes ne se discutaient pas. Le garçon céda alors son arme à Orion puis s’avança jusqu’au bâtiment qui rejoignait les thermes pour se rafraichir avant de rentrer chez lui. Orion lui resta un moment immobile, préoccupé par sa santé. Un guerrier blessé avant même de partir au combat ne donnait jamais rien de bon. On ne manquerait pas de s’attaquer aux brebis galeuses en premier… Alors qu’il revenait vers Leandre, faisant tournoyer l’arme dans une maitrise parfaite, il finit par lâche à son intention : « Merci. Le laisser comme ça aurait compromis ses chances. » Il exécrait devoir à le remercier d’avoir fait son boulot à sa place mais il était évident que Leandre avait quelques connaissances en plus des siennes. Il avait l’expérience du terrain et c’était indéniable. Malgré lui, il ne put retenir une réflexion désobligeante. Il posa alors la pointe de son épée sur le plastron de Leandre puis avec un sourire presque satisfait, il déclara « Et bien sûr, il est hors de question que je vous laisse vous entrainer aujourd’hui. »

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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Dim 5 Sep - 9:50

    Finalement, son intervention dans le cours d'Orion n'avait pas été vu négativement. Lui qui craignait que le professeur le remette à sa place se voyait rassuré. Il avait l'habitude d'inspecter chaque homme avant d'aller au combat. Il s'assurait que tous étaient en état de combattre. Ceux qui souffraient d'une blessure n'avait pas de place dans un champ de bataille. Leandre ne voulait pas avoir leur mort sur la conscience. Qu'ils prennent un peu de repos et qu'ils reviennent. Lorsqu'il les faisait quitter le champ, ce n'était jamais définitivement. Tous les hommes avaient le droit de se battre. A condition d'être en état. Se battre blessé était autant dangereux pour eux que pour le reste de l'armée. Alors quand ils avançaient vers l'ennemi, Leandre ne perdait jamais une occasion pour vérifier la santé de ses hommes. Il était un capitaine consciencieux et pointilleux. Il ne laissait rien passer, traquant la plus petite blessure. Bien sûr, les égratignures, il laissait passer. Ce n'était pas ça qui allait tuer un homme. Mais les entailles profondes étaient assurément dangereuses. Il pouvait être fier d'avoir sauvé la vie de plusieurs soldats en agissant ainsi. Les autres capitaines n'étaient pas aussi regardants. Tant que le soldat pouvait tenir une arme, ils l'envoyaient à la guerre. C'était la meilleure manière de diminuer les effectifs. Leandre regarda le professeur s'éloigner pour la énième fois. Il ne put s'empêcher de saluer le geste d'Orion. Ce dernier prenait bien soin d'éloigner l'élève des autres. Il savait combien une blessure pouvait être vécue comme une humiliation, une honte de ne pouvoir s'entrainer. Agir de cette manière avec ses élèves était remarquable. Ainsi, il apaisait la honte de l'élève et l'obligeait à rentrer chez lui. Leandre ne pouvait pas dire qu'il faisait la même chose. Lorsqu'il en était capable, il n'hésitait pas mais quand c'était devant toute une troupe, la discrétion ne servait à rien. Éloigner un soldat pour lui parler serait tout de suite comprit par les autres et la honte n'en serait que plus grande. Pendant que le professeur s'occupait de son élève, le hoplite occupa le temps en étudiant la technique de combat de deux hommes. Ils se débrouillaient plutôt pas mal. Ils avaient de la méthode. Il remarqua immédiatement que l'un d'eux était plus rusé que l'autre. Il était même en passe de gagner le duel. Seulement il manquait le petit quelque chose. Il était incapable de se battre et de réfléchir en même temps. Cela se voyait quand il était touché par son adversaire.

    Leandre les quitta des yeux en voyant Orion revenir. Il porta son regard sur l'élève qui s'éloignait vers les bains. Le professeur était donc parvenu à le convaincre. Il était parfois rude de décider un homme à s'écarter du combat. Là, il ne s'agissait que d'un entrainement. Mais une fois dans l'action, il devenait presque impossible de faire obéir un homme blessé sans un semblant d'autorité. Leandre hocha la tête devant le remerciement de l'athénien. Il avait simplement fait son devoir. Il comprenait que le professeur ne puisse avoir les yeux partout. Il n'avait fait que lui rendre service. Alors qu'il allait se retourner pour regarder de nouveau les entrainements, le professeur l'arrêta en appuyant sa lame sur la plastron. Leandre baissa les yeux sur l'arme sans trop savoir si il devait se sentir menacé, offusqué ou amusé. Il comprit alors ses intentions en écoutant Orion parler. Évidemment, il n'en attendait pas moins de lui. Le soldat athénien inclina la tête en avant.

    « Je suis heureux de vous l'entendre dire car je dois avouer avoir quelques difficultés à ne pas m'entrainer. »

    Autant avoir un allié ici qui l'empêcherait de prendre une arme et de s'entrainer. Si il ne pouvait compter sur personne d'autre, Orion serait là. A moins que Leandre aille s'entrainer ailleurs. En tout cas, ses doigts lui chatouillaient, ne demandant qu'à tenir la garde de son glaive et de faire quelques mouvements. Jusque là, il tenait bon mais pour combien de temps ? Il n'était même pas certain que se promener avec le glaive sur lui arrange les choses. C'était sûrement une tentation de plus. Cependant, il se sentait mieux quand il l'avait sur lui. Le jeune homme reprit l'observation du combat avec le rusé. Son adversaire semblait redoutable sur le plan physique. Il était fort et mettait à profit ce détail pour assommer le Rusé sous ses coups. Il profitait des inattentions répétitives de son adversaire pour essayer de gagner. Les yeux toujours posés sur ce couple de combattant, Leandre rompit le silence en revenant sur le père d'Orion.

    « J'ai eu la chance d'être entrainé à plusieurs reprises par votre père. C'est un excellent professeur. Et je pense que vous l'êtes tout autant que lui. »

    En effet, il y a bien des années de cela, le père de son interlocuteur lui avait enseigné quelques méthodes de combat. Leandre avait été marqué par le respect qui transpirait de l'homme. Il avait sûrement été le meilleur professeur qu'il avait eu. Il était heureux de voir qu'Orion reprenait le flambeau et qu'il s'en sortait aussi bien que son paternel. Aucun doute que la passion avait été transmise. Orion allait finir par croire que Leandre achetait sa gentillesse à coup de compliments mais ils étaient tout à fait sincères.
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Mer 8 Sep - 19:51


Orion aimait cette autorité qu’il exerçait sur ses élèves et ses compagnons d’armes. Il aimait avoir le pouvoir de donner l’occasion de se battre ou non, il aimait qu’on remette la vie de futurs soldats dans ses mains. Bien sûr, il était hors de question pour lui d’abuser de ce pouvoir qu’on lui avait gracieusement accordé. Il était conscient que peu d’Athéniens pouvaient se montrer à la fois puissants et justes. La soif de puissance était parfois plus forte que tout. Voila toute l’éducation qu’Icare avait enseignée à son fils : être maitre d’armes n’était pas accordé à tout le monde, il devait se montrer fier et honorer son rôle comme s’il était lui-même capitaine d’une armée. L’amour propre d’Orion n’avait été nullement entamé par la remarque de Leandre pour la simple raison qu’elle n’atteignait pas sa personne à lui mais qu’elle concernait uniquement leur intérêt commun : la santé de la défense de la cité. Sans eux, Orion n’aurait plus de travail. Sans eux, Orion n’aurait peut-être même plus de toit. Il devait se rendre à l’évidence : il leur devait beaucoup. Même s’il enviait douloureusement Leandre, il ne devait pas se laisser aveugler par sa jalousie. Tôt ou tard, il aurait lui aussi son rôle qui le démarquerait alors de tous les autres citoyens. Il rêvait d’un destin glorieux comme les légendes prêtaient à certains. Il osait espérer qu’Arès s’adresse un jour à lui comme on s’adresserait à son fils. Les rêves faisaient l’espoir, Orion devait s’y faire… Pour l’instant, il devait se garder de donner à l’armée athénienne des soldats sous-entraînés. Alors qu’il avait mis en garde Leandre sur l’entrainement dont il se passerait, il regarda son élève s’éloigner dans un léger boitement. Il ressentait de la peine. Si sa blessure était guérissable, il venait de commettre une grave erreur en continuant de s’entrainer comme si son corps n’aurait aucune séquelle. Orion ignorait la réaction qu’il aurait si toutefois il serait un jour blessé. L’humiliation sans doute. Il avait lu dans le regard de Leandre la frustration à laquelle il était soumis. Par respect pour l’esprit militaire, l’Athénien comptait faire profil bas sur sa blessure. Quand son compagnon approuva son ordre de repos et de calme, Orion ne put s’empêcher de sourire faiblement. « Je crois que tous ici avons l’irrépressible besoin de manier l’arme. Néanmoins, ici je suis responsable de chacun. Nul doute que je ne faillirai point à mon devoir. » Cette remarque devait également sonner aux oreilles de Leandre comme une justification envers son animosité passée : Quitte à rester déçu de sa position, il ne quitterait jamais son métier sans être certain de la relève.

Orion abaissa alors la pointe de son arme pour finalement la ranger de nouveau à sa ceinture. Son geste n’avait point été exécuté dans l’optique d’une menace, ou alors celle-ci était purement superficielle. Il mourrait d’envie de se battre contre quelqu’un ici présent, mais le défi n’était pas à la hauteur de ses espérances : il les battrait tous à plate couture sans même qu’ils n’aient le temps d’esquisser l’ombre d’une attaque envers lui. Dans un soupir, il tourna la tête vers Leandre. Lui aussi étudiait du regard deux jeune hommes en pleine duel. Visiblement, ils étaient fascinés à l’idée d’observer ce par quoi ils étaient eux aussi passé. Leandre rompit alors le silence pour lui parler de son père. Malgré lui, Orion sentit son cœur se serrer doucement au souvenir d’Icare. Plusieurs années qu’il était parti avec sa mère et même s’ils donnaient régulièrement des nouvelles, Orion ne pouvait que ressentir de la nostalgie à leur égard. Loin était le temps où il osait mettre son père au défi tout en sachant qu’il plierait sous les coups de son arme. Loin était le temps où, gamin, il était toujours fourré près du gymnase pour regarder les grands devenir ce qu’il admirait le plus au monde. Loin était le temps où il considérait Arès comme son meilleur ami et où il lui parlait presque constamment dans sa plus grande naïveté. Au départ de la famille Icare, tous les espoirs et les regards s’étaient tournés vers Orion. C’était parfois dur de devoir respecter ce que tout le monde attendait de lui. Mais telle était la dure hiérarchie d’Athènes. Chacun avait son rôle défini avant même que son éducation n’arrive à terme. Kasen avait été hoplite bien avant. Orion avait eu l’occasion de le voir plusieurs fois en compagnie de son père. Sa réputation n’était plus à refaire. Il ignorait ce qu’il était devenu mais nul doute que les citoyens s’étaient tournés vers Leandre dans l’espoir qu’il soit aussi assidu et aussi doué que son paternel. L’héritage social et masculin. La remarque de ce dernier résonnait encore aux oreilles du jeune homme comme un délicieux compliment. Il se frotta les mains, comme en pleine réflexion puis il déclara : « J’espère faire aussi bien que lui. Il m’a enseigné beaucoup de choses mais j’ai tout autant à apprendre de la vie que tous les élèves ici. » Orion faisait preuve d’une grande humilité quand il s’agissait de le comparer à Icare. Jamais personne n’atteindra l’estime qu’il a pour lui.

Comme une évidence, Orion poursuivit : « Votre père est tout aussi excellent dans son domaine. Il semblerait que vous ayez hérité de lui. » Le maitre d’armes ne l’avait pas vraiment vu à l’œuvre dans les véritables conditions d’une guerre mais il osait espérer qu’il avait la même technique parfaite que sa famille. C'est alors que la curiosité d'en savoir plus sur Leandre lui-même, plutôt que d'écouter ce qu'on disait de lui le piqua soudainement. Il se permit alors de creuser la personnalité de l'Athénien: « Avez-vous toujours rêvé à combattre comme hoplite ? »

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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Dim 12 Sep - 18:27

    Orion n'avait pas tout à fait tort. Tous les hommes réunis ici avaient la même passion : le combat. C'était pour cette raison qu'ils venaient aux Thermes pour s'entrainer et parfaire des attaques. Ils partageaient tous la même passion. Une passion dévorante et envahissante. Elle prenait beaucoup de temps et demandait d'être assidu et sérieux. Ce n'était pas une passion à prendre à la légère. Ces hommes se respectaient parce qu'ils aimaient la même chose. Cependant, si Leandre prenait deux d'entre eux et les mettait chacun dans un camp différent, il était certain que ce respect serait oublié. C'était le principe de la guerre. Sur un champ de bataille, ils aimaient tous manier l'arme mais ils oubliaient ce point commun pour tuer des semblables. Cela avait quelque chose de monstrueux. Pourtant, c'était la vérité pure et simple. Dans d'autres circonstances, ils se seraient sûrement bien entendu. Mais pas dans pendant une guerre. Les deux armées étaient destinées à se détester. On ne leur demandait pas de réfléchir, de se lier d'amitié avec l'adversaire. On leur demandait d'agir, de combattre et d'abattre le plus d'hommes possibles. La réflexion n'avait pas sa place sur un champ de bataille. Heureusement que Leandre n'était pas un grand philosophe car il aurait probablement remis en question son métier. Tuer pour conserver un territoire était un principe dur à appliquer quand bien d'autres solutions existaient. Un simple traité, une discussion, des limites à ne pas franchir ou se faire allié avec l'ennemi auraient été des solutions plausibles. Mais non, au lieu de traiter avec le souverain conquérant, on tuait son armée.

    Le jeune hoplite préféra changer de sujet en abordant celui du père d'Orion. Il s'aventurait sur un terrain pentu car il ne savait pas si il était mort. Il avait juste entendu des rumeurs disant que le maitre d'armes était partis. Un verbe qui laissait de grandes possibilités. Partit comme mort ou partit comme s'installer ailleurs ? Il n'avait pas cherché à voir plus loin, pensant que se serait le respecté en ne se fiant pas aux potins. Il était content de voir que le fils du professeur avait repris le flambeau et avec quelle force ! Orion s'en sortait à merveille. Beaucoup de fils reprenaient les affaires à la suite de leur pères mais peu parvenaient à atteindre leur niveau. Ils se contentaient de faire une pâle copie de ce que faisait leur père. Ce qui était le plus respectable chez ce fils de maitre d'armes, c'était qu'il restait modeste. Il se disait encore élève de la vie, ce que tout le monde était. Il ne pensait pas avoir tout vu. Un détail important. Leandre non plus ne se disait pas maître de la vie. Il connaissait la mort, un peu l'Art grâce à son ami Corban et l'amour d'une mère et d'un père mais que connaissait-il d'autre ? Sa vie était toujours la même. Il n'avait toujours pas rencontré l'amour, par exemple. L'affection d'une mère n'était pas comparable à l'amour d'une femme. Il rêvait de connaître ce sentiment avant de mourir. Dans son métier, il savait que la mort était proche. Une seconde d'inattention et il pouvait mourir. Maintenant âgé de vingt-quatre ans, il devenait urgent pour lui de tomber amoureux une fois.

    Loin de ses projets d'avenir, la conversation dévia sur son propre père. Kasen. Un homme bon que Leandre respectait et admirait. Il avait suivi la même carrière que son paternel. Comme beaucoup de fils. Il ne savait pas si il arrivait à sa hauteur mais ce n'était pas son but. Lui, ce qu'il voulait, c'était faire ses preuves et non rester dans l'ombre de son père. Chaque individu, qu'il soit le fils d'un tel, devait montrer de quoi il est capable afin de marquer l'Histoire. Ce serait ces personnes dont on parlerait toujours des années après.

    « Cela fait plaisir à entendre. Je crois que tous les pères lèguent un peu de soi à son fils. Nous en sommes la preuve vivante, n'est-ce pas ? » Il esquissa un sourire pour accompagner sa phrase.

    Avait-il toujours rêvé de devenir hoplite ? La question semblait si idiote pour quelqu'un qui en avait rêvé depuis son plus jeune âge. Petit, il ne rêvait peut-être pas de devenir un hoplite mais plutôt un défenseur des dames en danger. Il voulait les protéger des bandits et être admiré pour ensuite avoir toutes les femmes qu'il souhaitait mais bien sûr, celle qu'il voudrait principalement impressionné ne le serait nullement. Un sourire étendit ses lèvres. Il ne savait pas si Orion s'attendait à ce genre de réponse. Après tout, il pensait peut-être que la réponse serait positive ou que Leandre lui avoue une inspiration professionnelle refoulée ou une obligation familiale qui l'avait forcée à accepter ce travail.

    « Disons que je voulais déjà manier l'arme quand j'avais cinq ans. Mais pas devenir hoplite. A l'époque, j'aspirais à protéger les jeunes femmes en danger. »

    Les doux espoirs d'enfants. C'était une époque lointaine. A partir de dix ans, il avait oublié ses envies de protection des femmes pour devenir le protecteur de tout un territoire. Il voulait protéger les grecs, protéger leurs terres contre l'envahisseur. Ça avait été un cap décisif qui l'avait mûri, se faisant bien plus sérieux. Il n'avait donc pas voulu être hoplite immédiatement. Il était passé par ses rêves d'enfant dont il n'avait pas honte. Après tout, ce n'était que des illusions enfantines. Tout le monde en avait eu. Orion pouvait bien se moquer, il ne s'en vexerait pas. C'était des souvenirs qui resteraient graver dans sa mémoire à jamais.
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Dim 19 Sep - 12:40

Face à quelques points communs qui se révélaient entre les deux hommes, Orion se sentait soulagé. A vrai dire la jalousie pointue qui l’avait habité aussitôt que Leandre avait fait son entrée commençait à être adoucie par la conversation. Ils partageaient la même passion : l’amour du combat et ils possédaient tous les deux le même rôle : protéger la cité, à des niveaux plus ou moins différents. Le maitre d’armes n’avait aucun doute que tôt ou tard son compagnon hoplite avait été confronté aux mêmes interrogations, aux mêmes doutes. Il était d’une normalité évidente qu’un jour, tous les guerriers d’Athènes ou même les grands barbares de Sparte remettaient en question leur propre métier. Depuis la nuit des temps, les hommes se battaient entre eux pour la protection de leur territoire, pour le respect de leurs valeurs et de leurs traditions. Peu à peu, les grands philosophes mettaient en avant la diplomatie et l’inutilité de la force aussi bête qu’elle était formelle. Élevé dans une famille où les armes avaient été principalement sa source de revenus, Orion ne pouvait supporter les hommes de lettres qui se montraient tout autant érudits qu’ils étaient encore ignorants. L’avancée de la cité apportait beaucoup de changements, la nouvelle démocratie en était la première preuve. L’Athénien osait espérer qu’on aurait toujours besoin de lui et pour cela, des morts devraient encore être provoquées. Hadès lui aurait toujours à faire dans ce monde instable.

La remarque de Leandre faite sur un ton presque complice dessina un sourire franc sur le visage d’Orion. « Nul doute que Kasen et Icare père eux-mêmes furent confrontés comme nous le sommes à l’instant. » Imaginer leur père respectif en train de discuter face à face, au milieu du gymnase était une vision fort intéressante mais également très perturbante. Les deux pères de famille n’étaient plus que des citoyens comme les autres. La pression était sur les épaules des fils. Et de toute évidence, Orion comptait bien avoir plus tard lui-même un garçon pour perpétrer l’honneur de la famille. Il était conscient que lui-même couperait les ailes à son fils tout comme lui l’avait subi. Mais là résidait toute la complexité de l’époque : l’honneur et la réputation avant tout. Le futur de notre descendance en dépendait. Ainsi allait le cercle vicieux de la vie. La question d’Orion à propos des aspirations de Leandre était tout à fait sérieuse. Bizarrement, il ne s’attendait pas à ce que celui-ci fasse démonstration d’un patriotisme fier. Après tout, lui-même quand il était gamin rêvait d’être guerrier non pas pour protéger la cité et à avoir un rôle sérieux. L’ambition de gagner était surtout la plus forte. Depuis tout petit, Orion aimait ce sentiment de fierté, de pouvoir quand il prenait le dessus sur un adversaire. Le fameux adage qui disait ‘L’important n’est pas de gagner mais de participer’ n’était pas pour lui. Il détestait perdre, il n’aimait pas l’échec aussi cuisant pour l’esprit que pour l’amour propre. Encore gosse, Orion déjà aspirait à être quelqu’un à part qu’on connaitrait pour ses actes et non pas par hasard. Il rêvait de reconnaissance et d’admiration, tout en conversant l’humilité qu’on lui avait inculquée. Achille avait depuis peu déchu à cause de sa trop grande confiance en lui. Hercules était mort par la dure punition de l’amour. Lui rêvait de simple gloire modeste.

Alors Léandre répondit, sortant Orion de ses pensées douloureuses mais encore bien présentes dans son esprit. Malgré lui, il ne put retenir alors un rictus amusé tout en levant son regard bleu vers l’hoplite. Il ne se moquait point non mais l’homme qu’il était fut plus dévoilé que jamais. Il n’eut pas de mal à imaginer Leandre entouré de plusieurs femmes impressionnées par tant de muscles et tant de courage. Tel Hercules, beaucoup profitaient de leur statut de guerrier pour connaitre mille et unes femmes admiratives. Ils profitaient de leur charme et retournaient au combat : une faible récompense quand on risquait sa vie. Leandre était-il de ceux-là ? Dans un élan de camaraderie, il donna un petit coup de poing dans son épaule protégée avant de l’interroger « Et alors ? Combien de femmes en détresse avez-vous secourues jusque là ? » Certainement peu mais le secours n’était pas toujours dans le nombre d’homme tués ni dans la façon. Leandre avait peut-être aidé plusieurs âmes fragiles dans la rue alors qu’il n’avait pas d’armes sur lui. Ca c’était le vrai hoplite, celui qui protège même ceux qui ne devraient pas en avoir besoin. Alors qu’il attendait une nouvelle réponse, Orion sentait depuis un moment un regard sur lui. En effet, quelques jeunes garçons étaient distraits dans leur entrainement, préférant écouter la conversation de deux vrais guerriers qu’ils seraient plus tard. L’Athénien se retourna vers eux juste assez pour reprendre son air autoritaire avant de déclarer d’une voix ferme : « Entrainez-vous les garçons, ce n’est certainement pas en faisant vos curieux que vous sauverez de délicieuses femmes qui vous tomberont dans les bras. » Sitôt eut-il parlé que les adolescents semblèrent frappés d’un éclat de génie et reprirent leurs exercices. L’appât était le meilleur des arguments. Orion croisa les bras, visiblement frappé par autant d’obéissance. Le visage à la fois abasourdi et rieur, il s’adressa à Leandre : « Je crois que vous êtes loin d’être le seul dans ce cas, Leandre Kyros. »

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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Mer 22 Sep - 16:37

    Enfin, ils semblaient avoir oubliés la jalousie du maitre d'armes. Leandre avait une discussion normale, sans aucune tension, avec Orion. Ils allaient même jusqu'à être complice. Comme quoi, les miracles existaient. L'hoplite ne criait pas victoire pour autant. Il savait que rien n'était joué. L'athénien en face de lui pouvait se renfermer de nouveau et redevenir le maitre d'armes frustré de ne pouvoir accomplir une plus grande destinée. Peut-être qu'un jour, la jalousie serait totalement oubliée et qu'ils seront de bons amis l'un pour l'autre. Cependant, Leandre n'osait pas se projeter dans l'avenir. Il avait un travail qui l'obligeait à subir des coups, à repousser la mort à tout moment. Il ne pouvait pas assurer qu'il ne perdrait pas la vie à la prochaine campagne, ni qu'il reviendrait vivant d'une bataille. Quand il partait, il avait conscience du risque. Il pouvait mourir à tout moment, il n'était pas immortel. Alors il s'efforçait de voir l'avenir sur quelques jours et non quelques années. C'était un privilège qu'il n'avait pas. Néanmoins, il rêvait de vivre assez longtemps pour se marier et connaître les joies de la paternité. Son rôle sur Terre n'était pas que de combattre parmi les athéniens. Il voyait son rôle bien plus vaste. Si il éloignait les troupes ennemies, il avait aussi le devoir de repeupler le territoire. Encore fallait-il trouver la bonne personne et le courage. Leandre s'interdisait de faire souffrir une femme à cause de sa mort. Il avait des envies contradictoires qui compliquaient bien trop sa vie. Vouloir se marier et avoir des enfants ne faisaient pas un bon mélange avec l'envie de ne pas causer de souffrance à ses proches en mourant.

    Poursuivant ce moment de complicité, Leandre se lança dans des confidences. Peu de personnes connaissaient ses anciennes ambitions professionnelles. Il y avait Corban et Circée, si ils s'en souvenaient encore et ses deux parents. Ils étaient les seuls à savoir qu'il souhaitait devenir un sauveur de jeunes femmes. Pas la peine d'aborder les raisons qui avaient poussés le jeune Leandre à choisir ce métier. Orion ne se moqua pas. Il se contenta de sourire. Tous les enfants avaient eu des rêves un peu fou et puérils dont on rigolait quand on vieillissait. Il devait probablement en avoir eu. Combien de femmes avaient-il secourues ? Très peu, même pas du tout. Si défendre la terre des athéniens était une manière de sauver des femmes, il avait dû en sauver des centaines. Mais rien qui n'avait à voir avec ce qu'il imaginait quand il avait cinq ans. Un sourire en coin vint étirer ses lèvres avant qu'il ne réponde.

    « Aucune mais je ne désespère pas. »

    Il avait passé l'âge de croire en ses rêves d'enfant. Il avait maintenant vingt-cinq ans. Un âge auquel il fallait oublier les enfantillages et passer à autre chose, devenir l'homme sérieux et mature qu'on souhaitait voir. Orion le sortit de ses pensées en alpaguant un groupe d'adolescents qui avait cessé l'entrainement pour les écouter. On ne pouvait leur reprocher de ne pas être assez attentif. Au contraire, ils l'étaient trop. Leandre eut un sourire amusé. Ils avaient encore beaucoup à apprendre, dont la discrétion. Il avait été lui-même curieux à leur âge. Son sourire s'élargit un peu plus lorsqu'Orion lui adressa de nouveau la parole.

    « Ils sont encore jeunes. Ils apprendront bien vite que manier une arme ne suffit pas pour impressionner une femme. »

    Ces adolescents comprendront bientôt que manier une arme n'est pas aussi glorieux qu'il n'y paraît. Tuer des gens n'avait rien de victorieux. C'était un crime que les soldats se permettaient de commettre pour assurer les limites de leurs terres. Quand on arrêtait de se battre deux secondes sur un champ de bataille et qu'on regardait autour de soi, on pouvait voir les corps de l'ennemi joncher le sol mais aussi ceux de ses compagnons de guerre. Cela n'avait rien à voir avec les femmes qui les soignaient et les assommaient sous les marques d'attention. La gloire était loin. Il n'y avait plus que la mort. Ce groupe d'adolescents aura dû mal à s'y faire. Comme tous les jeunes soldats. Alors autant qu'ils croient encore à leur rêve. L'opinion de Leandre par rapport à son métier pouvait paraître bien funeste mais il aimait son métier. Pas parce qu'il tuait à longueur de journée, mais parce qu'il lui permettait de vivre des expériences qu'il ne vivrait pas à Athènes, d'avoir l'adrénaline nécessaire pour rythmer ses journées et également de retrouver l'amour dont il avait besoin à ses retours. Il considérait la guerre comme un moyen de se défouler et de protéger les personnes restées à Athènes. C'était pour eux qu'il se battait, qu'il risquait sa vie et qu'il menait ses hommes comme personne d'autre. Car d'eux dépendaient la survie des athéniens.

    « Je suis certain que vous avez déjà souhaité impressionner une jeune femme. »

    Leandre lui jeta un regard amusé. Il avait envie de l'embêter pour le voir sortir de son rôle de maitre d'armes. Certes, il était ici pour travailler et non pour rigoler ou bavarder mais rien n'empêchait le relâchement. Et dans ce cas là, les confidences.
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Sam 25 Sep - 21:37

Orion ne s’était jamais réellement interrogé sur les véritables motivations de ses élèves. La réaction des autres Athéniens face à la réponse de Leandre avait suscité sa curiosité. A vrai dire, il avait toujours pensé qu’ils partageaient la même opinion que lui. L’on pensait toujours que nos valeurs étaient les valeurs universelles. Et pourtant, bien des adolescents qui apprenaient à manier la lame dans ce gymnase n’avaient pas pour père un ancien hoplite reconnu. Malgré lui, son regard balaya la cour en soudaine réflexion intense. Ce garçon pâle comme un linge et aux cheveux aussi blonds que les blés du champ voisin n’avait-il pas mentionné un jour son père pêcheur ? Et ce futur archer n’emportait-il pas souvent avec lui nombreux bijoux futiles pour un guerrier ? Nul doute que son patronyme représentait la richesse d’Athènes. Il croyait toujours à la loi de l’hérédité qui n’avait pas manqué d’atteindre Leandre et lui-même. Son entourage avait toujours été le reflet parfait de la génération précédente et leurs enfants prendraient certainement la relève. Orion espérait tout du moins donner à son futur fils le goût du combat et de la victoire. Lorsque dans un instant de nostalgie il envisageait une éventuelle paternité, son cœur s’enflammait à la fois d’allégresse et d’appréhension. La charge d’une sœur lui prenait déjà beaucoup de son énergie, la charge d’une famille ne serait que plus encombrante, plus éreintante. La joie de connaitre le sang de son sang avec sa bien-aimée suffirait-elle à combler la frustration de ne pouvoir partir sur le front ? Si toutefois il se fixait à endosser le rôle du chef de famille auquel on s’attendait, il serait alors destiné à garder son métier de maitre d’armes et à renoncer à l’armée. Comme l’avenir apparaissait morne à l’heure actuelle. Une prière de plus ne serait certainement pas de trop en rentrant de cet entrainement fastidieux.

Tandis que Leandre lui répondait par la négative, un faible sourire vint s’affiche sur les lèvres d’Orion. A l’image des grandes héros qu’on peignait sur les vases, beaucoup d’Athéniens dont tous deux faisaient partie nourrissaient toujours le désir d’impressionner une de ces citoyennes facilement admiratives devant le récit d’un duel victorieux. Alors que l’hoplite énonçait quelques paroles semblables à un précieux adage, le maitre d’armes ne put qu’approuver : « L’ambition de certaines des âmes ici présentes ne tiennent qu’à un fil. Ne leur retirons pas l’espoir de connaitre un jour le goût de la gloire et le plaisir de la popularité. L’expérience s’acquiert avec le temps n’est-ce pas ? » Orion aimait parfois profiter un peu de sa réputation de professeur accompli : il n’hésitait pas à jouir des plaisirs que des femmes toutes aussi belles les unes que les autres voulaient lui offrir en échange d’un peu de reconnaissance. Il ignorait encore la raison du potentiel pouvoir de séduction qu’il pouvait avoir sur elles mais disons qu’il profitait de ces beaux jours avant que la vieillesse ne l’enferme dans son étau fatal. Mais alors une unique silhouette se dévoilait à l’esprit d’Orion Attis quand Leandre lui parlait d’en troubler une en particulier. Il n’avait que rarement l’audace de mentionner son prénom si précieux aux oreilles de plusieurs personnes. Il ne retenait d’elle que ses longs cheveux d’ébène qui parfois s’autorisaient des reflets roux lorsqu’Hélios posait sa lumière sur elle. Il gardait en mémoire son regard noisette si furtif quand il l’apercevait en coup de vent, n’ayant à peine le temps de la détailler des yeux. Semblable à un mirage, elle paraissait s’envoler de ses yeux bleus sitôt qu’il croyait pouvoir l’atteindre. De toute évidence, cette femme faisait partie des dites merveilles inaccessibles. Malgré lui, avec une voix lointaine et rêveuse, Orion laissa échapper : « Bien entendu. Néanmoins les exploits d’un professeur d’armes ne l’intéressent guère. » Son visage s’était considérablement adouci comme si l’Orion des rues refaisait surface. Le petit garçon distrait et nécessiteux d’attention. Le gamin toujours en demande, jamais satisfait. En réponse aux lourdes responsabilités qui lui pesaient sur les épaules, l’Athénien pouvait parfois adopter un comportement immature lorsqu’il sortait enfin de son rôle. Jusqu’alors peu de privilégiés se vantaient de l’avoir vu tel : Corban demeurait encore la meilleure personne à le connaitre, hormis sa sœur qui était hors compétition dans ce domaine.

Surpris de se dévoiler autant face à un guerrier qu’il avait méprisé à son arrivée, Orion se redressa comme dans l’espoir de reprendre ses esprits. Dans un geste routinier, il frôla du bout des doigts le manche de son glaive pour se rappeler qui il était et où se trouvait-il. Aussitôt, le jeune homme remarqua que plusieurs de ses apprentis avaient esquivé l’entrainement en voyant leur maitre discuter avec un grand guerrier. Outré devant tant de paresse, Orion entreprit alors de réveiller leur curiosité et pour cela, Leandre lui serait d’une aide. Jetant un regard appuyé à l’intéressé pour le sommer de le suivre, il s’avança jusqu’au centre de la cour pour être vu de tout le monde. Les bras croisés, il annonça alors d’une voix haute : « Et bien je vois que votre concentration est tout aussi faible que la puissance de cette pauvre armée perse. Vous ne progressez pas et ce n’est pas face à des ennemis sans pitié que vous apprendrez à vous battre. Au lieu d’agiter votre arme dans tous les sens, observez donc. » A peine eut-il prononcé ces paroles qu’il dégaina lentement sa propre lame avant de faire face à Leandre. Bien que ce fût lui-même qui lui avait interdit de s’entrainer, il n’allait pas devoir l’affronter. Le risque de surinfecter sa blessure ne serait que trop périlleuse pour sa santé. S’adressant à son adversaire, il énonça à voix haute : « Voici Leandre Kyros, fils de Kasen. Ne le quittez pas des yeux, il va vous apprendre ce qu’est réellement la défense. » Avant même que Leandre ne puisse réagir, il lui asséna une fausse offensive maitrisée de sorte que le glaive n’heurte jamais son plastron –et sa blessure par la même occasion. Il allait voir ce que cet hoplite avait dans le ventre.

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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Dim 26 Sep - 19:07

    Leandre hocha la tête d'un air entendu. Ces adolescents verraient assez vite que le monde n'était pas tel qu'ils le pensaient. Ils seraient déçus mais feraient avec. Après tout, qui avait le choix ? C'était soit la vie, soit la mort. Ceux qui ne savaient s'adapter perdait la vie. Tout comme ils réaliseraient que ce monde n'était pas celui qu'ils pensaient, ils constateraient que se battre n'était pas aussi glorieux qu'ils le pensaient. Sur le champ de bataille, il n'y avait aucune femme pour admirer le travail barbare qu'on le faisait. De toute manière, quelle femme serait capable de supporter ce spectacle ? Il n'y avait aucune reconnaissance de la hiérarchie quant au travail que l'on faisait. On pouvait sauver sa troupe, personne ne vous remerciera à part vos camarades. Les supérieurs se fichaient pas mal. Pour eux, l'armée était constituée d'hommes prêts à mourir pour sauver leur cité, alors autant les mener au sacrifice. Le travail des capitaines et des soldats sous leur ordre étaient de rester en vie par leur propre moyen. La dure réalité de la guerre. Personne ne s'en plaignait car la plupart s'étaient engagés par choix. Les autres ne se plaignaient pas plus parce qu'ils ne voulaient pas être mal vu par les engagés volontaires. Il n'y avait aucune hésitation à avoir quand on disait que ces adolescents, qui aujourd'hui s'entrainaient pour plaire à de jeunes adolescentes, déchanteraient rapidement en mettant un pied sur le champ de bataille. Leandre avait déjà dû en sauver plusieurs de la mort. Il ne choisissait pas qui il avait sous ses ordres mais quand il avait de jeunes recrues, il faisait toujours attention à ce qu'ils restent près de lui. Il ne souhaitait pas les voir mourir si jeune et à leur début de carrière militaire. En devenant capitaine, il avait fait la promesse de ramener tous ses soldats à la maison. Alors que se soit des débutants maladroits et dépassés ou des soldats chevronnés, il les surveillait. Il n'y avait plus qu'à espérer que ces adolescents tomberaient entre les mains d'un capitaine aussi attentif à la survie de ses hommes.

    Le pauvre homme. Il ne pouvait devenir hoplite et donc faire le métier qu'il rêvait de faire. Et la femme pour qui il éprouvait des sentiments ne le remarquait même pas. Ça ne devait pas être facile mais il ne semblait pas déranger ou même désespérer. Ce qui était déjà pas mal, en soit. Néanmoins, il avait déjà des sentiments pour une personne. Leandre ne pouvait pas en dire autant. Il passait la plupart de son temps loin de toute femme, il n'avait donc pas l'occasion de rencontrer la femme qui ferait battre son cœur. Cependant, une fois à Athènes, il en rencontrait. La seule qui était sortie du lot était cette jeune femme blonde qui lui avait fait découvrir les trésors de la nature. Ils ne s'étaient pas revus. Il n'était donc pas sûr de ses sentiments. Si cela se trouvait, ce n'était qu'une femme parmi d'autres. Il attendait de voir. De voir si il la recroiserait, si elle lui tomberait dessus comme à leur rencontre. En tout cas, il en avait beaucoup appris d'elle. Elle deviendrait sans aucun doute une bonne amie. Corban serait heureux de voir que son ami hoplite s'ouvrait et faisait de nouvelles rencontres. Il serait forcé de constater que son cas n'était pas aussi désespéré qu'il n'y semblait. La vie n'était pas bien facile pour des hommes comme eux. L'amour était souvent à porter de main mais ils étaient bien plus habile une arme à la main qu'avec les mots ou les sentiments.

    « Laissez-moi deviner, elle est riche, belle et trop bien pour vous. Et pourtant, vous êtes attirez par elle ? Vous verrez, elle finira par vous remarquer. »

    Il lui lança un sourire rassurant. Parfois, l'amour pouvait être cruel. Si il prenait son courage à deux mains, Orion serait capable d'aborder cette femme. Tout homme était capable de plaire à une femme si il s'en donnait les moyens. Leandre était certain qu'il y parviendrait. Il ne connaissait pas depuis longtemps cet homme mais de ce qu'il en avait vu, il pouvait en être sûr : Orion aurait cette femme. Il ne savait pas de qui il s'agissait, il le saurait bien assez tôt, quand il croiserait ce maitre d'armes au bras d'une jolie femme. La conversation changea considérablement. Sans qu'il ne sache comment, le jeune athénien se retrouva au milieu de la salle d'entrainement, les regards de tous les élèves braqués sur lui sans compter la lame d'Orion qui le visait. N'était-ce pas lui qui lui avait dit qu'il ne s'entrainerait pas quelques instants plus tôt ? Leandre laissa de côté cette question pour sortir son propre glaive d'un geste ample. Il avait oublié ce que cela faisait d'être au centre de l'attention. Depuis qu'il était entré dans l'armée, il n'avait plus été la cible de tous les regards. Certes, son métier lui demandait d'attirer l'attention de ses hommes mais ce n'était pas la même chose.

    Il comprit que ce n'était pas d'un simple exemple pour les élèves, il s'agissait aussi d'une manière de l'évaluer. La jalousie n'était jamais bien loin. Il fit un moulinet avec son arme en attendant la première attaque de son adversaire. Bien que blessé, Leandre n'avait pas perdu toutes ses facultés. Il conservait toujours son endurance et son agilité. D'accord, sa rapidité n'était plus la même. La douleur l'empêchait de faire certains mouvements. Cependant, il n'en restait pas même un adversaire redoutable. En tout cas, il l'espérait. La première attaqua arriva. Enfin, si on pouvait considérer cela comme une attaque. Orion ne le toucha même pas. Il arrêta volontairement son coup avant qu'il ne frappe son plastron. Que de prévenance, ne put s'empêcher d'ironiser intérieurement Leandre. Il fit quelques pas en arrière, forçant les élèves à s'écarter de sa trajectoire. Ici, il lui était impossible d'utiliser les défauts du sol pour déstabiliser son adversaire. Cependant, le combat n'était pas perdu d'avance. Il devait juste jouer stratégique pour amoindrir la fatigue d'un duel. Il avança de nouveau à travers la salle, le glaive placé devant lui, prête à parer n'importe quelle attaque. Il ne savait pas ce que valait cet escrimeur. Cependant, si il était devenu maitre d'armes, ce n'était pas pour rien. Contrairement à Orion, Leandre ne fut pas prévenant et ne l'épargna pas. Il enchaina les attaques rapides mais calculées dans l'espoir de percer sa défense et de profiter d'un ralentissement pour le toucher. Il n'en oubliait pas pour autant de parer les attaques de son adversaire avec autant d'efficacité.

    Qui sait combien ce duel durerait ? Ce n'était que le début et pourtant, Leandre avait déjà l'impression qu'ils en auraient pour longtemps. Ils étaient tout les deux compétents. Ils étaient excellents dans l'art de l'escrime. Il était impossible de savoir qui fléchirait le premier. Néanmoins, le hoplite savait d'avance qu'il ne tiendrait pas éternellement. Conformément à ce que lui avait dit le médecin qui l'avait soigné, il avait arrêté l'entrainement. Il avait les muscles endormis et la blessure qui l'handicapaient. Si il devait perdre aujourd'hui, il n'en serait pas gêné. Il faut parfois savoir perdre la tête haute plutôt qu'avec mauvaise foi.
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Jeu 30 Sep - 16:22

Se marier et avoir des enfants n’avaient jamais fait partie des projets les plus sérieux d’Orion. Maitre d’armes, son travail consistait à former les autres pour qu’ils défendent leur territoire et à servir accessoirement de roue de secours si jamais l’armée venait à être décimée. Alors qu’il attendait avec ferveur le prochain appel d’Arès, il n’avait pas le temps de songer une seule seconde à se poser et à vivre la vie routinière que tout homme marié connaissait. Pourquoi se réveiller aux côtés d’une beauté qu’il n’appréciait que pour leur avenir social alors qu’il pouvait voir le lever d’Hélios en pleine campagne grecque ou étrangère avec ses propres compagnons d’armes ? Pourquoi passer sa vie avec une inconnue alors que la perspective de supporter et d’épauler ses amis d’infortune était bien plus réconfortante ? La guerre séparait bon nombre d’hommes, par les conflits politiques ou même territoriales. Depuis la nuit des temps chacun se battait pour leur propre destinée sans même se soucier de l’influence fatale qu’il aurait sur celle de quelqu’un d’autre. Mais Orion n’apercevait que la solidarité inébranlable des hoplites. Leandre avait été blessé et pourtant, il se tenait droit devant lui. Qui aurait bien pu le sortir de là sinon un ami de longue date qui ne laissait jamais un soldat infirme à terre ? Nul doute que lui-même avait du épargné des Athéniens d’une mort certaine et lente. Que pourrait bien faire une femme parmi toute cette horreur ? Les soldats vivaient avec la constante idée de tuer et quand bien même ils étaient pourvus d’éducation, leur ultime but ne resterait que la mort des autres à jamais. Une épouse ne susciterait que cris, pleurs, tristesse et deuil. Quitte à finir vieux garçon célibataire connu pour ses conquêtes éphémères, Orion ne souhaiterait jamais être responsable de la peine d’une femme et d’une famille entière.

La réflexion de Leandre manqua d’arracher un faible rire à l’Athénien. Comme avait-il raison à cet instant précis : lisait-il dans son regard ou alors l’infériorité transpirait des paroles d’Orion ? Cette représentation de la grâce était bien plus que ça : elle était trop belle, trop bien et beaucoup trop riche. Elle était trop pour lui, tout simplement. Si par chance, elle le remarquerait ce serait certainement en accompagnant son futur mari au gymnase ou bien en l’incendiant parce qu’il avait osé se mettre en travers de son chemin, lui modeste jeune homme. L’audace d’Orion pourrait encore le pousser jusqu’à elle pour engager une conversation qu’il ne saurait pas quoi lui dire. Un Attis tout penaud, voila un tableau qui était tout aussi cocasse qu’il n’était divertissant. Peut-être mieux valait-il que tout reste à sa place, la Terre ne tournait-elle pas mieux dans le sens qu’elle connaissait depuis toujours ? Orion n’avait pas tenté de retourner la question à son ami d’un jour. Tout hoplite un tant soit peu agréable à l’œil était très vite convoité par les dames à la recherche d’aventure et de richesse. Leandre devait faire battre les cœurs mais devait plutôt les briser. Jamais il ne l’avait aperçu profitant des réjouissances des fêtes athéniennes, jamais il ne l’avait surpris avec une blonde à son bras. Peut-être était-il dans la même optique de ne jamais se caser ou bien lui-même goutait l’amère saveur de la déception amoureuse. Tester la susceptibilité d’un guerrier n’était jamais chose à faire, surtout quand celui-ci portait toujours son arme, comme aux aguets.

Pour mettre fin à ce sujet délicat, il l’avait amené jusqu’au centre de la cour là où tous les élèves porteraient leur attention sur eux. Sans même l’avoir préparer avant, Orion l’avait mis au défi de parer toutes ses attaques. S’il l’avait choisi lui c’était parce qu’il était bien sûr évident qu’il ne faillirait pas à ses offensives et qu’il maitrisait la défense à merveille. Eventuellement, un résidu de jalousie s’était de nouveau glissé dans les intentions d’Orion qui n’avait pu résister à l’envie de tester ses compétences en même temps. Celui-ci n’avait pas décliné la proposition et de toute évidence, l’idée de se battre le comblait d’impatience. Soudainement, le regard du professeur se ferma dans une concentration sans faille. Plus rien ne comptait autour de lui et si toutefois l’un des adolescents se permettait une remarque, il n’était capable de l’entendre. Volontairement, il avait paré lui-même sa première initiative pour ne pas prendre au dépourvu Leandre et que ce dernier ne se prenne un coup malencontreux dans sa blessure déjà assez grave. Son excès de bienveillance lui couterait probablement une prochaine attaque… Et bien sûr, ça ne rata pas. Aussitôt l’hoplite en exercice se réveilla et Leandre fendit l’air de sa lame dans l’espoir d’atteindre Orion. Alors que quelques murmures admiratifs et critiques s’élevaient parmi la foule, le maitre d’armes reculait à son tour avant de placer le glaive devant lui ce qui lui épargna une belle attaque frontale. Cette fois-ci, les rôles s’inversaient : Leandre avait la stratégie mais Orion avait la connaissance du terrain. Evidemment, le gymnase avait été conçu sur un sol totalement plat et dénué de faiblesses que les apprentis auraient pu apprendre à utiliser. Orion déplorait ce manquement et parfois il s’était amusé à créer quelques trous, bosses ou obstacles invisibles qui surprendraient les élèves en plein duel. Tandis que le combat continuait son cours, l’Athénien se défendait tant bien que mal. Trop fougueux, il n’avait pas encore le réflexe de calculer ses coups. Pourtant, il tenta alors une sorte de botte que son père lui avait apprise –avec peine étant donné sa dangerosité. Profitant d’un instant plus ardu pendant lequel Leandre devait se concentrer, il se retourna brusquement puis s’accroupit à terre pour faire une manchette du pied qui coupa l’équilibre de son adversaire qui finit inévitablement sur les fesses. Cette technique ne faisait pas partie des enseignements qu’on dispensait aux Athéniens –Icare avait retenu ça des fourbes perses qui utilisaient leur agilité pour déstabiliser leur ennemi- et elle provoquait la surprise autant que l’indignement. Malgré tout, tout enseignement était bon à prendre et Orion pouvait remercier cette petite manchette qui lui avait épargné nombreuses défaites lors des joutes père-fils. Néanmoins, alors qu’Orion devait se relever pour asséner un coup qui aurait été fatal en d’autres circonstances, son impatience lui valut un vertige qui faussa alors toute sa prochaine manœuvre. Ses cheveux volant devant ses yeux, il se permit une courte interruption à l’intention de ses élèves, le souffle coupé mais avec un sourire complice : « Ne refaites jamais ça devant votre capitaine. Préférez l’ombre du combat. » Après un clin d’œil que la plupart n’auraient pas eu le temps de remarquer, Orion dut faire face à une nouvelle attaque de la part de Leandre.

Le duel était à son paroxysme. Tantôt véritable exemple pour les spectateurs, tantôt représentation des faces cachées des batailles de l’armée, les deux jeunes gens faisaient preuve de prouesse. Le gagnant n’était pas donné mais si Orion avait l’endurance dont manquait en ce moment Leandre, il craignait alors que celui-ci ait bien plus d’autres qualités qui feraient alors la différence.

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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Sam 2 Oct - 20:02

    En tant qu'hoplite, Leandre avait maintes fois combattu blessé. Il connaissait donc ce qu'était la douleur lors d'un combat. Cependant, aucune de ses blessures n'avait dépassée celle qu'il avait actuellement. Ses gestes étaient moins amples, moins rapides. Et même en prenant des précautions, la blessure le brûlait. Le frottement du bandage n'arrangeait rien. Il ne laissait pourtant rien paraître. C'était là une leçon que l'on apprenait : ne jamais laisser voir une faiblesse à son adversaire. Celui qui grimaçait quand il faisait un mouvement se retrouvait contraint par son adversaire de faire ce même geste. Orion savait, certes, où il était blessé. Il savait également qu'il n'avait pas le droit de s'entrainer. Pourtant, ils étaient tout les deux au milieu d'une foule d'élèves, entrain de se défier et de s'attaquer. Le maitre d'armes avait fait preuve de prévenance envers Leandre. Celui-ci l'avait remercié en attaquant comme il le faisait toujours. Il en payerait probablement les conséquences le lendemain. Pour le moment, il était loin de s'imaginer ce que serait le lendemain. Le hoplite se concentrait entièrement sur le combat. Chaque coup était porté avec une dose calculée de force. Il essayait ainsi de ne pas trop s'épuiser et de garder de l'énergie pour tenir. Un duel contre le maitre d'armes et un capitaine promettait de belles leçons pour les élèves qui les regardaient mais il promettait également de durer. Leandre n'était pas déçu de ce qu'il découvrait d'Orion. Il méritait son poste. Leandre était rassuré de voir que les futurs soldats seraient formés convenablement avec ce maitre d'armes. Ce dernier prit au dépourvu son adversaire en lui faisant perdre l'équilibre. Il se retrouva bientôt sur les fesses, tombant brutalement sur le sol. Agréable. Très agréable. Néanmoins, un sourire se dessina sur ses lèvres. Leandre avait l'habitude d'utiliser le terrain pour déstabiliser et déséquilibrer ses adversaires. Orion n'avait pas besoin du terrain, son simple corps suffisait.

    Il se releva en même temps que son adversaire. Celui-ci n'eut pas la même chance que lui. Contrairement à Orion, Leandre se mit sur pieds sans aucun souci. Il prit quelques secondes, le temps de respirer et de laisser son adversaire se mettre debout. Le but de ce duel n'était pas de le tuer ou de profiter d'une faiblesse, il était de montrer l'exemple aux autres athéniens. Une fois que le professeur eut terminé de s'adresser à ses élèves, le combat reprit. Il n'y avait eu une pause que de quelques secondes comme lorsqu'on avait l'impression que le temps s'arrêtait pour reprendre plus subitement. Leandre assena une nouvelle attaque contre l'athénien. Maintenant, il n'avait plus mal qu'à l'abdomen, son derrière de soldat le faisait également souffrir. Il allait être beau demain. Sa meilleure amie avait déjà hurlé en le voyant blessé, si en plus elle apprenait qu'il s'était battu et qu'il ressortait plus mal qu'avant, elle allait finir par l'assassiner. Ce n'était pas vraiment ce qu'il voulait. Il continua donc à se battre mais ce coup-ci, pour sauver sa peau. Orion ne le tuerait pas, c'était sûr. En tout cas, pas devant ses élèves. Par contre, Circée, elle, le tuerait. Qu'il y ait des témoins ou pas. Si ce n'était pas avec ses mains, ça serait avec ses yeux. On ne soupçonnait pas la puissance d'une femme en colère.

    Les élèves athéniens formaient un cercle autour d'eux. Chacun ne quittait pas du regard le combat. D'un côté, il y avait leur professeur qui leur enseignait comment se battre et qui les assommait à coup de conseils. De l'autre côté, un parfait inconnu, un athénien sans aucun doute, un hoplite également. Tout les deux étaient forcés de connaître l'art de l'escrime. Le combat ne laissait présager aucune victoire pour le moment. Tout deux étaient à égalité. Le soldat était plus lent mais plus stratégique. On voyait à la retenue de ses coups qu'il avait une blessure qu'il tentait de dépasser pour être pleinement dans le duel. Le maitre d'armes, quant à lui, se battait à la manière des hommes qui n'avaient jamais combattu dans une armée. Bourru mais pourtant réfléchit, tout n'était pas perdu pour lui. C'était d'ailleurs le favori. Qu'est-ce qu'un soldat blessé face à un maitre d'armes en forme ? Il ne ferait de lui qu'une bouchée. Loin de toutes ces suppositions, l'esprit de Leandre errait entre les stratégies et la concentration. Il réfléchissait à toute allure pour savoir quelle technique adopter. Il n'était pas sur un champ de bataille. Il était sur le terrain d'Orion, un terrain inconnu du soldat. Enfin, pas totalement inconnu. Il y avait tout de même passé des heures à s'y entrainer. Cependant, ses souvenirs remontaient à son adolescence. L'endroit avait changé depuis.

    Les deux lames s'entrechoquèrent. Les glaives restèrent dans cette position quelques secondes, sans qu'aucun ne faiblisse. Leandre planta ses yeux clairs dans ceux d'Orion. Chacun profitait de cette pause dans le combat pour reprendre son souffle. Le capitaine s'adressa à ce qui lui semblait être un potentiel soldat.

    « Vous êtes un bon élément, je pourrais parler de vous à mon supérieur. Si vous le souhaitez, évidemment. »

    Les lames se séparèrent de nouveau. Les hypothèses de Leandre étaient confirmées. Orion était un bon escrimeur. Il méritait son rang de maitre d'armes. Mais il pourrait faire un excellent soldat. Il ne comprenait pas pourquoi personne ne l'avait encore engagé dans l'armée. La frustration du professeur était compréhensible. Même si il voyait de grandes compétences chez ce guerrier, Leandre ne restait pas moins concentré. Mais pas trop pour ne pas se laisser avoir comme tout à l'heure. On ne la lui faisait pas deux fois.
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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Mar 5 Oct - 22:13

Assister à ce duel était sans doute l’un des meilleurs exemples auxquels les futurs guerriers assisteraient durant leur long entrainement jusqu’à l’armée. Ce qui manquait à ces jeunes était bien les illustrations de la théorie qu’ils emmagasinaient déjà. Orion s’efforçait de leur apprendre la maitrise des armes, la maitrise des techniques mais comment pouvaient-ils réellement les contrôler sans se retrouver dans des conditions de combat ? Orion était leur professeur mais il n’était certainement pas la meilleure personne pour parler d’une vie sur le champ de bataille. Les seuls sols arides qu’il n’avait jamais foulés étaient les terrains poussiéreux du gymnase ou bien les quelques cultures laissées à l’abandon dont les défauts formaient de parfaits obstacles pour s’exercer à la connaissance du terrain. Les seules armes qu’il n’avait jamais portées étaient les siennes qu’il commandait lui-même, les armures n’étaient pas aussi protectrices que celles que portaient les réels hoplites. L’Athénien préparait des jeunes gens à l’inconnu sans même l’avoir vu de ses yeux lui-même. Ce danger l’attirait irrésistiblement : il avait besoin de connaître les risques du métier, peut-être besoin de savoir qu'on l'attendait à son retour. Il avait besoin de se sentir aussi utile que devait se sentir Leandre, pris comme modèle à ce moment précis. La fierté était telle que l’hoplite se donnait corps et âme sans même prêter attention à la blessure qui l'handicapait fortement. Orion avait beau sentir que son adversaire était diminué, il n’en perdait pas moins ses habitudes de soldats et la difficulté à le battre ne baissait pas pour autant. La jalousie était bel et bien oubliée à l’instant où leurs deux lames s’entrechoquaient en un bruit de fer battu. Le cœur de l’Athénien s’engorgeait de fierté d’affronter un membre de cette armée tant redoutée et l’admiration s’élevait peu à peu dans son esprit. Nul doute que toutes les rancunes étaient effacées au moins le temps de ce duel. Les élèves chuchotaient de toute part en des commentaires plus ou moins constructifs mais Orion ne semblait pas les entendre : il se croyait alors comme les autres soldats qu’il enviait tant et même s’il n’avait pas l’envie de lui asséner un coup fatal, l’esprit de compétition le gorgeait de volonté de finir gagnant, comme il l’avait toujours été jusqu’à présent. Leandre oserait-il être l’unique dominateur de l’égo surdimensionné du fils d’Icare ?

Le combat poursuivait son cours sans qu’aucun des deux hommes ne semble faiblir. Et pourtant si Leandre ressentait la douleur de son corps blessé, Orion lui sentait la fatigue se poser lentement sur ses épaules. Il avait toujours été trop fougueux, trop offensif. Si toutefois il était souvent intouchable quand on s’en prenait à lui, ce n’était pas parce qu’il maitrisait la défense, non… Il était bien trop vif et bien trop désireux d’attaquer pour qu’on ait le temps de l’atteindre. Son père lui avait souvent répété que tôt ou tard quelqu’un de plus rapide que lui le prendrait de court mais il ne l’entendait jamais. En véritable homme censé et terre-à-terre, il ne croyait que ce qu’il voyait. Et tous les agnostiques du monde pouvaient lui expliquer qu’il n’avait jamais vu les Dieux, les divinités qui alimentaient son quotidien demeuraient bien la seule croyant en laquelle il était entièrement dévoué. Alors que les deux glaives opposés paraissaient liés l’un à l’autre l’espace de quelques secondes, Leandre en profita pour planter son regard assuré dans les yeux azurés d’Orion avant de lui exprimer un compliment qui ne manqua pas d’atteindre profondément le cœur du jeune homme. Guindé d’émotion, il tentait néanmoins de ne pas baisser sa garde dans le cas où l’hoplite en profiterait pour l’attaquer à son tour. Avec un sourire franc, il laissa échapper, essoufflé : « Je crains de n’être pas encore à votre niveau. » Que plusieurs expressions de surprise ne s’élèvent dans la salle, que personne n’en serait surpris. Tout le monde était au courant de la modestie d’Orion mais quand il s’agissait de son rôle de maitre d’armes et d’enseigner l’assurance aux autres, il faisait toujours preuve d’une fierté et d’une confiance en soi qui en surprenaient plus d’un. Montrer ses faiblesses était sans doute la pire erreur à faire. Si les lames touchaient le cœur sans problème, bien d’autres choses d’apparence inoffensive pouvaient causer bien plus de dégâts intérieurs. Beaucoup de citoyens ici présents n’aimeraient certainement pas être dévasté par autre chose qu’une lame guerrière.

Retrouvant l’activité de leur duel, Orion tenta une ou deux feintes mais qui ne portaient pas ses fruits. De toute évidence, un duel trouvait toujours son vainqueur mais Orion ne souhaitait pas passer des heures entières à tourner autour d’un soldat blessé alors que déjà les élèves exprimaient le besoin de reprendre leurs exercices pour déjà tester ce qu’ils avaient vu durant ces dernières minutes. Le professeur ignorait combien de temps ils maniaient l’arme. Il ne désirait pas abandonner non, il ne fuyait pas non plus une prochaine défaite mais une démonstration devenait inutile a partir du moment où elle tournait en rond depuis trop longtemps. Esquivant une nouvelle attaque de Leandre qui rata de peu d’écorcher son bras découvert, il se risqua à demander tout en avançant de nouveau sa lame vers l’hoplite : « Je n’ai nul doute que ce combat est très intéressant. Acceptez-vous néanmoins une trêve ? » Ces paroles avait été prononcées avec le sourire pour montrer qu’il n’y avait aucune animosité. Bien sûr, ils auraient tout le loisir de remettre cette joute à plus tard. Mais les jeunes Athéniens avaient encore bien à faire avant de pouvoir rentrer chez eux et un seul regard vers Hélios suffisait pour dire que la fin de l’entrainement approchait plus vite que prévu. Alors que le glaive de Leandre fendait une nouvelle fois l’air, Orion recula soudainement en rentrant le ventre. Un regard entendu à l’intéressé et il ajouta, sur un ton à la fois amusé et soulagé : « Bien sûr, vous ne payez rien pour attendre. »

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MessageSujet: Re: [T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion   Mer 27 Oct - 13:03

    Leandre s'attendait à une autre réponse de la part du maitre d'armes. Ce dernier avait montré maintes fois son envie d'entrer dans l'armée grecque. Alors que l'opportunité se présentait, il refusait. Le soldat eut pour seule réaction, un haussement de sourcils. Il n'avait pas le temps ni le souffle pour entrer dans une conversation. Si Orion ne souhaitait pas intégrer l'armée aujourd'hui, il le voudrait demain. Ce n'était qu'une question de temps. Pour le moment, ils avaient mieux à faire. Par exemple, parer les coups de l'autre. Leandre ne savait pas jusqu'où il pourrait aller. Bien qu'il se retienne de laisse paraître quoi que soit, la douleur lui arrachait des grimaces. Il manquait de souffle et la fatigue gagnait du terrain. Il ne s'était pas entrainé depuis quelques jours. Il n'avait jamais cru que cela pourrait lui être aussi fatal. La fin du duel ne tenait qu'à lui. Si il le souhaitait, il pouvait arrêter. Il en était même à deux. Néanmoins, il repoussait constamment ses limites. Aujourd'hui n'échappait pas à la règle. Il verrait quand ses forces l'abandonneraient. Et ça lui permettait ainsi, de juger les techniques du maitre d'armes. L'instant qu'il attendait arriva, Orion demanda une pause. Un sourire s'étira sur les lèvres de Leandre. Il laissa retomber son bras porteur du glaive. Il entendait son cœur battre contre sa poitrine, ses muscles étaient douloureux, ses poumons se gonflaient et se dégonflaient à une rapidité surprenante mais tout allait bien. Il se sentait revivre. Depuis qu'il était rentré, il avait résisté à la tentation de s'entrainer. Là, il venait d'y céder et se sentait mieux. Quoiqu'en pense ses parents ou bien ses amis, ce petit combat lui avait fait dû bien.

    La dernière phrase d'Orion supposait une suite à leur duel. Cependant, la conscience du guerrier le poussait à refuser. Il s'était bien amusé, il avait brûlé le trop plein d'énergie qu'il avait. Cool, maintenant, il fallait se montrer raisonnable. Il rangea son arme à sa ceinture tout en pensant à l'état dans lequel il serait le lendemain. Des courbatures, sûrement. Il n'aurait jamais dû se lancer dans cette bataille sans s'échauffer. Décidément, il en retiendrait des leçons de cet entrainement. Toujours s'échauffer et ne jamais se battre avec une blessure pareille. Autour des deux hommes, les élèves reprenaient tout doucement leur propre entrainement. Ils avaient été surpris et émerveillé par ce qu'ils venaient de voir, ils devaient maintenant en faire de même. Certains n'y arriveraient pas. Il fallait avoir de nombreuses heures derrière soi pour parvenir à se battre avec une telle aisance et une rapidité semblable. Leandre s'éloigna du centre de la pièce pour s'approcher d'un seau remplit d'eau fraiche. Il y plongea ses mains afin de recueillir de le liquide et s'en aspergea le visage. C'était un entrainement comme il les aimait. Il avait affronté un adversaire de son niveau, il s'était donné à fond, aucun n'avait flanché sous les attaques de l'autre, le combat aurait pu durer des heures si le professeur n'avait pas repris son rôle. Une bonne journée.

    « Ce fut un honneur de croiser le fer avec vous et j'espère sincèrement que l'occasion se représentera. »

    Il était revenu auprès d'Orion après s'être essuyé le visage de sa main. Le soleil commençait à décliner dans le ciel, signe que la nuit ne tarderait pas et qu'il ne tarderait pas à rentrer chez lui. Leandre était heureux d'avoir pu échanger quelques coups avec l'athénien. Il aimerait en redemander mais cela était impossible. Si il ne voulait pas finir avec une infection ou une plus grande blessure, il devait être raisonnable. Ils auront bien d'autres occasions de poursuivre ce duel. Il se fit la promesse de revenir ici même, défier le professeur, avant de repartir à la guerre. Cette journée lui avait permis de voir un autre homme que celui toujours froid et distant qu'il avait connu. Il posa sa main sur la garde du glaive comme il avait l'habitude de le faire. Son regard balaya la salle où il avait déjà passé bien des heures. Peut-être que, lorsqu'il ne serait plus en âge de combattre, il viendrait enseigner ses méthodes aux plus jeunes. L'expérience des anciens était toujours bonne à prendre. Le hoplite se tourna vers le professeur afin de s'adresser à lui.

    « Il est temps pour moi de vous laisser en compagnie de vos élèves. Je ne manquerais pas de revenir. »

    Il fit un rapide mouvement de la tête et tourna les talons. Cette journée lui avait permis de découvrir une nouvelle personnalité sous l'apparence d'Orion. Leandre emprunta le chemin du retour qui le conduirait jusqu'au Quartier Sud où sa maison était construite. Tout en marchant, il espérait que sa relation avec Orion évoluerait et ne stagnerait pas au simple stade de la jalousie. Ils avaient beaucoup à apprendre l'un de l'autre. Qui sait ce que révélerait cette relation ?



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[T] La jalousie est la plus horrible des émotions ♣ Orion

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